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Les Anglais vaccinent les premiers

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Eco Perspectives // 2 trimestre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
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ROYAUME-UNI  
LES ANGLAIS VACCINENT LES PREMIERS  
Jouer comporte des risques, mais peut parfois rapporter gros. Adepte des paris hasardeux (Brexit, immunité collective  
contre la Covid-19) le premier ministre britannique Boris Johnson n’en reste pas moins celui qui, en misant vite et  
beaucoup sur les vaccins, aura permis au Royaume-Uni d’entrevoir avant d’autres le bout du tunnel. Plombée en  
début d’année par un confinement strict, souffrant aussi du recul des échanges avec l’Union européenne, l’économie  
semble avoir touché le fond ; les enquêtes de conjoncture ainsi que les rapports de mobilité promettent du mieux. Les  
politiques publiques, budgétaire comme monétaire, soutiendront quant à elles la reprise avant de songer à s’attaquer  
aux déficits, un premier tour de vis étant prévu pour 2023.  
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Particulièrement endeuillé par l’épidémie de Covid-19 , le Royaume-Uni  
n’en reste pas moins l’un des pays qui, aujourd’hui, vaccinent le plus.  
CROISSANCE ET INFLATION  
Avec 31 millions de doses injectées depuis le début de l’année, le taux  
de couverture de sa population atteint 45%, contre 17% seulement dans  
Croissance du PIB  
Prévisions  
Inflation  
l’Union européenne (UE), dont le retard comme le degré de frustration  
vis-à-vis de son fournisseur britannique augmentent. Conséquence,  
outre-Manche, la maladie régresse. Avec désormais moins de 50 décès  
quotidiens (contre 1 500 au pic de la vague épidémique de janvier) et  
un taux de contaminations au plus bas depuis l’apparition du virus,  
l’espoir d’en sortir se matérialise enfin. Soumise à la double peine du  
Brexit et de la crise sanitaire, l’économie parvient même à se stabiliser.  
En janvier, un confinement strict ainsi qu’un recul historique des  
exportations vers l’UE - conséquence de la réintroduction des barrières  
non-tarifaires - ont encore fait baisser le PIB de 3%, après que celui-ci  
eut déjà chuté de près de 10% en 2020. Mais depuis, les indicateurs  
d’activité se redressent. C’est notamment le cas des enquêtes auprès  
des directeurs d’achat, plus optimistes, ou encore des rapports de  
mobilité fournis par le moteur de recherche Google, moins figés. La  
récession du premier trimestre devrait finalement s’avérer moins  
sévère qu’attendu, puis laisser place à un début de récupération dans  
le courant du printemps.  
Prévisions  
6.1  
6.0  
7
5
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1
1
2.1  
1.5  
1.8  
1.4  
0.9  
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-9  
-
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11  
13  
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10.2  
2019  
2020  
2021  
2022  
2019  
2020  
2021  
2022  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : COMMISSION EUROPÉENNE, BNP PARIBAS  
La politique monétaire promet elle aussi de rester accommodante.  
Au même titre que les autres grandes banques centrales, la Banque  
d’Angleterre a concouru à l’effort national de lutte contre la pandémie  
en renforçant son dispositif de rachats de titres (passé d’un encours-  
cible de GBP 475 milliards à GBP 895 milliards, soit 42% du PIB). Elle  
L’AIDE PUBLIQUE SE PROLONGE... POUR QUELQUE TEMPS  
ENCORE  
Les politiques publiques privilégieront la reprise au détriment de a aussi porté son taux directeur au voisinage de zéro (0,1% depuis le  
l’équilibre des comptes durant quelque temps encore. Au Royaume- 20 mars 2020). Lors de sa dernière réunion du 17 mars 2021, le Conseil  
Uni comme dans la plupart des pays avancés où les amortisseurs de politique monétaire, tout en actant l’amélioration des perspectives  
sociaux sont faibles, la crise sanitaire a nécessité une réponse forte des économiques, a indiqué qu’il ne modifiera pas sa politique.  
autorités. D’après les estimations du Fonds monétaire international,  
le gouvernement britannique compte parmi ceux qui, jusqu’à présent,  
en ont fait le plus pour contrer les effets dépressifs de la pandémie :  
La fin du « quoiqu’il en coûte » (hausse du taux de l’impôt sur les  
sociétés, gel des barèmes de l’impôt sur les revenus…) interviendra,  
quant à elle, plus tard… en 2023.  
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6 points de PIB engagés dans l’économie (hors garanties, prêts et  
Achevé de rédiger le 2 avril 2021  
injections de capitaux) soit le double de l’effort consenti dans l’Union  
européenne. Conséquence, à 16,9% du PIB en 2020 (contre moins de 3%  
du PIB en 2019) les déficits publics ont connu une dérive exceptionnelle.  
Jean-Luc Proutat  
Jean-luc.proutat@bnpparibas.com  
Présenté le 3 mars par le Chancelier de l’Échiquier Rishi Sunak, le  
Budget de la prochaine année fiscale (avril 2021-avril 2022) restera  
résolument combatif. Il prévoit de consacrer à nouveau GBP 60 milliards  
ou 3 points de PIB au soutien de l’activité, en incitant par exemple  
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fiscalement les entreprises britanniques à relocaliser . Il s’agit d’une  
nécessité. Avec le Brexit, les investissements directs étrangers sont  
tombés à zéro pour faire place à des retraits nets, pratiquement une  
première depuis 35 ans.  
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127 000 décès comptabilisés au 02/04/2021, soit 190 décès pour 100 000 habitants, l’un des taux de mortalité les plus élevé de l’OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économiques).  
Pendant deux ans, les dépenses d’investissement sur le territoire économique national pourront être déduites à hauteur de 130% du revenu imposable des sociétés. Coût annuel estimé de la mesure : GBP 12  
milliards. Source : Office for Budget Responsibility, mars 2021.  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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