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EcoEmerging// 3 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Philippines  
Attention à la surchauffe  
La croissance philippine devrait de nouveau progresser de 6,7% en 2018, un rythme proche de son potentiel. Des signes de  
surchauffe sont apparus : l’inflation a progressé et se situera en 2018 en dehors de la fourchette cible de la banque centrale, tandis  
que le déficit courant se creuse légèrement. A court terme, les risques de surchauffe sont néanmoins contenus et les Philippines  
bénéficient de solides fondamentaux macroéconomiques. Mais une gestion rigoureuse de la politique économique sera nécessaire  
pour minimiser les risques de dérapage.  
Croissance robuste  
1-Prévisions  
L’économie philippine est l’une des plus dynamiques d’Asie. Le PIB  
a progressé de 6,8% au T1 2018, une performance comparable à  
celle des cinq dernières années (plus de 6,6% en moyenne entre  
2016  
2017 2018e 2019e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
6,9  
6,7  
6,7  
6,6  
1,8  
3,2  
4,3  
3,5  
2
2
012 et 2017, et 6,7% en 2017). La tendance se prolongera en  
018 et 2019, avec une croissance de 6,7% et 6,6% respectivement,  
-2,4  
-2,2  
-2,8  
-2,9  
Dette du gouvernement , % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
42,1  
-0,4  
41,7  
-0,8  
39,7  
-1,2  
39,5  
-1,0  
tirée par une demande interne robuste. La consommation des  
ménages, principal contributeur à la croissance, sera soutenue par  
les transferts des travailleurs expatriés et l’amélioration des  
conditions sur le marché du travail. En revanche, l’effet de  
l’augmentation des transferts sociaux (qui fait partie du plan  
gouvernemental de réduction de la pauvreté) sera, au moins  
partiellement, compensé par l’instauration ou l’augmentation des  
taxes sur un ensemble de biens de consommation. L’investissement  
Dette externe, % du PIB  
24,5  
80,7  
24,3  
81,6  
24,0  
81,0  
24,2  
80,8  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDPHP (fin d'année)  
9,5  
8,6  
7,3  
6,9  
49,8  
52,0  
54,5  
53,0  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- L’inflation accélère  
(
à
public et privé) restera également dynamique, principalement grâce  
l’ambitieux projet gouvernemental d’amélioration des  
Inflation totale en g.a. en % et contributions en points de pourcentage (pp)  
infrastructures « Build, Build, Build ». Dans le cadre de ce plan, les  
dépenses d’investissement public devraient représenter près de 7%  
du PIB chaque année jusqu’en 2022, à la fin du mandat.  
Inflation totale  Alimentation et boissons  Alcool et tabac  
 Logement  Transport  Autres  
6
5
4
3
2
1
0
Depuis son arrivée au pouvoir en 2016, le gouvernement Duterte  
s’est en effet fixé d’ambitieux objectifs : augmenter l’attractivité du  
pays, réduire la pauvreté et réformer en profondeur le système  
fiscal du pays. L’ambition économique du gouvernement contraste  
avec les méthodes radicales employées dans d’autres domaines,  
notamment dans la lutte contre la drogue et la corruption, ou encore  
les relations internationales.  
er  
Dans le cadre de la réforme fiscale appliquée depuis le 1 janvier  
-1  
2018, l'impôt sur le revenu des particuliers a été réduit, et les taxes  
-2  
sur les carburants, les voitures, le tabac, l’alcool et les boissons  
sucrées ont augmenté. Cette réforme a pour objectif d’augmenter  
les recettes fiscales de 15,2% du PIB en 2017 à 17,7% en 2022. Le  
deuxième volet de la réforme, qui n’a pas encore été voté, vise à  
réduire le taux d'imposition des sociétés (de 30% à 25%) tout en  
modernisant les dispositifs d’incitations fiscales à l'investissement et  
en supprimant les exonérations et privilèges fiscaux jugés excessifs.  
Le déficit public devrait augmenter à court terme mais rester  
contenu (à 2,8% du PIB en 2018, et inférieur à 3% d’ici 2022).  
2015  
2016  
2017  
2018  
Source : Banque centrale  
systématiquement enregistrés entre 2003 et 2015 ont permis  
d’accumuler des réserves de change. Celles-ci se situent  
actuellement à de confortables niveaux et sont une protection  
contre la détérioration de la balance courante.  
Dans le même temps, l’inflation a accéléré au cours des derniers  
mois, atteignant 5,2% en juin 2018, le plus haut point depuis près  
de dix ans. Celle-ci restera supérieure à sa moyenne de long terme  
dans les prochains trimestres. La baisse du taux de chômage (à  
,1% au T1, un des plus bas taux enregistrés depuis plusieurs  
décennies) et la hausse du taux d’utilisation des capacités de  
Les solides fondamentaux philippins permettent la mise en place  
d’une politique expansionniste : la dette publique devrait être  
inférieure à 40% du PIB en 2018 pour la première fois depuis plus  
de vingt ans (et la part de la dette libellée en devises s’est stabilisée  
autour de 30% du total), et les larges excédents courants  
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EcoEmerging// 3 trimestre 2018  
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production indiquent que l’économie est proche de son potentiel de  
croissance (estimé à 7% par le FMI).  
3
- Les IDE couvrent largement le déficit courant  
Glissement sur 4 trimestres, en % du PIB  
L’accélération de l’inflation est temporaire  
Balance courante  Investissements Directs Etrangers (net)  
5
En 2018, l’inflation devrait s’établir à 4,3% en moyenne (après 3,2%  
en 2017), soit au-delà de la fourchette fixée par la banque centrale,  
comprise entre 2% et 4%. Les pressions inflationnistes observées  
au cours des derniers mois ne devraient cependant pas représenter  
de risque à court terme. L’accélération des prix est principalement  
liée au redressement des prix internationaux des matières  
premières, ainsi qu’à des facteurs temporaires, dont les effets  
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3
2
1
0
1
devraient s’atténuer d’ici la fin 2019 .  
La hausse des composantes de l’inflation sous-jacente ne présente  
pas d’accélération aussi marquée. La progression des salaires réels  
est stable depuis 2012 et le taux de participation au marché du  
travail est en légère baisse depuis 2016. Enfin, le taux d’utilisation  
des capacités de production est en hausse continue depuis 2010,  
mais l’amélioration des infrastructures, et l’aboutissement des  
différents projets actuellement en cours, ainsi que l’évolution  
démographique de la population aux Philippines 2 , devraient  
contribuer à atténuer les risques de surchauffe.  
-
1
2
-
2
010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018  
Source : Banque centrale  
avoir affiché un excédent de 3% du PIB en moyenne entre 2003 et  
015, la balance courante est légèrement déficitaire depuis 2016  
0,4% du PIB, puis 0,8% en 2017).  
2
(
Au cours des réunions de politique monétaire des mois de mai et  
juin, la banque centrale a relevé son taux directeur, de 25 points de  
base à chaque fois, à 3,5%. La hausse du mois de mai était la  
première depuis le mois de juin 2016. Dans son dernier  
communiqué, la banque centrale évoque des anticipations  
d’inflation élevées, ainsi que le risque de pressions inflationnistes  
provenant de futures hausses salariales, pour justifier une deuxième  
hausse de taux consécutive. Enfin, le communiqué indique que la  
banque centrale se tient prête à intervenir de nouveau si nécessaire,  
en citant notamment le prix élevés des matières premières.  
Cela dit, le creusement du déficit courant ne représente pas une  
vulnérabilité à court terme : d’une part, plus du tiers des  
importations est composé de biens d’équipement destinés aux  
différents projets d’infrastructure en cours. D’autre part, le déficit  
courant reste contenu et ne devrait pas dépasser 1% du PIB en  
2
019-2020. Enfin, l’afflux d’investissements directs étrangers (IDE)  
continuera de couvrir le déficit courant, comme en 2016 et 2017.  
Bien qu’encore inférieures à la moyenne des pays de l’ASEAN, les  
entrées brutes d’IDE ont rapidement progressé au cours des  
derniers trimestres : elles représentaient 3% du PIB au T1 2018  
(
après 1,5% du PIB en moyenne entre 2011 et 2016) et devraient  
Compte tenu de la politique budgétaire expansionniste et des  
incertitudes politiques qui pourraient alimenter des pressions à la  
baisse sur le peso (qui pourraient se traduire par de l’inflation, bien  
que la propagation «pass through » soit limitée aux Philippines  
d’après les études réalisées par la banque centrale), un nouveau  
resserrement de la politique monétaire est probable d’ici à la fin de  
l’année.  
encore progresser à mesure que les projets d’amélioration des  
infrastructures aboutissent (et à condition que le climat des affaires  
ne se détériore pas). En outre, les excédents courants enregistrés  
entre 2003 et 2015 ont permis une augmentation continue des  
réserves de change, ainsi qu’une baisse de la dette externe à un  
niveau relativement bas (moins de 25% du PIB en 2017). Les  
Philippines bénéficient donc d’une position externe solide qui devrait  
le rester.  
La vulnérabilité extérieure reste faible  
Les importations augmentent à un rythme soutenu (plus de 10% en  
termes réels en 2016 et 2017) et devraient continuer à progresser  
rapidement à court terme. Le déficit commercial (qui représente  
près de 11% du PIB au T1 2018, après 10% en moyenne en 2016  
et 2017) est cependant compensé par le large excédent de la  
balance des services (grâce aux recettes liées aux activités  
d’externalisation de services et du tourisme) et surtout par l’afflux de  
revenus liés aux transferts des travailleurs expatriés. Au total, après  
Mais le peso s’est déprécié de plus de 6% contre le dollar depuis le  
début de 2018, la plus forte dépréciation enregistrée au sein des  
pays de l’ASEAN. En dépit de la très bonne performance  
économique du pays, il semble que les investisseurs soient  
sensibles à la détérioration du climat politique depuis l’arrivée de  
R. Duterte au pouvoir, au creusement du déficit courant et au risque  
de dérapage budgétaire. Les autorités devront maintenir la gestion  
rigoureuse observée au cours des dix dernières années pour  
préserver leur crédibilité, et les fondamentaux macroéconomiques  
du pays.  
1
Notamment, dans le cadre de la réforme fiscale, l’augmentation des taxes sur le  
carburant et un ensemble de biens de consommation. Les coûts de transports et  
l’alimentation représentent près de 50% du panier de l’indice des prix à la  
consommation.  
2
La part de la population en âge de travailler augmente aux Philippines, à l’inverse  
des autres pays de l’ASEAN, qui doivent faire face à une population vieillissante.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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