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30 octobre 2019  
Attractivité de la France : un bon cru 2018  
Hélène Baudchon (*)  
(
*) avec la contribution de Kenza Charef, apprentie  
Evolution des IDE des grands pays européens  
Nombre de projets  
France  – – Allemagne  Royaume-Uni  
En 2018, malgré un climat social tendu et un environnement  
économique marqué par l’essoufflement de la croissance  
européenne, le Brexit et le différend commercial sino-  
américain, les indicateurs d’attractivité de la France sont  
restés bien orientés.  
1
1
1
200  
100  
000  
1054  
1027  
D’après le baromètre EY en particulier, la France devance  
l’Allemagne et talonne le Royaume-Uni en nombre de  
projets d’investissements étrangers (IDE) sur son territoire.  
Ces projets sont essentiellement portés par l’industrie, le  
numérique et les services aux entreprises.  
960  
9
8
7
6
5
4
00  
00  
00  
00  
00  
00  
Cette attractivité de l’Hexagone témoigne de la solidité de  
ses secteurs historiques, de la densité de son écosystème  
entrepreneurial et du dynamisme de sa recherche. Les  
réformes récemment entreprises jouent également  
favorablement. Des progrès restent cependant à faire en  
matière de fiscalité et de coût du travail.  
6
78  
529  
418  
D’après l’INSEE, l’attractivité économique d’un territoire se  
définit comme « sa capacité attirer des ressources  
spécifiques provenant de l’extérieur. Les contours de  
l'attractivité économique englobent deux aspects  
à
2009  
2012  
2015  
2018  
Graphique 1  
Source : EY, BNP Paribas  
complémentaires : un aspect « productif » traditionnel et un  
aspect « résidentiel ». Ils définissent ensemble une  
géographie de l'attractivité des territoires ».  
de l’activité économique. Ces politiques sont légitimées par  
les théories de l’attractivité territoriale telles que celles  
développées par la nouvelle économie géographique ou  
l’économie industrielle.  
Attractivité : définition et mesures  
L’attractivité économique d’un territoire désigne sa capacité à  
attirer, sur une période donnée, de nouvelles activités  
économiques et des facteurs de production mobiles. Elle  
reflète la performance d’un territoire à une période donnée.  
Cette notion permet de justifier les choix d’investissements et  
d’accueil d’activités nouvelles d’un pays ou d’une région. Les  
politiques d’attractivité visent à attirer les investissements  
étrangers sur le territoire national afin d’augmenter le niveau  
La nouvelle économie géographique justifie la prise en  
compte de facteurs hors prix dans l’attractivité et la  
compétitivité d’une économie. Les choix d’implantation des  
entreprises dépendent d’externalités liées à l’agglomération  
ou à la dispersion des activités économiques. Des entreprises  
d’un même secteur peuvent ainsi être incitées à se concentrer  
géographiquement pour bénéficier d’économies d’échelle et  
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d’externalités d’infrastructures (transports, proximité et  
accessibilité des fournisseurs ou du marché, etc). Elles  
Top 10 des pays d’origine des IDE en France  
Nombre de projets en 2018  
Variation 2017-2018  
peuvent, au contraire, être amenées  
à
se disperser  
lorsqu’elles pâtissent d’externalités négatives liées à leur  
concentration, telles que la pollution, la concurrence locale  
responsable de la hausse du prix des intrants, etc. Les  
pouvoirs publics peuvent agir sur ces externalités. Par  
exemple, l’Etat peut décider d’établir des prix plafond sur les  
intrants ou développer les infrastructures, facteur essentiel  
dans le choix d’implantation des entreprises.  
1
2
Etats-Unis  
Allemagne  
Royaume Uni  
Suisse  
227  
187  
4
39  
3
78  
73  
59  
52  
42  
-1  
4
5
6
9
Les théories de l’économie industrielle viennent compléter les  
apports de la nouvelle économie géographique en mettant  
l’accent sur les ressources spécifiques d’un territoire, d’ordre  
institutionnel, industriel et technologique. La présence de  
technopoles, clusters, districts industriels au sein d’un  
territoire permettent aux entreprises de bénéficier  
d’externalités technologiques et de capital humain. Le  
développement de la recherche et de la formation de sa  
population sont aussi des clefs de lattractivité.  
Belgique  
-8  
Japon  
-2  
7
Pays-Bas  
11  
8
Italie 39  
-9  
9
Espagne  
34  
-1  
1
0
Chine 31  
Autres  
-8  
Pour définir une politique d’attractivité, tout Etat doit au  
préalable chercher à mesurer cette attractivité. Plusieurs  
indicateurs développés par des institutions supranationales,  
telles que la Banque mondiale, permettent d’en rendre  
compte. Le premier consiste à comptabiliser les flux entrants  
d’investissements directs étrangers (IDE). Le nombre  
d’emplois créés sur le territoire par les centres de décision  
étrangers est un autre indicateur important.  
205  
-26  
Graphique 2  
Source : EY, BNP Paribas  
est validé par l’indice de compétitivité du World Economic  
Forum qui classe la France quinzième pays le plus compétitif  
en 2019, en hausse de 2 places par rapport à 2018.  
Nous nous intéressons ici plus particulièrement aux enquêtes  
d’opinion développées par des cabinets de conseil, telles que  
le baromètre EY, celui de l’AmCham France (Chambre de  
commerce américaine en France), de Bain & Company ou  
encore les enquêtes de Kantar. Toutes rendent compte du  
point de vue d’investisseurs sur un pays donné. Ainsi, en  
Du côté des enquêtes d’opinion, la France reste une  
destination attractive puisque 55% des investisseurs  
américains interrogés dans le cadre de l’enquête menée en  
2
018 par l’AmCham pensent que la France est une « bonne »  
destination d’investissement. Ils étaient 48% à le penser en  
017. Le résultat de l’enquête EY pour 2018 est également  
2
2
019, 500 investisseurs ont été sondés dans le cadre de  
l’enquête de Kantar sur l’attractivité de la France tandis que le  
baromètre EY recueilli les propos de 210 chefs  
intéressant et instructif, la France se hissant à la seconde  
place du palmarès des pays européens les plus attractifs  
juste derrière le Royaume-Uni et devant l’Allemagne  
a
d’entreprises. Le rapport annuel de Business France sur les  
investissements internationaux en France est également riche  
d’informations. Il établit les caractéristiques des IDE en  
France (pays d’origine, secteurs, emplois concernés, etc.) et  
dresse un bilan de l’attractivité de l’Hexagone et du contexte  
international dans lequel ces flux d’IDE sont générés.  
(
cf. graphique 1). Elle concentre ainsi 1027 décisions  
d’investissement en 2018, devançant l’Allemagne (973  
projets) et talonnant le Royaume-Uni (1054 projets).  
Néanmoins, le nombre d’emplois créés par ces IDE reste très  
faible : 43 emplois par projet en moyenne.  
Autre résultat positif : selon EY, la France est devenue, en  
Deux autres indicateurs composites viennent compléter ces  
enquêtes. La Banque mondiale publie chaque année son  
indice Doing Business classant 190 économies en fonction de  
la qualité du climat des affaires qui y règne et leur attribue des  
scores quant à la facilité d’implantation d’une activité sur leur  
territoire. Chaque année est également établi le Global  
Competitiveness Index à la suite du World Economic Forum.  
Cet indice de compétitivité réunit les aspects macro et  
microéconomiques de la compétitivité de 140 pays en un seul  
indice. Ce dernier croise les résultats de 98 indicateurs  
concernant, notamment, les institutions, les infrastructures, la  
stabilité macroéconomique et la capacité d’innovation. Cet  
indice permet de classer les économies en fonction de leur  
degré de compétitivité.  
2
018, la première destination européenne des projets  
d’investissement dans les centres de recherche et  
développement (R&D), avec 144 projets, soit plus que  
l’Allemagne et le Royaume-Uni réunis (respectivement 64 et  
7
4 projets). La France s’est également maintenue en tête du  
palmarès européen des projets d’IDE dans l’industrie. C’est le  
secteur du numérique qui a attiré le plus d’IDE en 2018  
(
(
171 projets), suivi par les services aux entreprises  
121 projets). Au total, les cinq premiers secteurs les plus  
attractifs en France représentent 50% des investissements  
captés, faisant de la France le pays européen où la répartition  
des IDE est la plus diversifiée.  
Par ailleurs, tous types d’investissements confondus, Paris se  
place au deuxième rang des métropoles mondiales en termes  
de nombre d’IDE reçus, juste derrière Londres. La France  
accuse néanmoins un retard sur le Royaume-Uni et  
l’Allemagne dans des secteurs stratégiques comme le  
numérique et les centres de décision. En effet, bien que le  
numérique ait été le secteur le plus porteur d’IDE en 2018, la  
France reste distancée par ses concurrents britanniques et  
Etat des lieux  
En 2019, dans le classement Doing Business, la France  
obtient le score de 77,29 sur 100, en légère augmentation par  
rapport au classement 2018 (+0,99), signe que le pays résiste  
bien dans un environnement mondial et européen toujours  
plus incertain sur le plan économique et politique. Ce constat  
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allemands qui concentrent, respectivement, 288 et 218  
projets d’investissement dans ce secteur. Quant aux centres  
de décision, d’après le baromètre EY, le nombre de QG a  
régressé de 24%, un déclin d’une ampleur toutefois similaire  
à la tendance européenne (-23%).  
Le crédit d’impôt recherche  
Le crédit d’impôt recherche (CIR), un dispositif fiscal créé en 1983,  
vise à réduire le coût des dépenses de R&D des entreprises. Depuis sa  
création, un certain nombre de modifications ont été apportées. En  
2008, son mode de calcul a été repensé : les déductions d’impôt ne  
sont plus calculées sur la base de l’accroissement des dépenses de  
R&D mais sur leur volume, ce qui rend le dispositif plus incitatif pour les  
entreprises dont les dépenses n’augmentent pas ou peu d’une année  
sur l’autre. Les critères d’éligibilité n’ont, en revanche, jamais changé.  
Toutes les entreprises peuvent en bénéficier quels que soient leur  
secteur et leur taille pourvu qu’elles soient éligibles à l’impôt sur les  
sociétés (IS) et qu’elles engagent des dépenses de R&D. Les trois  
types de dépenses couvertes par le dispositif sont les recherches  
fondamentales, appliquées et expérimentales. Le taux du crédit d’impôt  
est appliqué sur le prorata des heures travaillées destinées à la  
recherche. Ce taux s’élève à 30% pour les dépenses inférieures ou  
égales à EUR 100 millions et à 5% au-delà. Le montant obtenu est  
déductible de l’IS ou se transforme en créance sur le Trésor si  
l’entreprise est non imposable. Depuis 2013, il existe en outre le crédit  
d’impôt innovation destiné aux PME qui bénéficient d’un taux de 20%  
de crédit d’impôt sur les dépenses de conception ou de réalisation de  
prototypes ou d’installations pilotes d’un produit nouveau.  
Toujours selon le baromètre EY, après avoir augmenté  
continûment pendant six ans, le nombre de projets d’IDE en  
Europe a accusé un recul de 4% en 2018. Un tel repli n’avait  
pas été observé depuis 2012. Il est également remarquable  
de constater ce signal négatif ne vaut pas pour la France,  
dont l’attractivité sest maintenue, portée notamment par  
l’industrie. Un tiers des projets d’investissement concernent  
en effet des sites de production ou des extensions de sites de  
production : un résultat qui retient l’attention alors que  
l’industrie est l’un des secteurs les plus touchés par la baisse  
des IDE sur le vieux continent.  
Cette diminution historique des IDE en Europe s’inscrit dans  
un contexte géopolitique complexe : l’absence d’accord sur  
les conditions de sortie du Royaume-Uni inquiète  
particulièrement les investisseurs. En effet, 38% des  
investisseurs interrogés dans le baromètre EY considèrent le  
Brexit comme le principal risque menaçant l’attractivité  
européenne. En tant que point d’entrée géographique sur le  
continent, la France bénéficie cependant de la situation. L’Ile-  
de-France enregistre même la plus forte progression d’IDE en  
provenance du Royaume-Uni, suivie de Madrid et Francfort.  
De plus, le Royaume-Uni apparaît comme le troisième pays  
d’origine des IDE entrants en France.  
multinationales présentes. 31% des dirigeants interrogés par  
EY pensent que réformer le dialogue social aurait un impact  
sur l’attractivité de l’Hexagone. 47% d’entre eux déplorent le  
poids des démarches administratives pour les entreprises et  
plus d’un tiers celui de la fiscalité et du coût du travail.  
De nombreuses réformes ont été engagées ces dernières  
années pour alléger ces contraintes et créer un  
environnement des affaires plus favorable. Initiée par  
François Hollande, puis poursuivie et amplifiée par Emmanuel  
Macron, la politique de l’offre est le cadre général dans lequel  
elles s’inscrivent. On citera la transformation du crédit d’impôt  
pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en baisse de charges  
pour abaisser le coût du travail ; la transformation de l’ISF en  
impôt sur la fortune immobilière (IFI) et le prélèvement  
forfaitaire unique (PFU) pour alléger la fiscalité du capital ; la  
loi PACTE, pour répondre notamment aux besoins de  
simplification administrative des entrepreneurs. Des initiatives  
telles que « Territoires d’industrie » et le Pacte productif 2025,  
en cours d’élaboration, ont aussi pour objectif de lever des  
barrières à l’entrée.  
Par ailleurs, si la réforme fiscale américaine pousse les  
entreprises américaines et étrangères à rapatrier leurs profits  
sur le sol américain, cela n’empêche pas les entreprises  
américaines de se tourner vers la France puisque les Etats-  
Unis sont les premiers investisseurs en France juste devant  
l’Allemagne. Ils concentrent 18% des projets d’investissement  
en 2018, contre 13% pour l’Allemagne (cf. graphique 2).  
Points forts et points faibles  
Les principaux facteurs d’attractivité de la France sont la  
solidité de son maillage industriel, son écosystème  
entrepreneurial et le dynamisme de sa recherche. Les  
réformes entreprises ces dernières années jouent également  
favorablement. En revanche, des progrès restent à faire en  
matière de poids de l’administration, de fiscalité et de coût du  
travail.  
La France promeut également un environnement favorable à  
l’innovation. Sa performance  en tant que destination la plus  
attractive d’Europe pour les projets de R&D  en atteste, tout  
comme le bouillonnement de la French Tech. Ce dynamisme  
de la recherche et de l’innovation est soutenu par un maillage  
solide d’incubateurs mais aussi par un ensemble d’incitations  
fiscales dont le crédit d’impôt recherche et le crédit d’impôt  
innovation (cf. encadré). Couplées au nombre d’étudiants en  
recherche avancée et d’ingénieurs, ces incitations poussent  
les géants de la Tech à renforcer leur présence dans  
l’Hexagone. L’innovation est ainsi perçue par 84% des  
dirigeants interrogés par Business France comme l’avantage  
compétitif qui permet à la France de faire la différence. La  
majorité d’entre eux saluent également le réseau de clusters  
de l’Hexagone, la possibilité de collaborer avec des équipes  
de recherche universitaires et l’accès facilité au financement.  
En 2018, la France a maintenu sa position de première  
destination d’accueil des activités industrielles en Europe  
juste devant la Turquie et l’Allemagne, rang qu’elle occupe  
depuis maintenant plus de dix ans. Selon Business France,  
ce dynamisme devrait se renforcer dans les années à venir  
puisque le gouvernement s’est engagé à revitaliser le tissu  
industriel français afin de bénéficier des effets  
d’une « révolution industrielle 4.0 ». D’après les enquêtes  
menées par Business France, plus de 84% des investisseurs  
interrogés plébiscitent plus particulièrement la qualité de la  
main d’œuvre, la montée en gamme des produits et la  
digitalisation des processus industriels.  
Si du point de vue de son attractivité, la France est sortie  
indemne du ralentissement économique européen en 2018, le  
gouvernement pourrait craindre pour 2019 les retombées dun  
climat social tendu. Le deuxième sommet « Choose France »,  
initié par le président Emmanuel Macron, avait d’ailleurs  
notamment pour but de rassurer les dirigeants des 120  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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