Emerging

Belles performances

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Eco Emerging // 1 trimestre 2021  
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VIETNAM  
BELLES PERFORMANCES  
L’épidémie de Covid-19 a été bien contenue l’an dernier et le confinement rapidement allégé. L’activité productive a  
vite redémarré à partir de mai, particulièrement soutenue par le solide rebond des exportations. D’ampleur modeste,  
le plan de soutien budgétaire a surtout reposé sur la mise en œuvre accélérée de projets d’investissement déjà pla-  
nifiés. Au final, la croissance et les déséquilibres macroéconomiques n’ont été que modérément et temporairement  
dégradés en 2020. Il demeure néanmoins un maillon faible, lié à la vulnérabilité des banques, insuffisamment capi-  
talisées, et à l’excès de dette des entreprises, notamment publiques. Certaines institutions pourraient s’avérer très  
fragilisées lorsque les mesures d’aide des autorités monétaires prendront fin en 2021.  
CRISE SANITAIRE CONTENUE  
PRÉVISIONS  
Le Vietnam a affiché une croissance économique de 2,9% en 2020,  
soit l’une des plus fortes performances dans le monde. L’épidémie de  
Covid-19 a été particulièrement bien contenue grâce à un suivi très  
strict des malades. Des mesures de confinement ont été mises en place  
graduellement dès fin janvier jusqu’à l’instauration d’un confinement  
très strict en avril, d’une durée de trois semaines seulement). Ces  
restrictions ont été levées progressivement à partir de fin avril, avec  
des réajustements dans certaines provinces en fonction de l’évolution  
de la situation sanitaire. En conséquence, après un ralentissement à  
2019  
2020e  
2021e  
2022e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation IPC, moyenne, variation annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
7.0  
2.8  
2.9  
3.2  
7.0  
3.5  
6.9  
3.9  
-3.3  
43.4  
3.8  
-6.0  
46.9  
3.2  
-4.5  
46.9  
3.5  
-4.0  
46.4  
3.8  
Dette publique, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
35.6  
78.3  
3.6  
36.3  
90.0  
4.0  
34.4  
103.0  
4.1  
32.0  
115.0  
4.1  
0
,4% en glissement annuel (g.a.) au T2, la croissance du PIB réel a pu  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDVND (fin d'année)  
rebondir à 2,7% au T3 et 4,5% au T4, et les indicateurs de mobilité sont  
revenus à des niveaux proches de la normale. Les voyages touristiques  
internationaux restent néanmoins interdits. À mi-janvier, le Vietnam ne  
comptait officiellement que 1 515 cas d’infections et 35 décès pour une  
population de 98 millions d’habitants. Alors qu’une phase d’essais d’un  
vaccin local sur la population a débuté le mois dernier, une première  
livraison de vaccins européens vient d’être annoncée.  
23 170 23 150 23 070 23 000  
e: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
PERFORMANCE REMARQUABLE DES EXPORTATIONS VIETNAMIENNES  
50USD, g.a., %, mm3m  
40  
USD Mds, mm12m  
25  
Balance commerciale (é.d.)  
Importations  
LES EXPORTATIONS, SOLIDE MOTEUR D’ACTIVITÉ  
Exportations  
Le choc de la Covid-19 a frappé une économie très dynamique, dont la  
croissance approchait 7% par an en moyenne au cours de la période  
20  
15  
10  
5
Exportations mondiales  
30  
2
015-2019 et s’établissait encore à 7% en g.a. au T4 2019. Ce dynamisme  
a été largement porté par celui du secteur manufacturier exportateur,  
qui a attiré d’importants investissements directs étrangers (IDE) et est  
progressivement monté en gamme. Les exportations de marchandises  
représentaient 80% du PIB nominal en 2019, contre 64% en 2014.  
Elles sont dorénavant essentiellement constituées de téléphones,  
20  
10  
0
0
-
-
10  
20  
-5  
-10  
-15  
1
ordinateurs et autres biens électroniques , dont la demande mondiale  
a fortement augmenté pendant la crise sanitaire. Les exportations  
ont, de fait, été un solide moteur du rebond de la croissance après le  
choc du S1 2020 (graphique 1). Après une contraction de 7% en g.a.  
au T2, elles ont rebondi rapidement et affiché une hausse de 6,5%  
sur l’ensemble de 2020 (contre 8,4% en 2019). Le Vietnam a encore  
renforcé ses parts de marché, et représentait 1,6% des exportations  
mondiales sur les neuf premiers mois de 2020 (contre 1,4% en 2019  
et 0,8% en 2014). Le secteur exportateur a été en mesure de répondre  
à l’évolution de la demande en 2020 et a également tiré profit des  
tensions sino-américaines des trois dernières années, grâce à la  
substitution de certains produits chinois par des produits vietnamiens  
-30  
2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : GENERAL STATISTICS OFFICE  
Ces dynamiques devraient se poursuivre en 2021 et 2022, le pays restant  
bien positionné pour attirer des investisseurs et continuer d’étendre sa  
base exportatrice. Une ombre au tableau est cependant apparue depuis  
décembre, lorsque les États-Unis ont qualifié officiellement le Vietnam  
de « manipulateur de sa devise » . Cette décision pourrait amener  
quelques tensions avec les États-Unis, qui absorbent environ un quart  
des exportations vietnamiennes.  
3
2
et des relocalisations d’usines vers le Vietnam .  
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1
En 2019, les téléphones et composants représentaient 1/5 des exportations du Vietnam (contre 16% en 2014) et les biens électroniques et informatiques 14% (8% en 2014). La part des  
textiles et chaussures était encore de 19% du total, et celle du pétrole, des produits agricoles et de la pêche est passée à moins 8% contre plus de 20% en 2014. Les entreprises à capitaux  
étrangers produisent 2/3 des biens exportés, une part en légère baisse depuis trois ans.  
2
3
Un récent exemple est celui d ’A pple, qui a démarré l’assemblage de certains de ses produits au Vietnam en mai 2020.  
Conséquence d’un excédent commercial bilatéral supérieur à USD 20 mds, d’un excédent courant supérieur à 2% du PIB et d’interventions sur le marché des changes supérieures à 2% du PIB.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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Eco Emerging // 1 trimestre 2021  
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Nous estimons l’excédent courant du Vietnam à 3,2% du PIB en 2020,  
contre 3,8% en 2019. La hausse de l’excédent commercial a compensé  
partiellement l’importante détérioration du déficit de la balance des  
services (chute du tourisme) et la baisse des transferts des travailleurs  
émigrés. Malgré la diminution des entrées de capitaux étrangers,  
le Vietnam a continué d’accumuler des réserves de change, qui ont  
atteint USD 89 mds en septembre, pour enfin couvrir plus de quatre  
mois d’importations de biens et services. Le dong s’est légèrement  
apprécié contre le dollar depuis la mi-2020.  
SOUTIEN MONÉTAIRE  
4
3
3
2
2
1
1
0
5
0
5
0
5
0
5
0
14  
12  
Crédit au secteur privé, g.a.,%  
Taux directeur % (é.d.)  
1
8
6
4
2
0
0
RALENTISSEMENT MODÉRÉ DE LA DEMANDE INTERNE  
La croissance du secteur manufacturier a atteint 5,8% en 2020 contre  
1
2
1,3% en 2019, et celle des services s’est établie à 2,3% contre 7,3% en  
019. Alors que les secteurs liés au tourisme (6% du PIB) sont restés  
sinistrés, les activités de services dépendant de la demande intérieure  
se sont soit maintenues pendant la période de confinement (information  
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011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020  
&
communications, santé), soit bien redressées depuis mai (commerce  
en particulier). De fait, après leur contraction pendant le confinement  
-27% en g.a. en avril), les volumes de ventes au détail ont rebondi dès  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : FMI, STATE BANK OF VIETNAM  
(
la levée des restrictions, pour afficher une baisse inférieure à 1% sur  
l’ensemble de 2020.  
entre 2014 et 2019 (de plus de 5% du PIB à 3,3%) et une réduction de sa  
dette entre 2016 et 2019 (de 47,6% du PIB à 43,4%, selon les données du  
FMI). La crise de l’an dernier ne devrait qu’interrompre temporairement  
cette tendance favorable. Le plan de soutien budgétaire a été modeste,  
estimé à environ 3% du PIB, et le déficit ne dépassera pas 6% du PIB  
en 2020. Il devrait diminuer dès 2021. Le gouvernement a financé ses  
besoins sans difficulté, sur le marché obligataire local et en utilisant  
ses réserves. Sa dette reste modérément élevée, estimée à près de 47%  
du PIB fin 2020, et devrait se stabiliser en 2021.  
Le marché du travail et les ménages vietnamiens ont été relativement  
moins affectés par le choc de la Covid-19 que dans les autres pays de  
la région, étant donné le rebond rapide de l’activité productive dès  
le T2 2020. Selon la Banque mondiale, seuls 3% de la main d’œuvre  
auraient perdu leur emploi l’an dernier. Cependant, 33% des ménages  
auraient subi une perte de revenus (contre par exemple 79% en Indo-  
nésie), les inégalités se sont creusées et les aides financières accordées  
par le gouvernement se sont révélées plus faibles que prévu. En re-  
vanche, le ralentissement de l’inflation des prix à la consommation (de  
UN TEST IMPORTANT POUR LE SECTEUR BANCAIRE  
3
,7% en g.a. au T4 2019 à 1,4% au T4 2020) a aidé les ménages.  
La croissance de la consommation privée a finalement atteint 0,6% en Il existe un important maillon faible dans l’économie vietnamienne :  
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020, contre 7,4% en 2019. Elle devrait rebondir vigoureusement dans alors que les banques sont insuffisamment capitalisées et manquent de  
les mois à venir, sans toutefois retrouver dès 2021 les niveaux affichés matelas de protection contre les chocs, les entreprises, en particulier  
avant la crise. Le ralentissement de la croissance de l’investissement dans le secteur public, sont excessivement endettées (les crédits  
a été beaucoup plus modéré (+4,1% en 2020 contre 7,9% en 2019). à l’économie représentaient 145% du PIB en 2020). Certaines de ces  
D’une part, la perte de vigueur de l’investissement privé a été contenue institutions pourraient donc être sévèrement fragilisées, constituant  
notamment grâce au maintien de solides perspectives d’exportations. alors une menace pour les finances publiques. Certes, la performance  
En particulier, les IDE ont mieux résisté au Vietnam que dans le reste du secteur bancaire s’était améliorée en 2018-2019, notamment grâce  
de la région. Selon les données de balance des paiements, les entrées au renforcement du cadre réglementaire, un profil de financements  
d’IDE n’ont bais que de 4% en g.a. sur les neuf premiers mois de 2020 plus solide et une meilleure qualité des nouveaux prêts. En outre,  
et avaient déjà retrouvé au T3 leur niveau du T3 2019. D’autre part, depuis le début de la crise sanitaire, l’assouplissement monétaire  
l’investissement public a été renforcé l’an dernier. L’accélération de la et règlementaire (baisse des taux d’intérêt, injection de liquidités,  
mise en œuvre des projets d’investissement (la plupart déjà en cours allègement des règles macro-prudentielles) et les aides apportées  
ou planifiés) a en effet constitué le volet le plus important du plan aux banques et à leurs clients (réaménagement des prêts) ont atténué  
de soutien budgétaire vietnamien. Alors que les dépenses publiques les difficultés (graphique 2). Cependant, certaines entreprises sont  
totales ont augmenté de 8% en g.a. sur les neuf premiers mois de 2020, affaiblies et rencontrent des problèmes de trésorerie, notamment dans  
les dépenses en investissement (un quart du total) ont affiché une les secteurs du tourisme et des transports, et les créances douteuses  
hausse de 40%.  
dans les portefeuilles de prêts bancaires ont commencé à augmenter.  
Leur hausse devrait s’accélérer quand les mesures de soutien prendront  
fin dans le courant de l’année 2021. Dans ce contexte, certaines petites  
banques privées en manque de fonds propres et de financements  
stables pourraient faire face à d’importantes difficultés.  
CHOC TEMPORAIRE SUR LES FINANCES PUBLIQUES  
Les finances publiques se sont consolidées au cours des cinq années  
précédant la crise de la Covid-19, laissant au gouvernement un peu  
d’espace pour absorber le choc et soutenir l’activité. En effet, grâce à  
une gestion plus disciplinée des dépenses, à la privatisation partielle  
de certaines entreprises d’État et à la forte croissance économique, le  
gouvernement a enregistré une baisse continue de son déficit budgétaire  
Achevé de rédiger le 11 janvier 2021  
Christine PELTIER  
christine.peltier@bnpparibas.com  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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