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EcoPerspectives // 2 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Inde  
Bilan économique à la veille des élections  
Après bientôt cinq années au pouvoir, le bilan de Narendra Modi est globalement positif même si la dernière année de son mandat a  
été difficile avec un ralentissement de la croissance au T3 2018/19. La croissance reste tirée par la consommation des ménages et,  
plus récemment, par les investissements privés grâce à l’amélioration de la situation financière des entreprises, à l’exception de  
certains secteurs. Les comptes extérieurs se sont légèrement détériorés sur l’ensemble de l’année 2018, la hausse du déficit courant  
n’étant plus compensée par les IDE. L’un des défis du prochain gouvernement sera de parvenir à créer un environnement plus  
favorable aux investissements domestiques et étrangers.  
Croissance robuste en 2018, malgré un ralentissement  
au T3 2018/19  
1- Prévisions  
2
017 2018e 2019e 2020e  
Au troisième trimestre de l’exercice budgétaire 2018/2019 (octobre-  
décembre 2018) la croissance économique a ralenti à 6,6% en  
glissement annuel (g.a.). Ce ralentissement s’explique en partie par  
la décélération des dépenses du gouvernement alors que la  
consommation des ménages et les investissements sont restés  
dynamiques. L’activité a ralenti dans le secteur primaire alors qu’elle  
est restée robuste dans l’industrie et les services. Pour soutenir sa  
croissance, la banque centrale indienne a abaissé à deux reprises  
(1)  
PIB réel , variation annuelle (%)  
7,2  
7,4  
3,4  
7,6  
3,3  
7,8  
4,1  
(1)  
Inflation moyenne (CPI, %)  
3,6  
-3,5  
46,9  
-1,8  
20,4  
409  
(
1)  
Solde budgétaire gouv. central / PIB (%)  
-3,3  
46,1  
-2,4  
19,4  
393  
9,1  
-3,2  
45,7  
-2,3  
19,2  
410  
9,3  
-3,0  
45,2  
-2,1  
19,1  
418  
9,5  
(
1)  
Dette gouv. central / PIB (%)  
(
1)  
Solde courant / PIB (%)  
(
1)  
Dette extérieure / PIB (%)  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDINR (fin d'année)  
(
février et avril) ses taux directeurs profitant de la modération des  
11,5  
63,9  
tensions inflationnistes (+2,6% en février en g.a.) et de la fin du  
durcissement de la politique monétaire américaine.  
71,0  
72,0  
73,5  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
1): Année budgétaire du 1er avril de l’année t au 31 mars de l’année t+1  
(
Sur l’ensemble de l’année calendaire 2018, la croissance  
économique a atteint 7,4% (contre 6,9% en 2017) soit l’un des  
rythmes les plus élevés au sein des pays en Asie. A titre de  
comparaison, elle a atteint 5,2% en Indonésie, 6,2% aux Philippines,  
2
- Ralentissement de la croissance au T3 2018/19  
(
PIB, g.a. %  Consommation des ménages (pp)  Dépenses publiques  
pp)  Investissement (pp)  Variation des stocks (pp)  
 Exportations nettes (pp)  Erreurs statistiques (pp)  
6
,6% en Chine et 7,1% au Vietnam. Cependant, en dépit d’une  
croissance solide, le revenu par tête de l’Inde reste faible  
USD 2016).  
(
1
5
0
5
0
Consolidation de la situation des entreprises  
1
La situation des entreprises privées non financières s’est  
sensiblement améliorée et elle est aujourd’hui plus solide qu’elle ne  
l’était en 2011, date à laquelle elle avait commencé à se dégrader.  
Depuis 2014, les entreprises indiennes dans leur ensemble sont  
dans un processus de consolidation financière. Leur ratio de dette  
rapportée au PIB a diminué de 5 points de pourcentage pour  
atteindre 57% au T3 2018. Selon les données sur les entreprises  
privées non-financières cotées publiées par la banque centrale,  
leurs charges d’intérêts ont baissé et s’élevaient à 22,3% des profits  
avant impôts au T4 2018 alors qu’elles atteignaient plus de 35% en  
-5  
-
10  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
Source : RBI  
secteur des télécommunications et de l’énergie ont des charges  
d’intérêts supérieures à leurs profits nets avant impôts. Dans le  
secteur de la métallurgie qui concentrait encore fin septembre 2018  
2
014. Par ailleurs, la croissance de leur chiffre d’affaires a fortement  
accéléré depuis la fin 2017 générant une hausse des profits nets de  
près de 25% au T4 2018 en dépit d’une hausse de la masse  
salariale. Ainsi, leurs profits avant impôts couvraient 4,5 fois leurs  
charges d’intérêt au T4 2018 contre seulement 2,8 fois en 2014.  
2
le taux de crédits risqués le plus important (34,2% des crédits  
selon la banque centrale), les entreprises sont parvenues à  
consolider sensiblement leur situation financière grâce à la hausse  
de leur chiffre d’affaires mais surtout grâce à la baisse de leur  
endettement. Leurs profits nets avant impôts couvraient 11,7 fois le  
paiement des intérêts au T3 2018 contre 4,3 fois en 2014.  
La situation reste néanmoins très fragile dans certains secteurs  
d’activité, notamment les télécommunications et l’énergie. Selon  
1
Crédit Suisse , 96% et 58% des entreprises respectivement du  
1
2
India corporate health tracker, February 2019.  
Somme des crédits non performants et des crédits restructurés.  
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EcoPerspectives // 2 trimestre 2019  
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Les IDE insuffisants  
3- Balance des paiements (somme sur 4 trim. % du PIB)  
En 2018, pour la première fois depuis 2013, la balance des  
paiements (hors variations des réserves de change) a affiché un  
déficit estimé à 0,2% du PIB. Il s’explique par une forte hausse du  
déficit courant associée à une baisse des entrées nettes de  
capitaux.  
Solde courant  
 Investissements nets de portefeuille  Autres investissements nets  
 Dérivés nets  Investissements directs nets  
6
4
2
Le déficit courant a atteint 2,4% du PIB en 2018, en hausse de  
0
,9 point de pourcentage par rapport à 2017. Cette détérioration  
reflète la forte hausse du déficit commercial qui a augmenté de  
,1 point de pourcentage à 6,9% du PIB. Les exportations ont crû  
0
1
de seulement 5,9% sur l’ensemble de l’année alors que la hausse  
des importations a atteint 12,1%, conséquence de l’augmentation  
des investissements et de la facture pétrolière.  
-2  
-
4
6
-
Dans le même temps, les entrées nettes de capitaux ont baissé  
pour atteindre seulement 2,2% du PIB en 2018 (contre 3% du PIB  
en 2017). Les investissements directs nets étrangers (1,2% du PIB  
en 2018), en recul par rapport au point haut de 2015-2016, ne  
suffisent plus à couvrir le déficit courant, rendant le pays dépendant  
des investissements de portefeuille et donc vulnérable à la volatilité  
sur les marchés financiers internationaux. Or, les sorties nettes  
d’investissement de portefeuille ont atteint l’équivalent de 0,4% du  
PIB. Les entrées nettes de capitaux financiers étant insuffisantes  
pour couvrir la hausse du déficit courant, les réserves de change  
ont baissé de USD 20 mds et la roupie s’est dépréciée face au  
dollar de 9% sur l’ensemble de l’année 2018. Les réserves de  
change restaient cependant suffisantes pour couvrir largement les  
besoins de financement à court terme du pays (1,3 fois). Par ailleurs,  
les entreprises indiennes sont légèrement moins exposées au  
risque de revalorisation de leur dette induit par la dépréciation de la  
roupie face au dollar qu’en 2013/2014. La part de la dette extérieure  
libellée en dollars s’élevait à seulement 45,9% de la dette totale fin  
2
013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
Source : RBI  
L’impact sur l’économie indienne serait néanmoins modéré. Selon la  
US International Trade Commission, le montant des exportations  
indiennes vers les Etats-Unis au titre de la GSP s’élèverait à  
USD 6,2 mds, ce qui représente 11,5% des exportations à  
destination des Etats-Unis soit l’équivalent de 0,23% du PIB. Les  
produits sont des produits mécaniques, des véhicules, de l’acier et  
du fer, des produits chimiques mais aussi des produits de  
consommation.  
D’importants défis pour le futur gouvernement ?  
Entre le 11 avril et le 19 mai se tiendront les élections générales qui  
permettront de renouveler l’intégralité de la chambre basse du  
Parlement et de nommer un Premier ministre pour les cinq  
prochaines années.  
2
018 alors qu’elle atteignait plus de 63% cinq ans plus tôt.  
Alors que le bilan du gouvernement de Narendra Modi est  
globalement positif grâce notamment à l’adoption de la taxe sur les  
biens et services (GST), la couverture biométrique de la population  
Au T1 2019, la balance des paiements semble s’être renforcée au  
vu de l’évolution positive de la roupie et des réserves de change.  
Sur les deux premiers mois de l’année, le déficit commercial a  
légèrement diminué grâce à la baisse des importations.  
(
projet Aadhaar) et la loi sur les faillites des entreprises, les défis qui  
attendent le futur gouvernement sont très importants. En effet,  
même si le revenu par tête en termes réels a fortement augmenté  
(+6,8% par an en moyenne au cours des cinq dernières années) et  
que le taux de pauvreté a baissé, les emplois productifs sont  
insuffisants et la part de l’emploi informel reste trop élevée (81%  
selon l’Organisation internationale du travail) pour augmenter  
significativement le niveau de développement du pays.  
L’un des objectifs du futur gouvernement sera de parvenir à stimuler  
davantage les IDE afin de soutenir la croissance et réduire la  
dépendance aux capitaux volatils. En dépit d’une amélioration  
significative de l’environnement des affaires pendant le mandat du  
gouvernement Modi, les flux d’IDE sont restés modestes et le stock  
d’IDE s’élevait à seulement 14,3% du PIB en Inde fin 2018 (contre  
2
2,5% du PIB en Indonésie et 21,7% du PIB en Chine).  
Le futur gouvernement devra parvenir à créer un environnement  
plus favorable aux investissements domestiques et étrangers. Ses  
efforts devront notamment porter sur l’éducation (pour tous) et le  
marché du travail (faciliter l’accès aux femmes, réduire les  
contraintes à l’embauche et les coûts supportés par les entreprises  
en cas de licenciement).  
Fin des tarifs préférentiels vers les Etats-Unis ?  
Depuis 1974, l’Inde bénéficie de tarifs préférentiels pour certains  
produits exportés à destination des Etats-Unis dans le cadre de la  
Generalised System of Preferences (GSP) visant à favoriser le  
développement des pays émergents. Or, le président Trump a  
annoncé qu’il pourrait supprimer cet avantage dans la mesure où  
des contraintes pèsent lourdement sur les ventes de produits  
américains en Inde, en particulier dans le domaine médical et les  
produits de première nécessité comme le lait.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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