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EcoEmerging// 3 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Indonésie  
Bonne résistance  
La croissance économique a ralenti au T1 2019 mais elle résiste, pour l’instant, à la baisse du commerce mondial. A court terme, le  
dynamisme de la consommation des ménages, qui bénéficient de mesures en faveur du pouvoir d’achat, continuerait de pallier le  
ralentissement des exportations. A plus long terme, la croissance ne devrait toutefois guère excéder 5 à 5,5%. Le président Widodo,  
nouvellement réélu, doit impérativement profiter de sa large victoire pour adopter les réformes nécessaires pour stimuler les  
investissements étrangers (IDE) et, ainsi, soutenir la croissance tout en réduisant la dépendance aux capitaux volatils. En effet,  
depuis six trimestres, les IDE, en baisse, ne sont plus suffisants pour couvrir le déficit courant qui se creuse.  
La croissance ralentit légèrement  
1-Prévisions  
Après avoir atteint 5,2% en 2018, la croissance a légèrement ralenti  
au 1 trimestre 2019 (+5,1%) reflet, d’une part, des incertitudes  
2
017  
2018  
5,2  
2019e 2020e  
er  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
5,1  
5,0  
2,6  
5,0  
induites par les élections générales d’avril et, d’autre part, de la  
baisse des prix de certaines matières premières exportées par  
l’Indonésie dans un contexte de hausse des tensions commerciales  
entre la Chine et les Etats-Unis. La consommation des ménages est  
restée dynamique, de même que les dépenses du gouvernement  
alors que les investissements ont ralenti après avoir atteint un point  
haut en 2018 (33% du PIB). La contraction des exportations (-2,1%  
en g.a.) a été plus que compensée par la forte baisse des  
importations (-7,8% en g.a.). Celle-ci a été induite notamment par le  
ralentissement des investissements, dont la contribution a baissé de  
3,8  
-2,5  
29,0  
-1,6  
34,7  
124  
6,2  
3,2  
-1,8  
30,1  
-3,0  
36,2  
114  
6,0  
3,0  
-2,0  
29,2  
-2,0  
34,0  
126  
5,4  
-1,8  
29,8  
-2,4  
34,6  
119  
5,4  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDIDR (fin d'année)  
13 567 14 380 14 100 13 900  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
0
,8 point de pourcentage par rapport au T1 2018. Les dépenses  
2
- Consolidation des finances publiques  
d’infrastructure ont décéléré suite à des retards dans la mise en  
œuvre de certains projets, alors que le ralentissement des  
investissements en machines et biens d’équipement résulte  
notamment des tensions commerciales.  
%
PIB  
Solde budgétaire (é.d.) Recettes (é.g.) Dépenses (é.g.)  
2
1
1
0
5
0
5
0
0
La croissance a ralenti dans le secteur agricole et dans l’industrie  
manufacturière, laquelle a enregistré une contraction dans certains  
secteurs producteurs de matières premières (caoutchouc, charbon)  
et les équipements de transport.  
-0,5  
-1  
-1,5  
-2  
Les indicateurs de confiance des ménages et des entreprises  
restent encore bien orientés, même si l’indice PMI manufacturier a  
baissé en juin (50,6). La consommation des ménages devrait rester  
soutenue par une hausse du pouvoir d’achat (en raison notamment  
de la modération des pressions inflationnistes), un marché du travail  
porteur et l’augmentation des dépenses sociales. Les entreprises  
sont confiantes, en particulier au regard de leurs carnets de  
commandes domestiques.  
-2,5  
-3  
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018  
Sources : MoF, CEIC  
A moyen et long terme les perspectives de croissance ne devraient  
guère excéder la moyenne de 5% enregistrée au cours des cinq  
dernières années, soit un rythme bien inférieur à l’objectif de 7%  
fixé par le président Widodo en 2014 lors de son premier mandat.  
Selon le FMI, la croissance potentielle ne pourrait atteindre 6,5% en  
 Les finances publiques restent solides  
Au cours des cinq dernières années, le gouvernement Widodo est  
parvenu à consolider les finances publiques, en réduisant la part  
des dépenses rigides et, notamment, des subventions sur l’énergie.  
2
022 que si le nouveau gouvernement poursuivait plus en avant ses  
En 2018, le déficit budgétaire a baissé de 0,7 point de pourcentage  
(pp) à seulement 1,8% du PIB, soit le niveau le plus bas depuis  
2012. Cette amélioration résulte d’une hausse du ratio des recettes  
rapportées au PIB, de 0,8 point de pourcentage à 13,1%, après cinq  
ans de baisse. L’amnistie fiscale sur les rapatriements de revenus  
conservés à l’étranger, décidée par le président Widodo en 2017,  
aurait permis d’accroître les recettes de 0,3 pp.  
réformes afin d’accroître sensiblement le niveau d’éducation de la  
population, développer encore davantage les infrastructures et  
améliorer l’environnement des affaires.  
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Dans le même temps, le gouvernement est parvenu à contenir la  
hausse de ses dépenses à 14,8% du PIB, en dépit d’une  
augmentation des subventions sur l’énergie de 0,3 pp et d’une  
hausse des charges d’intérêt de 0,1 pp (qui restent modestes, soit  
seulement 13,3% des revenus du gouvernement). Par ailleurs,  
même si le coût des subventions a augmenté, il reste inférieur de 2  
points de PIB à ce qui prévalait avant la réforme entreprise par le  
gouvernement Widodo en 2014. De plus, le gel temporaire des  
hausses des prix de l’essence, adopté en 2018, a été levé en 2019.  
3
- Hausse des besoins de financement à court terme  
 Déficit du compte courant (USD, mds, é.g.)  
 Dette à court terme par maturité résiduelle (USD, mds, é.g.)  
Réserves de change / somme des besoins de financement CT  
1
00  
2,5  
8
6
4
2
0
2
0
0
0
0
1,5  
1
Sur les cinq premiers mois de l’année 2019, le déficit budgétaire a  
augmenté par rapport à 2018. Cette légère dégradation s’explique  
essentiellement par une hausse des dépenses sociales et  
d’éducation.  
0,5  
0
Les recettes n’ont atteint que 33% de leur cible annuelle. Elles n’ont  
en effet augmenté que de 6,3% alors que le gouvernement a  
comme objectif une hausse de 11,5% sur l’ensemble de l’année.  
Dans le même temps, la hausse des dépenses a atteint 9,8%  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
Sources : Banque centrale d’Indonésie, CEIC  
(
34,7% de leur cible annuelle). Conformément à ses objectifs de  
hausse du pouvoir d’achat des ménages, visant à soutenir la  
consommation dans un contexte de ralentissement économique  
mondial, le gouvernement a sensiblement augmenté ses dépenses  
sociales (+75%). Un de ses objectifs est par ailleurs de parvenir à  
accroître les dépenses d’éducation à 3% du PIB.  
L’Indonésie reste toutefois vulnérable à l’évolution des prix des  
matières premières qui représentaient 57% de ses exportations en  
2018.  
La dégradation des comptes extérieurs depuis 2018 n’est pas une  
source d’inquiétude. Le niveau des réserves de change reste  
confortable. Ces dernières couvraient fin mai encore 1,3 fois les  
besoins de financement à court-terme du pays. En revanche, la  
baisse des investissements directs étrangers depuis 2015 est plus  
problématique. En 2018, ils s’élevaient à seulement 1,9% du PIB vs  
2,8% du PIB fin 2014, et ce, en dépit des importantes mesures  
prises par le gouvernement Widodo pour ouvrir son économie. Or,  
la baisse des IDE rend le pays plus dépendant des flux  
d’investissements de portefeuille pour assurer le financement de  
son solde courant. Ainsi au T1 2019, pour le sixième trimestre  
consécutif, la balance de base (somme du solde courant et des  
IDE) était déficitaire (0,7% du PIB).  
En dépit d’une forte baisse du déficit budgétaire, la dette du  
gouvernement a augmenté de 11,7% sur les douze derniers moins  
pour atteindre 30,3% du PIB au T1 2019. Cette augmentation  
résulte en partie de l’effet change induit par la dépréciation de la  
roupie car 41,5% de la dette reste libellée en devises. Les risques  
de refinancement à court terme sont limités, 89% de la dette  
atteignant une maturité supérieure à un an. Le refinancement de la  
dette reste néanmoins exposé à la volatilité sur les marchés  
financiers internationaux car la part de la dette du gouvernement  
détenue par les investisseurs s’élevait encore à 40,6% fin 2018.  
Les comptes extérieurs se fragilisent un peu  
Après trois ans de consolidation, les comptes extérieurs de  
l’Indonésie ont été fragilisés en 2018 par la hausse du prix du  
pétrole et par la baisse des entrées nettes de capitaux dans un  
contexte de forte volatilité sur les marchés financiers. Le déficit du  
compte courant qui s’est élevé à 3% du PIB, soit le niveau le plus  
élevé depuis 2014 (vs 1,6% du PIB un an plus tôt), n’a pas été  
totalement couvert par les entrées nettes de capitaux. Ainsi, les  
réserves de change ont baissé de USD 9 mds entre fin 2017 et fin  
Pour parvenir à réduire sa dépendance aux capitaux volatils et  
stimuler sa croissance, le pays doit attirer davantage d’IDE. La  
stratégie du président Widodo nouvellement réélu pour un second  
mandat en avril dernier vise à continuer à améliorer l’environnement  
des affaires, créer des zones économiques spéciales, développer  
davantage les infrastructures afin de stimuler l’industrie et réduire la  
part des matières premières. Mais il faudrait également augmenter  
le niveau d’éducation, réduire les contraintes sur le marché du  
travail et favoriser la diversification des exportations. Compte tenu  
de sa large victoire lors des élections générales d’avril, le président  
Widodo devrait bénéficier d’une importante marge de manœuvre  
politique pour mettre en place ses réformes.  
2
018 et la roupie s’est dépréciée de 5,7% face au dollar.  
Sur les cinq premiers mois de l’année 2019, la situation s’est  
améliorée. Les investissements étrangers ont afflué et le déficit  
commercial s’est réduit de 24% car la baisse des exportations  
(
-8,7% sur les cinq premiers mois de l’année) a été compensée par  
la contraction des importations (-9,2%). Les réserves de change et  
le cours de la roupie sont restés stables depuis la fin de l’année  
2
018.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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