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De Charybde en Scylla ?

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Eco Perspectives // 4 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 30 septembre 2020)  
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ROYAUME-UNI  
DE CHARYBDE EN SCYLLA ?  
Si le PIB britannique a rebondi depuis mai et a rattrapé la moitié du retard causé par la pandémie de Covid-19, la crise  
économique est encore loin d’être terminée. De fortes inquiétudes pèsent sur le marché du travail, les programmes  
de chômage partiel du gouvernement devant s’arrêter dans les prochaines semaines. Dans le même temps, la fin  
de la période de transition, qui maintient le Royaume-Uni dans le marché unique et l’union douanière de l’Union  
européenne, approche à grands pas. Des tensions dans les négociations font craindre une sortie sans accord. Cela  
pourrait avoir des effets de long terme sur l’économie plus importants encore que ceux liés à la crise actuelle.  
D’après les données du Bureau de la statistique nationale (Office for  
National Statistics, ONS), le Royaume-Uni a enregistré une chute de  
son PIB de près de 20% au deuxième trimestre, soit la plus grosse  
baisse en Europe. Sur l’ensemble du premier semestre, seule l’Espagne  
a fait pire (cf. graphique 2). L’indice de PIB mensuel de l’ONS montre  
que le PIB a ensuite rebondi en mai et continué d’augmenter en juin et  
juillet (le dernier mois pour lequel les données sont disponibles).  
CROISSANCE ET INFLATION (%)  
Croissance du PIB  
Prévisions  
Inflation  
Prévisions  
6
4
2
0
2
4
6
8
2.5  
1.5  
1.8  
1.3  
Néanmoins, le PIB est toujours près de 12% inférieur à son niveau  
1.3  
0.7  
1
d’avant la pandémie , ce qui est principalement dû aux secteurs des  
services et de la construction (cf. graphique 3). En particulier, l’indice  
du secteur de l’hébergement et de la restauration est toujours 60%  
plus bas que son niveau de février – en avril, il lui était environ 90%  
inférieur.  
-
-
-
-
-
-
10  
12  
-
9.7  
LES EFFETS PROLONGÉS DE LA CRISE ÉCONOMIQUE  
2018  
2019  
2020  
2021  
2018  
2019  
2020  
2021  
La reprise économique est donc bien là, mais la crise n’a pas fini  
de se faire ressentir car certains de ses effets ont été retardés par  
l’intervention des autorités. Par exemple, en ce qui concerne le marché  
du travail, plus de douze millions de personnes ont bénéficié des  
programmes de chômage partiel (Coronavirus Job Retention Scheme,  
CJRS) et de soutien aux autoentrepreneurs (Self-employed Income  
Support Scheme, SEISS). Cependant, le gouvernement prévoit de  
remplacer ces programmes en octobre et ainsi de retirer une partie de  
son soutien aux entreprises. Cela fait ainsi craindre une forte remontée  
du chômage vers la fin de l’année, certaines entreprises n’ayant pas la  
capacité de reprendre à leur charge l’intégralité des salaires de leurs  
employés.  
GRAPHIQUE 1  
SOURCES : COMMISSION EUROPÉENNE, BNPPARIBAS  
CROISSANCE DU PIB EN VOLUME (%)  
0
-
5
-
-
10  
15  
Il est vrai que, du fait notamment de ces programmes, le taux de  
chômage n’a pour l’instant que très légèrement augmenté, atteignant  
4
,1% en juillet. Mais les indicateurs avancés suggèrent une diminution  
T2 2020  
S1 2020  
de près de 700 000 du nombre total d’emplois salariés entre mars et  
août. La Banque d’Angleterre prévoit que le taux de chômage atteindra  
-20  
7
,5% à la fin de l’année. Le chancelier Rishi Sunak, pour qui maintenir  
-
25  
les travailleurs loin du marché du travail indéfiniment n’est pas la  
solution, a néanmoins annoncé qu’il continuerait de rester « créatif »  
pour trouver des solutions afin de soutenir le marché du travail.  
GRAPHIQUE 2  
SOURCE : EUROSTAT  
Autre conséquence de la crise, l’inflation restera probablement très  
faible dans les mois à venir, ce qui pourrait permettre à la Banque  
d’Angleterre d’assouplir encore sa politique monétaire si les conditions  
économiques se dégradaient de nouveau. Le taux de croissance de  
le secteur du tourisme, et au programme « Eat Out to Help Out » du  
gouvernement – qui offre aux clients des restaurants y participant une  
réduction de 50%, jusqu’à GBP 10. La Banque d’Angleterre prévoit que  
le taux d’inflation restera en dessous de 1% au moins jusqu’au début de  
l’année prochaine, soit loin de sa cible de 2%.  
2
l’indice des prix à la consommation (IPC) est retombé à 0,5% en août .  
En plus de l’impact de la crise sur la demande, cela est dû à la récente  
chute des prix du pétrole, à la baisse temporaire du taux de TVA pour  
1
2
https://www.ons.gov.uk/economy/grossdomesticproductgdp/bulletins/gdpmonthlyestimateuk/july2020  
https://www.ons.gov.uk/economy/inflationandpriceindices/bulletins/consumerpriceinflation/august2020  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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LE BREXIT, L’AUTRE GRANDE MENACE  
INDICES DU PIB ET DE SES COMPOSANTES  
Dans le même temps, la fin de la période de transition, prévue par  
l’accord de retrait signé entre le Royaume-Uni et l’Union européenne  
 Ba se 100 = fév. 2020  
(
UE), approche à grands pas. Si, comme cela est très probable, cette  
1
00  
période n’est pas prolongée, le Royaume-Uni sortira du marché  
commun et de l’union douanière de l’UE le 31 décembre 2020.  
Cependant, les négociations pour arriver à un accord de libre-  
échange patinent. Après huit cycles, elles bloquent sur deux points  
en particulier.  
Le premier contentieux concerne l’engagement des parties à assurer  
un level playing field, c’est-à-dire à définir un cadre assurant une  
concurrence « ouverte et juste » dans le long terme. Alors qu’ils  
s’y étaient engagés dans la déclaration politique qui accompagnait  
l’accord de retrait, les négociateurs britanniques refusent désormais  
non seulement de s’engager à maintenir des standards élevés, mais  
aussi de mettre en place des dispositifs empêchant les pratiques  
anticoncurrentielles.  
90  
8
7
6
5
4
0
0
0
0
0
PIB  
Indice des services  
Indice de production  
Construction  
Secteur manufacturier  
Agriculture  
févr.-20  
mars-20  
avr.-20  
mai-20  
juin-20  
juil.-20  
GRAPHIQUE 3  
SOURCE : ONS  
Les accords de pêche constituent la seconde pierre d’achoppement.  
Alors que le Royaume-Uni voudrait reprendre le contrôle de ses  
eaux, les négociateurs européens souhaitent en maintenir l’accès aux  
pêcheurs de l’UE dans des termes similaires à ceux actuels.  
Ces derniers jours, le Royaume-Uni semble avoir durci sa position  
de négociation. Le Premier ministre Boris Johnson a annoncé que le  
Royaume-Uni « passerait à autre chose » si un accord n’était pas  
trouvé avant le 15 octobre. De plus, le gouvernement a présenté un  
projet de loi qui permettrait au Royaume-Uni de rompre avec certains  
aspects de l’accord de retrait conclu avec l’Union européenne,  
pourtant légalement contraignant.  
IMPACT DE LONG TERME SUR LE PIB D’UN RETOUR AUX RÈGLES DE L’OMC  
Variation par rapport à un scénario sans sortie de l'UE (%)  
UK government (2018)  
Latorre et al. (2018)  
Ortiz and Latorre (2018)  
Jafari and Britz (2017)  
Minford et al. (2016)  
HM Treasury (2016)  
OECD (2016)  
Si le but pourrait être d’obtenir des concessions de la part de l’UE,  
les possibilités d’une sortie sans accord sont bien réelles. D’après  
les estimations des économistes, cela pourrait avoir un lourd impact  
sur la croissance du pays à long terme (cf. graphique 4). Au vu de  
la part de leur production exportée dans l’UE, certains secteurs,  
comme l’électronique par exemple, souffriraient particulièrement de  
ce divorce (cf. graphique 5).  
NIESR (2016)  
PwC/CBI (2016)  
CEP (2016)  
Ciuriak et al. (2015)  
-
9
-8  
-7  
-6  
-5  
-4  
-3  
-2  
-1  
0
GRAPHIQUE 4  
SOURCE : DIVERS  
En parallèle, le Royaume-Uni cherche à répliquer les accords de libre-  
échange que l’UE a signés avec le reste du monde. Le but est d’éviter  
de retourner aux règles de base de l’OMC, car celles-ci imposeraient  
de nombreuses barrières aux échanges.  
PART DE LA PRODUCTION DU ROYAUME-UNI EXPORTÉE DANS L’UE (%)  
Électronique  
Jusqu’ici, le Royaume-Uni a conclu une vingtaine d’accords avec  
un total de cinquante pays. Le plus important est celui conclu en  
septembre avec le Japon. Cependant, à part sur quelques points –  
comme les services financiers, le numérique ou encore le commerce  
électronique – cet accord ne va pas beaucoup plus loin que celui  
qui lie le Japon et l’Union européenne. De surcroît, selon les propres  
estimations du gouvernement britannique, cet accord n’augmentera  
le PIB du Royaume-Uni que de GBP 1,5 md dans le long terme, soit  
environ 0,07% du PIB de 2018 .  
Au final, les pays avec lesquels des accords commerciaux ont été  
conclus représentent à peine 10% du commerce total (exportations et  
importations) du Royaume-Uni. Par comparaison, les pays de l’UE en  
représentent près de 50%. Cela souligne l’importance pour l’économie  
britannique de finaliser un accord avec l’UE.  
Secteur primaire, autres  
Véhicules à moteur  
Produits chimiques  
Machines, autres  
Transport aérien  
Métaux  
Transport, autres  
Textile  
* Secteur manufacturier  
Finance  
*
*
Total  
Secteur des services  
0
5
10  
15  
20  
25  
30  
35  
GRAPHIQUE 5  
SOURCE : PIIE  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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