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Choc récessif massif

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EcoPerspectives // 2 trimestre 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
France  
Choc récessif massif  
2020 ne sera pas une année de croissance peu élevée mais résistante comme cela était anticipé au trimestre dernier. Il faut désormais  
s’attendre à un choc récessif massif, provoqué par la pandémie de Covid-19. La perte d’activité économique instantanée directement liée  
aux mesures d’endiguement est, à ce jour, estimée à 35% par l’INSEE, ce qui équivaut à amputer le PIB annuel de 3 points par mois de  
confinement. La chute libre du climat des affaires en mars donne aussi un tout premier aperçu de l’ampleur du choc. Un arsenal de  
mesures a été déployé pour amortir autant que possible ce choc. D’après nos prévisions, le PIB français se contracterait de 3,1% en 2020,  
plus qu’en 2009 (-2,8%), avant de rebondir de 5,4% en 2021. Ces prévisions sont hautement incertaines et assorties d’un risque baissier.  
La situation d’avant-crise : relativement positive  
1
- Croissance et inflation  
(
g.a., %)  
Les chiffres du T4 2019 ont, certes, nettement surpris à la baisse,  
avec une contraction inattendue du PIB de 0,1% t/t (contre une  
hausse de 0,3% prévue). Mais, d’une part, celle-ci intervenait après  
une série de cinq trimestres d’une résistance remarquable au  
ralentissement mondial. Cette contre-performance portait, ensuite et  
surtout, la trace des grèves et manifestations menées contre la  
réforme des retraites ainsi que d’autres difficultés sectorielles  
Croissance du PIB  
Inflation  
Prévisions  
Prévisions  
6
5
4
3
5.4  
2.1  
2
1
0
1
2
1.7  
1.3  
1.3  
1.3  
(
secteur automobile, sous-traitants aéronautiques) et de la douceur  
0.3  
des températures en fin d’année (qui signifie une moindre  
consommation d’énergie). Enfin, les enquêtes sur le climat des  
affaires en janvier et février continuaient de donner des signes de  
résistance et le ciel semblait se dégager sur le front de  
l’environnement international. Un rebond technique marqué au  
T1 2020 pouvait être anticipé et, sur l’ensemble de l’année, un  
maintien de la croissance proche de son rythme de 2019 (1,3%).  
-
-
-3  
-
4
-3.1  
2018  
2019  
2020  
2021  
2018  
2019  
2020  
2021  
Source : BNP Paribas Global Markets  
2- Climat des affaires  
Situation de crise : un choc de type « cygne noir »  
À peine était-il envisagé que ce scenario était ébranlé par  
l’apparition de l’épidémie de Covid-19 en Chine en janvier, avant de  
devenir totalement caduc suite à sa propagation mondiale en  
février-mars et aux mesures de confinement et aux restrictions  
d’activité prises pour l’endiguer. Le Covid-19 est un choc extrême  
de type « cygne noir » : un évènement imprévisible, de faible  
probabilité mais au coût considérable. De fait, le Covid-19 est un  
choc inédit, multidimensionnel, d’offre et de demande, brutal,  
mondial, généralisé à tous les pans de l’activité économique,  
frappant la sphère réelle et financière, avec des effets  
multiplicateurs démultipliés.  
Indice composite INSEE (é.g.)  
Indice PMI composite (é.d.)  
1
30  
20  
70  
65  
60  
55  
50  
45  
40  
35  
30  
1
110  
00  
1
9
0
80  
7
0
0
6
25  
1
998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020  
Son coût est aujourd’hui difficile, pour ne pas dire impossible, à  
quantifier compte tenu du caractère inédit du choc et parce que l’on  
en ignore la date de fin. On dispose néanmoins d’un tout premier  
aperçu de son ampleur depuis la publication des enquêtes sur le  
climat des affaires au mois de mars. Les indices PMI et de l’INSEE  
se sont, en effet, écroulés. L’indice composite du climat des affaires  
de l’INSEE a plongé de 10 points en 1 mois, à 95  du jamais-vu –  
battant de 1 point le record de baisse enregistré en octobre 2008.  
En revanche, si le niveau retombe en dessous de sa moyenne 100  
de long terme, l’indice est encore loin de son plus bas historique (68,  
en mars 2009), contrairement au PMI composite de Markit tombé à  
Sources : INSEE, Markit, BNP Paribas  
3
- Impact sectoriel des mesures d'endiguement du Covid-19  
La taille des bulles correspond à la part dans le PIB  
100  
Hébergement-restauration  
90  
80  
70  
60  
50  
40  
Services aux  
ménages  
Matériels de  
transport  
Construction  
Commerce  
Cokéfaction-  
raffinage  
Transport  
Services aux  
entreprises  
Autres branches  
industrielles  
Biens déquipement  
30  
20  
10  
0
Industries agro-  
alimentaires  
Information-  
Services  
communication immobiliers  
3
0,2. Une fois n’est pas coutume, c’est le secteur manufacturier qui  
Services non  
marchands  
Energie,  
résiste le mieux, avec une baisse limitée de 3 points de l’indice  
INSEE quand le plongeon atteint 14 points dans les services et 13  
points dans le commerce de détail. La stabilité dans le bâtiment  
n’est pas significative.  
eau, déchets  
Agriculture  
Services financiers  
0
2
4
6
8
10 12 14 16 18 20 22 24 26  
Part dans le PIB, %  
Sources : INSEE, OFCE (policy brief n°65, mars 2020), BNP Paribas  
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Pour l’ensemble de ses enquêtes, l’INSEE avertit en effet que,  
compte tenu du contexte, les statistiques de mars peuvent être  
moins précises qu’à l’accoutumée, les réponses collectées étant  
pour la plupart antérieures au 16 mars, date de l’annonce du  
confinement. Dans chaque secteur, ce sont les soldes d’opinion  
relatifs aux perspectives d’activité qui ont chuté le plus lourdement ;  
le climat de l’emploi, quant à lui, perd 9 points.  
- garanties : garantie de l’État sur les prêts de trésorerie octroyés  
entre le 16 mars et le 31 décembre (pour EUR 300 mds) ;  
réassurance publique sur les encours d’assurance-crédit (pour  
EUR 10 mds) ; augmentation de divers dispositifs d’assurance  
publique à destination des entreprises exportatrices.  
Le plan de soutien porté par lÉtat totalise, au départ, EUR 45 mds,  
une enveloppe présentée comme un minimum. À ce soutien  
budgétaire et financier s’ajoutent les mesures au niveau européen,  
le soutien monétaire de la BCE et des assouplissements prudentiels  
pour le secteur bancaire visant à juguler le durcissement des  
conditions monétaires et financières et à assurer le bon financement  
de l’économie. Elles paraissent adaptées aux problèmes posés par  
la crise, elles doivent dorénavant prouver leur efficacité. L’effet  
amortisseur de la chute des prix du pétrole est d’un piètre secours  
dans l’immédiat mais constitue un facteur de soutien potentiel  
important pour l’après-crise.  
Du côté de la confiance des ménages, un effet « collecte » a limité à  
1
point la baisse de l’indicateur résumé de l’INSEE. D’après l’institut,  
la publication reflète essentiellement l’opinion des ménages sur la  
situation économique début mars. Mais même alors, les inquiétudes  
commençaient à poindre. En effet, les soldes d’opinion relatifs à  
l’opportunité de faire des achats importants et ceux sur les  
perspectives d’évolution du niveau de vie en France et du chômage  
se sont fortement dégradés. Il faut s’attendre à une baisse marquée  
de la confiance des ménages en avril et à ce que celle du climat des  
affaires se poursuive, en espérant qu’elle soit moins « verticale ».  
La situation d’après-crise : quel profil de reprise ?  
Parallèlement à ses enquêtes sur le climat des affaires, l’INSEE a  
publié une première estimation de la perte d’activité économique  
directement liée aux mesures d’endiguement du Covid-19. Cette  
perte instantanée est estimée à 35%, ce qui équivaut à amputer le  
PIB annuel de 3 points par mois de confinement. L’OFCE et l’OCDE  
obtiennent des estimations proches : perte d’activité mensuelle  
d’environ 30% et 25% et choc négatif sur le PIB de 2,6 points et  
L’appréciation du profil de la reprise n’est pas moins difficile que  
l’estimation de l’ampleur du choc récessif provoqué par le Covid-19.  
La reprise en V (redémarrage de l’activité et retour à la normale et  
au niveau d’avant-crise rapides, c’est-à-dire d’ici la fin 2020) est le  
scénario espéré et il est du domaine du possible. Aussi brutal et  
généralisé soit-il, le choc économique provoqué par le Covid-19 est  
a priori temporaire et n’a pas les racines profondes de la crise  
financière de 2008. De plus, les réactions de politique économique  
ont été rapides et massives et continueront d’être à pied d’œuvre si  
besoin. L’économie pourrait s’en relever rapidement une fois le  
risque sanitaire écarté, mais toute la question est de savoir quand.  
D’ici là, plus la crise dure, plus la capacité d’un rebond rapide et  
global s’érode. Si l’on regarde la situation par secteurs d’activité, on  
ne peut pas dire « plus dure a été la chute, plus rapide sera la  
reprise ». Le tourisme, le transport aérien ou l’aéronautique, pour ne  
citer que ces trois exemples au cœur de l’économie française,  
mettront probablement longtemps avant de retrouver leur niveau  
d’avant-crise. Ensuite, parmi les dépenses de consommation,  
d’investissement non effectuées, nombre d’entre elles ne seront  
jamais rattrapées. Par ailleurs, à supposer que la demande soit au  
rendez-vous, l’offre le sera-t-elle ? Et réciproquement. Enfin, le  
retour de la confiance est un autre paramètre déterminant. Le  
scénario en V n’apparaît donc pas le plus probable ; un scénario en  
U, avec un temps de récupération plus long, paraît plus réaliste. Un  
scénario en L n’est pas à exclure, selon les séquelles, les effets  
d’hystérèse, les changements de comportement issus de cette crise.  
1
d’environ 2 points, respectivement . Ce chiffre global de perte  
d’activité masque des disparités sectorielles importantes en termes  
d’ampleur de la baisse (cf. graphique 3) et l’effet (légèrement)  
amortisseur des quelques secteurs dont l’activité se maintient ou  
s’accroît (commerce alimentaire, e-commerce, pharmacie,  
télécommunications, santé). Plus globalement, la structure  
sectorielle de l’économie française lui est à la fois favorable et  
défavorable dans la crise actuelle : le poids des services non  
marchands en atténue l’impact mais celui des services marchands,  
habituellement amortisseur, l’augmente, au contraire.  
Face au choc, un arsenal de mesures a été déployé pour préserver  
autant que possible l’appareil productif, l’emploi, les revenus  
individuels, la trésorerie des entreprises, éviter les défaillances en  
chaîne, faire en sorte que, une fois la crise sanitaire passée, le retour  
au travail et la remise en route de l’économie soit les plus rapides  
possibles. On peut les regrouper en trois grandes catégories :  
-
soutien direct : simplification et renforcement du dispositif de  
chômage partiel (EUR 8,5 mds pour deux mois) ; dépenses  
additionnelles de santé (EUR 2 mds) ; fonds de solidarité pour  
les plus petites entreprises, les indépendants, les professions  
libérales et les micro-entrepreneurs les plus touchés (EUR 1 md  
par mois) ; allègement des conditions de versement de la prime  
Macron et doublement de son montant à l’étude (à EUR 2 000)  
reports (pour les entreprises et les indépendants) : charges  
fiscales et sociales payables en mars (EUR 32 mds) ; loyers,  
factures d’eau, de gaz et d’électricité (pour les plus petites  
entreprises en difficulté) ; échéances bancaires pendant 6 mois  
En conclusion, d’après nos prévisions, le PIB français se  
contracterait de 3,1% en 2020 (moyenne annuelle cvs-cjo), une  
baisse plus importante qu’en 2009 (-2,8%), avant de rebondir de  
-
5,4% en 2021. Il va sans dire que ces prévisions sont hautement  
incertaines et assorties d’un risque baissier.  
https://read.oecd-ilibrary.org/view/?ref=126_126496-  
evgsi2gmqj&title=Evaluating_the_initial_impact_of_COVID-  
19_containment_measures_on_economic_activity.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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