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EcoEmerging // 3 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Chine  
Coup dur  
Le secteur exportateur subit de plein fouet les effets des mesures tarifaires américaines, la consommation privée marque le pas, et  
l’investissement ralentit en conséquence. Alors que la demande interne pourrait montrer des signes d’amélioration à court terme  
grâce aux mesures d’assouplissement monétaire et de relance fiscale, les perspectives d’exportation dépendent des négociations  
entre Pékin et Washington, dont le résultat reste très incertain. Les autorités devraient faire un usage limité de la politique de change  
afin de ne pas créer de source d’instabilité financière. En outre, l’excédent courant s’est redressé depuis quelques mois.  
La croissance chinoise continue de ralentir. Après quatre trimestres  
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- Prévisions  
de décélération, la progression du PIB réel s’est stabilisée à 6,4%  
en glissement annuel (g.a.) au T1 2019, mais s’est de nouveau  
inscrite en baisse au deuxième trimestre. Les difficultés du secteur  
exportateur sont le premier facteur de ralentissement de l’activité,  
auquel s’ajoute la performance très terne de la demande interne.  
2017  
2018 2019e 2020e  
PIB réel, variation annuelle, %  
6,8  
6,6  
6,2  
6,0  
Inflation, IPC, moyenne annuelle, %  
Solde budgétaire réalisé, % du PIB  
Dette du gouvernement central, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
1,6  
2,1  
2,2  
2,6  
-3,7  
-4,2  
-4,4  
-4,5  
16,4  
1,6  
16,6  
0,4  
19,6  
0,1  
22,1  
-0,5  
Secteur exportateur sous le choc  
La hausse des droits de douane américains sur les achats de biens  
chinois constitue un sérieux coup dur pour les entreprises  
exportatrices, d’autant plus qu’elles ont été introduites dans un  
contexte mondial déjà marqué par le ralentissement des échanges  
commerciaux. En plus des conséquences directes sur les livraisons  
de marchandises de la Chine vers les Etats-Unis, les tensions entre  
les deux pays et la montée du protectionnisme ont commencé à  
peser indirectement sur la demande mondiale via des effets sur la  
confiance des entreprises et l’investissement. Les effets en cascade  
des hausses des droits de douane à travers les chaînes de valeur  
en Asie sont également rapidement apparus.  
Dette externe totale, % du PIB  
14,4  
14,5  
14,0  
14,0  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDCNY (fin d'année)  
3 140  
3 073  
3 087  
3 100  
17,0  
6,5  
14,5  
6,9  
14,5  
6,9  
14,0  
6,7  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
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- Les exportations de marchandises se réduisent  
Exportations en USD, glissement annuel, %, moyenne mobile 6 mois  
Total  Vers les Etats-Unis  Vers l’Asie ▪▪▪ Vers l’Europe  
30  
L’évolution des exportations chinoises est passée de +14% en g.a.  
au S1 2018 à +8% au S2, puis est devenue légèrement négative  
sur les cinq premiers mois de 2019. Elle est tirée à la baisse par la  
contraction des exportations vers les Etats-Unis : à USD 480 mds  
en 2018 selon l’Administration générale chinoise des douanes (19%  
des exportations de la Chine), elles ont chuté de 9% sur les cinq  
premiers mois de 2019 (graphique 2). Les importations américaines  
des biens chinois ayant subi une hausse des droits de douane de  
25  
20  
1
5
0
5
0
5
1
-
-10  
25% dès juillet-août 2018 (environ USD 50 mds) se sont rapidement  
-15  
contractées. Leur baisse atteignait environ 30% en g.a. sur les  
quatre premiers mois de 2019. Les USD 200 mds d’importations  
des biens ayant subi une hausse de 10% en septembre 2018,  
passée à 25% en mai 2019, ont également rapidement chuté (après  
une période de rebond au T3 2018 en anticipation des mesures  
tarifaires). Leur baisse dépassait déjà 20% en g.a. sur les quatre  
premiers mois de l’année, et elle s’est très certainement aggravée  
en mai-juin.  
2
011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019  
Source : Administration générale chinoise des douanes  
Ralentissement marqué de la consommation privée  
La consommation privée marque le pas. La progression des ventes  
au détail a atteint un nouveau point bas en avril-mai 2019, de 7,9%  
en g.a. en valeur (contre 9% en moyenne en 2018) et 5,8% en  
volume (contre 7% en 2018). Alors que la contraction des achats  
d’automobiles (-3% en 2018 et -13% en g.a. en janvier-mai 2019) a  
lourdement pesé sur la performance globale (elles représentent  
environ 10% de la valeur totale des ventes au détail), d’autres  
secteurs ont subi un affaiblissement de leurs ventes, notamment les  
biens d’équipement (en lien avec le repli des transactions  
immobilières) et les produits de loisir. La progression des ventes de  
Les exportations de la Chine vers la région Asie (48% de ses  
exportations) sont également en baisse depuis décembre (-2% en  
g.a.), signe d’une transmission rapide des mesures protectionnistes  
américaines sur les autres partenaires commerciaux insérés dans  
les chaînes de valeur régionales. Les exportations vers l’Europe  
(
19% des exportations totales) continuent d’augmenter, mais ont  
néanmoins perdu en vigueur depuis six mois, progressant de 7% en  
g.a. en moyenne contre 11% au cours des six mois précédents.  
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EcoEmerging // 3 trimestre 2019  
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biens par internet s’est modérée depuis le S2 2018, mais elle reste  
robuste (+22% en g.a. sur les cinq premiers mois de 2019). De  
même, la consommation de services reste dynamique (elle  
représenterait actuellement près de la moitié des dépenses totales  
de consommation interne), mais son ralentissement semble  
néanmoins s’être accentué au cours des derniers mois.  
3
- L’excédent courant se maintient  
%
of GDP, moyenne mobile 4 trimestres  
Balance courante  Commerce de produits manufacturés  
Commerce de produits primaires  Services  Transferts  
1
0
5
0
5
La mauvaise performance de la consommation privée est  
inquiétante, car elle retarde le processus de rééquilibrage de  
l’économie à un moment où la Chine fait face à des conditions  
externes très défavorables. La morosité des consommateurs chinois  
est elle-même en partie liée aux difficultés du secteur exportateur et  
à leurs conséquences sur la confiance et le marché du travail. De  
fait, la sous-composante « emplois » de l’indice PMI du secteur  
manufacturier publié par le Bureau statistique chinois se détériore  
rapidement depuis septembre 2018 et a atteint un point bas en juin  
-
-
10  
2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019  
2
019 (à 46,9 contre une moyenne de 48,9 sur la période 2017-  
Source : SAFE  
2
018).  
L’inflation des prix à la consommation a accéléré, atteignant 2,6%  
en g.a. en mai-juin 2019 contre 2,3% en moyenne en 2018 et 1,6%  
en 2017. Elle a été principalement tirée par la forte hausse des prix  
alimentaires depuis trois mois (+6,9% en g.a. en avril-mai, contre  
relance fiscale lancées depuis le début de 2019 et à la poursuite  
d’un assouplissement prudent de la politique de crédit.  
Détérioration limitée des comptes externes  
1
,8% en moyenne en 2018) alors que l’inflation sous-jacente a  
La politique de change devrait également rester prudente. Depuis  
l’an dernier, les autorités chinoises ont réagi aux mesures tarifaires  
américaines en laissant s’affaiblir le yuan par rapport au dollar (de  
légèrement baissé, de 1,8% fin 2018 à 1,6% en mai 2019, signe du  
manque de dynamisme de la demande interne. Les tensions  
inflationnistes ne devraient donc pas gêner le biais accommodant  
de la politique monétaire à court terme, mais elles pèseront sur les  
revenus réels. La hausse du revenu disponible par tête a déjà  
ralenti l’an dernier, passant de 7,3% en 2017 en termes réels à  
9
2
,1% entre fin mars 2018 et fin décembre, puis de 2,5% en mai  
019). Ces épisodes de dépréciation permettent de compenser  
partiellement les effets des hausses de droits de douane sur les  
exportateurs. Ils pourraient se répéter, mais devraient néanmoins  
rester d’ampleur modérée, temporaires et suivis de mouvements de  
légère réappréciation. Une dépréciation trop rapide du yuan pourrait  
en effet provoquer des périodes d’instabilité financière et de sorties  
de capitaux, que Pékin souhaite éviter.  
6,5% en 2018, et 6,8% en g.a. au T1 2019.  
Enfin, le ralentissement de la consommation s’explique aussi par la  
moindre progression des prêts immobiliers et du crédit à la  
consommation. Celle-ci découle du maintien de règles prudentielles  
encore relativement strictes pour encadrer l’activité sur le marché  
immobilier, du resserrement réglementaire dans le secteur financier  
réalisé depuis fin 2016, et des mesures de répression plus  
récemment introduites pour réduire le nombre de plateformes P2P  
de prêts entre particuliers. Parallèlement, le poids de la dette des  
ménages s’est alourdi au cours des dernières années, ce qui a pu  
commencer à peser sur leur consommation. La dette des ménages  
représentait 53% du PIB à la fin de 2018, contre 49% fin 2017 et  
La dynamique récente des comptes externes tend, pour le moment,  
à réduire les pressions à la baisse sur le yuan. L’excédent  
commercial, qui avait diminué rapidement en 2018, s’est de  
nouveau élargi depuis le début de 2019 (USD 131 mds sur les cinq  
premiers mois de l’année, contre USD 102 mds sur la même  
période en 2018) malgré la mauvaise performance des exportations.  
Les importations ont en effet diminué plus fortement étant donné les  
moindres besoins d’intrants dans l’industrie, l’affaiblissement de la  
demande interne et la baisse des prix des matières premières. Le  
déficit de la balance des services reste important du fait du  
dynamisme du tourisme chinois à l’international, mais il est resté  
stable et proche de 2% du PIB depuis l’an dernier. Au final,  
l’excédent courant, qui s’est réduit de 1,6% en 2017 à 0,4% en 2018,  
s’est redressé légèrement au T1 2019 (graphique 3). Du côté du  
compte financier, les flux nets de capitaux ont été relativement  
stables depuis le début de 2019. Les réserves de change ont  
d’ailleurs légèrement augmenté, pour atteindre USD 3100 mds fin  
mai 2019.  
33% fin 2013.  
En réponse à l’affaiblissement des exportations et de la  
consommation privée, l’investissement a également ralenti sur les  
cinq premiers mois de l’année, notamment dans le secteur  
manufacturier (+3,2% en g.a. en valeur, contre 6,2% en 2018).  
Le ralentissement de la croissance économique devrait se  
poursuivre à très court terme. Les perspectives d’exportation sont  
très incertaines, les sources de désaccord entre Washington et  
Pékin restant très fortes malgré la reprise attendue des négociations.  
Du côté de la demande interne, les principaux facteurs à l’origine du  
ralentissement de la consommation privée devraient persister.  
Néanmoins, les ménages et les entreprises pourraient bientôt  
commencer à accroître leurs dépenses en réponse aux mesures de  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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