EcoWeek

Coup de froid

La dette importante en dollars accumulée par les émetteurs des marchés émergents ces dernières années, en particulier les  
entreprises, a accru leur sensibilité à l’appréciation du billet vert La hausse des rendements des Treasuries, le raffermissement  
soudain du dollar et des problèmes spécifiques à certains pays ont déclenché des sorties de portefeuille considérables et un  
fléchissement des devises émergentes  
Les quatre derniers mois ont été difficiles pour les marchés émergents. Une  
situation qui contraste avec 2017 où, d’après un rapport de la BRI, les  
émissions de dette en dollars avaient bondi de 22 %.  
Depuis 2013, profitant de la faiblesse des taux US, les émetteurs des pays  
DETTE ET DEVISES DES MARCHES EMERGENTS  
Taux des obligations d’entreprises des pays émergents – US T. Notes 10 ans, %  
US Treasury Notes 10 ans, %  
00/ indice JP Morgan de change des pays émergents (é.d.)  
1
émergents et, notamment, les entreprises, se sont lourdement endettés en  
dollars, au risque de générer des problèmes en cas de hausse du billet vert.  
Or ce risque c’est récemment matérialisé (cf. progression de la courbe  
orange), le raffermissement soudain du dollar étant la goutte d’eau qui a fait  
déborder le vase. La hausse des rendements des Treasuries à partir de  
l’automne 2017 n’a pas, dans un premier temps, entraîné un élargissement  
de l’écart de rendement (courbe noire). La détérioration du sentiment a  
débuté avec l’augmentation, en février, de la volatilité du marché. Plus  
récemment, la fermeté du dollar, conjuguée à la hausse des rendements US,  
aux inquiétudes liées aux conflits commerciaux et à des problèmes propres à  
certains pays (Turquie, élections au Brésil et au Mexique, Russie, Argentine)  
ont créé les conditions d’une tempête avec contagion à d’autres. Néanmoins,  
l’écart de rendement des obligations d’entreprises des pays émergents reste  
inférieur au niveau atteint après le taper tantrum de mai 2013, lorsque Ben  
Bernanke avait dit qu’à un moment donné, le programme d’assouplissement  
quantitatif devrait être allégé. Après plusieurs mois, les choses ont fini par se  
calmer. L’histoire va-t-elle se répéter ? Cela dépend de cinq facteurs : 1) les  
taux US : dans notre scénario de base, trois relèvements supplémentaires  
5
,0  
4,5  
,0  
3,5  
,0  
2,5  
,0  
1,5  
,0  
1,60  
1,52  
1,44  
1,36  
1,28  
1,20  
1,12  
1,04  
0,96  
4
3
2
1
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
Sources : Thomson Reuters, BNP Paribas.  
cette année et un autre en 2019 limiteraient la hausse des rendements des Treasuries, ce qui soutiendrait l’appétit des investisseurs pour les  
stratégies de portage comme la dette des émergents ; 2) le dollar, dont nous prévoyons un nouveau glissement face à l’euro qui devrait être  
bénéfique aux devises émergentes et alléger la charge de la dette des pays endettés en dollars ; 3) le recul du dollar serait un facteur de soutien pour  
les prix des matières premières et une bonne nouvelle pour les exportateurs de ces mêmes matières premières (même si le gain net pourrait être  
négatif) ; 4) l’environnement de croissance dans les marchés émergents (malgré le léger repli général des indices PMI, certains pays ont connu  
récemment une amélioration) ; 5) la crédibilité des politiques mises en œuvre dans certains pays émergents (viabilité des finances publiques,  
autonomie de la banque centrale). Au vu de ces éléments le calme devrait donc revenir.  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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