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TYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01//EN" "http://www.w3.org/TR/html4/strict.dtd"> croissance economique-perspective-PIB-fonds de stabilisation-compte public-frr-bancaire-Algerie-etudes economiques-bnpparibas

Algérie

Croissance sous perfusion

L’économie souffre mais ne fléchit pas, ou du moins pas encore. D’ici à la fin de l’année, les réserves accumulées dans le fonds de stabilisation seront sans doute épuisées alors que la remontée des cours du pétrole, si elle venait à se confirmer, sera insuffisante pour rééquilibrer les comptes publics. Le faible endettement public laisse encore quelques marges de manœuvre. Mais les inquiétudes demeurent sur la capacité future d’investissement de l’Etat. Les réformes avancent sans pour autant convaincre totalement. Dans un contexte de choc durable, il faudra en faire plus pour lever les contraintes sur le développement du secteur privé. En outre, la stabilité du système financier n’est pas menacée mais la liquidité est plus tendue.

La croissance résiste, les déséquilibres s’envolent

Avec un secteur des hydrocarbures qui génère plus de 95% des exportations et environ 60% des recettes du gouvernement, l’économie algérienne souffre. Pour autant, elle continue d’afficher des performances satisfaisantes sur le plan de la croissance. En 2015, la progression du PIB s’est stabilisée à 3,8%. Hormis les

Emirats Arabes Unis, aucun autre pays pétrolier de la région n’a enregistré de meilleurs résultats. Surtout, l’économie ne montre pas de signes tangibles de décélération. Sur les six premiers mois de l’année, la croissance aurait en effet atteint 3,6%, soutenue entre autre par le regain de dynamisme du secteur des hydrocarbures (+3,2%) après une quasi-stagnation en 2015 (+0,6%) et surtout un déclin interrompu entre 2006 et 2014. En outre, si la croissance hors-hydrocarbures s’est essoufflée, passant de 5,7% au T4 2015 à 3,8% au premier semestre, c’est essentiellement en raison des mauvaises conditions climatiques qui ont affecté la campagne agricole (12% du PIB). Pour les secteurs de la construction ou des services, deux des principaux piliers de l’économie, le ralentissement serait nettement moins prononcé, ce qui expliquerait en partie la baisse surprise du taux de chômage officiel de 11,2% en septembre 2015 à 9,9% en avril. Dans tous les cas, on est bien loin des difficultés escomptées à la mi-2015 même si le second semestre devrait être moins porteur en raison d’une inflation qui culmine désormais autour de 8% contre 5% en début d’année.

Néanmoins, cette résilience a un coût. Le déficit budgétaire a plus que doublé en 2015 pour atteindre 16,2% du PIB, sous l’effet combiné d’un volume record de dépenses publiques (46% du PIB, en hausse de 6 points par rapport à 2014) et d’une contraction d’un peu plus de 10% des ressources budgétaires. Or, à fin juin 2016, le solde global du Trésor affichait encore un déficit équivalent à 50% de celui de 2015 et à 70% du budget prévisionnel de 2016. Autrement dit, la dynamique des finances publiques reste pour l’instant inchangée malgré les engagements pris par l’Etat de réduire les dépenses de 9%. Dans le même temps, ¾ du déficit semestriel a été financé par le Fonds de Régulation des Recettes (FRR), soit un prélèvement de 1333 milliards de dinars sur un stock de 2151 milliards à fin 2015. Légalement, le FRR ne peut descendre au-dessous du seuil de 740 milliards de dinars, ce qui laisse penser que les réserves fiscales disponibles seront totalement épuisées d’ici la fin de l’année.

La détérioration des comptes extérieurs témoigne également de l’acuité du choc. La balance commerciale a basculé significativement dans le rouge en 2015 et les statistiques douanières sur les sept premiers mois de 2016 dépeignent un panorama toujours sombre. De fait, les exportations à fin juillet ne

1- Prévisions

f: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe

2- Erosion des amortisseurs

Sources: Banque centrale, Ministère des finances, BNP Paribas

couvraient plus que 56% des importations contre 70% au cours de la même période en 2015. Malgré le rebond récent des cours du pétrole, le déficit de la balance des paiements courants restera donc historiquement élevé, à hauteur de 16% du PIB en 2016 avant de se résorber légèrement en 2017 (14,1% du PIB). En l’absence de flux de capitaux significatifs, la liquidité extérieure va continuer de se détériorer. Au total, les réserves de change devraient revenir en deçà de USD 100 mds à fin 2017 contre un pic de USD 195 mds en 2013. Pour autant, la solvabilité extérieure n’apparaît pas en danger, du moins à court terme. Même en forte baisse, les réserves de change couvriraient encore vingt mois d’importations de biens et services. Surtout, l’économie n’est quasiment pas endettée en devise.

Inertie de la dépense publique

Disposant de réserves financières abondantes, les autorités ont donc décidé d’amortir le choc pétrolier au prix de déséquilibres macroéconomiques significatifs. Bien que cohérente dans un premier temps, cette stratégie d’ajustement graduel laisse néanmoins de nombreuses questions en suspens. En particulier, la dynamique des finances publiques constitue une source d’inquiétude majeure alors que l’Etat reste encore un acteur incontournable de l’économie (42% de la population active occupée travaille dans le secteur public).

Le gouvernement a besoin actuellement d’un cours du pétrole à hauteur de 90 dollars pour équilibrer ses comptes publics. La remontée des cours du pétrole, si elle se confirmait, ne sera donc pas suffisante. Comme le FRR sera probablement épuisé dès 2016, l’accumulation de déficits budgétaires à partir de 2017 va se traduire par une reprise rapide de l’endettement public. Selon nos estimations, la dette publique dépasserait 30% du PIB en 2020 contre 12% en 2015. Néanmoins, cela suppose une modération de la croissance des dépenses publiques qui est loin d’être acquise. La croissance démographique reste soutenue (+2% l’an). En outre, le poids de la masse salariale des fonctionnaires en pourcentage du PIB a doublé en l’espace de dix ans et le coût des transferts sociaux reste colossal malgré les ajustements effectués début 2016. Dans ce contexte, la politique d’investissement de l’Etat risque de constituer la variable d’ajustement au détriment de l’activité

économique même si le niveau élevé de l’investissement public (14,5% du PIB sur les cinq dernières années) offre certainement des possibilités de rationalisation.

Des réformes très graduelles

En outre, pour que l’ajustement graduel fonctionne, il faut qu’il soit accompagné d’un programme de réformes destinées à lever les freins au développement du secteur privé. Or, la stratégie d’ensemble manque encore de visibilité. D’un côté, un nouveau code de l’investissement offrant de nombreux avantages fiscaux vient d’être édicté, la réglementation sur l’utilisation des devises pour les entreprises exportatrices a été assouplie et le gouvernement envisage de permettre aux principales banques publiques de s’introduire en Bourse avec la possibilité, pour des investisseurs étrangers, de participer aux opérations. De même, la règle 51/49 qui limite la participation étrangère dans tout nouveau projet d’investissement à un maximum de 49%, est sortie du giron du code de l’investissement pour intégrer la loi de finances, offrant plus de flexibilité aux autorités pour la retoucher. Une première

étape a d’ailleurs été franchie puisque le budget 2017 prévoit sa suppression pour le secteur bancaire. Néanmoins, elle resterait encore en vigueur pour les autres secteurs, soulignant les difficultés à avancer vers plus de libéralisation alors que l’économie a un besoin pressant de restaurer son d’attractivité. Depuis 2012, les flux entrants d’investissements directs étrangers ont constamment été inférieurs à 1% du PIB contre plus de 3% au Maroc. La réduction des contraintes administratives ou encore la diminution du poids de l’économie informelle devront également être mises en place. C’est une stratégie au long cours. Mais plus le temps passe, plus les marges de manœuvre se réduisent.

3- Crédits et dépôts des banques

Source : FMI

La stabilité du système financier sous surveillance

A l’image du reste de l’économie, le secteur bancaire a bien résisté jusqu’à présent. Le taux de créances non-performantes, certes élevé, est resté stable à 9,4%. Le ratio de solvabilité atteint 17% en 2015, soit largement au-dessus des normes règlementaires, et la rentabilité de l’ensemble du système a continué de progresser grâce à la bonne dynamique du crédit. Les banques peuvent

également s’appuyer sur un matelas de liquidités constitué durant la période de prix du pétrole élevés. A court terme, la stabilité du système financier n’est pas menacée.

En revanche, les conséquences d’un choc durable ne doivent pas être sous-estimées. En plus d’une hausse probable du risque de crédit, en raison des incertitudes sur les perspectives de croissance et de l’exposition élevée aux entreprises publiques (51% des encours de crédit à l’économie), les banques vont devoir s’adapter à un nouvel environnement sur le plan de la liquidité. De fait, le déclin des recettes pétrolières et les besoins croissants de financements des entreprises pèsent considérablement sur la collecte des dépôts. A fin juillet, l’évolution sur un an des dépôts est même passée légèrement en territoire négatif. Et comme la dynamique de crédit est restée relativement soutenue, il en a résulté une nette détérioration du ratio crédits bancaires / dépôts dont le niveau, bien qu’encore confortable (82,7%), n’a jamais été aussi élevé depuis le début des années 2000. Dans ce contexte, la banque centrale a décidé de rouvrir début 2016 son guichet de refinancement tout en diminuant le volume de ses reprises de liquidité. Une injection de capital par l’Etat dans les banques publiques d’un montant de USD 380 millions est également prévue dans le budget de 2017, ce qui montre que le sujet est pris très au sérieux. D’autant que les banques vont également être davantage sollicitées pour couvrir les besoins de financement du gouvernement et qu’il faut éviter d’alimenter le risque d’effet d’éviction dans une économie où les crédits dépassent à peine 40% du PIB.

Stéphane Alby stephane.alby@bnpparibas.com

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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