Emerging

De mal en pis

e
Eco Emerging // 3 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 16 juillet 2020)  
economic-research.bnpparibas.com  
2
3
AFRIQUE DU SUD  
DE MAL EN PIS  
Le choc provoqué par l’épidémie de Covid-19 est violent et frappe une économie déjà très fragile. La croissance  
économique n’a atteint que 0,8% en moyenne au cours des cinq dernières années et le pays est en récession depuis  
déjà la mi-2019. En 2020, la contraction de l’économie sera sans précédent, tout comme la dégradation des finances  
publiques. Le pays pourrait ne retrouver son niveau de PIB réel d’avant la crise qu’en 2025. Le gouvernement ajuste  
habilement sa stratégie de financement pour couvrir ses besoins, qui augmentent fortement avec la mise en œuvre  
du plan de relance budgétaire. Le soutien des créanciers multilatéraux, attendu à court terme, rassure mais la dyna-  
mique de dette publique va rester préoccupante à moyen terme.  
UN CHOC ÉCONOMIQUE VIOLENT AUX EFFETS DURABLES  
PRÉVISIONS  
Un confinement strict a été imposé à l’ensemble de la population dès la  
er  
2018  
0,8  
2019  
0,2  
2020e  
-8,5  
2021e  
2,3  
fin mars. Il a été légèrement assoupli depuis le 1 mai, mais l’évolution  
de l’épidémie a conduit les autorités à réintroduire des restrictions ces  
derniers jours. De fait, l’épidémie a démarré doucement mais accélère  
de manière inquiétante depuis quelques semaines. Au 15 juillet, le  
pic épidémique n’était pas atteint, et le pays comptait déjà 311 000  
cas d’infections et 4 450 décès, pour une population de 59 millions  
d’habitants.  
PIB réel, variation annuelle (%)  
Inflation moyenne (IPC, %)  
Solde budgétaire / PIB (%) 1  
4,6  
4,1  
2,8  
3,7  
-4,7  
-6,7  
-14,5  
-11,0  
Dette du gouvernement / PIB (%) 1  
Solde courant / PIB (%)  
56,7  
-3,6  
63,4  
-3,0  
82,1  
-0,9  
88,8  
-2,9  
Les conséquences économiques de la crise sanitaire sont sévères,  
d’autant plus qu’elles frappent une économie très fragile, en  
récession depuis la mi-2019. La croissance n’a atteint que 0,8% par  
an en moyenne de 2015 à 2019, freinée par de fortes contraintes  
structurelles, et quasiment stoppée l’an dernier du fait d’importantes  
coupures d’électricité. Au T1 2020, alors que les effets directs du  
confinement n’étaient pas encore visibles, le PIB réel a reculé de 2%  
en rythme trimestriel annualisé (après déjà -1,4% au T4 2019 et -0,8%  
au T3 2019). Avec le confinement, l’activité s’est effondrée dans tous  
les secteurs au mois d’avril, pour ensuite rebondir timidement. Ainsi,  
la production du secteur manufacturier a plongé en avril de 44% en  
rythme mensuel et de 49% en glissement annuel (g.a.). Sur la base des  
indices des directeurs d’achat (PMI), la production a rebondi en juin,  
mais reste bien en deçà de ses niveaux d’avant-crise (graphique 1).  
e: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
ARRÊT BRUTAL DE L’ACTIVITÉ  
Production du secteur manufacturier, volume (é.g.)  
2015=100  
110  
PMI (é.d.)  
55  
50  
45  
40  
35  
30  
25  
1
00  
9
8
0
0
L’économie devrait enregistrer une contraction sans précédent au T2  
2
020, avant de se redresser difficilement à partir du second semestre  
en supposant que le pic épidémique aura été dépassé. Après une  
récession de 8,5% attendue en 2020, le rebond devrait être limité en  
021, contraint par le potentiel de croissance très faible de l’Afrique  
70  
6
0
2
du Sud (estimé à 1,5% avant le choc sanitaire). Selon nos prévisions  
actuelles, le pays ne devrait retrouver son niveau de PIB réel d’avant la  
crise du Covid-19 qu’en 2025. Le contexte social, marqué par des taux  
de pauvreté, des inégalités de revenus et un chômage très élevés, va  
se dégrader davantage. Le taux de chômage officiel atteignait 29,1% fin  
5
0
2013  
GRAPHIQUE 1  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
SOURCES : SSA, DATASTREAM  
2
019 (57,1% chez les jeunes de 15 à 24 ans) et a déjà augmenté à 30,1%  
manœuvre de la banque centrale pour assouplir la politique monétaire  
les autorités monétaires ont retenu une cible d’inflation comprise  
entre 3% et 6%). Le taux d’intérêt directeur a déjà été réduit de 275  
points de base (pb) depuis le début de l’année (taux repo de 6,50%  
à 3,75%). Il devrait être encore abaissé au second semestre, sauf si  
les marchés financiers sud-africains connaissent un nouvel épisode de  
stress.  
au T1 2020. Les conséquences sociales peuvent être atténuées par les  
mesures de soutien introduites par le gouvernement mais, d’une part,  
la marge de manœuvre budgétaire est étroite, et d’autre part, l’impact  
des mesures est limité par l’importance du secteur informel (environ  
(
3
0% de l’emploi). Au moins les ménages pourront-ils bénéficier de la  
désinflation des prix à la consommation. Ces derniers ont augmenté  
de 2% en g.a. en mai 2020 (contre 4% en décembre 2019), soit le taux  
d’inflation le plus bas des quinze dernières années. L’inflation devrait  
rester dans un intervalle de 2% à 3% au cours des prochains trimestres,  
UN CHOC FINANCIER TEMPORAIRE, QUI PEUT SE RÉPÉTER  
les pressions déflationnistes liées à la chute de la demande et à la L’Afrique du Sud a été l’une des économies les plus touchées par le  
baisse des prix du pétrole compensant largement les effets inverses de mouvement de défiance des investisseurs internationaux vis-à-vis  
la dépréciation du rand. Cette dynamique des prix accroît la marge de des marchés émergents au T1 2020. Les sorties de capitaux ont été  
La banque  
d’un monde  
qui change  
e
Eco Emerging // 3 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 16 juillet 2020)  
economic-research.bnpparibas.com  
2
4
importantes, conduisant à de fortes corrections sur tous les marchés  
d’actifs. Le rand s’est déprécié de plus de 30% contre le dollar sur  
les quatre premiers mois de 2020, avant de regagner 8% depuis fin  
avril. Malgré l’assouplissement monétaire, les rendements sur les  
obligations souveraines à 10 ans sont passés de 9,1% en moyenne en  
décembre à 11,2% en avril, et fluctuent autour de 10% depuis. Enfin,  
le spread EMBI sur la dette extérieure dépassait encore 520 pb début  
juillet.  
Les tensions financières se sont un peu atténuées au cours des trois  
derniers mois. L’Afrique du Sud reste cependant un des pays émergents  
les plus exposés au risque de retournement du sentiment des  
investisseurs étrangers étant donné la fragilité de ses fondamentaux  
macroéconomiques. Le déséquilibre de son compte courant devrait se  
réduire cette année (soutenant alors le rand) du fait de la chute des  
importations et de l’amélioration des termes de l’échange, mais la  
dynamique des comptes publics est très préoccupante.  
DETTE PUBLIQUE : UNE TRAJECTOIRE PRÉOCCUPANTE  
1
00% du PIB  
% du PIB 20  
Dette du gouvernement (é.g.)  
Déficit budgétaire (é.d.)  
9
0
18  
16  
14  
12  
10  
8
80  
7
6
5
4
0
0
0
0
30  
6
2
1
0
0
0
4
2
0
2
014/15 2015/16 2016/17 2017/18 2018/19 2019/20 2020/21p 2021/22p  
FINANCES PUBLIQUES EN DANGER  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : SSA, SARB, BNP PARIBAS  
La dégradation des finances publiques, déjà préoccupante avant  
la crise sanitaire, va fortement s’aggraver cette année. Le déficit du  
gouvernement national (central) s’est établi à 6,7% du PIB pour l’année  
budgétaire 2019-2020 (qui s’étend d’avril à mars), contre 4,7% en  
Point de confort pour le gouvernement, près de 90% de sa dette est en  
rand et les institutions financières locales sont ses créanciers les plus  
importants. Les banques, assurances et fonds de pension détenaient  
2
018-2019 et 3,9% en 2016-2017. À la faiblesse des recettes fiscales,  
l’augmentation des dépenses courantes et la hausse de la charge  
d’intérêts sur la dette, s’est ajouté l’an dernier le coût du sauvetage de  
l’entreprise publique Eskom. Le déficit primaire du gouvernement est  
ainsi passé de 1% du PIB en 2018-2019 à 2,8% en 2019-2020, soit le  
niveau le plus haut des dix dernières années. Les intérêts sur la dette  
ont atteint 4% du PIB et absorbé près de 14% des recettes budgétaires.  
Si cette charge n’est pas encore excessive, elle atteint des niveaux  
record pour le pays et va encore s’alourdir au cours des prochaines  
années.  
5
2% du stock de bons du Trésor à la mi-2020 (contre 48% fin 2019).  
Ces institutions devraient pouvoir couvrir près de la moitié des besoins  
financiers du gouvernement cette année (soit environ 7% du PIB),  
mais difficilement plus, d’autant que les banques ont déjà acheté une  
bonne partie des titres vendus par les investisseurs étrangers ces  
derniers mois. Ceux-ci ne détenaient plus que 30% du stock de bons  
du Trésor fin juin, contre 37% fin 2019, et leur désengagement devrait  
se poursuivre à court terme. Par conséquent, le gouvernement prévoit  
de puiser dans ses dépôts et réserves (pour un montant équivalant à  
environ 2,5% du PIB) et espère émettre sur les marchés internationaux  
Le dérapage budgétaire va maintenant s’accélérer sous l’effet de  
la récession économique et du vaste plan de relance introduit par  
le gouvernement depuis fin avril. Ce plan s’élève à ZAR 500 mds  
(
pour un montant qui s’approcherait de 0,5% du PIB). Il aura également  
recours à de nouvelles sources de financement. D’une part, il négocie  
auprès des créanciers multilatéraux pour obtenir jusqu’à USD 7 mds de  
financements, soit 2,5% du PIB. La « ligne de financement rapide » du  
FMI pourrait s’élever à USD 4,2 mds, le reste viendrait de la Nouvelle  
banque de développement des BRICS (USD 1 md), de la Banque  
mondiale et de la Banque africaine de développement. D’autre part,  
la banque centrale a initié ses achats de bons du Trésor sur le marché  
secondaire : ils s’élevaient à ZAR 20 mds à fin juin (environ 0,5% du  
PIB) et pourraient représenter 2% du PIB sur l’ensemble de l’année. Les  
montants engagés par la banque centrale sont donc modestes, et ne  
devraient pas avoir d’effet macroéconomique important.  
(
USD 27 mds), soit environ 10% du PIB estimé de 2020. Il comprend :  
ZAR 140 mds d’aides aux entreprises en difficulté pour payer les  
salaires et maintenir l’emploi, ZAR 70 mds de réductions d’impôts  
en faveur des entreprises, ZAR 50 mds de subventions aux ménages,  
ZAR 40 mds de dépenses additionnelles dans le secteur de la santé  
(
personnel, infrastructures), ainsi qu’un programme de garanties des  
prêts bancaires (pour un total pouvant monter jusqu’à ZAR 200 mds,  
soit 4% du PIB). Le fonds d’assurance chômage (Unemployment  
Insurance Fund) doit utiliser ses réserves pour financer une partie  
des aides en faveur de l’emploi. D’autres mesures seront financées  
via des réallocations budgétaires (notamment au détriment de  
l’investissement public). Le reste sera une charge supplémentaire pour  
le gouvernement central. Au total, son déficit devrait plus que doubler  
pendant l’année budgétaire 2020-2021, et atteindre 14,5% du PIB. Avec  
des tombées de dette de ZAR 65 mds, les besoins de financement du  
gouvernement représenteront près de 16% du PIB en 2020-2021, contre  
La dégradation de la solvabilité de l’État est préoccupante. La dette  
du gouvernement, déjà passée de 51% du PIB en mars 2017 à 63%  
en mars 2020, devrait atteindre 82% d’ici mars 2021 à cause de la  
hausse des déficits et de la contraction du PIB nominal (auquel s’ajoute  
l’effet modéré de la dépréciation du rand). Seules de vastes réformes  
structurelles, qui permettraient notamment de renforcer le potentiel  
de croissance sud-africain, pourront améliorer la dynamique de la  
dette publique à moyen terme. Une fois passée la crise sanitaire, la  
tâche du gouvernement Ramaphosa restera donc immense.  
8
% en 2019-2020. Cette forte hausse survient alors que la dégradation  
des finances publiques des dernières années a conduit à des révisions  
des notations souveraines par les principales agences de rating, une  
méfiance croissante des investisseurs étrangers et une hausse du  
coût de financement du gouvernement. Celui-ci a donc dû ajuster sa  
stratégie de financement.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2569 articles et 664 vidéos