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EcoEmerging// 3 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Kenya  
Déblocage politique mais fragilités financières  
Les tensions politiques qui avaient suivi la réélection du président Kenyatta au deuxième scrutin des élections se sont récemment  
apaisées. Cette amélioration du climat politique s’est accompagnée d’un redressement de certains indicateurs économiques. La  
croissance montre des signes de reprise, l’inflation ralentit et la liquidité extérieure s’est renforcée. Mais la stabilité financière du  
pays reste fragile en raison, notamment, de l’endettement de l’Etat. Malgré la volonté de consolidation budgétaire, le déficit public  
devrait rester élevé compte tenu du programme social du nouveau mandat présidentiel. Enfin, malgré le rationnement du crédit au  
secteur privé, les créances douteuses continuent d’augmenter dans le secteur bancaire.  
Apaisement politique et embellie économique  
1-Prévisions  
Suite à l’invalidation, par la cour suprême, des résultats électoraux  
de la dernière présidentielle, un nouveau scrutin a eu lieu le 26  
octobre 2017 qui a officiellement consacré Uhuru Kenyatta  
président du Kenya pour la deuxième fois. A la suite de ce résultat,  
les tensions avec son adversaire, Raila Odinga, sont montés  
d’intensité accentuant davantage les divisions sociales et  
déclenchant des violences. Conscients des conséquences sur  
l’image du pays auprès des investisseurs étrangers, les deux  
leaders politiques ont affiché publiquement leur intention de  
coopérer en mars 2018. Cet apaisement des tensions politiques a  
eu des répercussions positives sur certains indicateurs  
économiques. Mais, au-delà du court terme, des reformes  
significatives et un climat consensuel tout au long du nouveau  
mandat sont nécessaires.  
2016  
5,8  
2017 2018e 2019e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
4,9  
8,0  
5,5  
5,2  
6,0  
5,0  
6,3  
-8,3  
53,5  
-5,8  
31,7  
7,6  
-8,4  
55,6  
-7,1  
34,7  
7,6  
-7,2  
58,1  
-5,5  
36,9  
8,0  
-6,5  
60,9  
-4,8  
39,0  
8,1  
Dette du gov. central, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDKES (fin d'année)  
5,0  
4,7  
4,7  
4,8  
102  
103  
104  
105  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
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- Légère reprise de la croissance au dernier trimestre 2017  
PIB en g.a. en % et contributions à la croissance en points de pourcentage  
D’après les chiffres préliminaires, le PIB au T4 2017 a progressé de  
 Agriculture  Services  Industrie  
PIB  
+5% en g.a., en légère accélération par rapport au T3. Sur  
l’ensemble de l’année, la croissance a atteint 4,9%, en recul par  
rapport à 2016 (+5,9%) en raison de la forte sécheresse qui a  
frappé le pays début 2017 et du climat d’attentisme consécutif au  
scrutin présidentiel contesté. La consommation des ménages (80%  
du PIB) a enregistré, en 2017, une progression annuelle de +5,4%  
contre +3,5% en 2016, et reste le principal moteur. La contribution  
de la consommation publique est restée stable, tandis que  
l’investissement a rebondi de +1,2% (contre une contraction de  
7
6
5
4
3
2
1
0
-
1,7% en 2016). En revanche, la contribution du commerce  
extérieur a été fortement négative (-4,4% contre +1,2% en 2016) en  
raison de conditions climatiques défavorables. En 2018, grâce à de  
meilleures conditions climatiques, la croissance devrait réaccélérer.  
En effet, l’indice PMI relatif à l’évolution du secteur manufacturier a  
retrouvé en avril 2018 son plus haut niveau depuis janvier 2016,  
grâce à une hausse des commandes et une progression de l’emploi,  
reflétant l’amélioration de la demande intérieure et extérieure.  
2015  
2016  
2017  
-1  
Sources : Bureau National des Statistiques, BNP Paribas  
L’apaisement des tensions politiques et la prolongation de l’accord  
avec le FMI ont entraîné depuis le début de l’année une  
appréciation du shilling contre le dollar et une progression des  
réserves de change. De plus, le ralentissement de l’inflation a  
permis à la banque centrale d’assouplir sa politique monétaire pour  
la première fois en mars dernier après plus de 18 mois de statu quo.  
En mars dernier, le Kenya a obtenu la prolongation pour six mois de  
l’accord de confirmation signé en 2016 avec le FMI pour environ  
USD 1,6 mds. En échange, le gouvernement s’est officiellement  
engagé à poursuivre la consolidation fiscale, à abroger ou modifier  
1
significativement de la loi sur les taux d’intérêt et, enfinf, à renforcer  
Malheureusement, l’effet de cet assouplissement sur l’évolution du  
crédit au secteur privé et sur la croissance est pour l’instant freiné  
par le plafonnement des taux d’intérêt introduit en septembre 2016,  
qui a réduit l’offre de crédit bancaire.  
le canal de transmission de la politique monétaire.  
1
La loi limite le taux d’intérêt sur les crédits à un maximum de 4% au-dessus du  
taux directeur en vigueur. Elle fixe également un plancher au taux d’intérêt pour  
les dépôts à 70% au moins du taux directeur.  
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EcoEmerging// 2 trimestre 2018  
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- Détérioration de la situation budgétaire  
Le gouvernement s’est engagé à retirer cette loi très prochainement  
et à la remplacer par une taxe sur les transactions financières ,  
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en % du PIB  
sans toutefois donner plus de précisions concernant la chronologie  
des opérations.  
Dépenses  Recettes  Déficit primaire  Service de la dette  
2
0
0
0
Augmentation du risque souverain  
1
Malgré ces améliorations conjoncturelles, le risque souverain du  
Kenya reste encore très élevé car les recettes fiscales sont  
structurellement faibles, autour de 18% du PIB depuis 2012, alors  
que les dépenses ont atteint 26% du PIB en 2017. Au cours des  
cinq dernières années, le déficit budgétaire s’est donc fortement  
-10  
3
creusé, passant de 5% à 8,4% du PIB , et ceci principalement en  
4
raison du déficit primaire .  
-
20  
30  
Dans le dernier budget 2017/2018, le Trésor prévoit un déficit  
budgétaire de 7,2% du PIB grâce, à la fois, à la réduction des  
dépenses d’investissement (en maintenant la masse salariale à  
-
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017e 2018p  
Sources: FMI, Trésor, BNP Paribas  
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,5% du PIB), à l’amélioration de la collecte fiscale et, enfin, à  
l’extension de la base imposable. Mais la hausse des recettes  
fiscales reste incertaine tandis que la réduction des dépenses sera  
contrainte par la hausse des dépenses sociales, conformément à la  
politique du développement envisagée par le président Kenyatta. Il  
existe donc un vrai risque de dérapage budgétaire qui ne sera  
Dégradation de la qualité des actifs bancaires  
Dans sa première année complète d’application, la loi sur le  
plafonnement des taux des prêts et des dépôts a eu un effet  
significatif sur la profitabilité du secteur bancaire kenyan : la plupart  
des banques ont souffert de la compression des marges nettes  
d’intérêt et du faible taux de croissance du crédit au secteur privé.  
De plus, l’environnement opérationnel difficile a fortement pesé sur  
la qualité des actifs et a contribué au rationnement du crédit.  
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maîtrisé qu’au détriment des dépenses d’investissement.  
Sauf choc extérieur majeur, le gouvenement devrait pouvoir  
emprunter encore facilement sur les marchés obligataires  
(
domestique et international). Mais le niveau élevé du déficit  
budgétaire reste de facto incompatible avec une stabilisation du  
ratio de dette/PIB.  
Sur l’année 2017, la progression du crédit au secteur privé est  
restée très modérée, à 4,2% en moyenne annuelle . Depuis les  
6
élections en août 2017, la liquidité interbancaire s‘est améliorée, le  
taux d’intérêt interbancaire s’étant réduit de 8,1% à 6,3% en février  
Même si, selon le FMI, le risque d’une crise de la dette souveraine  
reste faible, la dynamique de cette dernière se dégrade d’autant  
plus que la dépréciation du change alourdit l’endettement extérieur.  
En effet, après une première émission en 2014, le Kenya a émis un  
nouvel eurobond en février dernier pour USD 2 mds. L'obligation a  
été émise en deux tranches, à des maturités de respectivement 10  
ans, au taux de 7,25%, et 30 ans, au taux de 8,25%. Au total, la  
dette en devise dépasse aujourd’hui les USD 27 mds, soit 34,7% du  
PIB.  
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018. En revanche, le taux des créances douteuses, déjà élevé, a  
augmenté pour atteindre 11,4% en février 2018 contre de 8,9% en  
janvier 2017. Cette dégradation concerne l’ensemble des secteurs  
et est particulièrement marquée pour les prêts commerciaux et  
personnels. Si les grandes entreprises, dans leur ensemble, ne  
rencontrent pas de problèmes de trésorerie, en revanche les petites  
et moyennes entreprises ont du mal à accéder au financement  
bancaire, et les plus fragiles d’entre elles sont incapables de  
refinancer leurs engagements existants.  
Une situation budgétaire dégradée, l’augmentation de la dette et  
l’exposition au risque de change ont ainsi entraîné, en fevrier  
dernier, la dégradation du rating souverain de B1 à B2 par Moodys’.  
Malgré la détérioration de la qualité de leurs actifs, le ratio de  
capitalisation de l’ensemble des banques est resté élevé (environ  
1
8,5%). En revanche, la compression des marges, la croissance  
économique ralentie et l’incertitude politique prolongée ont affecté la  
profitabilité du secteur bancaire : le taux de rendement des actifs  
était de 2,5% en décembre 2017, l’une des plus mauvaises  
performances des dix dernières années.  
2
La Robin Hood Tax s’appliquera à hauteur de 0,05% pour tout montant de  
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00 000 shillings (environ 5000 dollars) ou plus, transférée via des banques ou  
d’autres institutions financières dans le pays.  
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En 2017 deux facteurs exceptionnels ont affecté le budget : les dépenses  
électorales et les mesures d’atténuation de la sécheresse.  
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De 2012 à 2017 les intérêts de la dette sont passés de 2,1% à 3,2% du PIB,  
soit une contribution faible à la dégradation du déficit fiscal sur la période.  
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Le Big Four est le plan de développement sur 5 ans du président Kenyatta qui  
vise à transformer économiquement le pays d’ici la fin de son mandat (2022) via  
la production industrielle, la sécurité alimentaire, la couverture maladie  
universelle et des logements accessibles.  
6
En janvier 2018, le montant brut des prêts et des avances a ralenti davantage,  
avec une augmentation de 3,8% en g.a .  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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