Emerging

Difficile reprise

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Eco Emerging // 4 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 28 septembre 2020)  
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INDONÉSIE  
DIFFICILE REPRISE  
Pour la première fois depuis la crise de 1998, l’Indonésie devrait être en récession en 2020. Au T2 2020, l’économie  
s’est contractée de plus de 5% et la reprise devrait être lente. La demande intérieure peine à redémarrer alors  
même que Jakarta vient d’être partiellement reconfinée. Le soutien budgétaire tarde à se matérialiser : sur les sept  
premiers mois de l’année, les dépenses budgétaires prévues n’ont pas été engagées. Pourtant le déficit est contenu et  
la banque centrale agit comme prêteur en dernier ressort. Au S2 2020, le gouvernement espère consolider la reprise  
grâce à un plan massif de soutien aux plus pauvres. Alors même que l’inflation reste maîtrisée, le taux de pauvreté  
pourrait s’élever à 11,6% selon la Banque mondiale (contre 9,2% en 2019).  
CROISSANCE : UNE REPRISE DIFFICILE  
PRÉVISIONS  
Au S1 2020, l’activité a enregistré un recul de 1,3% par rapport à la  
même période l’année dernière. Pour la première fois depuis la crise de  
2018  
5.2  
2019  
5.0  
2020e 2021e  
1
998, l’Indonésie sera en récession cette année.  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
-3.0  
1.9  
5.4  
Au T2 2020, l’économie s’est contractée de 5,3% en glissement annuel  
g.a.) sous l’effet d’une baisse de toutes les composantes de la demande  
(
3.2  
2.6  
1.7  
intérieure et de la demande mondiale. La consommation des ménages,  
qui contribue à plus de 54% à la croissance, a enregistré un recul de  
-1.8  
30.1  
-2.9  
36.0  
115  
6.3  
-2.2  
30.4  
-2.7  
36.0  
122  
7.1  
-6.1  
36.4  
-1.6  
37.3  
130  
-3.4  
37.1  
-2.5  
37.4  
137  
5
,5% en g.a. suite au confinement partiel de nombreuses régions, dont  
Jakarta, à partir du mois de mars. La contraction des investissements  
a été encore plus marquée (-8,6% en g.a.), en particulier les achats  
de machines et biens d’équipement, et les dépenses du gouvernement  
ont reculé de près de 12% en g.a., les plans de soutien à la croissance  
n’étant pas encore mis en place. Les exportations nettes ont enregistré  
une contribution positive car la contraction des importations (-17%) a  
plus que compensé la baisse des exportations (-11,7% en g.a.).  
La contraction a été particulièrement forte dans le secteur des  
transports (-30,8%) et, dans une moindre mesure, dans la construction  
et l’industrie. En revanche, l’évolution est restée positive dans  
l’agriculture et les services de l’information et de la communication.  
Les indicateurs d’activité du T3 2020 laissent entrevoir une reprise  
mais qui devrait être lente et différentiée par secteur.  
Réserves de change, mds USD  
S  
7.3 7.6  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDIDR (fin d'année)  
14 496 14 017 14 500 14 100  
e: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
CONSOMMATION DES MÉNAGES  
En juillet et août, la demande intérieure a légèrement rebondi mais elle  
restait encore 13% en deçà des niveaux qui prévalaient avant l’épidémie  
de Covid-19 : les ventes de véhicules et de motocyclettes reculaient  
encore de 59% et 44,5% en g.a. en juillet et les ventes au détail de  
Ventes au détail  
Motos  
Automobiles  
Base 100 = décembre 2019  
160  
1
0,7% en g.a. en août. La confiance des ménages reste déprimée, bien  
1
1
1
40  
20  
00  
80  
qu’en hausse par rapport au mois de juin. L’activité touristique s’est  
effondrée (-89% en juillet 2020). Par ailleurs, les importations de  
biens en capital reculaient encore de plus de 29,2% en g.a. en juillet,  
reflet d’une contraction toujours importante des investissements des  
entreprises. Seul point positif : la confiance des entrepreneurs dans  
l’industrie a retrouvé en août le niveau à partir duquel l’activité est  
censée progresser (l’indice PMI s’élevait à 50,8). Néanmoins, cette  
légère reprise de la demande intérieure pourrait être étouffée par un  
nouveau reconfinement partiel de la région de Jakarta à partir du 14  
septembre.  
6
4
2
0
0
0
0
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
SOURCE : BI  
Selon la Banque mondiale, dans le pire des cas, le taux de pauvre-  
té pourrait s’élever à 11,6% (contre 9,2% en septembre 2019) en fin  
d’année si le gouvernement ne parvenait pas à distribuer de manière  
GRAPHIQUE 1  
optimale les ressources aux ménages les plus pauvres, mais, fin juillet, d’importantes marges de manœuvre à la banque centrale pour assou-  
le gouvernement n’était toujours pas parvenu à engager les dépenses plir sa politique monétaire et soutenir la croissance (même si ce n’est  
sociales prévues dans le budget.  
pas un de ses objectifs officiels, contrairement à ce que souhaiteraient  
certains parlementaires). En août, la hausse des prix a été limitée à  
seulement 1,3% en g.a. alors que l’objectif fixé par la banque centrale  
est de 3% +/-1 %. Dans cet environnement, la banque centrale a abaissé  
ses taux directeurs de 100 points de base (pb) à 4%, même si elle n’a  
LE SECTEUR BANCAIRE RÉSISTE  
Comme dans tous les pays d’Asie, hormis en Inde, en Indonésie les  
pressions inflationnistes sont extrêmement contenues et laissent ainsi  
La banque  
d’un monde  
qui change  
e
Eco Emerging // 4 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 28 septembre 2020)  
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1
0
généré une baisse des taux sur le crédit aux entreprises que de 67 pb  
et de 27 pb pour le crédit à la consommation. Ces taux restent donc  
élevés même en termes réels (en moyenne 8% et 9,7% respectivement).  
La croissance du crédit bancaire a continué de décélérer à seulement  
IMPORTATIONS  
Importations de biens de consommation  
Importations de biens en capital  
Importations de matériaux  
Base 100 = déc. 2019  
40  
1
% en g.a. en juillet 2020 contre 9,7% il y a un an.  
1
1
L’assouplissement monétaire reste néanmoins contraint par un autre  
objectif de la banque centrale : la stabilisation du cours de la roupie.  
Dans un contexte de recrudescence des cas de Covid-19 en août, les  
tensions à la baisse sur la monnaie ont été telles que les autorités mo-  
nétaires ont maintenu leurs taux directeurs inchangés lors du dernier  
comité de politique monétaire.  
20  
100  
8
0
0
6
En dépit d’un environnement macroéconomique difficile, le secteur  
bancaire indonésien semble bien résister à la crise actuelle. Fin juin,  
les risques de crédit, bien qu’en hausse, restaient encore contenus.  
Le ratio de créances douteuses n’était que de 3,1% (contre 2,5% en fin  
d’année) alors que celui des prêts « special-mention », c’est-à-dire  
ayant des retards de paiement inférieurs à 90 jours et/ou susceptibles  
de se transformer en créances douteuses, avait baissé à 5,2% après  
avoir atteint un point haut de 6,9% en avril. Ces bonnes statistiques  
s’expliquent en partie par la possibilité pour les banques d’attendre le  
T1 2021 pour classer les prêts en catégorie « créance douteuse ». La  
qualité des actifs bancaires pourrait donc se dégrader à partir de cette  
date. Mais les banques devraient pouvoir absorber la détérioration.  
Leurs ratios de solvabilité restaient très satisfaisants (22,5% en juin) et  
leur liquidité abondante (le ratio des prêts aux dépôts était de 89% en  
juin). En revanche, les indicateurs de profitabilité se sont sensiblement  
dégradés conjointement à la hausse des provisions et à la baisse des  
taux d’intérêt.  
40  
20  
0
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
GRAPHIQUE 2  
SOURCE : BI  
dette car le marché obligataire domestique est insuffisamment déve-  
loppé (17,4% du PIB).  
ROUPIE SOUS PRESSION MALGRÉ LA CONSOLIDATION DES  
COMPTES EXTÉRIEURS  
Les comptes extérieurs de l’Indonésie restent solides. Au T2 2020, la  
balance des paiements (hors variation des réserves de change) a af-  
fiché un excédent de USD 9,2 mds, soit l’équivalent de 3,8% du PIB  
annualisé. Le déficit du compte courant a continué de diminuer au T2,  
1
en dépit de la forte baisse des exportations , pour n’atteindre plus  
que 1,2% du PIB en rythme annualisé (contre 3% du PIB au T2 2019).  
FINANCES PUBLIQUES : LE DÉFICIT ENCORE CONTENU  
Sur les sept premiers mois de l’année, le déficit budgétaire est resté Cette baisse du déficit courant s’explique principalement par la forte  
contenu. Il n’a atteint que 31,8% de la cible annuelle révisée par le contraction des importations de produits pétroliers mais aussi de biens  
gouvernement en juin 2020 à 6,34% du PIB. Cette relative bonne tenue d’équipement et de consommation, conjointement à la contraction de  
des comptes publics, en dépit d’une baisse des recettes de 13,2% par la demande intérieure. Les premières statistiques disponibles pour le  
rapport à la même époque de l’année dernière, s’explique essentiel- troisième trimestre confirment la bonne tenue du surplus commercial.  
lement par des dépenses publiques extrêmement contenues. En effet, Sur l’ensemble de l’année 2020, le déficit courant devrait être contenu  
ces dernières n’ont augmenté que de 1,3% et s’élevaient à seulement à 1,2% du PIB selon la Banque centrale.  
4
5,7% de l’objectif annuel. Néanmoins, le gouvernement estime que les  
Au T2 2020, le surplus du compte financier a augmenté sous l’impul-  
sion d’une hausse des investissements de portefeuille après les impor-  
dépenses publiques devraient être engagées au S2.  
Les émissions de dette du gouvernement ont été souscrites à hauteur tantes sorties de capitaux enregistrées au T1 2020. En revanche, les  
de 62,4% par les banques privées et, dans une moindre mesure, par investissements directs étrangers, déjà modestes, ont baissé encore  
les banques publiques (25,4%). Bien qu’en hausse, les achats par la davantage pour n’atteindre plus que 1,7% du PIB au T2. Ils sont néan-  
banque centrale ont été, jusqu’à présent, relativement limités (10,4%). moins suffisants pour couvrir le déficit courant.  
Néanmoins, l’augmentation attendue des dépenses pour la deuxième  
partie de l’année devrait être principalement financée par des émis-  
sions de dette à taux d’intérêt nuls achetée par la banque centrale sur  
le marché primaire pour un montant de IDR 575 trn (i.e. 47,1% du dé-  
ficit prévisionnel annuel). Officiellement, le gouvernement a annoncé  
que seules les dépenses sociales et de santé seraient couvertes par la  
banque centrale. Toutefois, cette dernière restera le prêteur en dernier  
ressort du gouvernement pour l’ensemble de l’année 2020.  
La dette extérieure reste contenue à 36,5% du PIB (2019). La position  
extérieure nette du pays est débitrice de 22,5% du PIB, mais principa-  
lement en raison du stock d’investissements directs étrangers (18,2%  
du PIB). Fin juillet, les réserves de change s’élevaient à USD 127 mds  
(
+USD 5 mds depuis la fin de l’année 2019) soit l’équivalent de 7 mois  
d’importations ou 1,5 fois les besoins de financement à court terme du  
pays. Néanmoins, l’Indonésie reste vulnérable aux sorties de capitaux  
:
en 2019, le flux d’investissements de portefeuille a atteint 2% du PIB.  
Fin juin 2020, la dette du gouvernement était contenue à 35,5% du PIB, Ainsi, en période de forte volatilité sur les marchés financiers, comme  
bien qu’elle ait augmenté de 5 points de pourcentage au S1. La struc- cela fut le cas au cours des derniers mois, l’Indonésie a enregistré d’im-  
ture de la dette est, en revanche, plus risquée que dans d’autres pays, portants mouvements de capitaux lesquels ont généré une forte vola-  
tels que l’Inde. En effet, 37,9% de la dette indonésienne est libellée tilité de la roupie. Fin septembre, la roupie était dépréciée de 6,7% face  
en devises et reste détenue à hauteur de 58,2% par les investisseurs au dollar par rapport à sa valeur du début d’année.  
étrangers. Le gouvernement était, jusqu’à présent, fortement dépen-  
dant des investisseurs étrangers pour assurer le financement de sa  
1
Sur les huit premiers mois de 2020, les prix des matières premières exportées ont baissé en  
moyenne de 4,7% (-17,3% pour le charbon, -11,4% pour le caoutchouc, -8,7% pour l’aluminium, -5% pour le cuivre).  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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