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Diversification insuffisante

Nigeria  
Janvier 2014  
Nigeria  
Diversification insuffisante  
L’essor d’une classe moyenne solvable soutient une forte demande intérieure depuis le début des années 2000. La  
diversification de l’économie qu’elle attise permet déjà au Nigéria d’absorber des chocs, comme en 2008-2009, et devrait  
soutenir la croissance à moyen terme. En revanche, parce qu’elle n’a pas encore permis une modification de la structure  
des exportations et de la base fiscale, la diversification ne met pas encore le Nigéria à l’abri d’une baisse durable des  
recettes d’hydrocarbures. Par ailleurs, des fragilités sécuritaires persistantes, de fortes divisions au sein du parti de  
gouvernement et la consolidation de l’opposition augmentent le risque politique à l’approche des élections de 2015.  
Diversification économique à mi-parcours  
1
- PIB non pétrolier : principal moteur de la croissance  
L’essor de la demande interne a contribué à hauteur de 8,2  
points aux 8,4% de croissance annuelle moyenne enregistrée  
entre 2000 et 2012. Son dynamisme a permis de diversifier  
l’économie, notamment vers les services. Le commerce à lui  
seul crée désormais plus de richesse que les productions  
pétrolière et manufacturière réunies. Porteuse de transferts  
technologiques et donc de gains de productivité, mais aussi  
créatrice d’emploi, cette diversification économique est  
motrice pour la croissance.  
En GA et en % ; contribution en points de pourcentage du PIB  
PIB pétrolier  PIB non pétrolier  PIB, GA%  
2
5
0
5
2
1
10  
Structure de l’économie  
5
0
5
En % du PIB  
Agriculture  
Industrie  
2000  
42,7  
29,6  
25,9  
3,4  
2012  
39,2  
18,3  
13,8  
4,2  
-
Dont* : Pétrole  
Manufacturier  
Sources : Banque centrale du Nigéria, BNP PARIBAS  
Services  
Dont* : Commerce  
26,4  
13,0  
0,5  
40,3  
19,9  
7,1  
Le Nigéria reste très vulnérable à une baisse  
durable des recettes d’hydrocarbures  
Communication  
En 2009, il a suffi que les recettes d’exportation pétrolières  
baissent de 19% pour que l’excédent courant diminue de 40%  
et que le solde budgétaire passe d’un excédent de 6% du PIB  
à un déficit de 9% du PIB. La forte dépréciation de la  
Naira/USD (-22,5% entre septembre 2008 et août 2009) et le  
rebond rapide des recettes d’hydrocarbures ont permis au  
Nigéria de reconstituer ses réserves de change, dont une  
partie est toujours placée dans un fonds de réserve (l’Excess  
Crude Oil Account, estimé à USD5Mds en octobre 2013) en  
attendant d’être plus largement transférée dans le Fonds  
souverain (aujourd’hui doté de USD1Mds). En revanche,  
malgré ces améliorations, l’excédent courant n’a toujours pas  
retrouvé son niveau de 2008 et le solde budgétaire est resté  
en déficit. Dans ce contexte, une baisse durable des recettes  
d’hydrocarbures dégraderait fortement les perspectives du  
pays. Or, malgré l’amnistie offerte par les présidents Yar’Adua  
puis Jonathan, les vols de pétrole continuent d’affaiblir la  
production, en baisse de 6% en 2013 à 1,97mbpj. En outre,  
l’exploitation croissante d’hydrocarbures non conventionnels  
Finance  
4,2  
3,4  
Construction  
Source: Banque centrale du Nigéria; (*) : non exhaustif  
1,3  
2,2  
Une répartition plus équilibrée des sources de revenu rend  
aussi l’économie plus résistante à un choc ponctuel. Le fait  
que, depuis 2000, la croissance ne repose plus qu’à 5% sur la  
contribution des activités pétrolières a notamment permis au  
Nigeria de mieux absorber le choc pétrolier de la fin 2008 que  
la plupart des autres pays sub-sahariens exportateurs de  
pétrole. Tandis que leur taux de croissance fléchissait de  
7
6
,2% en 2008 à 4,9% en 2009, celui du Nigéria accélérait de  
% à 7%. Toutefois, la transformation économique du Nigéria  
reste trop tournée vers le marché intérieur. La structure des  
exportations et la base fiscale n’ont quasiment pas évolué.  
Les ventes d’hydrocarbures (pétrole et gaz) en constituent  
encore respectivement 97% et 80% des recettes. Et la  
tendance n’est pas sur le point de s’inverser. Avant d’offrir de  
nouveaux débouchés à l’exportation, les principaux projets  
industriels et tertiaires du pays (transformation agro-  
alimentaire, cimenterie, raffinerie de pétrole, privatisation de  
l’électricité, développement des réseaux de communication et  
de transport) cibleront encore en priorité le marché  
domestique.  
(
pétrole et gaz de schiste), notamment aux Etats-Unis, est  
une source de risque qui pèse à la fois sur les prix mondiaux  
du pétrole et sur la demande adressée au Nigéria (les Etats-  
Unis en sont aujourd’hui encore le premier client, absorbant  
12% des ventes).  
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Nigeria  
Janvier 2014  
Perspectives conditionnelles  
79 dollars en 2013 - et une production de 2,5mbpj). Toutefois,  
la forte croissance prévue sur cette période permettrait de  
financer la modernisation des infrastructures sans dégrader la  
soutenabilité de la dette publique (à près de 20% du PIB en  
2013, elle n’augmenterait qu’à 21% du PIB en 2017, dont  
seulement 5% du PIB en devise étrangère).  
De mauvaises récoltes dues aux inondations de 2012 et une  
fourniture d’électricité irrégulière ont freiné la croissance à  
6,2% en 2013, contre 6,6% en 2012. Malgré cela, le PIB  
nigérian a continué de croître plus vite que la moyenne  
régionale (5%) et que celui des pays sub-sahariens  
exportateurs de pétrole (6,1%). Cette tendance devrait se  
poursuivre en 2014-2018 grâce au dynamisme de la demande  
intérieure et à la diversification en cours de l’économie. En  
l’absence de baisse prolongée du prix du pétrole, et malgré  
les vols et la réduction attendue de la demande américaine  
pour le pétrole nigérian, les recettes d’hydrocarbure devraient  
continuer de couvrir les besoins en importation et produire des  
entrées de devises qui consolideront la devise nationale,  
stabilisée autour de 155-160 contre dollar depuis fin 2011.  
Cela facilitera la mission que s’est fixée la Banque centrale de  
contenir l’inflation entre 6% et 9%. En retour, la maîtrise des  
prix soutiendra le pouvoir d’achat d’une classe moyenne  
solvable en plein essor, et d’une classe riche déjà importante  
Augmentation du risque politique  
Le climat des affaires est réputé très difficile au Nigéria  
classé 147e/189 par la Banque mondiale en 2014),  
(
essentiellement en raison de problèmes de corruption, d’une  
bureaucratie contraignante et d’un cadre juridique instable. En  
outre, des fragilités sécuritaires perdurent. Les vols de pétrole  
dans le Delta du Niger, mais aussi l’absence de visibilité sur la  
réglementation future des activités pétrolières, conduisent  
certaines compagnies pétrolières  
à
retarder leurs  
investissements, quand cela ne les pousse pas à revendre  
leurs parts dans certains gisements (cas de Shell). Par  
ailleurs, pour lutter contre le terrorisme islamiste, le Président  
Jonathan a dû déclarer l’état d’urgence dans certains Etats du  
Nord (Adamawa, Borno et Yobe) en mai 2013, ce qui a permis  
de restaurer partiellement la sécurité, notamment dans la ville  
de Maiduguri, base historique de la secte Boko Haram  
(
environ 5 millions de Nigérians ont un revenu annuel compris  
entre 200K et 300K dollars). La vigueur de la consommation  
privée et l’investissement public en infrastructure continueront  
de soutenir le développement des services et de  
l’investissement des entreprises, portant le taux de croissance  
annuel moyen à environ 7% entre 2014 et 2018. Après avoir  
dépassé l’Egypte en 2012, le Nigeria pourrait ainsi supplanter  
l’Afrique du Sud en tant que première puissance économique  
du continent d’ici la fin de la décennie.  
(
incluse, ainsi qu’Ansaru, dans la liste des organisations  
terroristes des Etats-Unis en novembre 2013). En revanche,  
l’extrême brutalité de la guerre livrée aux insurgés rend le  
Président très impopulaire au Nord, ce qui pourrait compliquer  
sa réélection en 2015. Dans ce contexte, et après une  
accalmie (de mi-2011 à mi-2013), des divisions ont de  
nouveau éclaté au sein du People’s Democratic Party (PDP),  
le parti de gouvernement. En septembre 2013, des cadres du  
PDP ont créé une faction dissidente, le New PDP (NPDP), qui  
exige le départ de M. Jonathan en 2015. Le PDP a remporté  
toutes les élections depuis le retour à la démocratie en 1999,  
mais n’a jamais été confronté à un parti d’opposition disposant  
d’une véritable base nationale. La fusion, en février 2013, des  
quatre plus gros partis d’opposition dans le All Progressive  
Congress (APC), et la scission du PDP, pourraient changer la  
donne aux élections de 2015.  
Dette publique soutenable à moyen terme  
Le ministère des finances a engagé un effort de maîtrise des  
dépenses courantes (70% des dépenses budgétaires)  
passant par la réduction de la subvention au prix de l’essence  
de 3,6% du PIB en 2012 à 1,8% en 2013 (soit encore 7% des  
dépenses publiques) et la modération de la masse salariale  
publique (qui représente 40% des dépenses publiques).  
Malgré cela, et compte tenu des besoins d’investissement  
estimés à USD8Mds par an sur 2013-2017, le budget devrait  
rester en déficit d’environ 2½% du PIB en moyenne (avec un  
prix du pétrole budgété à un prix inférieur au prix de marché -  
Jean-Loïc Guièze  
Jeanloic.guieze@bnpparibas.com  
2- Sensibilité des fondamentaux aux prix du pétrole  
En Mrds de Naira (comptes courant et budgétaire) ; Prix du pétrole en dollar  
Synthèse des prévisions  
Solde budgétaire  Compte courant  Prix du pétrole (Ech.D)  
2
012 2013f 2014f 2015f  
5
4
3
2
1
500  
500  
500  
500  
500  
120  
00  
80  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
6,6  
6,2  
6,7  
9,0  
6,9  
8,5  
1
12,2 8,9  
-1,8 -1,8 -1,8 -2,8  
18,3 19,6 20,3 21,5  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
60  
500  
7,6  
5,0  
44  
3,2  
5,4  
44  
3,6  
5,5  
47  
2,1  
5,7  
52  
-
500  
40  
Dette externe, % du PIB  
-
1 500  
2 500  
3 500  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change NGN/USD (fin d'année)  
20  
-
7,2  
158  
7,2  
161  
7,0  
163  
7,1  
165  
-
0
2
000 2002 2004 2006 2008 2010 2012  
f : prévisions BNP Paribas  
Sources : Banque centrale du Nigéria, Département américain à l’énergie  
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economic-research.bnpparibas.com  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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