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EcoEmerging// 4 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Corée du Sud  
Double peine  
Les perspectives de croissance continuent de se dégrader en Corée du Sud. Les récentes tensions commerciales avec le Japon  
viennent s’ajouter au ralentissement de l’économie chinoise et de la demande mondiale ainsi qu’au conflit entre les Etats-Unis et la  
Chine, qui pèsent sur les exportations et l’investissement. Les autorités bénéficient néanmoins de marges de manœuvre pour  
stimuler la demande interne. Comme c’est le cas depuis plusieurs années, la politique budgétaire restera expansionniste en 2020, et  
la banque centrale pourrait baisser son taux directeur à court terme. Les mesures de relance seront néanmoins insuffisantes pour  
relancer significativement la croissance en 2020.  
Nouveau ralentissement de la croissance  
1- Prévisions  
Après une croissance de 2,7% en 2018, le PIB réel a nettement  
ralenti au premier semestre 2019 (+1,9% en g.a.). L’investissement  
hors construction a reculé de 6,5% en moyenne au cours des deux  
premiers trimestres de 2019 et les dépenses en biens d’équipement  
ont reculé de plus de 17% sur la même période, conséquence  
directe des difficultés rencontrées dans le secteur des semi-  
conducteurs et du conflit commercial entre la Chine et les Etats-  
Unis. Par ailleurs, les règles macroprudentielles mises en place par  
le gouvernement depuis fin 2017 (destinées notamment à contenir  
la progression de la dette des ménages) ont pesé sur  
l’investissement dans la construction. Au total, l’investissement a  
reculé pour le cinquième trimestre consécutif de 3,4% (en g.a.) au  
T2 (graphique 2). Dans le même temps, la consommation privée  
s’est stabilisée à 1,0% au premier semestre 2019, après avoir  
décéléré tout au long de 2018. L’ensemble des chiffres disponibles  
pour le troisième trimestre (ventes au détail, production industrielle  
et indice PMI) indiquent un nouveau ralentissement au troisième  
trimestre.  
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017 2018e 2019e 2020e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
3,2  
2,7  
1,9  
2,1  
1,9  
1,4  
1,5  
1,4  
0,9  
0,3  
1,5  
-1,6  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
40,4  
5,1  
39,5  
4,8  
37,1  
4,3  
39,8  
4,1  
Dette externe, % du PIB  
27,7  
28,3  
404  
28,6  
405  
28,6  
405  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDKWR (fin d'année)  
384  
7,9  
7,3  
7,5  
7,5  
1 130  
1 122  
1 200  
1 100  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Investissement  
Investissement, g.a. en %, et contributions en points de pourcentage  
Construction Biens d’équipement Produits de la propriété  
intellectuelle  Investissement total  
15  
Surtout, les exportations s’effondrent (-11,7% en g.a. en septembre,  
après -13,8% en août). Sur les neuf premiers mois de l’année, elles  
ont reculé de près de 10% en g.a. alors qu’elles avaient progressé  
de 6% en 2018. Les exportations à destination de la Chine en  
particulier ont lourdement chuté, reflétant à la fois la faiblesse de la  
demande mondiale la Chine reste au centre de la chaîne de  
valeur asiatique, même si sa structure évolue  et le ralentissement  
de l’économie chinoise, celle-ci devenant une source de demande  
finale de plus en plus importante. Par secteur, ce sont les  
exportations de semi-conducteurs et de biens électroniques qui ont  
le plus lourdement chuté. Et les perspectives ne sont pas  
favorables : la croissance chinoise devrait ralentir davantage, et les  
tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis persistent.  
Par ailleurs, le secteur exportateur coréen sera de nouveau mis à  
l’épreuve au cours des prochains trimestres : depuis le début de  
l’été, le conflit diplomatique entre le Japon et la Corée s’est  
envenimé, occasionnant des mesures commerciales des deux pays.  
10  
5
0
-5  
10  
15  
-
-
2
014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
Source : comptes nationaux  
er  
Le 1 juillet dernier, le Premier ministre japonais a annoncé des  
restrictions concernant l’exportation vers la Corée d’un ensemble de  
produits - dont trois produits chimiques nécessaires à la fabrication  
de semi-conducteurs, écrans de smartphones et de télévision,  
industries de pointe coréennes. Puis, le 2 août, le gouvernement  
japonais a signalé avoir retiré la Corée du Sud de la liste des pays  
avec lesquels le Japon entretient des relations commerciales  
privilégiées. Les pays figurant sur cette liste sont considérés comme  
des partenaires commerciaux « fiables » et bénéficient, entre autres  
Tensions avec le Japon  
Les tensions entre la Corée et le Japon témoignent d’un conflit  
1
historique et politique courant sur plusieurs décennies . Récemment,  
la réapparition d’un désaccord lié aux réparations coloniales a  
ravivé les tensions entre les deux pays.  
choses, de facilités relatives  
à l’importation de produits  
«
stratégiques » (matériel militaire, produits chimiques sensibles).  
1
La Corée a été colonisée par le Japon entre 1910 et 1945. En 1965, après 14  
A l’inverse, les pays ne figurant pas sur la liste doivent demander  
une autorisation spéciale pour chaque produit, tous les 6 mois, et le  
ans et 7 cycles de négociation, les deux pays ont signé un traité normalisant leurs  
relations, notamment sur le plan économique. Elles restent cependant tendues.  
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délai d’obtention de cette autorisation peut s’étendre à 90 jours.  
Concernant la Corée, des autorisations devront être obtenues pour  
plus de 1 000 produits, et la liste des produits nécessitant une  
autorisation spéciale pourrait être étendue à tout moment par le  
gouvernement japonais.  
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- Exportations  
Exportations, g.a. en %, moyenne mobile sur 3 mois  
 Semi-conducteurs  Autres secteurs  
30  
2
2
1
1
5
0
5
0
5
0
5
Mi-septembre, le gouvernement coréen a pris une décision similaire,  
en retirant le Japon des partenaires commerciaux « amis ». Cette  
décision intervient un mois après que la Corée a décidé de ne pas  
reconduire un accord de partage de renseignements militaires, en  
vigueur depuis 2016.  
-
Répercussions sur le secteur exportateur  
-
-
-
10  
15  
20  
A première vue, les conséquences pour l’économie coréenne  
devraient être relativement limitées : les importations en provenance  
du Japon représentaient en 2018 moins de 10% du total (alors que  
les Etats-Unis et la Chine représentaient respectivement 12% et  
2016  
2017  
2018  
2019  
Source : ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Energie  
2
1%) et les exportations vers le Japon ne représentaient que 5% du  
Dans le cadre du programme « La croissance par l’innovation », le  
gouvernement envisage de réduire la dépendance du pays à  
l’importation, d’augmenter la compétitivité locale et d’accélérer la  
montée en gamme de l’industrie coréenne. Les trois industries  
privilégiées par le programme (semi-conducteurs, biochimie et  
santé, véhicules innovants) devraient bénéficier d’un soutien accru.  
Par ailleurs, les dépenses de recherche et développement devraient  
augmenter de près de 20%, et celles concernant le secteur  
manufacturier et les PME de près de 30% par rapport à 2019. La  
politique budgétaire est expansionniste depuis plusieurs années.  
D’après les prévisions gouvernementales, en prenant en compte  
l’excédent du fonds de sécurité sociale, le solde public devrait être  
en déficit en 2020 (-1,6% du PIB, après un excédent de 0,3% en  
total (alors que la Chine et les Etats Unis représentaient  
respectivement 25% et 12%). En outre, en termes de valeur ajoutée,  
la montée en gamme de l’industrie coréenne observée au cours de  
la dernière décennie s’est traduite par une nette diminution de la  
part d’intrants japonais dans le processus de production coréen.  
Cela dit, en 2018, les importations de biens en provenance du  
Japon étaient composées à 90% de biens intermédiaires et de  
biens d’investissement. Elles étaient très majoritairement  
composées de biens chimiques, biens intermédiaires liés au secteur  
des semi-conducteurs et métaux de base, précisément les produits  
visés par les restrictions. Enfin, les entreprises japonaises qui  
fournissent l’ensemble de ces biens occupent une position  
largement dominante sur le marché mondial, rendant toute  
alternative difficile d’accès pour les entreprises coréennes.  
2
019) pour la première fois depuis 2015. Hors excédent de la  
sécurité sociale, le déficit devrait atteindre 3,6% du PIB (après 2,0%  
en 2019).  
D’après le ministère du Commerce coréen, au début du mois  
d’octobre, soit trois mois après l’annonce de ces mesures, les  
demandes d’autorisation pour plusieurs produits entrant dans le  
processus de fabrication des semi-conducteurs n’avaient pas abouti.  
Le secteur des semi-conducteurs en particulier (mais  
potentiellement une part bien plus large de l’industrie coréenne)  
pourrait se retrouver structurellement fragilisé si les délais  
d’approvisionnement (ou les ruptures, dans un scénario extrême)  
venaient à durer. Plus largement, compte tenu de la forte intégration  
des différentes économies de la région, l’ensemble de la chaîne de  
valeur asiatique pourrait se retrouver pénalisée par les délais  
d’approvisionnement. Enfin, les craintes des investisseurs  
pourraient s’amplifier et peser davantage sur l’investissement dans  
les trimestres à venir.  
Au total, compte tenu des perspectives franchement défavorables  
pour le secteur exportateur, les mesures de relance devraient être  
insuffisantes pour permettre une forte ré-accélération de la  
croissance. La croissance du PIB réel devrait rester contenue à  
2
,0% en moyenne en 2019-2020.  
Soutien à l’investissement  
La Corée dispose de solides fondamentaux macroéconomiques et  
de marges de manœuvre lui permettant de soutenir l’activité.  
L’inflation est basse, ce qui laisse la possibilité à la banque centrale  
de baisser davantage les taux d’intérêt (actuellement à 1,25%) au  
cours des prochains trimestres.  
Surtout la dette publique est modérée, autour de 40% du PIB. A  
l’occasion de la présentation du budget pour l’année 2020, le  
gouvernement coréen a présenté un ensemble de mesures  
destinées à soutenir la croissance, et en particulier l’investissement.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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