Perspectives

PDF
e
12  
EcoPerspectives // 4 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
France  
Epreuve et preuves de résistance  
L’économie française continue de faire preuve de résistance à en juger la stabilité de la croissance, sur un rythme annualisé d’un peu  
plus de 1%, et la bonne tenue des enquêtes de confiance et du marché du travail. Les perspectives restent favorables mais elles se  
sont assombries ces derniers mois avec les signes de récession outre-Rhin, l’accroissement des tensions commerciales et  
l’incertitude sur le Brexit. Nous prévoyons que l’investissement des entreprises et les exportations fléchissent nettement sous le  
poids de cet environnement extérieur plus incertain et moins porteur. Mais le tassement de la croissance serait amorti par le rebond  
attendu de la consommation des ménages, porté par les mesures importantes de soutien au pouvoir d’achat.  
Clignotants conjoncturels toujours au vert  
1- Croissance et inflation  
D’abord estimée à 0,2% t/t, la croissance du T2 2019 a été  
rehaussée à 0,3% t/t en deuxième estimation, en ligne avec les  
attentes. Depuis le T3 2018, le rythme est peu élevé mais  
remarquablement stable et plus solide qu’il n’y paraît : il s’appuie,  
en effet, sur une contribution moyenne de la demande intérieure  
finale de 0,4 point de pourcentage. Au T2 2019, la consommation  
des ménages a, une nouvelle fois, déçu les attentes d’un rebond, en  
ne progressant que de 0,2% t/t après 0,3% au T1. Mais cette  
mauvaise nouvelle a été contrebalancée par une bonne surprise  
côté investissement des entreprises, en accélération (0,9% t/t après  
Croissance du PIB (%)  
Inflation (%)  
Prévision  
Prévision  
2
.4  
2
.1  
1
.7  
1.2  
1.2  
17  
1.2  
1.0  
1.0  
20  
1.0  
0
.3  
0,6% t/t) et, plus surprenant, côté investissement des ménages  
1
6
17  
18  
19  
16  
18  
19  
20  
(
0,8% t/t après 0,1% t/t). Les variations de stocks (contribution  
Sources : comptes nationaux, BNP Paribas  
négative de 0,2 point après +0,3) et le commerce extérieur (+0,1  
point après -0,3) ont encore évolué en miroir. La variation de la  
contribution du commerce extérieur est le fait des importations  
2- Dynamisme de l’emploi salarié marchand  
(
-0,2% t/t après +1,1%) tandis que les exportations sont restées  
Variation de l’emploi salarié marchand (moyenne annuelle, milliers)  
Contribution des politiques de l’emploi  
atones (0,0% t/t après 0,1%), pénalisées par un fort recul, assez  
inhabituel, des exportations de services.  
300  
200  
100  
0
Les perspectives de croissance pour le T3 semblent favorables au  
regard des enquêtes sur le climat des affaires, disponibles jusqu’en  
septembre. Elles plaident pour un maintien du rythme de  
croissance des deux trimestres précédents. En moyenne sur le T3,  
l’indicateur synthétique de l’INSEE se situe au même niveau (élevé)  
qu’au T2 (106) et le PMI composite de Markit est légèrement au-  
dessus (52 après 51,3). L’orientation haussière de ces enquêtes  
depuis le début de l’année, même si cette tendance reste timide, est  
un autre signal encourageant, de même que l’absence de contagion,  
à ce stade, des moins bons chiffres dans le secteur manufacturier  
aux services. Enfin, le moral des ménages envoie le signal le plus  
positif des enquêtes de confiance. En septembre, il enregistre son  
neuvième mois consécutif de hausse et s’établit à 104. Ce niveau  
est suffisamment au-dessus de la moyenne 100 de référence pour  
considérer désormais que les ménages français ne sont plus  
seulement moins pessimistes, mais qu’ils sont plus optimistes. On  
se félicitera plus particulièrement de la nette diminution de leurs  
craintes concernant l’évolution du chômage.  
-
100  
200  
-
-300  
400  
-
2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020  
Sources : INSEE, gouvernement, BNP Paribas  
0,3% t/t. Si nous nous montrons un peu moins positifs pour ce  
trimestre, mais aussi pour les suivants (nous avons abaissé à 1,2%  
(-0,1 point) et 1% (-0,2 point), respectivement, nos prévisions pour  
2
2019 et 2020 ), c’est, en premier lieu, du fait de notre diagnostic  
assez négatif de la situation économique allemande (cf. texte dans  
ce numéro) qui se répercute sur la croissance française via le canal  
des exportations.  
Notre modèle nowcast vient tempérer quelque peu cette lecture  
positive des données d’enquête puisque, sur la base de celles-ci, la  
croissance du T3 est estimée à 0,2% t/t . Cela correspond à notre  
Nous prévoyons également que l’investissement des entreprises  
fléchisse nettement sous le poids de l’incertitude, ce facteur  
défavorable l’emportant sur l’effet favorable des conditions  
1
prévision tandis que l’INSEE et la Banque de France tablent sur  
1
2
L’estimation sur la base des indicateurs d’activité n’est que de 0,1% t/t mais elle  
Ces prévisions se situent en dessous de la moyenne du consensus. Ce  
est peu fiable, toutes les données pour le T3 n’étant pas disponibles.  
scénario relativement bas est assorti de risques équilibrés.  
e
13  
EcoPerspectives // 4 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
monétaires et financières. Si, dans l’enquête sur le climat des  
affaires dans le commerce de gros, aucun signe avant-coureur d’un  
tel fléchissement n’apparaît, dans les services, les soldes d’opinion  
sur l’investissement sont plus mitigés. En outre, en juillet, les chefs  
d’entreprise de l’industrie manufacturière ont nettement revu à la  
baisse leurs projets d’investissement pour 2019. De plus, le taux  
d’utilisation des capacités de production a perdu un peu plus de  
deux points depuis son point haut de début 2018 et atteint 83,4%.  
La budgétisation verte  
Lors du One Planet Summit en 2017, l’OCDE lançait le Paris  
Collaborative on Green Budgeting en vue d’inciter à un partage des  
meilleures pratiques en matière de budgétisation verte  
(
méthodologie et outils utilisés). A cet égard, le budget national  
ressort comme un levier-clé pour les Etats dans l’accomplissement  
de leurs engagements environnementaux.  
Un budget vert détaille les dépenses et les recettes de l’Etat à l’aune  
de leur impact environnemental. Une classification des recettes et  
des dépenses par code couleur, allant du marron au vert, met en  
exergue les effets sur l’environnement des dispositifs fiscaux et  
budgétaires. Une telle présentation offre une plus grande  
transparence qui permet d’évaluer la compatibilité du budget avec  
les engagements environnementaux du pays. De plus, un cercle  
vertueux est attendu d’une année à l’autre, les dépenses « marron »  
incitant davantage à agir.  
Le rebond de la consommation des ménages se faisant toujours  
attendre, nous avons également revu en baisse nos attentes. Il n’est,  
en effet, toujours guère visible dans les dernières statistiques  
mensuelles des dépenses de consommation des ménages en biens  
portant sur août. Et il ne l’est pas beaucoup plus lorsque l’on  
regarde la consommation sous-jacente de biens fabriqués  
(
matériels de transport, équipement du logement, habillement,  
autres biens). Mais ce rebond reste l’hypothèse la plus probable,  
une hypothèse renforcée par la hausse récente de la confiance des  
ménages ainsi que par les nouvelles mesures de soutien au pouvoir  
d’achat du budget 2020.  
Dans le cas français, l’inspection générale des finances (IGF) et le  
Conseil général de l’environnement et du développement durable  
(
CGEDD) ont remis au gouvernement un premier rapport sur ce  
sujet en septembre 2019. La mission s’est centrée sur la  
classification des dépenses, étant donné l’existence d’un consensus  
sur la définition des taxes environnementales. Six axes  
environnementaux ont été définis :  
Le soutien du marché du travail  
La bonne tenue du marché du travail est à la fois une cause et une  
conséquence de la résistance, observée et attendue, de la  
croissance. Cette bonne tenue prend la forme, tout d’abord, de  
créations d’emplois qui continuent de surprendre favorablement.  
L’emploi salarié privé progresse, en effet, à peine moins vite que la  
croissance (1,3% sur un an au T2 versus 1,4%). Ce dynamisme  
relatif s’accompagne de tensions (difficultés de recrutement,  
manque de main d’œuvre) qui, si elles n’augmentent plus, restent  
importantes. Les pressions haussières sur les salaires qui en  
découlent restent toutefois limitées, contraintes par la faiblesse des  
gains de productivité due à la « richesse en emplois » de la  
croissance. D’après la DARES, cela pourrait aussi être le reflet de la  
nature des tensions sur le marché du travail, dont « le renforcement  
semble en grande partie lié à un taux de rotation des emplois très  
important dans certains secteurs d’activité très intensifs en main  
d’œuvre peu qualifiée, comme le secteur du bâtiment, les services  
-
-
-
-
lutte contre le changement climatique ;  
adaptation au changement climatique ;  
gestion durable des ressources en eau ;  
transition vers une économie circulaire et prévention des  
risques ;  
-
-
prévention de la pollution ;  
préservation de la biodiversité et gestion durable des espaces  
naturels, agricoles et forestiers.  
Chaque dépense est classée selon ces critères, sur une échelle  
allant de défavorable (catégorie -1) à très favorable (catégorie 3).  
Dans le cadre de leur étude, l’IGF et le CGEDD ont appliqué cette  
méthode à quatre missions du projet de loi de finances (PLF) de  
2019, sur lesquelles EUR 55 mds de dépenses ressortent comme  
ayant un impact. Entre EUR 33 et 36 mds de dépenses sont au  
moins une fois favorables à l’environnement au regard d’un des six  
axes environnementaux et EUR 25 mds au moins une fois  
défavorables. Près de la moitié des dépenses au moins une fois  
défavorables à l’environnement (EUR 12 mds) sont des dépenses  
fiscales, plus précisément des exonérations sur les taxes intérieures  
de consommation des produits énergétiques relatives aux  
carburants.  
3
aux particuliers ou l’hôtellerie et la restauration » .  
La bonne tenue du marché du travail est également visible dans les  
chiffres du chômage. En baisse continue depuis la mi-2015, le taux  
de chômage a atteint au T2 2019 son plus bas niveau depuis dix  
ans (8,5%). Ce repli ne serait pas uniquement conjoncturel : d’après  
la DARES, sa composante structurelle serait aussi en baisse à la  
faveur des réformes entreprises ces dernières années, notamment  
en termes de réduction du coût du travail.  
Cette pratique de budgétisation verte en est encore à ses débuts. Le  
premier réel budget vert est annoncé par le gouvernement pour  
2021. Mais le budget 2020 s’inscrit d’ores-et-déjà dans cette  
Les perspectives restent favorables, à court terme au regard des  
différentes enquêtes disponibles comme à l’horizon 2020, compte  
tenu des mesures d’enrichissement du contenu en emplois de la  
perspective avec la publication d’un nouveau jaune budgétaire*  
prévu par la loi de finances du 28 décembre 2018 pour 2019. Intitulé  
«
Financement de la Transition Ecologique : les instruments  
4
croissance (cf. graphique 2).  
économiques, fiscaux et budgétaires au service de l’environnement  
et du climat », il vient remplacer trois jaunes budgétaires existants. Il  
s’agit d’une première simplification dans l’analyse de la compatibilité  
du budget français avec ses engagements environnementaux.  
*Les jaunes budgétaires sont des documents annexés au PLF, consacrés à  
certains sujets en particulier.  
3
DARES, Le marché du travail en France : bilan des deux dernières années et  
perspectives, rendez-vous de Grenelle, 12 septembre 2019  
CICE/bascule, loi Pacte, prime à l’embauche, PIC, loi Avenir professionnel,  
Sources : gouvernement, IGF, presse.  
Encadré rédigé par Zoé Klein, stagiaire à la Recherche Economique Groupe.  
4
réforme de l’assurance-chômage, revalorisation prime d’activité.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2261 articles et 573 vidéos