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Thaïlande

Equilibre instable

Le vote en faveur de la constitution proposée par les militaires au pouvoir depuis mai 2014 n’est pas une bonne nouvelle. Le conflit politique et social n’est pas résolu et les éléments antidémocratiques contenus dans le texte proposé laissent penser que cette nouvelle constitution ne durera pas plus longtemps que les précédentes. L’instabilité politique, certainement exacerbée par la récente disparition du roi, devrait se prolonger encore plusieurs années. Pendant ce temps, la croissance se redresse timidement, soutenue par les recettes du tourisme et les dépenses publiques. Mais la compétitivité et l’attractivité de la Thaïlande continuent de diminuer et la concurrence des autres pays de la région pèse de plus en plus sur les entrées d’IDE.

Adoption d’une nouvelle constitution

Début août, les Thaïlandais ont voté en faveur de la nouvelle constitution proposée par la junte militaire, contre leurs intérêts. Le projet de constitution, qui supprime la majorité des droits politiques des citoyens, a été approuvé à 61% des votants (avec un taux de participation de 60%) ; 58% ont également approuvé la question additionnelle, ajoutée à la dernière minute. Celle-ci demandait aux Thaïlandais si, pour le bien de la « réforme nationale », ils acceptaient qu’un Premier ministre non élu soit désigné conjointement par la Chambre des représentants et par le Sénat.

L’approbation de la constitution ouvre la voie à la tenue d’élections, qui se tiendront probablement à la fin de l’année 2017.

Bien que le vote se soit déroulé sous contrainte – la campagne pour le « non » a été interdite – le résultat a été interprété comme une volonté populaire de mettre un terme au conflit politique qui dure depuis l’abolition de la monarchie absolue en 1932.

Mais la stabilité ne devrait être qu’apparente

Au contraire, l’adoption de cette nouvelle constitution pourrait ne représenter qu’une nouvelle étape de la séquence coup d’Etat- projet de constitution-élections-coup d’Etat… comme c’est le cas tous les cinq ans en moyenne depuis 1932. Depuis cette date, la légitimité du roi n’a jamais été remise en cause. Mais, schématiquement, l’exercice du pouvoir oppose l’élite, la bureaucratie et les militaires (urbains, proches de la royauté), qui entendent détenir l’intégralité du pouvoir, aux « démocrates », ruraux, pour qui le pouvoir doit être exercé par des représentants politiques élus.

La fréquence à laquelle les constitutions successives ont été abolies en a amoindri la portée. Chaque constitution semble rédigée sur mesure pour servir les intérêts du groupe qui a organisé le coup d’Etat, et le maintenir au pouvoir, favorisant les élites et les militaires. Cette fois encore, le projet de constitution vise à institutionnaliser la présence des militaires, au pouvoir depuis le coup d’Etat de mai 2014. L’objectif, de plus en plus visible, était également d’assurer leur présence à la tête de l’Etat au moment de la succession du roi.

Pour les cinq prochaines années, le Sénat sera entièrement nommé par la junte militaire1 . Celui-ci participera, conjointement avec la Chambre des représentants, à la nomination d’un Premier ministre (qui pourra être un militaire). Malgré la tenue d’élections, le

1 Dans la précédente constitution votée en 2007, le Sénat était pour moitié élu au scrutin direct et pour moitié nommé par un comité composé de sept haut fonctionnaires.

1- Prévisions

f: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe

2- Timide reprise de la croissance

Contributions à la croissance et variation en g.a.

Source : Comptes nationaux

gouvernement pourrait donc rester entièrement constitué de militaires. Les négociations pour la nomination du général Prayuth Chan-ocha, le chef de la junte et actuel Premier ministre, auraient en réalité déjà commencé. Ensuite, en dépit des promesses tenues lors de la campagne, la constitution apparaît impossible à réviser. La seule solution sera donc son abolition par coup d’Etat.

Pas de solution à court terme

Loin de la « réconciliation nationale » promise par les militaires lors de leur arrivée au pouvoir, cette situation pourrait participer à creuser encore l’écart entre les deux camps. Comme l’ont montré les attentats perpétrés quelques jours après la tenue des élections (dans une région où la constitution avait été approuvée à plus de

80%), le risque de soulèvement populaire contre le régime actuel reste élevé. En dépit de la stabilité apparente promise par les militaires, la crise politique et sociale dont souffre le pays n’est pas résolue de manière durable. La disparition du roi apporte une source supplémentaire d’inquiétude. Son fils, successeur désigné peu apprécié de la population et soupçonné d’être proche de Thaksin Shinawatra, ancien Premier ministre renversé lors du précédent coup d’Etat en 2006, a demandé un « délai » avant de succéder à son père. Ce délai laisse toute latitude aux militaires pour organiser comme ils l’entendent la succession du roi.

Timide reprise de la croissance

Après une progression de 2,8% en 2015, le PIB a progressé de 3,4% en g.a. au premier semestre 2016. Les dépenses publiques et les recettes du tourisme, peu affectées par les récents attentats terroristes, ont permis de compenser le recul des exportations de biens et la faible progression de la demande privée.

Ces deux moteurs pourraient continuer de soutenir la croissance à court terme. Après une forte progression en 2015, +20% en g.a., les recettes du tourisme ont augmenté de 11% en g.a. sur les huit premiers mois de l’année.

A la suite des premières mesures de relance annoncées depuis septembre 2015, représentant près de 5% du PIB et bénéficiant surtout aux segments les plus vulnérables de l’économie, le gouvernement a annoncé fin 2015 un vaste plan d’amélioration des infrastructures. D’une durée de huit ans, le plan devrait représenter au total 13% du PIB. Celui-ci sera financé à 5% par le gouvernement directement, à 75% par des entreprises publiques (avec une garantie gouvernementale) et à 20% par de l’investissement privé.

Le gouvernement s’est engagé à ne pas (trop) détériorer les comptes publics avant la tenue des élections, l’ampleur des dépenses devrait donc rester limitée. Par ailleurs, les dépenses effectivement engagées devraient être inférieures aux montants annoncés. Sur les dix premiers mois de l’année budgétaire, les dépenses gouvernementales n’ont progressé que de 7% en g.a. En excluant l’excédent du fonds de sécurité sociale, le déficit devrait rester inférieur à 3% du PIB en 2016 et 2017 (il était de 2,2% en 2015). La réussite du plan d’amélioration des infrastructures tiendra surtout à la participation du secteur privé.

Baisse des IDE depuis le coup d’Etat de 2014

L’amélioration des infrastructures est pourtant un enjeu essentiel pour la Thaïlande. L’attractivité du pays a été mise à mal par plus de dix années d’instabilité politique, de succession de politiques populistes de court terme et de manque de politique structurelle.

Le manque d’attrait pour les investisseurs se reflète déjà dans la dégradation du solde du compte financier. Au cours des trois dernières années, les flux de portefeuille ont décliné de manière significative, sur tous les segments. De plus, alors qu’ils représentaient en moyenne 3,5% du PIB en 2005-2011, les flux entrants d’IDE ont chuté à 2,5% du PIB entre 2011 et le premier semestre 2014 (le coup d’Etat a eu lieu en mai 2014). Depuis le deuxième semestre 2014, ils représentent 1,5% du PIB, et 1% au premier semestre 2016.

3- Baisse des entrées d’IDE (% du PIB)

Entrées d’IDE Investissement de portefeuille

6

5

4

3

2

1

0 -1 -2 -3 -4

Source : Banque Centrale de Thaïlande

Dans ce contexte, il pourrait être bénéfique pour la Thaïlande d’adhérer à l’accord de partenariat transpacifique (Trans-Pacific Partnership, TPP), un des plus importants traités de libre-échange, signé fin 2015 par douze pays2 (Chine exclue). Les discussions concernant l’adhésion du pays sont encore en cours.

Outre la réduction des tarifs douaniers (déjà fortement réduits par d’autres accords commerciaux pré-existants), le TPP cherche à faciliter le développement de chaines d’approvisionnement parmi ses membres. Ceux-ci doivent également respecter de nouvelles obligations en matière d’environnement, de travail et de protection de la propriété intellectuelle.

Au total, les 12 pays signataires du TPP représentent plus de 40% des exportations de la Thaïlande et 45% des flux entrants d’IDE, bien que la Thaïlande possède déjà des accords avec la plupart des pays signataires du TPP (à l’exception des Etats-Unis, du Canada et du Mexique). Mais en restant hors du TPP, la Thaïlande ferait face à une compétition accrue sur le marché américain (10% des exportations), sur des segments importants pour le pays comme les biens agricoles ou automobiles. En outre, la compétition des pays signataires (la Malaisie et le Vietnam en particulier) serait fortement accrue, sur les produits de base et les biens manufacturés en particulier. Enfin, les flux d’IDE initialement destinés à la Thaïlande pourraient être finalement adressés aux pays signataires du TPP, qui bénéficieront d’un accès plus facile au marché américain. Les

IDE en provenance des Etats-Unis, du Japon et de la Corée pourraient ainsi faire défaut à la Thaïlande.

Hélène Drouot helene.drouot@bnpparibas.com

2 Les douze pays sont l’Australie, Brunei, le Canada, le Chili, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle Zélande, le Pérou, Singapour, les Etats- Unis et le Vietnam.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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