Conjoncture

Espagne : le chemin tortueux vers une réindustrialisation

Eco Conjoncture n°7 // Septembre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
2
ESPAGNE: LE CHEMIN TORTUEUX VERS UNE RÉINDUSTRIALISATION  
La crise de 2008 a provoqué en Espagne – comme dans la plupart des pays occidentaux – un plongeon sans  
précédent de l’emploi industriel dont les stigmates perdurent. L’emploi manufacturier reste, en effet, inférieur de  
près de 500 000 postes au niveau de 2008. Une partie de ce déclin reflète néanmoins une réorientation de plus en  
plus importante des firmes industrielles vers des offres de services, ce qui n’est pas une mauvaise chose. Avec la  
crise de la Covid-19 et le plan de relance et de résilience (PRR) de EUR 69,5 mds, qui sera déployé au cours des  
cinq prochaines années, le renforcement de l’industrie en Espagne est redevenu un enjeu central aux yeux des  
autorités. Un quart du PRR sera ainsi dédié à cet objectif. L’Espagne bénéficie aujourd’hui d’avantages comparatifs  
dans des secteurs porteurs, tels que l’automobile et, surtout, les énergies renouvelables. Les obstacles (faible niveau  
d’investissement, manque de main-d’œuvre qualifiée) restent néanmoins importants et mettront du temps à se résorber.  
À terme, le renforcement et la modernisation de l’industrie espagnole constituent deux leviers essentiels pour atteindre  
les objectifs de long terme stipulés dans le plan España 2050 qui table, entre autres, sur une hausse notable de la  
productivité du travail et de la R&D d’ici à 2030, et a fortiori 2050.  
Quelle est la situation aujourd’hui?  
PART DE L’INDUSTRIE (HORS CONSTRUCTION) DANS LA VALEUR AJOUTÉE,  
Les crises successives de 2008 et 2011 ont laissé des  
traces profondes dans l’industrie  
EN 2019 (EN %)  
30  
1
La part de l’industrie (hors construction) dans la valeur ajoutée totale  
2
5
0
est passée en 2019 sous le seuil des 15% (14,7%). À ce niveau, l’Espagne  
se positionne dans le dernier tiers européen, à trois points environ en  
dessous de la moyenne européenne (cf. graphique 1). Malgré un léger  
redressement constaté ces dernières années, près de 480 000 emplois  
industriels – soit un emploi sur sept dans le secteur – ont disparu  
2
Moyenne UE : 17.4%  
15  
10  
5
2
depuis le déclenchement de la crise des subprimes en 2008. Au cours  
des douze dernières années, l’Espagne est, après la Grèce, le pays  
européen à avoir subi la plus forte contraction de l’emploi industriel  
(
cf. graphique 2).  
0
En effet, les deux crises successives – celle des subprimes puis  
celle des dettes souveraines en zone euro – ont laissé des marques  
profondes dans l’industrie nationale. Cette dernière a principalement  
pâti du plongeon de la demande intérieure (consommation privée et  
investissement), durement impactée par la crise elle-même, mais  
GRAPHIQUE 1  
SOURCES : EUROSTAT, BNP PARIBAS  
aussi par les politiques d’austérité qui ont suivi sous le gouvernement  
de Mariano Rajoy.3 Entre 2007 et 2013, la production industrielle  
VARIATION DE L’EMPLOI INDUSTRIEL ENTRE 2008 ET 2019  
a chuté de plus de 30% (cf. graphique 3), ce qui représente à la  
fois la plus forte baisse de l’après-guerre pour le pays et l’une des  
contractions les plus importantes au sein des économies développées.  
La production industrielle en Espagne reste plus de 20% en dessous  
de son niveau historique atteint à l’été 2007. L’emploi manufacturier  
a plongé d’une ampleur similaire au cours de la période 2007-2013  
POL  
DEU  
AUT  
CZE  
HUN  
SVK  
LUX  
NLD  
SVN  
PRT  
MLT  
CYP  
HRV  
EST  
FRA  
LTU  
BEL  
SWE  
ROM  
ITA  
BGR  
DNK  
FIN  
LET  
ESP  
GRC  
4.8  
4.2  
4.1  
1.9  
0.7  
-0.7  
-1.2  
-3.7  
-3.8  
-4.7  
-4.9  
-5.2  
-6.8  
(
-29,2% ou - 877 436 emplois). Cette crise a donc été violente tant par  
-9.1  
-10.4  
-10.9  
-11.5  
-11.6  
son ampleur que par sa durée, l’Espagne ayant connu quatre années  
de récession économique en l’espace de cinq ans, entre 2009 et 2013.  
-11.9  
-12.1  
La part du secteur manufacturier dans la valeur ajoutée est néanmoins  
restée relativement stable durant près de 10 ans avant de remonter en  
-16.2  
-16.6  
-17.4  
-19.9  
2
020, la crise du coronavirus entraînant une chute de l’activité beaucoup  
-20.0  
-25.3  
plus marquée dans les services (cf. graphique 4). En revanche, la part  
de l’emploi industriel n’a pas cessé de décliner et a atteint, en 2021, un  
nouveau point bas historique. Depuis, de nouveaux emplois ont certes  
été créés dans les services, mais cela n’a pas permis de compenser les  
-30  
-25  
-20  
-15  
-10  
-5  
0
5
10  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : EUROSTAT, BNP PARIBAS  
1
Tout au long de cet article, la construction sera exclue du secteur industriel. Nous prendrons également les années 2008 et 2019 comme points de comparaison, la première  
correspondant au déclenchement de la crise des subprimes et la seconde au niveau atteint avant le début de la crise de la Covid-19.  
2
Il existe un écart d’estimation de l’emploi entre celle reportée dans le graphique 2 et le tableau 1 (page 4). Cela s’explique par des différences méthodologiques, le graphique 2  
3
Les exportations de biens se sont redressées beaucoup plus rapidement, repassant au-dessus de leur niveau de 2008 dès la fin de l’année 2010.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
Eco Conjoncture n°7 // Septembre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
3
PART DE LA VALEUR AJOUTÉE DU SECTEUR MANUFACTURIER PRODUITE  
EN ESPAGNE (EN % DE LA V.A. MANUFACTURIÈRE MONDIALE)  
EMPLOI INDUSTRIEL EN ESPAGNE (EN MILLIERS)  
3
.0  
3600  
3400  
3200  
3000  
2800  
2600  
2400  
2200  
2.5  
2.0  
2005  
2015  
-31.4%  
1
1
0
0
.5  
.0  
.5  
.0  
Fabrication  
Nourriture,  
boissons et  
tabc  
Textiles  
Produits du  
bois et du  
papier  
Produits  
chimiques et  
produits  
minéraux non  
métalliques  
Métaux de base Informatique et Machines et  
Matériel de  
transport  
Autre  
fabrication  
électronique  
équipements  
(hors  
transport)  
GRAPHIQUE 3  
SOURCES : INE, BNP PARIBAS  
GRAPHIQUE 5  
Note: les données les plus récentes sont celles de 2015.  
SOURCES : OCDE, BNP PARIBAS  
PART DE LA VALEUR AJOUTÉE NATIONALE DANS LA DEMANDE FINALE  
EN ESPAGNE  
PART DU SECTEUR INDUSTRIEL DANS L’ÉCONOMIE  
9
0
2
005  
2015  
20  
18  
16  
14  
12  
10  
% du PIB  
% emploi total  
80  
7
6
5
4
3
2
0
0
0
0
0
0
10  
0
Fabrication  
Nourriture,  
boissons et tabc  
Textiles  
Produits du bois  
et du papier  
Produits  
chimiques et  
produits  
Métaux de base Informatique et Machines et  
électronique équipements  
(hors transport)  
Matériel de  
transport  
Autre  
fabrication  
minéraux non  
métalliques  
Note: les données les plus récentes sont celles de 2015.  
GRAPHIQUE 4  
SOURCES : EUROSTAT, BNP PARIBAS  
GRAPHIQUE 6  
SOURCES : OCDE, BNP PARIBAS  
destructions de postes dans l’industrie : fin 2019, l’emploi total dans La métallurgie (et ses secteurs attenants) et l’industrie extractive  
le pays se situait ainsi plus de 3% en dessous de son niveau de 2008.4  
affichent également un fort repli en raison, d’une part, des  
conséquences du ralentissement de l’activité immobilière en Espagne  
Peu de régions et de secteurs épargnés  
(
source de demande en matériaux de construction) et, d’autre part,  
Ce recul a touché l’ensemble des régions du pays. La Catalogne, la de la concurrence étrangère plus forte, en particulier de la Chine. Des  
région industrielle la plus importante, a vu l’emploi manufacturier baisses importantes se sont produites également dans des filières plus  
se réduire de près de 150 000 postes depuis 2008 (cf. tableau 1). resserrées tels que l’ameublement ou encore le bois. Une poignée de  
Des baisses conséquentes se sont également produites dans les secteurs – pour la plupart intensifs en main-d’œuvre – sont parvenus  
communautés de Madrid, de Valence et au Pays basque. Quelques à accroître leur niveau d’emploi, bien que de façon assez limitée. Ainsi,  
régions sont parvenues à conserver un socle industriel relativement 13 000 emplois ont été créés dans l’alimentation (agroalimentaire et  
stable, avec des baisses de l’emploi plus contenues : c’est le cas de boissons) au cours des dix dernières années. Cela a accentué le poids  
la Navarre et de la Rioja, où près d’un quart des emplois résident de ce secteur dans l’économie espagnole, alors qu’il constituait déjà  
encore dans l’industrie, principalement dans le secteur automobile et l’industrie la plus importante. L’industrie espagnole reste fortement  
l’agroalimentaire.  
ancrée autour de trois activités : l’agroalimentaire, la métallurgie et  
l’automobile. Avant la pandémie, ces secteurs concentraient à eux trois  
près de quatre emplois industriels sur dix.  
D’un point de vue sectoriel, l’emploi dans le textile, l’un des secteurs  
les plus fortement concurrencés par les pays asiatiques, a continué  
de reculer et représente désormais seulement 6% de l’emploi Ces chiffres corroborent le recul généralisé de la participation de  
manufacturier total.5  
6
l’Espagne aux chaînes de valeur mondiales , une baisse qui était  
déjà à l’œuvre avant les crises de 2008 et 2011 (cf. graphique 5), en  
4
L’emploi total atteignait 19 779 300 en 2019 contre 20 469 65 en 2008, soit une baisse de 3,4% (source : INE).  
La banque  
d’un monde  
qui change  
Eco Conjoncture n°7 // Septembre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
4
ÉVOLUTION DE L’EMPLOI INDUSTRIEL, PAR RÉGION ET PAR SECTEUR  
%
emploi total  
Emploi industriel par région (en milliers)  
2019  
2008  
Variation (milliers)  
Variation (%)  
(
2019)  
Andalousie  
9,4  
293,8  
115,1  
53,1  
318,2  
132,8  
71,3  
-24,4  
-17,7  
-18,2  
-5,4  
-7,7  
-13,3  
-25,5  
-12,7  
-29,6  
-24,7  
-5,5  
Aragon  
19,6  
13,7  
6,5  
Asturies  
Iles Baléares  
Iles Canaries  
Cantabrie  
37,0  
42,4  
4,5  
40,9  
58,1  
-17,2  
-12,6  
-10,3  
-14,0  
-146,2  
-49,6  
-3,9  
15,8  
17,7  
16,5  
18,1  
17,6  
10,9  
16,4  
8,9  
38,4  
51,0  
Castille-et-León  
Castilla-La Manche  
Catalogne  
175,6  
136,0  
621,2  
366,8  
42,4  
185,9  
150,0  
767,4  
416,4  
46,3  
-9,3  
-19,1  
-11,9  
-8,4  
Communauté valencienne  
Estrémadure  
Galice  
179,4  
276,6  
84,7  
215,1  
325,1  
94,6  
-35,7  
-48,5  
-9,9  
-16,6  
-14,9  
-10,5  
-8,4  
Communauté de Madrid  
Région de Murcie  
Navarre  
13,8  
25,9  
20,4  
24,8  
3,2  
74,9  
81,8  
-6,9  
Pays basque  
La Rioja  
190,7  
34,9  
239,9  
38,3  
-49,2  
-3,4  
-20,5  
-8,9  
Ceuta  
0,9  
1,0  
-0,1  
-10,0  
-25,0  
Melilla  
2,2  
0,6  
0,8  
-0,2  
%
emploi industriel  
Variation  
(milliers)  
Variation  
(%)  
Emploi industriel par secteur (en milliers)  
2019  
2008  
(
2019)  
1,2  
90,3  
16,5  
2,3  
0,0  
2,0  
2,0  
2,0  
2,4  
1,6  
3,5  
0,7  
4,7  
2,9  
3,8  
3,9  
3,2  
8,6  
1,7  
2,5  
5,6  
8,3  
2,7  
3,3  
2,1  
4,0  
3,3  
5,2  
Industrie extractive  
32,6  
2494,9  
456,1  
64,5  
52,7  
2986,4  
450,2  
57,4  
-20,1  
-491,5  
5,9  
-38,1  
-16,5  
1,3  
Industrie manufacturière  
Agroalimentaire  
Boissons  
7,1  
12,4  
-79,0  
-30,3  
-37,8  
-3,8  
-37,3  
1,6  
Tabac  
1,3  
6,2  
-4,9  
Textile  
55,2  
79,2  
-24,0  
-33,4  
-2,2  
Fabrication de vêtements  
Cuir et chaussures  
55,0  
88,4  
56,0  
58,2  
Bois  
66,0  
105,2  
44,0  
-39,2  
0,7  
Papier  
44,7  
Arts graphiques et reproductions  
Coke et raffinerie  
96,1  
107,6  
18,3  
-11,5  
1,4  
-10,7  
7,7  
19,7  
Industrie chimique  
130,3  
79,2  
136,5  
65,7  
-6,2  
-4,5  
20,5  
-2,5  
-48,7  
-24,4  
-36,6  
-17,9  
-29,4  
-5,4  
-3,6  
7,2  
Produits pharmaceutiques  
Caoutchouc et plastique  
Autres produits minéraux non métalliques  
Métalurgie  
13,5  
-2,7  
104,9  
108,9  
87,3  
107,6  
212,1  
115,4  
374,4  
56,9  
-103,2  
-28,1  
-137,0  
-10,2  
-28,8  
-8,8  
Produits métalliques, hors machines et équipements  
Produits informatiques, éléctroniques et optiques  
Matériels et composants éléctroniques  
Machines et équipements  
Automobiles, remorques et semi-remorques  
Autres matériels de transport  
Mobilier, fourniture  
237,4  
46,7  
69,2  
98,0  
154,0  
228,1  
74,6  
162,8  
236,7  
69,6  
-8,6  
5,0  
91,4  
173,9  
55,3  
-82,5  
2,6  
-47,4  
4,7  
Autres industries manufacturières  
Réparation et installation de machines et équipements  
Electricité & gaz  
57,9  
110,5  
91,2  
106,8  
74,4  
3,7  
3,5  
16,8  
21,1  
22,6  
17,1  
Eau, assainissement & gestion des déchets  
144,3  
123,2  
TOTAL INDUSTRIE  
100,0  
2763,0  
3236,7  
-473,7  
-14,6  
TABLEAU 1  
SOURCES : INE, BNP PARIBAS  
La banque  
d’un monde  
qui change  
Eco Conjoncture n°7 // Septembre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
5
particulier dans le textile, l’industrie chimique et l’électronique – trois  
secteurs ayant subi de plein fouet la concurrence grandissante des  
pays émergents. Par extension, ce phénomène s’observe également sur  
la part des intrants domestiques utilisés dans la consommation finale  
du pays, qui a elle aussi baissé significativement (cf. graphique 6).  
Ainsi, les produits industriels consommés en Espagne sont de moins en  
moins fabriqués sur le territoire national.  
IMPACT DE LA COVID-19 SUR L’INDUSTRIE ESPAGNOLE :  
UNE TRACE RAPIDEMENT EFFACÉE ?  
Compte tenu de la nature de la crise sanitaire actuelle et des  
mesures prises par le gouvernement pour endiguer l’épidémie,  
l’activité industrielle a bien mieux résisté que les services. La  
production industrielle a néanmoins chuté de 9,6% en 2020. Bien  
qu’importante, cette baisse est largement inférieure à celle observée  
lors de la crise des subprimes, la production s’étant contractée en  
Quels facteurs ont contribué à cette baisse ?  
Les effets d’entraînement liés au plongeon de l’activité immobilière  
2
009 de 15,5%. On constate par ailleurs des variations très marquées  
En mettant de côté la demande mondiale, la baisse de l’activité  
industrielle en Espagne s’explique tout d’abord par l’impact profond de  
la correction du secteur immobilier – et de la construction en général –  
sur la demande en matériaux du pays. Dès les années 1990, l’Espagne  
a orienté, de façon bien plus importante que les autres pays européens,  
une partie de sa production industrielle vers la construction dans le  
contexte du gonflement de la bulle spéculative immobilière. La phase  
de correction très brutale a conduit à un effondrement de la demande  
en biens industriels intermédiaires de ce secteur (principalement  
dans la métallurgie et les machines et équipements). Cette baisse de  
la demande en matériaux de construction expliquerait ainsi près d’un  
tiers de la chute de la production industrielle observée en Espagne  
durant la crise de 2008.7  
entre industries. Les chutes d’activité les plus importantes ont été  
enregistrées dans les secteurs étroitement liés à la consommation  
«
compressible » des ménages, qui a été fortement réduite par  
les mesures de confinement (loisirs, habillement, automobile,  
transport). Les secteurs industriels reposant davantage sur des  
dépenses en consommation incompressibles (alimentation,  
énergie) ou intermédiaires (matières premières, industrie chimique,  
électronique) ont bien mieux résisté. Seul le secteur pharmaceutique  
a progressé en 2020, reflétant l’accroissement important des  
dépenses de santé durant la pandémie.  
Le relâchement progressif des mesures de restriction au cours de  
l’année 2021 a logiquement coïncidé avec un renforcement de la  
demande et un sursaut de l’activité. La production industrielle a  
ainsi rebondi de 3,2% au premier semestre 2020 par rapport au  
semestre précédent (S2 2020). L’emploi industriel est revenu au  
Un déficit d’investissement  
Le déficit chronique d’investissement est un second facteur explicatif  
du retrait progressif de l’activité industrielle. La formation brute de  
capital fixe (FBCF) dans le secteur manufacturier a ainsi plongé de près  
de 40% entre 1999 et 2011. La part du PIB consacrée à ces dépenses est  
remontée au cours des cinq dernières années mais elle reste inférieure  
à celles des autres grands pays européens, et notamment l’Allemagne  
et l’Italie (cf. graphique 7). Même si la récession économique de 2009-  
1
cours de l’été 2021 quasiment à son niveau d’avant pandémie. Les  
enquêtes d’opinion sont par ailleurs restées très positives pendant  
cette période, l’indice de confiance des directeurs d’achat (PMI) sur  
le niveau d’embauche se maintenant à un niveau historiquement  
élevé (55,7 en août). Il est donc vraisemblable que la crise de la  
Covid-19, si elle ne s’aggrave pas au cours des prochains mois,  
aura des conséquences bien moins néfastes sur l’emploi et l’activité  
industriels espagnols que la crise de 2008.  
2
013 et les politiques d’austérité menées à cette époque ont accentué  
la baisse (en niveau) des investissements manufacturiers en Espagne,  
ce phénomène était déjà enclenché dès la fin des années 1990, comme  
le montre le graphique 7.  
ÉVOLUTION DE LA PRODUCTION INDUSTRIELLE EN 2020 (%)  
-
28.8  
Cuir et chaussures  
-
26.1  
Fabrication de vêtements  
Autres matériels de transport  
Autres industries manufacturières  
Automobiles, remorques et semi-remorques  
Arts graphiques et reproductions  
Mobilier, fourniture  
Coke et raffinerie  
Métalurgie  
Produits métalliques, hors machines et équipements  
Réparation et installation de machines et équipements  
Machines et équipements  
Bois  
-
19.3  
PART DES INVESTISSEMENTS DANS LE SECTEUR MANUFACTURIER  
-18.7  
-
18.6  
-18.0  
(
% DU PIB)  
-
17.0  
-
15.9  
-
-
13.7  
13.3  
Espagne  
France  
Allemagne  
Italie  
-12.9  
4
3
2
1
.5  
-
12.2  
-11.4  
-
9.0  
Boissons  
4
Autres produits minéraux non métalliques  
Exploitation minière  
Textile  
Caoutchouc et plastique  
Electricité & gaz  
Produits informatiques, éléctroniques et optiques  
Agroalimentaire  
Matériels et composants éléctroniques  
Papier  
Eau, assainissement & gestion des déchets  
Industrie chimique  
.8 Produits pharmaceutiques  
-
8.1  
-
8.0  
7.3  
-7.0  
6.0  
5.1  
4.4  
-
.5  
3
-
-
-
-
4.1  
-
3.5  
-
3.5  
-2.1  
.5  
2
1
-35.0  
-30.0  
-25.0  
-20.0  
-15.0  
-10.0  
-5.0  
0.0  
5.0  
GRAPHIQUE 8  
SOURCES : INE, BNP PARIBAS  
.5  
1
1995  
2000  
2005  
2010  
2015  
2019  
1
Selon l’Office pour l’emploi espagnol (SEPE), l’emploi industriel ne se situait plus, en  
GRAPHIQUE 7  
SOURCES : OCDE, BNP PARIBAS  
août, qu’à 0,5% en dessous du niveau de février 2020.  
ENCADRÉ 1  
7
M. Tiana, El impacto de la crisis economica sobre la industria espanola, bulletin  
économique de la Banque d’Espagne, novembre 2012.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
Eco Conjoncture n°7 // Septembre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
6
LA GRANDE PHASE D’INDUSTRIALISATION EN ESPAGNE  
La fin des années 1950 marque le début d’une grande phase d’expansion industrielle en Espagne, soutenue par d’importantes politiques de  
libéralisation économique et de vastes plans de modernisation. Le plan dit « Plan de dévaluation et de stabilisation monétaires », mis en place  
1
en juillet 1959, instaure une forte dévaluation de la peseta face au dollar américain , ce qui a permis d’améliorer la compétitivité des entreprises  
exportatrices espagnoles. Un second grand plan d’investissement quadriennal est introduit en 1964. Il initie de vastes projets de modernisation  
industrielle dans de nombreux secteurs tels que l’énergie (électricité, charbon, gaz), l’automobile, ou encore les infrastructures ferroviaire  
2
et routière. Entre temps, l’Espagne est admise en 1959 au sein de l’OECE (OCDE aujourd’hui) et accède, en février 1962, au marché commun  
européen. De nouveaux débouchés industriels s’offrent alors à l’Espagne. D’autres réformes, notamment des mesures de simplification fiscale et  
des lois anti-concurrence plus sévères, permettront de poursuivre le développement industriel du pays.  
En plus de ces réformes structurelles, l’Espagne bénéficie durant cette période de coûts du travail plus bas que ses voisins européens, ce qui  
3
favorise l’entrée de capitaux étrangers dans le pays. En l’espace de quinze ans (1960-1975), la production industrielle en Espagne a plus que  
4
quadruplé (cf. graphique A.1). Elle connaîtra par la suite une progression plus modérée, bien que toujours soutenue. La part des exportations de  
biens espagnols dans les exportations mondiales s’accroît elle aussi progressivement (cf. graphique A.2). Les années 1960 correspondent donc  
à une période de croissance économique et de l’emploi industriel très importante pour l’Espagne, qui permet au pays de maintenir un taux de  
chômage très bas (en dessous de 3%). En 1975, près de 2 874 000 personnes travaillaient dans le secteur manufacturier – soit environ 22% de la  
5
population active totale – un niveau record qui ne sera plus jamais égalé.  
Le choc pétrolier de 1973 amorce une période de difficultés économiques pour le pays qui perdure jusqu’au milieu des années 1980 et se solde  
6
par la suppression de près d’un quart des emplois manufacturiers dans le pays. L’emploi industriel connait par la suite deux cycles de hausse et  
7
de baisse – en lien avec le cycle économique – qui culminent en 2001.  
La fin des années 1990 et le début des années 2000 correspondent donc véritablement au début de la phase de stagnation, puis de baisse de  
l’emploi industriel que connait le pays aujourd’hui et qui s’est amplifiée significativement à partir de la crise économique mondiale de 2008.  
PART DES EXPORTATIONS DE BIENS ESPAGNOLS  
INDICE DE PRODUCTION INDUSTRIELLE (2010=100)  
DANS LE COMMERCE MONDIAL (%)  
1
30  
10  
2.10  
1.90  
1.70  
1.50  
1
9
7
5
3
1
0
0
0
0
0
1.30  
1.10  
0.90  
0.70  
0.50  
60  
70  
80  
90  
00  
10  
20  
1960  
1970  
1980  
1990  
2000  
2010  
2020  
GRAPHIQUE A1  
GRAPHIQUE A2  
SOURCES : FMI, BNP PARIBAS  
1
2
3
4
5
6
7
La devise espagnole est ainsi dévaluée de 42 à 60 pesetas pour un dollar.  
Organisation européenne de coopération économique.  
Selon les données de la Banque mondiale, l’entrée nette d’investissements directs étrangers croît de 0,37% de PIB en 1977 à 2,61% en 1990, un record à l’époque.  
L’indice de la production industrielle est en effet passé de 16,8 en 1960 à 69,4 en 1975 (2010=100), soit une augmentation de 313,1% (source: FMI).  
La population active (15 ans et +) en Espagne atteignait 13 316 000 en 1975 (source : OCDE).  
« L’emploi manufacturier chute de 2 965 299 en 1973 à 2 304 356 en 1985, soit une baisse de 22,3% » (source : Commission européenne AMECO).  
La croissance du PIB espagnol s’accélère à la fin des années 1980, puis ralentit dans la première moitié des années 1990 avant d’accélérer de nouveau.  
SOURCE : BNP PARIBAS  
ENCADRÉ 2  
La banque  
d’un monde  
qui change  
Eco Conjoncture n°7 // Septembre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
7
DÉSINDUSTRIALISATION : QUE DIT LA THÉORIE ?  
Les études théoriques sur ce phénomène de désindustrialisation dans les pays avancés sont essentiellement centrées sur les dynamiques  
internes aux économies (cf. graphique B). Elles distinguent principalement deux sources d’explication :  
1
La première théorie, mise en avant par Baumol (1967), se place du côté de l’offre et porte sur les écarts de productivité entre l’industrie et  
les services : à niveau de production constant, l’augmentation plus rapide de la productivité dans l’industrie que dans les services conduit à  
une absorption de plus en plus importante de travailleurs du premier secteur vers le second. Cette théorie n’est néanmoins pas exempte de  
critiques : la baisse de main d’œuvre dans l’industrie liée aux gains de productivité peut également générer des baisses de prix (la hausse de  
la productivité permet aux entreprises de baisser leurs prix tout en conservant une marge identique), ce qui conduit à stimuler la demande et  
donc le besoin de main d’œuvre. Les effets nets restent ambigus, même si une majorité d’études s’accordent sur un effet net négatif sur l’emploi  
2
manufacturier (Rowthorn et Ramaswamy, 1998).  
La seconde théorie se positionne du côté de la demande et met en relation le niveau de développement d’un pays avec la structure de la  
demande des ménages. En d’autres termes, plus un pays se développe, plus le revenu par tête s’accroît, et plus la part des dépenses consacrées  
aux services augmente. Ainsi, l’élasticité de la demande en biens diminue à mesure que la richesse des ménages croît. La baisse du poids de  
l’industrie dans l’économie serait donc liée à ce changement de structure de la demande. Même si cette tendance n’a pas été particulièrement  
flagrante en Espagne, on observe néanmoins bien une augmentation plus rapide de la consommation des ménages en services qu’en biens, avec  
une croissance annuelle moyenne, entre 2000 et 2019, de respectivement, 1,7% et 1,1% (source : Eurostat).  
D’autres études mettent en avant des causes externes, et principalement le rôle de la libéralisation des échanges mondiaux. Les industries  
des pays développés – et principalement celles à forte intensité de main-d’œuvre peu qualifiée – sont ainsi soumises à une concurrence plus  
forte des pays en développement où le coût du travail est plus faible. Cela conduit à une relocalisation d’emplois vers ces pays. Dans le cas  
3
de l’Espagne, Donoso et al. (2014) montrent que la plus forte exposition de l’industrie locale aux importations chinoises a entraîné des pertes  
4
d’emplois plus significatives dans ce secteur. Autor et al (2013) parviennent à une conclusion similaire pour les États-Unis.  
D’autres explications ont émergé plus récemment. La première souligne le fait que de plus en plus d’entreprises industrielles décident  
d’externaliser une partie des activités qui se situent à mi-chemin entre industries et services, ce qui conduirait à une reclassification de certains  
5
emplois du premier secteur vers le second secteur (Baines et al., 2017) . C’est le cas des activités de support ou d’assistance qui sont de plus  
en plus confiées à des sous-traitants. Contrairement aux autres explications, ce phénomène ne signifierait donc pas en soi un recul de l’activité  
industrielle, mais simplement une nouvelle catégorisation des emplois. Dernière explication : le concept de servitisation de l’industrie (cf. Quels  
facteurs ont contribué à cette baisse ?).  
Processus de  
désindustrialisation  
Facteurs internes  
Facteurs externes  
Ecart de  
Ouverture à la  
productivité entre  
Accroissement du  
PIB/tête  
concurrence  
mondiale /  
industrie et services  
mondialisation  
Délocalisation  
d'activité vers des  
pays à bas coûts  
Hausse relative de  
la demande en  
services  
Reclassification de  
certains emplois  
industriels en  
services  
Transfert de  
travailleurs vers le  
secteur des  
Baisse de la  
production/emploi  
industriel  
(sous-traitance)  
services  
Hausse des offres  
de service des  
firmes industrielles  
(Servitisation)  
1
2
3
WJ Baumol (1967), Macroeconomics of unbalanced growth: the anatomy of urban crisis, American Economic Review.  
R. Ramaswamy et B. Rowthorn (1998), Growth, Trade, and Deindustrialization, IMF Working Papers.  
Donoso et al. (2014), Do Differences in the Exposure to Chinese Imports Lead to Differences in Local Labour Market Outcomes? An Analysis for Spanish Provinces, Regional  
Studies.  
4
5
D. Autor et al. (2013), The China Syndrome: Local Labor Market Effects of Import Competition in the United States, American Economic Review.  
T. Baines et al (2017), Servitization: Revisiting the State-of-the-art and Research Priorities, International Journal of Operations & Production Management.  
ENCADRÉ 3  
SOURCE : BNP PARIBAS  
La banque  
d’un monde  
qui change  
Eco Conjoncture n°7 // Septembre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
8
La « servitisation » de l’industrie  
Un dernier phénomène à l’œuvre, qui n’est pas spécifique à l’économie  
espagnole, est la tendance croissante des entreprises industrielles  
Ce pilier concentre, avec EUR 16,1 mds, près d’un quart des dépenses  
totales du plan de relance pour la période 2021-2023. C’est donc, à cet  
égard, le volet d’investissement le plus important.  
à développer des activités de services en complément de leurs L’une des spécificités du PRR espagnol est la création d’un  
produits. Cela peut prendre différentes formes telles que des activités partenariat entre le secteur public et privé visant à favoriser les  
de consulting, des services financiers, logistiques ou de support. investissements dans les industries dites stratégiques. Ce mécanisme  
Ce concept dit de « servitisation » n’est pas nouveau et est voué à est l’un des éléments centraux de la politique industrielle España 2030  
s’amplifier, en raison notamment de la numérisation de plus en plus (composante 12 du PRR). Dénommé PERTE (pour Proyectos Estratégicos  
8
poussée des activités. La frontière entre les services et l’industrie para la Recuperación y Transformación Económica), cette série de  
devient donc de plus en plus ténue. Cette évolution structurelle de la projets se concentre autour de six secteurs (cf. graphique 9), le cahier  
production interne à l’entreprise comme le recours plus important à des charges pour chacun d’entre eux étant défini par le gouvernement.  
la sous-traitance (voir encadré 2) expliqueraient en partie la baisse de Le premier projet PERTE, et le seul pour l’heure à avoir été finalisé  
ll ee sms pe lr ov ii ci ne sd .u9 striel « traditionnel » au prot de nouveaux postes dans (le 12 juillet), concerne le secteur automobile. Une aide publique  
de EUR 4,3 mds est dédiée à cette industrie, principalement pour  
accélérer le développement et la production de véhicules électriques  
et connectés dans le pays.14 L’objectif du gouvernement est d’accroître,  
Le plan de relance national ou l’espoir d’une recon-  
d’ici à 2030, la part du secteur automobile à 15% du PIB, contre 10%  
environ aujourd’hui.15 Les objectifs précis des cinq autres PERTE, ainsi  
que le budget alloué à chacun, n’ont, au moment de finaliser cet article,  
La redynamisation et la modernisation du secteur industriel en Espagne  
pas encore été dévoilés.  
quête industrielle  
constitue un objectif fondamental compte tenu des enjeux économiques  
En parallèle de ce soutien direct à l’industrie, plusieurs mesures sont  
et environnementaux du pays, et de ses effets d’entraînement sur  
destinées à améliorer la compétitivité des PME (composante 13 du PRR)  
l’emploi. L’industrie concentre également une grande partie des  
et le développement des technologies numériques (composante 15).  
investissements (la recherche et le développement notamment) et des  
1
0
Ces deux composantes visent à faciliter la création, la croissance et la  
restructuration des entreprises, à améliorer le climat des affaires, ainsi  
qu’à stimuler la productivité grâce à la numérisation, l’innovation et  
l’internationalisation des entreprises. Enfin, ce PRR incorpore plusieurs  
programmes industriels, mis en place par le gouvernement au cours  
des derniers mois, parmi lesquels le plan España digital 2025 (lancé  
en juillet 2020 et qui correspond désormais à la composante 15 du  
économies d’échelle, et offre des débouchés d’exportation solides.  
1
1
Le plan de relance et de résilience national (PRR) , Les premières  
subventions européennes ont été versées cet été, une première  
tranche de EUR 9 mds ayant été débloquée en juillet. Ce PRR s’étalera  
sur cinq ans (2021-2026) et sera pourvu d’une enveloppe totale de  
EUR 69,5 mds, soit précisément le montant total des subventions  
allouées par le nouveau mécanisme de solidarité européenne (facilité  
pour la reprise et la résilience). Ce PRR pourra néanmoins être étendu  
à EUR 140 mds si l’Espagne décide d’utiliser les prêts offerts par la  
Commission européenne dans le cadre de cette nouvelle facilité. Le PRR  
permettrait, selon les estimations de la Commission européenne, de  
1
2
LES P.E.R.T.E.  
1
3
Développement  
des véhicules  
électriques  
rehausser le PIB espagnol de plus de 2% d’ici à 2024.  
(
EUR 4,3 mds)  
Les mesures du PRR ciblant l’industrie  
Design et  
production de  
semi-conducteur  
Le PRR se divise en dix grands piliers et trente sous-composantes  
Agriculture  
(
cf. tableau 2). Les mesures que nous considérons à même de soutenir  
l’industrie sont soulignées dans le tableau 2 qui différencie, d’une part,  
les mesures censées avoir un impact direct et important sur l’industrie  
PERTE  
(
(
vert foncé) et, d’autre part, les mesures ayant un impact soit indirect  
vert clair), soit très faible (blanc). Les mesures de soutien à l’industrie  
Energies  
renouvelables  
Santé  
apparaissent principalement au sein du cinquième pilier (Modernisation  
and digitalisation of the industrial and SME fabric, restoring tourism  
and boosting Spain’s entrepreneurial nation).  
Aéronautique  
GRAPHIQUE 9  
SOURCE : BNP PARIBAS  
8
Pour une étude récente sur ce phénomène voir Mastrogiacomo et al. (2019), A worlwide survey on manufacturing servitisation, International Journal of advanced manufactu-  
ring technology.  
9
1
S. Guillou, Is the decline of industry due to the growth of services?, Blog de l’OFCE, mai 2016.  
0 Pour une étude du lien entre industrie et croissance, voir par exemple : Manufacturing the future: is the manufacturing sector a driver of R&D, exports and productivity  
1
1
2 L’Espagne n’a toujours pas dévoilé la répartition des EUR 70 mds restants pour la période 2024-2026.  
3 L’impact du PRR sur le PIB pourrait s’élever à 2,5 points en intégrant les effets de second ordre (spillover effect). Voir Quantifying Spillovers of Next Generation EU Investment,  
Commission européenne, juillet 2021.  
1
4 À noter que parmi ces EUR 4,3 mds, seulement EUR 3,5 mds correspondent à de nouveaux financements. EUR 800 millions correspondent au montant du programme de sub-  
ventions MOVES III été lancé en avril 2021, soit en amont du PRR.  
5 Chiffre pour 2019 (Source : INE).  
1
La banque  
d’un monde  
qui change  
Eco Conjoncture n°7 // Septembre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
9
LE PLAN DE RÉSILIENCE ET DE RELANCE ESPAGNOL (2021-2026)  
COMPOSANTES DU PLAN RELANCE  
Montant (mds d’euros) Part du total (%)  
Pilier 1  
Pilier 2  
Pilier 3  
1
2
3
4
5
6
7
8
9
1
Mobilité durable, sûre et connectée en milieu urbain et métropolitain  
Réhabilitation des logements et de régénération urbaine  
Transformation environnementale et numérique du système agroalimentaire et pêche  
Conservation et restauration des écosystèmes et de leur biodiversité  
Préservation du littoral et des ressources en eau  
6,54  
6,82  
1,05  
1,64  
2,09  
6,67  
3,17  
1,37  
1,56  
0,30  
4,24  
3,78  
4,89  
3,40  
4,00  
0,50  
3,46  
1,07  
3,59  
2,08  
1,65  
2,49  
2,36  
0,33  
0,20  
0,30  
-
9,40  
9,81  
1,51  
2,36  
3,01  
9,59  
4,55  
1,96  
2,24  
0,43  
6,10  
5,44  
7,04  
4,89  
5,75  
0,72  
4,97  
1,54  
5,17  
2,99  
2,37  
3,58  
3,40  
0,47  
0,29  
0,43  
-
Mobilité durable, sûre et connectée  
Déploiement et intégration des énergies renouvelables  
Infrastructures électriques & promotion des réseaux intelligents  
Développement de l'hydrogène  
0
Stratégie de transition juste  
Pilier 4  
Pilier 5  
11 Modernisation des administrations publiques  
12 Politique industrielle Espagne 2030  
13  
14  
15  
Soutien aux PME  
Plan de modernisation et de compétitivité du secteur touristique  
Connectivité numérique, renforcement de la cybersécurité et déploiement de la 5G  
Pilier 6  
Pilier 7  
16 Stratégie nationale d'intelligence artificielle  
1
7
8
Renforcement des capacités du système national de la science, de la technologie et de l'innovation  
Renforcement du système national de santé  
1
19 Plan national pour les compétences numériques  
2
0
1
Plan stratégique de promotion de la formation professionnelle  
Modernisation et numérisation du système éducatif  
2
Pilier 8  
Pilier 9  
22 Soins et renforcement des politiques d'inclusion  
Politiques active d'emploi  
24 Mesures de soutien à l'industrie culturelle  
2
3
2
5
6
Mesures de soutien au secteur audiovisuel  
Mesures de soutien au secteur sportif  
2
Pilier 10  
27 Mesures et actions de prévention et de lutte contre la fraude fiscale  
2
2
3
8
9
0
Modernisation de la fiscalité  
-
-
Amélioration de l'efficacité des dépenses publiques  
Pérennisation du système public de retraite  
Total  
-
-
-
-
69,53  
100,00  
Impact important pour l'industrie  
Impact moyen/indirect  
Faible impact  
TABLEAU 2  
SOURCES : BNP PARIBAS, MONCLOA  
La banque  
d’un monde  
qui change  
Eco Conjoncture n°7 // Septembre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
1
0
PRR), la Stratégie nationale pour l’intelligence artificielle (lancée en spécialistes en technologies de l’information et de la communication  
novembre 2020 et qui correspond à la composante 16), ou encore (TIC) dans l’emploi total se situe même en dessous de la moyenne  
la Stratégie espagnole pour la science, la technologie et l’innovation européenne (3,8% contre une moyenne de l’UE de 3,9%). Cela dit,  
l’Espagne se positionne assez favorablement dans l’indice DESI global  
2
021-2027 (lancée en septembre 2020).  
e
le pays occupe le 11 rang européen – grâce à une numérisation  
Ce plan peut-il réussir ?  
e
avancée des services publics (2 ) et à une connectivité très étendue  
Cet article n’a pas vocation à trancher sur l’efficacité des réformes et  
des investissements à venir en Espagne. Nous tentons ici de fournir  
des pistes de réflexion en soulignant à la fois les obstacles et les  
opportunités à la réussite d’un redéveloppement industriel au cours  
des prochaines années, à l’aune du plan de relance national.  
e
dans le pays (5 ). L’expansion massive des technologies numériques  
dans l’économie est au cœur du plan de relance national, notamment  
via le programme España Digital 2025 (pilier 15), mais le retard de  
formation des travailleurs dans ce domaine, évoqué précédemment,  
reste un obstacle significatif qui mettra du temps à se résorber.  
Lindice de compétitivité élaboré par le Forum économique mondial17  
Le premier obstacle sera celui de la compétitivité hors prix, et du  
manque chronique d’investissement. Comme observé dans la première  
partie de cet article, la part des dépenses en investissement reste  
insuffisante si l’on compare avec le reste de l’Europe. Les dépenses en  
recherche et développement (R&D), notamment, ne représentaient que  
incorpore un panel plus large d’indicateurs en lien notamment avec  
l’environnement des entreprises, la régulation des marchés, ou encore  
la qualité des infrastructures. Si l’on compare avec l’Allemagne, le  
poids lourd industriel de l’Europe, on observe des écarts flagrants de  
performance, notamment dans la capacité à innover (ce qui fait écho  
au faible niveau de dépenses en R&D), la réglementation des marchés  
de produits, ou encore le dynamisme et la facilité à créer une entreprise  
1
,25% du PIB en 2019, soit un taux bien inférieur à ce que l’on observe  
dans d’autres grands pays industrialisés (cf. graphique 10). En effet,  
l’Espagne affiche le deuxième plus faible ratio de dépenses en R&D en  
Europe, après la Grèce. A fortiori, moins d’un tiers des investissements  
en R&D est dirigé vers le secteur manufacturier, alors que d’autres pays  
comme l’Allemagne, la France, ou encore l’Italie y consacrent près de la  
moitié. Le Japon, quant à lui, y consacre les trois quarts.  
(
cf. graphique 11).  
INDICE DE COMPÉTITIVITÉ, ESPAGNE VS. ALLEMAGNE (2019)  
Le gouvernement espagnol espère accroître de façon très significative  
la part des dépenses en R&D dans le PIB au cours des prochaines  
années, afin d’atteindre 3,0% du PIB en 2030 (l’objectif final étant de  
parvenir à 4,0% du PIB en 2050). C’est l’un des objectifs stipulés dans  
le plan España 2050 dévoilé cet été (voir section suivante). Il est pour  
le moins ambitieux : le ratio de R&D sur PIB n’a, au cours des vingt-cinq  
dernières années, jamais dépassé 1,4%.  
Espagne  
Allemagne  
Etablissements  
1
00  
Capacité d'innovation  
80  
Infrastructures  
6
4
0
0
Dynamisme des affaires  
20  
0
Adoption des TIC  
Ces problèmes de compétitivité s’observent à différents niveaux,  
et notamment celui de la numérisation des activités qui permet  
aujourd’hui de générer d’importants gains de productivité. L’indice  
Système financier  
Compétences  
1
6
DESI de la Commission européenne souligne un retard important  
de l’Espagne dans la formation des travailleurs aux nouvelles  
technologies numériques. La proportion de personnes disposant de  
compétences numériques de base se situe en effet juste au-dessus  
de la moyenne européenne (58% contre 57% dans l’UE). La part des  
Marché du travail  
Marché des produits  
GRAPHIQUE 11  
SOURCES : FORUM ÉCONOMIQUE MONDIAL, BNP PARIBAS  
CROISSANCE ANNUELLE DU COÛT DU TRAVAIL  
DANS LE SECTEUR MANUFACTURIER  
DÉPENSES EN RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT (% DU PIB)  
Total R&D (2019)  
.18  
R&D manufacturier (2018)  
3.24  
7
6
5
4
3
2
1
0
Total  
Salaires  
Autres compensations  
3.50  
3.00  
2.50  
2.00  
1.50  
1.00  
0.50  
0.00  
3
3
.07  
2
.50  
2.19  
1
.90  
1
.45  
1.25  
1.30  
1
.10  
0
.70  
0
.40  
2
001-2009  
2010-2019  
Espagne  
Allemagne  
France  
Italie  
Japon  
Etats-Unis  
GRAPHIQUE 10  
SOURCES : OCDE, BNP PARIBAS  
GRAPHIQUE 12  
SOURCES : EUROSTAT, BNP PARIBAS  
La banque  
d’un monde  
qui change  
Eco Conjoncture n°7 // Septembre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
1
1
Cependant, des ajustements internes importants pour restaurer la Des contraintes budgétaires fortes malgré des conditions de  
compétitivité-prix du pays ont été entrepris depuis plusieurs années. financement encore très favorables. La crise de la Covid-19 étant  
La hausse du coût du travail dans le secteur manufacturier a fortement passée par là, l’endettement public s’est considérablement alourdi ces  
ralenti ces dernières années, pour s’établir désormais à un niveau de derniers mois. La dette du gouvernement général espagnol a bondi de  
croissance plus proche de l’inflation (cf. graphique 12). Cependant, ce près de 30 points de PIB depuis le début de l’année 2020, dépassant  
redressement de la compétitivité par la modération des salaires ne ainsi désormais le seuil des 125% de PIB (cf. graphique 13). Pour l’heure,  
permet pas de stimuler de façon significative la compétitivité à long les contraintes budgétaires sont très largement assouplies, grâce en  
terme, celle-ci dépendant davantage des gains en productivité, et donc particulier aux dispositifs européens mis en place pour amortir l’impact  
de la compétitivité hors prix.  
économique de la pandémie (le programme de rachats d’actifs de la  
BCE étendu avec le PEPP, le Fonds de relance européen, la suspension  
des critères de Maastricht). Tout cela devrait contribuer à maintenir  
un niveau élevé de dépenses publiques. Les taux d’intérêts souverains  
restent en effet à des niveaux historiquement bas. Cependant, et  
une fois la pandémie passée, les politiques monétaires deviendront  
progressivement moins accommodantes et les marges de manœuvre  
budgétaires pourraient en conséquence se resserrer, ce qui pourrait  
limiter la capacité d’investissement de l’État. Le niveau d’endettement  
des entreprises espagnoles est également reparti à la hausse avec la  
crise sanitaire (cf. graphique 14). Néanmoins, les efforts importants  
de désendettement consentis par les firmes nationales au cours des  
dernières années permettront au secteur privé de repartir sur des  
bases plus solides que lors des crises précédentes.  
Le vieillissement de la population en Espagne et la baisse tendancielle  
du nombre d’actifs qui devrait en découler pourraient également  
constituer un frein au redéveloppement industriel. Selon les prévisions  
d’Eurostat, la population en Espagne fléchira de 2,6% d’ici à 2030, sous  
l’effet d’une baisse de la natalité. Cette diminution accentuera donc la  
nécessité, pour rester compétitif, de générer des gains de productivité  
supplémentaires. La situation reste par ailleurs toujours très délicate  
sur le marché du travail, avec un chômage de longue durée et un  
nombre de jeunes sans emploi encore très important. La crise sanitaire  
a aggravé ce phénomène, même si les aides exceptionnelles d’État ont  
permis d’amortir considérablement le choc sur l’emploi.  
RATIO DE DETTE PUBLIQUE (% DU PIB)  
Des avantages comparatifs à exploiter  
1
1
1
1
30  
20  
10  
00  
L’Espagne possède néanmoins des atouts sur lesquels s’appuyer afin  
d’envisager un redressement de l’activité industrielle au cours des  
prochaines années. Premier marché européen pour l’éolien terrestre,  
rivalisant avec l’Allemagne sur le secteur de l’énergie solaire, l’Espagne  
est l’un des pays les plus avancés aujourd’hui dans le développement  
des énergies renouvelables en Europe. À terme, les perspectives de  
création d’emplois sont importantes si le pays parvient à capitaliser  
sur cette avance et à profiter notamment des « effets d’échelle » que  
sa position actuelle lui confère. En particulier, l’énergie solaire pourrait  
générer, d’ici à 2050, 1,73 million d’emplois en Europe, soit près de  
9
8
7
6
5
4
3
0
0
0
0
0
0
0
la moitié des nouveaux emplois dans les énergies renouvelables en  
Europe (entre 3,3 et 3,4 millions).18  
Dans son Plan national pour l’énergie et le climat pour 2021-2030  
SOURCES : BANQUE D’ESPAGNE, BNP PARIBAS  
19  
GRAPHIQUE 13  
(PNEC) , le gouvernement espagnol prévoit d’investir près de  
EUR 240 mds au cours de la décennie et table, grâce à ce plan, sur la  
création nette de 270 000 emplois annuels en moyenne entre 2021 et  
DETTE CONSOLIDÉE DES ENTREPRISES NON FINANCIÈRES (% DU PIB)  
2
030 (cf. graphique 15). Le développement de ces nouvelles industries  
aura des effets d’entraînement significatifs sur de nombreux autres  
secteurs de l’économie, directement (construction, transport, activités  
professionnelles et scientifiques, etc.), ou indirectement (commerce,  
hôtellerie & restauration, etc.) en raison de la hausse de la croissance  
économique, de l’emploi et de la consommation. L’essor des énergies  
renouvelables, central compte tenu des enjeux climatiques et des  
règles environnementales de plus en plus strictes imposées par la  
Commission européenne, constitue donc l’un des principaux moteurs  
de croissance et d’emploi en Espagne pour les années à venir.  
1
15  
05  
1
9
8
7
6
5
4
5
5
5
5
5
5
Le secteur automobile constitue un second levier significatif.  
L’Espagne est le second producteur d’automobile en Europe après  
l’Allemagne. Le gouvernement espère générer, grâce à son programme  
d’investissement de EUR 4,3 mds dans les véhicules électriques, près  
de 140 000 nouveaux emplois.20  
GRAPHIQUE 14  
SOURCES : EUROSTAT, BNP PARIBAS  
1
8 Voir Ram M. et al. Job creation during the global energy transition towards 100% renewable power system by 2050, Technological Forecasting and Social Change, février  
La banque  
d’un monde  
qui change  
Eco Conjoncture n°7 // Septembre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
1
2
Le redéveloppement industriel, un facteur important  
pour la réussite du plan España 2050.  
ESTIMATION GOUVERNEMENTALE DE L’IMPACT DU PNEC SUR L’EMPLOI  
CRÉATION NETTE, EN MILLIERS)  
(
Ces programmes industriels s’inscrivent dans une série d’objectifs à  
long terme rassemblés au sein du programme España 205021 dévoilé  
début juillet par l’exécutif espagnol.  
4
3
00  
50  
3
48  
3
11  
2
85  
Ce plan, composé de neuf grands volets et de quarante objectifs chiffrés,  
cible entres autres choses une hausse significative de la productivité,  
du taux d’emploi, ou encore une baisse drastique des émissions de CO2  
300  
258  
2
62  
2
53  
250  
249  
250  
2
42  
2
2
50  
00  
(
cf. tableau 3). Les objectifs en termes de gain de productivité sont très  
ambitieux – une hausse de 50% d’ici à 2050 – tout comme la part des  
dépenses totales (publiques et privées) en recherche et développement  
qui devrait plus que tripler pour atteindre 4% du PIB. Le gouvernement  
souhaite également renforcer la part de grandes entreprises, ce qui,  
à terme, permettrait d’actionner davantage les économies d’échelle  
et les investissements de plus grande envergure, avec comme effets  
espérés de booster la productivité moyenne.  
150  
00  
1
5
0
0
2
021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030  
GRAPHIQUE 15  
SOURCES : PLAN NATIONAL POUR L’ENERGIE ET LE CLIMAT, BNP PARIBAS  
Le recul de l’industrie n’a pas seulement eu un impact sur la productivité  
et la compétitivité du pays. Ce phénomène a certainement joué un rôle  
prépondérant dans la précarisation de l’emploi que connait l’Espagne  
aujourd’hui. Cela a entraîné un ralentissement mécanique de la hausse  
des salaires dans le pays, les taux de croissance des rémunérations  
dans les services restant en effet inférieurs à ceux dans l’industrie  
ÉVOLUTION DES SALAIRES ENTRE INDUSTRIE ET SERVICES (EN EUROS)  
2000  
1900  
1800  
(
cf. graphique 16). Entre 2010 et 2019, les salaires nominaux dans les  
services ont ainsi augmenté de seulement 4,0%, ce qui, en prenant en  
compte l’inflation, représente une baisse réelle de 7% environ.22 En  
termes réels, les salaires dans l’industrie ont baissé seulement de 1%,  
les salaires nominaux ayant augmenté de 10% au cours de la période  
1700  
1600  
1500  
1400  
2
010-2019. Les raisons sont multiples mais on peut citer notamment  
la forte augmentation des emplois dans les secteurs liés au tourisme  
1300  
1200  
1100  
1000  
(
restauration, hôtellerie, culture), qui sont généralement plus précaires  
Industrie  
Services  
et plus faiblement rémunérés.  
GRAPHIQUE 16  
SOURCES : INE, BNP PARIBAS  
SÉLECTION D'OBJECTIFS DU PLAN ESPAÑA 2050  
2
019*  
42  
2030  
2040  
2050  
Productivité horaire du travail (euro constant, 2015)  
Dépenses en R&D (en % du PIB)  
Taux d'emploi  
46  
3,0%  
68%  
12%  
32%  
-23%  
32  
53  
3,5%  
72%  
10%  
33%  
-57%  
31  
63  
4,0%  
80%  
7%  
1,2%  
62%  
18%  
31%  
-
Taux de chômage  
Part des grandes entreprises (250 employés et +)  
Emissions de CO2  
35%  
-90%  
29  
Indice de Gini  
34  
Population à risque de pauvreté (% population totale)  
22%  
18%  
15%  
10%  
*
Moyenne pour 2015-19  
TABLEAU 3  
2
2 L’indice des prix à la consommation a augmenté de 11,0% entre 2010 et 2019 (source INE).  
La banque  
d’un monde  
qui change  
Eco Conjoncture n°7 // Septembre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
1
3
*
*****  
En dévoilant coup sur coup son plan de relance national et l’agenda  
España 2050, l’exécutif espagnol entend replacer l’industrie au cœur  
de son programme de développement économique et social pour les  
années à venir. Les objectifs affichés d’ici à 2030 en termes de hausse  
de la productivité et de l’investissement sont ambitieux mais pourraient  
se heurter à un contexte budgétaire tendu, la dette publique s’étant  
alourdie très fortement avec la crise du coronavirus. Par ailleurs,  
même si les subventions allouées par le Fonds de relance européen  
offrent des marges budgétaires supplémentaires, l’État compte en  
grande partie sur les effets de levier pour mobiliser davantage les  
investissements privés, ce qui n’est pas assuré. Par exemple, avec  
son plan de soutien de EUR 4,3 mds destiné au secteur automobile,  
le gouvernement compte attirer près de EUR 20 mds d’investissement  
privé. À terme, l’objectif principal d’un renforcement de l’industrie  
sera de permettre la création de nouveaux débouchés d’emploi et une  
réduction du taux de chômage, celui-ci restant bien trop élevé. Avec  
l’objectif affiché d’un taux de chômage de 12% à l’horizon de 2030, le  
gouvernement reste, somme toute, très prudent quant à la réussite et à  
l’impact de ce plan d’investissement industriel sur l’emploi et l’activité  
économique à moyen et long terme.  
Achevé de rédiger le 15 septembre 2021  
guillaume.a.derrien@bnpparibas.com  
La banque  
d’un monde  
qui change  
RECHERCHE ÉCONOMIQUE GROUPE  
Les informations et opinions exprimées dans ce document ont été obtenues de, ou sont fon-  
dées sur des sources d’information publiques réputées fiables, mais BNP Paribas ne garantit,  
expressément ou implicitement, ni leur exactitude, ni leur exhaustivité, ni leur mise à jour. Ce  
document ne constitue ni une offre, ni une sollicitation d’achat ou de vente de titres ou autres  
placements. Il ne constitue ni du conseil en investissement, ni de la recherche ou analyse finan-  
cière. Les informations et opinions contenues dans ce document ne sauraient dispenser l’inves-  
tisseur d’exercer son propre jugement ; elles sont par ailleurs susceptibles d’être modifiées à  
tout moment sans notification et ne sauraient servir de seul support à une évaluation des ins-  
truments éventuellement ,mentionnés dans le présent document. Toute éventuelle référence  
à une performance réalisée dans le passé ne constitue pas une indication d’une performance  
future. Dans toute la mesure permise par la loi, aucune société du Groupe BNP Paribas n’accepte  
d’être tenue pour responsable (y compris en raison d’un comportement négligent) au titre de  
pertes directes ou découlant indirectement d’une utilisation des informations contenues dans  
ce document ou d’une confiance accordée à ces informations. Toutes les estimations et opinions  
contenues dans ce document reflètent notre jugement à la date de publication des présentes.  
Sauf indication contraire dans le présent document, il n’est pas prévu de le mettre à jour. BNP  
Paribas SA et l’ensemble des entités juridiques, filiales ou succursales (ensemble désignées ci-  
après « BNP Paribas »), sont susceptibles d’agir comme teneur de marché, d’agent ou encore, à  
titre principal, d’intervenir pour acheter ou vendre des titres émis par les émetteurs mentionnés  
dans ce document, ou des dérivés y afférents. BNP Paribas est susceptible notamment de déte-  
nir une participation au capital des émetteurs ou personnes mentionnés dans ce document, de  
se trouver en position d’acheteur ou vendeur de titres ou de contrats à terme, d’options ou de