Perspectives

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Brésil

Esperança

Deux années de turbulences économiques et politiques ont exacerbé la grogne sociale et la lassitude de la population. Au-delà du périmètre du gouvernement central, les engagements conditionnels et les autres entités (para)publiques doivent être surveillés de près. Les bilans d’un grand nombre de sociétés et de ménages sont dans le rouge. Dans ce contexte, le nouveau gouvernement doit relever un défi majeur : préserver la cohésion nationale tout en mettant en œuvre des réformes structurelles à grande échelle. Même si des incertitudes subsistent, les marchés et les investisseurs ont réagi positivement aux évolutions politiques récentes. L’économie pourrait être sur le point de se stabiliser et le système bancaire demeure relativement solide.

Une nouveau pilote dans le cockpit…

Après la Chambre des députés le 18 avril dernier, le Sénat a validé, le 12 mai, la procédure de destitution de la présidente Dilma Rousseff. Conformément à la constitution, cette dernière a été suspendue de ses fonctions, au profit du vice-président Michel Temer qui assure l’intérim. Il pourrait rester en place au-delà du jugement définitif sur la destitution de D. Rousseff (dans un délai de 180 jours), potentiellement jusqu’aux élections législatives de 2018. Le nouveau gouvernement comprend une équipe économique chevronnée emmenée par le ministre des Finances, Henrique Mereilles, ancien gouverneur de la banque centrale sous le président Lula, réputé pour son approche orthodoxe et favorable au marché. M. Temer a réitéré le souhait de maintenir les programmes sociaux emblématiques mais surtout celui de « restaurer la crédibilité du Brésil au plan national et international » avec le déploiement d’un programme (impopulaire) de réformes.

Toutefois, eu égard au discrédit jeté sur la classe politique avec le scandale de corruption tentaculaire dont l’entreprise pétrolière publique Petrobras est l’épicentre, le bruit politique pourrait encore perdurer dans les prochains mois. En l’espace d’un peu plus d’un mois, trois ministres fraîchement nommés ont déjà démissionné.

… pour redresser la trajectoire économique

Au T1 2016, le PIB réel a de nouveau reculé (-0,3 % t/t et -5,4 % en glissement annuel). Alors que l’investissement a baissé d’« à peine » 2,7 % t/t, la consommation privée s’est repliée de 1,7 % et la consommation publique a augmenté de 1,1 %. La contribution des exportations nettes est restée positive. Côté offre, la production industrielle s’est contractée de 1,2 % au T1 (après -6 % en 2015), le secteur des services a reculé de 0,2 % (-3 % en 2015) et la production agricole de 0,3 % (+1,5 % en 2015).

L’acquis de croissance au T1 2016 ressort à -2,6 %, et les indicateurs avancés (PMI, production industrielle, crédit, enquêtes de confiance) dépeignent une image toujours en demie teinte au deuxième trimestre, malgré le léger frémissement des derniers indicateurs de confiance. Les marchés et les investisseurs ont réagi positivement aux récentes évolutions politiques. Le real s’est apprécié de 20 % face au dollar depuis le début de l’année et les spreads des obligations souveraines en devises, ceux des CDS ainsi que les rendements des bons du Trésor se sont repliés.

Nous tablons sur un rebond graduel de l’investissement privé dans les prochains trimestres, tandis que la consommation des ménages (60 % du PIB) pourrait demeurer poussive en raison du décalage habituel entre la reprise économique et ses répercussions sur le

1- Synthèse des prévisions

e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe

2- Indicateur de confiance et taux de change

Confiance des entreprises

Taux de change nominal USD/BRL (échelle droite inversée)

Sources : Banque centrale, Fundação Getulio Vargas

marché du travail, très déprimé. Nous prévoyons une stabilisation du PIB réel au T3 (qui devrait par ailleurs bénéficier des effets positifs, quoique de courte durée, des Jeux olympiques de Rio) et un redressement très progressif à partir du T4.

Finances publiques : les nuages n’annoncent pas toujours une tempête

Le nouveau gouvernement a soumis son projet de réforme des dépenses publiques au Congrès, qui devrait l’adopter d’ici à la fin de l’année. Ce sera ensuite le tour de la réforme du système des retraites, en cours de discussion. A la faveur de la reprise économique, du contrôle des dépenses publiques et des réformes attendues, le déficit primaire devrait atteindre un pic cette année avant un retour à l’équilibre en 2018. Les conditions de financement

internationales et locales se sont assouplies depuis le début de 2016 et la Banque centrale devrait s’engager dans un cycle d’assouplissement monétaire qui contribuera à alléger quelque peu le fardeau de la charge d’intérêt sur la dette. Dans notre scénario de base, la dette publique devrait dépasser légèrement la barre de 80 % du PIB en 2019 avant d’entamer un recul très progressif. Mais les risques associés aux administrations locales (états fédérés, communes), des entreprises publiques (Petrobras, Electrobras, etc.) ou des banques publiques (en particulier, Caixa Economica Federal) doivent être surveillés de près.

Les finances des collectivités locales sont sous tension. Déjà renégociée et transférée au gouvernement fédéral en 1997-1999, la dette nette des Etats a grimpé au cours des deux dernières années, à plus de 11 % du PIB. L’Etat fédéral a décidé, l’année dernière, de réduire le paiement de leurs intérêts (taux d’intérêt réel ramené à 4 % contre 6-9 %) et de différer les remboursements de leur dette. Par exemple, le budget de l’Etat de Rio de Janeiro, très dépendant des revenus du pétrole, a vu ses recettes plonger d’environ 30 % en 2015. Résultat : le versement des salaires des fonctionnaires a été reporté et des remboursements de dette n’ont pas été honorés, ces dernières semaines, amenant l’Etat fédéral à annoncer le déblocage de fonds d’urgence pour un montant de BRL 2,9 mds, et, ce, afin d’achever les travaux liés aux prochains Jeux olympiques.

Suite à l’effondrement des prix du pétrole et à l’opération Lava-Jato

(« nettoyage express »), Petrobras a accusé USD 9 mds de pertes en 2015 malgré une baisse notable des investissements. Sa dette s’élève à USD 125 mds et la société doit refinancer USD 37 mds de dette obligataire en devises en 2018. L’entreprise a néanmoins réussi, en mai 2016, à lancer une émission obligataire d’un montant de USD 6,75 mds sur les marchés internationaux à un taux de 8,625 % pour les bons à cinq ans à échéance 2021 et de 9,0 % pour les bons à dix ans à échéance 2026. Elle a également obtenu une ligne de crédit de USD 10 mds auprès de la China Development Bank, qui devrait lui permettre de refinancer sa dette au moins jusqu’à la fin 2017. De plus, le nouveau gouvernement a nommé un nouveau président à la tête de la société afin de restaurer sa crédibilité et sa solvabilité.

La qualité des actifs des banques publiques ne s’est pas sensiblement détériorée jusque-ici. Mais leurs ratios de fonds propres sont inférieurs à ceux des banques privées, faisant porter sur l’Etat un risque potentiel associé au soutien financier qu’il devrait consentir en cas de recapitalisation.

Gros temps pour les entreprises et les ménages…

Sous l’effet conjugué du dynamisme du crédit des banques publiques (les transferts de l’Etat à leur profit sont passés de 1,5 % du PIB en 2008 à 9,6 % en 2015), du développement des marchés de capitaux locaux et de l’accès facilité des grandes entreprises aux marchés internationaux (avant le scandale Petrobras), l’endettement du secteur privé a doublé au cours de la dernière décennie à près de 90 % du PIB. Ceci est allé de pair avec la détérioration progressive de la rentabilité et de la liquidité des entreprises. Leur ratio dette/fonds propres s’établit à présent à

175 % contre 90 % il y a six ans. Aussi, les risques de crédit des entreprises ont-ils sensiblement augmenté sur fond de Lava-Jato, de récession économique, de baisse des prix des matières

Sources : Banque centrale, BNP Paribas

* Prêts accordés par les banques publiques à des conditions préférentielles

premières, de raffermissement du dollar et de conditions financières plus restrictives. Si le retour de Petrobras sur les marchés obligataires ouvre la voie à d’autres sociétés brésiliennes, nombre de grandes entreprises et de PME sont confrontées à des difficultés financières. Les demandes de protection au titre du chapitre 11 de la loi sur les faillites ont augmenté de 55 % en 2015 et presque doublé au cours des quatre premiers mois de 2016 (données Serasa Experian).

Par ailleurs, l’envolée du chômage et la chute du pouvoir d’achat ont fait grimper les risques de crédit aux ménages. Malgré les efforts de désendettement, la dette et le service de la dette des ménages atteignent, respectivement, 45 % et 20% de leur revenu disponible.

… mais le système bancaire est toujours debout

Un cadre réglementaire et une supervision rigoureux, ainsi que la bonne santé intrinsèque du système bancaire dans son ensemble atténuent les risques systémiques. Les banques brésiliennes, qui demeurent bien capitalisées, ont en effet réussi à préserver leur rentabilité grâce à des commissions et des taux d’intérêt très élevés. En termes de liquidité, le secteur bancaire n’est pas très exposé aux financements extérieurs et les banques étrangères représentent moins de 15 % du crédit total. La part des prêts libellés en monnaie étrangère reste faible. Le ratio prêts/dépôts s’est maintenu à 138 % au cours des cinq dernières années mais il devrait s’améliorer du fait de l’atonie du crédit. Les provisions couvrent 170 % des créances douteuses qui progressent, depuis un an et demi, tout en se maintenant en dessous de 4 % de l’encours total de crédit. Toutefois, ce chiffre sous-estime la détérioration de la qualité des actifs bancaires dans la mesure où il ne tient pas compte des prêts restructurés, qui ont grimpé de 37 % en 2015.

Une nouvelle détérioration de la qualité des actifs bancaires est attendue dans les prochains mois malgré les espoirs sur le front de l’activité économique, et certains établissements financiers de niche pourraient connaître des difficultés financières. Pour autant, les tests de résistance effectués par la Banque centrale demeurent rassurants.

Sylvain Bellefontaine sylvain.bellefontaine@mdspparibas.com

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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