Perspectives

PDF
e
10  
EcoPerspectives // 3 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Allemagne  
Evaporation de la confiance  
Avec le ralentissement du commerce mondial, l’économie allemande s’appuie principalement sur des politiques budgétaire et monétaire  
expansionnistes et sur la croissance du revenu disponible réel. Après une contraction modérée au deuxième trimestre, elle devrait légèrement  
progresser au second semestre 2019. En 2020, les exportations pourraient se redresser et la croissance revenir à un niveau proche du potentiel.  
Compte tenu de sa forte intégration dans les chaînes de valeur mondiales, l’industrie allemande est assez sévèrement touchée par le ralentissement  
du commerce mondial. Cette intégration a, certes, permis d’améliorer la productivité et de créer des postes qualifiés, mais elle a aussi accentué les  
inégalités de revenus.  
1- Croissance et inflation  
Un deuxième trimestre décevant  
Croissance du PIB (%)  
Inflation (%)  
D’après les indicateurs avancés, la croissance s’est légèrement  
contractée au T2, après une performance particulièrement robuste  
au premier trimestre (0,4 %). Cette dernière pourrait être due à des  
facteurs temporaires comme un hiver doux favorable au secteur de  
la construction, la fin des difficultés d’approvisionnement dans  
l’industrie automobile, liées à l’introduction du dispositif WLTP  
Prévision  
Prévision  
2,5  
2,2  
1
,9  
1
,7  
1
,4  
1,5  
19  
1,5  
(
procédure de test mondiale harmonisée pour les voitures  
1
,0  
particulières et les véhicules utilitaires légers), ainsi que  
l’augmentation de la demande des clients britanniques, dans la  
perspective de la date butoir fixée pour le Brexit.  
0
,6  
0
,4  
1
6
17  
18  
19  
20  
16  
17  
18  
20  
Entre-temps, les conditions économiques sous-jacentes ont  
continué à se détériorer. En juin, l’indice Ifo du climat des affaires  
s’est de nouveau replié, pour atteindre 97,4, son plus bas niveau  
depuis novembre 2014. Dans l’ensemble, les chefs d’entreprise  
restent satisfaits de la situation actuelle, mais ils se disent  
préoccupés par les perspectives pour les prochains mois car les  
carnets de commandes se dégarnissent. L’indice du climat des  
affaires ne se maintient à un niveau relativement élevé que dans le  
secteur de la construction. De plus, l’incertitude est relativement  
forte chez les chefs d’entreprise. Depuis le T4 2018, l’indice Ifo de  
dispersion, qui mesure la dispersion des anticipations des  
entreprises concernant les perspectives pour les six prochains mois,  
se situe autour de 59, un niveau précédemment observé au  
lendemain de la crise financière.  
Sources : Comptes nationaux, BNP Paribas  
2
- Valeur ajoutée, par pays d'origine, de la demande finale du  
secteur manufacturier allemand  
Allemagne  UE15  Reste de l’UE █ Amérique du Nord  
Asie orientale et centrale  Reste du monde  
100%  
80%  
60%  
40%  
20%  
Le marché du travail reste, néanmoins, bien orienté. En avril,  
l’emploi était toujours en hausse d’environ 1 % par rapport à l’année  
précédente et le taux de chômage harmonisé s’établissait, en mai, à  
0
%
2
005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015  
3
,2 %, niveau le plus bas de la zone euro.  
Sources : OCDE statistiques TiVA, calculs BNP Paribas  
Compte tenu des tensions sur le marché du travail, les salaires  
négociés ont fortement augmenté ces derniers mois. Au T1, ils  
avaient progressé de près de 3 % par rapport à l’année précédente.  
Dans l’ensemble, les coûts de main-d’œuvre ont grimpé de 2,3 %  
sur cette même période. Cependant, cela n’a guère eu d’impact sur  
l’inflation. En mai, les prix à la consommation n’avaient progressé  
que de 1,4 % par rapport à 2018.  
derrière les Verts. De nombreux partisans du SPD seraient  
favorables à un retrait de la grande coalition. Cependant, la  
perspective d’une défaite écrasante et la prochaine élection du  
nouveau président du parti en font une option peu probable pour le  
moment. Dans les prochains mois, les affrontements entre les  
membres de la coalition vont probablement s’intensifier, le SPD  
souhaitant exercer davantage d’influence sur les politiques  
publiques dans des domaines tels que l’introduction du minimum  
vieillesse ou d’une politique sur le climat.  
Une orientation budgétaire expansionniste  
Les partis de la coalition ont subi une cuisante défaite lors des  
élections européennes de mai dernier. La CDU/CSU (conservateurs,  
chrétiens-démocrates) est restée la principale formation politique,  
mais le SPD (socio-démocrates) a reculé à la troisième place,  
Conformément à l’accord de coalition, la politique budgétaire va être  
considérablement assouplie, en particulier pour ce qui concerne les  
e
11  
EcoPerspectives // 3 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
dépenses. Les dépenses publiques vont ainsi augmenter pour ce  
qui est des infrastructures de transport, de la garde des enfants et  
de l’éducation. De plus, les droits à prestations des personnes ayant  
élévé des enfants seront revalorisés (pensions des mères de  
famille). L’impôt sur le revenu et les cotisations sociales ne seront  
pas sensiblement modifiés. Les baisses d’impôts sur le revenu  
suffisent à peine à compenser la non-indexation des tranches  
d'imposition. Par ailleurs, la diminution des cotisations chômage  
sera compensée par une augmentation des cotisations d’assurance  
dépendance.  
3
- Augmentation du risque de pauvreté au travail  
% des personnes en activité disposant d'un revenu équivalent disponible  
inférieur à 60% du revenu équivalent disponible médian, y compris les  
différentes prestations sociales :  
Personne seule :  avec enfants  sans enfants  
Deux adultes ou plus : - - - avec enfants  sans enfants  
Avec l’assouplissement budgétaire, l’excédent des finances  
publiques devrait rapidement se résorber, passant de 1,7 % du PIB  
en 2018 à 1 % en 2019 et à 0,75 % en 2020. De plus, les recettes  
fiscales, en particulier celles en provenance du secteur des  
entreprises, risquent d’être décevantes. En revanche, les  
versements d’intérêts continuent de diminuer en raison de taux  
exceptionnellement bas. Conséquence, le ratio de la dette va  
continuer à reculer pour passer en dessous de la barre des 60 % du  
PIB, pour la première fois depuis 2002.  
Source : Eurostat  
La croissance pourrait s’accélérer en 2020  
valeur ajoutée montrent également que 4,1 % de celle du secteur  
manufacturier allemand provenaient des Etats-Unis en 2015, contre  
Dans les prochains trimestres, des politiques budgétaire et  
monétaire expansionnistes seront les principaux moteurs de  
l’économie. En outre, la générosité des accords salariaux  
précédemment conclus et la bonne orientation des données du  
marché du travail viendront soutenir la demande intérieure.  
3
,3 % en 2005, soulignant une fois de plus que les sanctions  
commerciales adoptées par les Etats-Unis peuvent aussi,  
indirectement, pénaliser l’industrie américaine.  
Le secteur manufacturier reçoit aussi des apports de la part d’autres  
secteurs, comme celui des services. Sa part en termes de valeur  
ajoutée est restée plutôt stable, autour de 33 %. Dès lors, il n’est  
pas surprenant que les services aux entreprises soient également  
pénalisés par le ralentissement de la production manufacturière.  
Dans un tel contexte, le PIB ne devrait que légèrement progresser  
au second semestre 2019, principalement du fait de la robustesse  
de la demande des administrations publiques et des ménages. En  
revanche, la croissance de la production manufacturière va rester  
déprimée sous l’effet du fléchissement du commerce mondial, qui  
devrait aussi se répercuter sur le reste de l’économie. L’incertitude  
du climat des affaires est, en effet, peu propice à l’investissement.  
Dans l’hypothèse d’un Brexit avec accord, certaines incertitudes  
commerciales seront peut-être levées vers la fin de l’année, une  
évolution favorable aux exportateurs allemands. Selon les  
prévisions, la croissance devrait de nouveau se situer à un niveau  
proche du potentiel, estimé à 1,4 %.  
La délocalisation des processus à faible valeur ajoutée et à forte  
intensité de main-d’œuvre a eu d’importantes répercussions sur le  
marché allemand du travail. Or, l’emploi n’a pas diminué. Au  
contraire, il a augmenté et le chômage se situe actuellement à un  
plus bas. Ce qui a changé, c’est la nature des postes proposés,  
l’économie allemande étant de plus en plus axée sur les  
connaissances. Entre 1995 et 2009 (dernières données disponibles)  
la part, en termes d’heures travaillées, des employés hautement  
qualifiés est passée de 21,8 % à 27,7 %. Cela a contribué au  
creusement des inégalités. Malgré une compensation partielle, au  
travers d’une redistribution des revenus par la fiscalité et le système  
de sécurité sociale, le risque de pauvreté au sein de la population  
en âge de travailler a augmenté au cours des quinze dernières  
années.  
Intégration dans les chaînes de valeur mondiales  
L’important secteur manufacturier allemand est, actuellement, très  
affecté par le ralentissement du commerce mondial. Au cours des  
dernières décennies, les industriels allemands se sont parfaitement  
intégrés dans les chaînes de valeur mondiales. Pour rester  
compétitifs sur les marchés mondiaux, ils ont délocalisé les  
processus à faible valeur ajoutée et à forte intensité de main-  
d’œuvre. Résultat, la part nationale de la valeur ajoutée dans la  
demande totale a reculé de 60 %, en 2005, à 51 %, en 2015. La  
majeure partie de la valeur ajoutée est toujours produite dans l’UE  
(
73 % en 2015) mais la part de la Chine a sensiblement augmenté,  
de 1,8 %, en 2005, à 6 %, en 2015. De plus, on observe une  
réorientation en faveur des anciens pays communistes d’Europe  
centrale et orientale, la part de ces derniers dans la valeur ajoutée  
augmentant de 3,7 % à 5,2 %. Les statistiques sur le commerce en  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2175 articles et 572 vidéos