Perspectives

PDF
TYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01//EN" "http://www.w3.org/TR/html4/strict.dtd"> croissance economique-inflation-previsions economiques-politique budgetaire-royaume uni-etudes economiques-bnpparibas

La banque d’un monde qui change

Royaume-Uni

Faux-départ ?

Les résultats du référendum sont sans appel : les Britanniques se sont prononcés pour une sortie de l’Union européenne. Les premières conséquences, liées à l’incertitude des modalités de sortie de l’UE, apparaissent : chute du cours des actions et de la devise, annonces d’embauches et d’investissements gelés. L’incertitude n’est pas prête d’être levée. Si les Européens sont quasi unanimes dans leur volonté de commencer au plus vite les négociations, les Britanniques sont tout autant unanimes dans leur volonté de les retarder. Il s’agit pour eux de préserver l’unité du pays et son accès au marché unique, alors qu’il apparaît que les tenants du Brexit n’étaient pas préparés à leur victoire…

Le 23 juin, les Britanniques se sont prononcés pour une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Bien qu’une majorité relativement claire ait été dessinée par le scrutin – 52% des votes exprimés en faveur du « Brexit » pour une participation importante de 72% (contre 66% aux législatives de mai 2015) – le pays sort terriblement divisé du référendum. David Cameron a annoncé sa démission, effective à la rentrée 1 , et la guerre de succession a commencé au sein du parti conservateur, notamment entre Theresa May, Secrétaire d'État à l'Intérieur, et Andrea Leadson, ministre d’Etat à l’Energie. Au sein du parti travailliste, l’atmosphère n’est pas plus sereine, puisqu’il est reproché à l’actuel leader, Jeremy Corbyn, de ne pas avoir fait preuve de suffisamment de ferveur européenne au cours de la campagne et son maintien à la tête du parti semble de plus en plus difficile, notamment après avoir perdu un vote de confiance auprès des parlementaires travaillistes.

Au-delà de la sphère politique, les divisions sont aussi bien régionales que générationnelles. Contrairement à l’Angleterre et au Pays de Galles, l’Ecosse et l’Irlande du Nord ont majoritairement voté pour un maintien du Royaume-Uni dans l’UE. Au lendemain du vote, la Première ministre d’Ecosse, Nicola Sturgeon, menaçait d’un nouveau référendum sur l’indépendance de sa Nation alors qu’en Irlande s’élevait un appel à la réunification de l’île. La scission entre les plus jeunes et les plus vieux est par ailleurs frappante : 75% des moins de 25 ans se sont prononcés pour le maintien de leur pays dans l’UE alors que 61% des plus de 65 ans ont choisi la sécession.

A quel rythme ?

Les Européens étaient divisés sur le rythme à donner à la procédure, mais à l’issue du sommet européen des 28 et 29 juin, ils ont reconnu que l’initiative revenait au prochain gouvernement britannique. En effet, le calendrier de la sortie effective du Royaume-Uni de l’Union européenne ne dépend que des Britanniques. L’article 50 du Traité de Lisbonne, qui régit le départ d’un Etat membre, stipule que le Conseil européen2 doit être notifié, et que ce n’est qu’alors que s’ouvrent les négociations autour des modalités de séparation. Compte tenu de leur complexité, ces négociations pourraient se révéler très longues, le Royaume-Uni ne sortant effectivement de l’UE qu’à une date encore plus éloignée dans le futur3. M. Cameron a clairement indiqué qu’il laissait à son

1 Dans un premier temps, le successeur de David Cameron ne devait pas être annoncé avant la conférence du parti conservateur en octobre, mais rapidement la date a été avancée au 9 septembre.

2Institution qui réunit les chefs d'État ou de gouvernement des États membres, ainsi que le président du Conseil européen (Donald Tusk) et le président de la Commission (Jean-Claude Juncker).

3L’article 50 du Traité de Rome indique ainsi que « Les traités cessent d'être applicables à l'État concerné à partir de la date d'entrée en vigueur de l'accord de

1- Synthèse des prévisions

e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe

2- Chute de la livre

Janvier 2005 = 100

▬ GBP, taux de change effectif

95

90

85

80

75

2013 2014 2015 2016

Source : Banque d’Angleterre

successeur le loin de se charger de la procédure. Or, le camp du Brexit apparaît peu pressé de lancer les négociations : le nouveau Premier ministre, qui n’entrera pas en fonction avant début septembre, pourrait chercher à obtenir l’aval du Parlement, voire convoquer de nouvelles élections générales, provoquées par le vote d’une motion de censure de la part de parlementaires majoritairement en faveur d’un maintien dans l’UE.

retrait ou, à défaut, deux ans après la notification visée au paragraphe 2, sauf si le Conseil européen, en accord avec l'État membre concerné, décide à l'unanimité de proroger ce délai ».

Certes, de telles élections sont optionnelles. Le Fixed-Term Parliaments Act de 2011 fixe à cinq ans la durée d’une législature, et les prochaines élections ne devraient pas intervenir avant 2020, à moins que le gouvernement en place ne soit en mesure d’obtenir un vote de confiance à la Chambre des Communes. Un tel scénario semble à première vue peu probable : les Conservateurs n’ont regagné qu’en 2015 une majorité parlementaire perdue en 1997 et partagée avec les Libéraux-Démocrates entre 2010 et 2015, et ils réfléchiront à deux fois avant de la remettre en jeu. Reste que les divisions du pays sont telles que l’organisation d’élections à l’automne ne peut être totalement exclue.

Dans un tel cas de figure, il faudrait envisager la possibilité que le Royaume-Uni demeure membre de l’UE. Le résultat du référendum n’est en effet pas juridiquement contraignant : seul un vote du parlement britannique a ce pouvoir. Le parti libéral-démocrate a ainsi d’ores et déjà annoncé qu’en cas d’élections, un élément central de son programme serait de ne pas déclencher l’article 50, une promesse qu’un parti travailliste réunifié pourrait reprendre à son compte. Si les sympathisants du parti conservateur ont majoritairement voté pour un Royaume-Uni hors de l’UE, on ne peut pourtant exclure que David Cameron soit remplacé à sa tête par un autre partisan du « Bremain », tant l’absence de préparation du camp du Brexit devient plus flagrante chaque jour, alors que les premières conséquences du vote sont clairement négatives : chute du marché action, chute de la livre sterling, perte du AAA4.

Les titres de la presse sont plus que préoccupants5, et nombre d’électeurs déclarent regretter un vote de protestation qu’ils ne pensaient pas voir aboutir. Les incohérences et contre-vérités de la campagne sont dénoncées. Une pétition appelant à la caducité du scrutin recueille des millions de votes en ligne. Cette proposition devra donc être étudiée par le Parlement. L’Ecosse menace d’utiliser un veto qui, s’il est symbolique, pourrait aussi se révéler un solide argument pour un volte-face : pour préserver l’union (du pays) il faudrait demeurer dans l’Union (européenne). En résumé, le référendum du 23 juin n’aura pas permis de mettre fin à la question de l’adhésion britannique au projet européen tout en introduisant nombre de nouvelles incertitudes.

Quelles relations ?

Les conséquences économiques qu’aura à subir le Royaume-Uni sont de deux ordres. A court terme, la chute de la livre (qui a atteint près de 7% en termes effectifs à l’annonce des résultats du référendum) conduira à une poussée de l’inflation et à une perte de pouvoir d’achat des ménages, dont les dépenses ont été, ces dernières années, un soutien à la croissance. Les entreprises adopteront par ailleurs une position attentiste, gelant investissements et embauches. La croissance serait ainsi très limitée au troisième trimestre et négative en fin d’année, les risques pesant sur un tel scénario étant clairement à la baisse.

La banque d’un monde qui change

Une fois initiée la sortie de l’UE, l’attention se portera sur la nature de la nouvelle relation du Royaume-Uni avec les Etats membres. Les îles britanniques étant un important partenaire commercial, les échanges seraient probablement préservés au maximum. Suite à la première réunion à 27, les chefs d’Etat et de gouvernement ont déclaré espérer que « le Royaume-Uni sera un partenaire proche de l'UE ». Mais le Royaume-Uni perdrait une partie de l’un de ses avantages comparatifs et donc de son attractivité auprès des investisseurs internationaux. Des flux sortants nets d’investissement direct étranger (IDE) sont peu probables, mais un tarissement des flux entrants nets semble inévitable.

La conséquence directe serait une détérioration de la balance de base, soit la somme de la balance commerciale et du solde des IDE. L’ampleur de cette détérioration dépendra de l’évolution des échanges commerciaux, et les questions sont ici plus nombreuses que les réponses. La première est celle des effets d’une devise dépréciée. Une livre meilleur marché pourrait permettre une réduction du déficit commercial en améliorant la compétitivité des exportations britanniques, mais, compte tenu de la désindustrialisation du pays au long des dernières décennies, le retour rapide à un excédent est peu probable. Les conséquences seront également fonction des accords de libre-échange que le Royaume-Uni devra renégocier avec une cinquantaine de partenaires commerciaux non-européens. Ici, l’optimisme n’est pas de mise. En visite à Londres au printemps dernier, Barack Obama déclarait qu’un Brexit placerait le Royaume-Uni tout à la queue des pays négociant des accords commerciaux avec les Etats-Unis. Il faut dire que les exportations américaines ne sont destinées qu’à environ 3% au Royaume-Uni dont le poids dans le PIB mondial est limité à 4%6, et que ses partenaires commerciaux pourraient exiger des précisions quant à la nature des nouvelles relations britannico- européennes avant de signer des accords de libre-échange7

Le Royaume-Uni est bien extrêmement dépendant de l’UE. Le degré d’accès au marché unique est l’élément qui décidera du destin économique du pays : vigueur de la conjoncture, ampleur du déficit, facilité de son financement. La meilleure des options est alors de préserver au maximum les liens commerciaux, et, ce, même si c’est au prix de ce que les partisans du Brexit dénonçaient : participation au budget européen et libre circulation des personnes. Dans ce cas, le coût pour le Royaume-Uni pourrait être économiquement limité, réduit aux seules conséquences de l’incertitude qui aura planée plus ou moins longtemps. Le coût politique sera, de toutes les façons, immense.

Alexandra Estiot alexandra.estiot@bnpparibas.com

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1998 articles et 549 vidéos