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France, budget 2022 : réduction mécanique du déficit

ECO FLASH  
N°21-15  
22 octobre 2021  
FRANCE, BUDGET 2022 : RÉDUCTION MÉCANIQUE DU DÉFICIT  
Hélène Baudchon  
Dans son projet de loi de finances pour 2022, le gouvernement français  
prévoit un déficit de 8,4% du PIB en 2021 et de 4,8% en 2022 (après 9,1% en  
2
020). Le ratio de dette publique s’élèverait à 115,6% du PIB en 2021 (après  
DÉFICIT NOMINAL ET STRUCTUREL  
1
15% en 2020), avant de refluer légèrement à 114% en 2022.  
1 %  
du PIB  
Déficit nominal  
Déficit structurel  
La réduction importante du déficit entre 2021 et 2022 est de nature  
mécanique. L’amélioration du déficit conjoncturel y contribue pour 1,6point,  
tandis que la diminution de 2,1 points du déficit structurel est imputable à  
l’arrêt de l’essentiel des mesures d’urgence. Cette disparition contribue à  
la forte baisse du poids des dépenses publiques dans le PIB (-4,3 points),  
qui fait plus qu’expliquer la réduction du déficit budgétaire (-3,6 points) et  
couvre également la baisse de la pression fiscale (-0,8 point).  
0
1
-
-2  
-
-
-
3
4
5
-6  
-
-
-
7
8
9
L’heure de la consolidation budgétaire discrétionnaire n’a pas encore son-  
né. L’ombre de la crise de la Covid-19 plane toujours sur ce budget 2022:  
l’économie et la société française ont encore besoin d’être soutenues, et  
elles le sont (montée en puissance du plan France Relance, plan France  
-
10  
1
978  
GRAPHIQUE 1  
1984  
1990  
1996  
2002  
2008  
2014  
2020  
2026  
SOURCE : INSEE, COMMISSION EUROPÉENNE,  
PRÉVISIONS DU GOUVERNEMENT (ZONE GRISÉE), BNP PARIBAS  
RATIO DE DETTE PUBLIQUE  
2
030 à venir, hausse des dépenses ordinaires). Bien que dans des propor-  
tions nettement moindres qu’en 2020 et 2021, la logique du « quoi qu’il en  
coûte » continue de prévaloir : aucune mesure de financement n’est mise  
en face des mesures de soutien.  
Le Haut Conseil des Finances Publiques estime « prudente » la prévision  
de croissance du gouvernement pour 2021 (6%) et « plausible » celle pour  
%
du PIB  
120  
110  
100  
2
022 (4%).  
9
8
7
6
0
0
0
0
S’agissant des prévisions de déficit budgétaire, le HCFP ne s’est pas  
prononcé sur leur plausibilité, faute de disposer d’un PLF complet. En  
effet, certaines dépenses, annoncées mais non finalisées (nouveau plan  
d’investissement France 2030, revenu d’engagement notamment), ne sont  
pas intégrées au PLF 2022. Il est prévu qu’elles le soient par voie d’amende-  
ment lors du débat parlementaire.  
50  
40  
30  
20  
Les prévisions de déficit budgétaire du gouvernement sont donc suscep-  
tibles de bouger dans les prochaines semaines. Le gouvernement a déjà  
rehaussé sa prévision de croissance pour 2021 à 6,25%. Un déficit plus dé-  
gradé en 2022 n’est toutefois pas une certitude, la sous-estimation actuelle  
des dépenses pouvant être contrebalancée par celle des recettes.  
10  
1
978  
GRAPHIQUE 2  
1984  
1990  
1996  
2002  
2008  
2014  
2020  
2026  
SOURCE : INSEE, PRÉVISIONS DU GOUVERNEMENT  
(
ZONE GRISÉE), BNP PARIBAS  
La banque  
d’un monde  
qui change  
Eco Flash 21-15 // 22 octobre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
2
Le projet de loi de finances pour 2022 (PLF 2022) a été présenté le  
CHIFFRES-CLÉS DU BUDGET 2022 ET MISE EN PERSPECTIVE  
2
2 septembre 2021 en Conseil des ministres. Cet article passe en revue  
les principaux chiffres et éléments que nous retenons de ce budget,  
le dernier avant l’élection présidentielle de 2022. En résumé, le  
budget 2022 reste marqué par le soutien à la croissance et à l’emploi.  
La question d’une réduction volontaire du déficit budgétaire, pour  
apporter un début de réponse à son ampleur, n’est toujours pas un  
sujet pour 2022 : toute consolidation discrétionnaire reste prématurée.  
L’enjeu du budget 2021 résidait dans son efficacité à amortir la crise et  
à soutenir la reprise. C’est chose faite. S’agissant du budget 2022, qui  
s’intitule « Pour une croissance durable », l’enjeu est, aussi, de réussir  
la sortie de crise, avec en toile de fond le retrait progressif des mesures  
d’urgence, la poursuite de la montée en puissance de France Relance et  
le lancement du nouveau plan d’investissement France 2030.  
%
, % du PIB et du 2  
017  
2,3  
2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027  
1,9  
1,8 -7,9 6,0 4,0 1,6 1,4 1,4 1,4 1,4  
PIB potentiel  
Croissance  
Solde  
budgétaire  
Solde  
conjoncturel  
Mesures  
ponctuelles et  
temporaires  
-
3,0 -2,3 -3,1 -9,1 -8,4 -4,8 -4,3 -3,8 -3,4 -3,0 -2,6  
-
0,3 0,1  
0,4  
-4,3 -1,5  
0,1  
0,2  
0,2  
0,2  
0,0  
0,2  
0,0  
0,3  
0,0  
-0,2 -0,1 -1,0 -2,8 -0,1 -0,2 -0,2 -0,1  
Solde structurel -2,4 -2,3 -2,5 -1,9 -6,8 -4,7 -4,3 -4,0 -3,6 -3,3 -2,9  
Ajustement  
structurel  
Dont effort  
structurel  
Mesures nouvelles  
en recettes (nettes  
des CI*)  
Effort en  
dépenses  
Clé en crédits  
d’impôt  
0,3  
0,2 -0,2  
0,6  
-4,9  
2,1  
0,35 0,35 0,35 0,35 0,35  
0
,6  
-5,6  
2,6  
Selon les prévisions arrêtées pour le PLF 2022, le gouvernement table  
sur un déficit budgétaire de 8,4% du PIB en 2021, après 9,1% en 2020,  
et qui sera ramené à 4,8% en 2022. L’amélioration entre 2020 et 2021  
est limitée (0,7 point) alors même que la croissance devrait connaître  
un rebond conséquent (+6% après -7,9%). La raison en est que la  
réduction de près de 3 points du déficit conjoncturel, comme celle des  
mesures ponctuelles et temporaires (one-offs), est contrebalancée par  
le creusement de 5 points du déficit structurel. Ces évolutions portent  
la trace du choix du gouvernement de comptabiliser les mesures  
d’urgence en one-offs en 2020 et dans le solde structurel en 2021.  
-0,6 -0,6 -0,1  
0
0
,9  
,4  
-5,0  
0,0  
2,7  
0,0  
Dont composante  
non discrétionnaire  
Recettes hors PO  
Effet d’élasticité  
fiscale  
0,0  
0,7  
0,9  
-0,5  
-0,4  
0,0  
-0,4  
0
,4  
-0,1  
La réduction attendue du déficit entre 2021 et 2022 est plus importante  
Ratio de dette  
publique  
(
3,6 points) et elle se caractérise par sa nature mécanique. Elle repose à  
98,1 97,8 97,5 115,0 115,6 114,0 115,2 116,1 116,3 116,2 115,7  
hauteur de 1,6 point sur l’amélioration du déficit conjoncturel, permise  
par la croissance forte attendue en 2022 (4%), et, à hauteur de 2,1 points,  
sur l’amélioration du déficit structurel imputable à la disparition de  
l’essentiel des mesures d’urgence. Après avoir totalisé EUR 69,7 mds  
en 2020 puis EUR 63,7 en 2021, ces mesures d’urgence ne compteront  
en effet plus que pour EUR 8,1 mds en 2022 (cf. tableau 3). Face à  
cette diminution, les mesures de France Relance représentent encore  
EUR 30,1 mds en 2022 après EUR 38,2 mds en 2021. Cet ajustement  
structurel de 2,1 points ne recouvre pas des mesures discrétionnaires  
de consolidation budgétaire. De telles mesures auraient certes permis  
de réduire plus nettement le déficit mais il n’est pas encore temps  
d’amorcer le tournant de la rigueur budgétaire : aussi nécessaire soit-  
il, le faire en 2022 reste prématuré compte tenu de l’ampleur du choc  
de la Covid-19 et du soutien dont l’économie et la société française ont  
encore besoin (soutien apporté notamment par la montée en puissance  
du plan France Relance, par le plan France 2030 à venir et au regard  
aussi de l’augmentation des dépenses ordinaires, cf. infra).  
Dépenses  
publiques (hors 55,1 54,0 53,8 60,8 59,9 55,6 54,7 54,1 53,6 53,2 52,9  
CI) – Ratio  
Evolution en  
valeur  
2
,8  
6,8  
4,8  
-2,0  
en volume  
retraitée**  
1,5 -0,5 1,9  
1,5 -0,9 1,4  
6,6  
1,2  
3,4  
2,1  
-3,5 -0,3  
0,8  
0,2  
0,5  
0,2  
0,6  
0,5  
0,6  
0,6  
0,6  
1,0  
Taux de PO  
nets des CI)  
4
5,1 44,7 43,8 44,5 43,7 43,5 43,4 43,5 43,6 43,6 43,7  
(
Les mesures ponctuelles et temporaires recouvrent notamment les contentieux fiscaux  
et, en 2019, le coût de la bascule du CICE en baisse de charges. // *CI : crédits d’impôts.  
/
/ La composante non discrétionnaire tient compte notamment des effets d’élasticité  
des recettes lorsque cette élasticité diffère de l’unité. La majorité des recettes hors PO  
(prélèvements obligatoires) en 2021 est issue du financement européen du plan de  
relance. // La clé en crédits d’impôt équivaut à l’écart entre le coût budgétaire et celui  
en comptabilité nationale des CI restituables et reportables. Son niveau élevé en 2020  
est lié à la suppression du CICE et à l’écart important entre les versements encore  
substantiels au titre des années précédentes et la quasi-disparition des créances. //  
La décomposition du solde public est basée sur des hypothèses révisées de croissance  
potentielle (0,0% en 2020, 0,8% en 2021, avant de renouer avec son rythme estimé  
d’avant-crise à 1,35%). // **Evolution retraitée de la création de France Compétences  
en 2019 et des mesures de soutien et de relance en 2020, 2021 et 2022.  
TABLE AU 1  
SOURCE : GOUVERNEMENT (PLF 2022, RESF 2022)  
Combinée à l’effet favorable de la forte hausse du PIB au dénominateur,  
l’arrêt de l’essentiel des mesures d’urgence sous-tend la forte baisse  
1
du poids des dépenses publiques dans le PIB (-4,3 points ) ; celle-ci  
fait plus qu’expliquer la réduction du déficit budgétaire et couvre aussi  
la baisse de 0,8 point du poids des recettes totales (-0,2 point pour  
le taux de prélèvements obligatoires (PO) nets des crédits d’impôts).  
Le gouvernement propose une version « retraitée » des mesures  
exceptionnelles d’urgence et de relance de l’évolution des dépenses  
publiques en volume, afin de mettre en avant l’effort de maîtrise qui  
est consenti d’après lui, malgré l’impression du contraire due aux2  
nombreuses dépenses nouvelles annoncées (la plupart pérennes)  
TOTAL DES BAISSES D’IMPÔTS  
EUR mds  
Cumul 2018 2019 2020 2021 2022  
-51,6 -2,2 -20,5 -18,5 -3,5 -6,9  
En faveur des ménages  
En faveur des entreprises – hors  
CICE (et France Compétences)  
y compris CICE  
-
50,1 -9,4 -9,0 -10,5 -17,1 -4,1  
-53,7  
-9,4 -29,1 +3,9 -16,6 -2,5  
3
TABLEAU 2  
SOURCE : GOUVERNEMENT (PLF 2022)  
s’ajoutant à celles déjà engagées .  
1
Le poids des dépenses publiques redescend ainsi à un niveau proche de 2017.  
2
Revalorisations salariales dans l’Education nationale ; renforcement des moyens pour les forces de l’ordre et Beauvau de la sécurité ; augmentation des crédits budgétaires  
pour MaPrimeRénov’ ; hébergement d’urgence ; mesures en faveur des jeunes (création du Pass Sport, augmentation de la dotation pour le Pass culture, augmentation de la  
capacité d’accueil du Service national universel, prolongation du plan « 1 jeune, 1 solution ») ; plan Marseille ; chèque énergie supplémentaire ; gestes salariaux en faveur des  
sages-femmes de l’hôpital public ; gratuité de la contraception pour les femmes jusqu’à 25 ans ; plan pour les indépendants, les agriculteurs.  
3
Ségur de la santé ; lois de programmation (Défense, Recherche, Justice, Aide publique au développement).  
La banque  
d’un monde  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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