Emerging

Frappé de plein fouet

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Eco Emerging // 3 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 16 juillet 2020)  
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BRÉSIL  
FRAPPÉ DE PLEIN FOUET  
Alors que l’épidémie de Covid-19 continue de progresser, les mesures de confinement ont commencé à s’assouplir  
dans certaines régions du pays. La baisse d’activité au T2 devrait être forte avec un creux atteint en avril. Le scénario  
d’un redressement rapide de l’économie semble contraint par la faiblesse des moteurs de croissance, notamment  
l’investissement. Des mesures de politique budgétaire et monétaire continuent d’être annoncées ou prolongées pour  
contenir les effets de la crise. Tandis que les équilibres budgétaires se dégradent et que la monnaie reste faible, la  
poursuite du cycle d’assouplissement monétaire a contribué à doper la Bourse.  
UNE GESTION CONTROVERSÉE DE LA CRISE SANITAIRE  
PRÉVISIONS  
Sur fond d’escalade des tensions juridico-politiques au cours des  
1
2018  
1,3  
2019  
1,1  
2020e  
-7,0  
2021e  
4,0  
derniers mois , la gestion de la crise sanitaire de la part des autorités  
fédérales demeure très controversée : suspension temporaire de la  
publication des données relatives à la Covid-19, limogeage successif  
de deux ministres de la Santé, absence de stratégie au niveau national,  
fortes dissensions entre les différents niveaux de gouvernement, véto  
présidentiel pour atténuer les exigences d’une loi nécessitant le port du  
masque dans certains espaces publics.  
PIB réel, variation annuelle (%)  
Inflation moyenne (IPC, %)  
Solde budgétaire / PIB (%)  
3,7  
3,7  
2,6  
3,0  
-7,1  
-5,9  
-16,3  
-6,7  
Dette publique, % du PIB  
Solde courant / PIB (%)  
77,2  
-2,3  
78,2  
-2,9  
98,0  
-0,8  
94,2  
-0,8  
Ce contexte a accentué les difficultés à contrôler la progression de  
l’épidémie qui, pour le moment, continue de battre son plein. Début  
juillet, avec près de 65 000 décès, et plus de 1,6 million de cas recensés  
e
e: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
y compris le président lui-même — le Brésil est le 2 pays le plus  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
affecté par l’épidémie de Covid-19 après les États-Unis. Le nombre de  
décès cumulés par million d’habitants (313) reste pour l’instant en  
deçà de celui de pays voisins, tels que le Chili et le Pérou, mais aussi  
de pays comme la France (460), la Suède (540), l’Italie (577) ou la  
Belgique (844). Toutefois, en affichant le nombre de décès quotidiens  
le plus élevé au monde (plus de 1 000 en moyenne mobile sur une  
semaine), le Brésil devrait très rapidement être propulsé en haut de  
ce classement.  
Au niveau national, l’inversion de la courbe épidémique devrait prendre  
plusieurs mois du fait de la progression plus tardive du virus dans  
certaines régions (notamment le centre-ouest et le sud du pays).  
Toutefois, dans les régions initialement les plus touchées, y compris  
dans les États de Sao Paulo et Rio de Janeiro — les deux poumons  
économiquesdupays(prèsde50%duPIB)—laprogressiondel’épidémie  
s’est stabilisée et dans certains cas a ralenti. Les gouverneurs des États  
ainsi que les maires — à qui il incombe de décider de la reprise de  
l’activité — ont assoupli les mesures de confinement et procédé à  
la réouverture progressive des commerces. La levée des restrictions  
demeure toutefois très hétérogène entre États.  
INDICES DE CONFIANCE DES MÉNAGES ET DES ENTREPRISES  
Ménages  
Construction  
Services  
Industrie  
Commerce (détail et gros)  
120  
Optimisme  
1
1
10  
00  
9
0
80  
7
6
0
0
Pessimisme  
50  
2
010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : FGV  
DES PERTES D’ACTIVITÉ CONSÉQUENTES  
Certes en avril, au cours du premier mois complet des mesures de  
confinement, l’indicateur avancé du PIB de la banque centrale (IBC-R)  
s’est effondré (-9,7% m/m et -15,1% en g.a.), reflétant la chute de la  
production industrielle (-18,8% m/m ; -27,2% en g.a) et une baisse  
record de l’activité dans les services (-11,7% m/m; -17,2% en g.a.). Les  
données d’enquêtes montrent que les activités de services et l’emploi  
dans le secteur ont continué de se dégrader au cours du trimestre (PMI  
services à 35,9 en juin). Depuis mai, le redressement de la confiance des  
ménages et des entreprises demeure très insuffisant pour compenser  
la chute historique observée en avril.  
Les résultats du PIB du premier trimestre, publiés fin mai, ont mis en  
évidence les premiers effets de la pandémie sur l’activité. Le PIB s’est  
contracté de 6% t/t en rythme annuel (-0,2%, g.a.), marqué par un  
recul dans l’industrie et les services en baisse de 5% à 6% en rythme  
annualisé. La correction a été limitée par la bonne tenue du secteur  
agricole et de l’élevage, moins affecté par la crise.  
L’ampleur du choc récessif devrait être conséquente au T2, avoisinant  
les -35% t/t en rythme annuel mais moins forte que ce que l’on pouvait  
craindre.  
1
Démission du très populaire, Sergio Moro, ministre de la Justice accusant le Président Bolsonaro d’ingérence dans une enquête de police fédérale impliquant des membres de sa famille et autres proches  
notamment pour détournement de fonds ; enquête menée par la Cour suprême au sujet d’une campagne de désinformation sur les réseaux sociaux orchestrée par des parlementaires et des proches du  
Président, dont ses deux fils, pendant les élections présidentielles ; attaque à coups de feux d’artifice par un groupe pro-bolsonariste contre un bâtiment de la Cour suprême et multiplications des menaces à  
l’encontre des juges.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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L’indicateur de l’investissement de l’IPEA pour le mois de mai montre  
cependant une reprise plus rapide qu’attendu de l’investissement  
ÉVOLUTION DES PRIMES DU RISQUE SOUVERAIN (POINTS DE BASE)  
(
+28,2% m/m), tirée notamment par une hausse de dépenses dans  
Ecarts de rendement des obligations d'état à 10 ans (US-Brésil, é.g.)  
CDS spread - 5 ans (é.d.)  
le secteur de la construction civile. L’interruption, plus courte que  
prévu, des activités de production de biens d’équipement, de biens  
intermédiaires ainsi que des biens de consommation durables et non  
durables ont également permis en mai un rebond de la production  
industrielle (+7% m/m, -21,9% en g.a.) avec 20 secteurs sur 26  
enregistrant une croissance positive. Dans le même temps, le flux des  
poids lourds sur les routes à péage a progressé de près de 10% sur le  
mois, tandis que les ventes au détail (y compris véhicules et matériaux  
de construction) se sont aussi raffermies (+19,6% m/m) après deux  
mois de repli. Grâce aux mesures de soutien à la liquidité, le crédit  
aux entreprises progresse et passe en termes réels en territoire positif  
pour la première fois depuis 2014 (+8,5%, en g.a. en mai contre -1,6 %  
en février).  
9
8
7
50  
50  
50  
400  
350  
3
2
2
1
00  
50  
00  
50  
650  
5
4
50  
100  
50  
50  
Après quatre mois de contraction, l’indice PMI dans le secteur  
manufacturier est aussi repassé en juin en phase d’expansion (51,6),  
tiré notamment par la remontée de nouvelles commandes. Enfin,  
la balance commerciale a affiché de bonnes performances au cours  
des derniers mois, du fait de la reprise de la demande chinoise et de  
la résistance du prix de certaines matières premières agricoles (ex.  
soja, orange, sucre, bœuf) et du minerai de fer. La bonne tenue des  
exportations en volume, alors même que les importations ralentissent  
fortement, laisse ainsi augurer une contribution positive du commerce  
extérieur net à la croissance.  
janv.-20  
févr.-20 mars-20  
avr.-20  
mai-20  
juin-20  
juil.-20  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : MACROBOND, DATASTREAM  
LE SOUTIEN DES POLITIQUES ÉCONOMIQUES SE POURSUIT  
En juin, la Banque centrale brésilienne (BCB) a dévoilé un nouveau  
programme de soutien aux micros, petites et moyennes entreprises  
avec un potentiel de crédit de près de USD 40 mds. Afin d’accroître  
davantage la liquidité des entreprises, elle devrait aussi procéder à  
l’achat de titres de dette privés sur le marché secondaire. Par ailleurs,  
la BCB a été autorisée par le Congrès à intervenir sur le marché primaire  
de la dette souveraine. Elle ne compterait toutefois pas faire usage de  
ÉCARTEMENT D’UN SCÉNARIO DE REPRISE EN V  
La vigueur de la reprise devrait toutefois être contrainte par l’absence cette prérogative pour « aplatir » la courbe des taux qui s’est fortement  
de facteurs de soutien durables à la croissance. La relance par redressée depuis quelques mois. Avec une inflation très en dessous de  
l’investissement public devrait être limitée par la fragilité des comptes la cible, la BCB a procédé à trois baisses de son taux directeur depuis  
publics. Dans le même temps, les entreprises devraient reporter leurs mars (-200 points de base en cumulé à 2,25%). L’assouplissement  
décisions d’investissement du fait de capacités de production fortement monétaire a participé au regain de la Bourse brésilienne qui a effacé  
2
excédentaires , de la faiblesse de la demande ainsi que du besoin une partie de ses pertes subies en mars (-45% au plus bas contre  
d’honorer les engagements financiers temporairement suspendus -13% début juillet par rapport au début d’année). Toutefois, malgré un  
pendant la crise. Pénalisées par la faiblesse de la monnaie et une rebond en mai, l’USDBRL reste en retrait de 25% sur l’année et demeure  
hausse de l’endettement, certaines entreprises s’attèlent à réduire la monnaie émergente la plus volatile depuis février. Un retour marqué  
leurs coûts (baisse des intrants importés et réduction de l’emploi) et de la part des investisseurs étrangers se fait toujours attendre suite à  
leurs investissements. La suspension d’un grand nombre d’enchères, d’importants flux nets sortants (USD 32 mds sur la période mars-mai).  
associé au programme de concessions et de privatisations (USD 36  
Le gouvernement a prolongé de nombreuses mesures de soutien aux  
mds prévus initialement en 2020), devrait entraîner un fléchissement  
populations les plus vulnérables, aux États et municipalités ainsi  
des investissements directs étrangers (représentant 25,5% de la  
qu’aux entreprises. L’impact budgétaire total des mesures avoisinerait  
formation brute de capital fixe d’après la CNUCED). La hausse de  
les 9 points de PIB, le déficit primaire s’établirait au minimum à 11,5%  
l’épargne de précaution, le prolongement dans le temps des pratiques  
du PIB et le ratio de dette publique devrait être proche de 100% du  
de distanciation sociale et la dégradation des conditions sur le marché  
PIB d’après les dernières estimations du ministère de l’Économie. La  
du travail vont également peser sur les perspectives de croissance de  
dégradation des équilibres budgétaires ne s’est pour l’instant pas  
la consommation privée. La hausse, jusqu’alors limitée du chômage  
traduite par une remontée durable des primes de risque souverain.  
(
12,6% fin mai contre 11,9% fin décembre), est en réalité faussée par la  
Après avoir connu un écartement important en mars, le spread sur  
la dette à 10 ans entre le Brésil et les États-Unis, ainsi que le spread  
CDS se sont détendus. Mais ils demeurent respectivement à 100 et 150  
points de base au-dessus de leur niveau d’avant-crise et le risque d’un  
réécartement reste élevé.  
baisse de la population active reflétant la forte hausse du nombre de  
travailleurs « découragés ». En maintenant le taux de participation à la  
population active à son niveau observé fin 2019, le chômage atteindrait  
près de 21%, d’après GSP. Au vu de ces considérations, l’activité ne  
devrait pas retrouver son niveau d’avant crise au minimum avant  
3
courant 2022 .  
2
L’indicateur d’utilisation des capacités de production dans l’industrie avec un taux à 60% en mai et 66,6% en juin reste très en deçà de sa moyenne historique (80%). Les stocks à écouler de biens semi  
durables, non durables ainsi que les biens d’équipement sont élevés et devraient aussi freiner la croissance de la production.  
L’incertitude autour des projections demeure élevée, en témoigne la forte amplitude des prévisions de croissance des organismes officiels : -6,4% pour la banque centrale en 2020 contre -8% pour la Banque  
3
e
mondiale (+2,2% en 2021), -9,1% par le FMI et l’OCDE (qui suppose une 2 vague de la pandémie au T4) avec une reprise à +3,6% et +2,4% respectivement en 2021.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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