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Indispensables réformes

Malaisie  
Octobre 2013  
Malaisie  
Indispensables réformes  
Après l’Inde et l’Indonésie, la Malaisie a été le pays d’Asie le plus fragilisé par le retournement du sentiment des  
investisseurs cet été, en dépit d’une moindre vulnérabilité extérieure. Le pays devra relever plusieurs défis pour limiter la  
défiance des investisseurs. D’abord, le nouveau gouvernement, élu en mai, devra consolider sa crédibilité en respectant  
ses engagements de réduction de la dette publique, sans renier ses promesses électorales. Ensuite, alors que la  
contribution des exportations à la croissance se réduit, la progression de la demande intérieure devra être encadrée afin de  
limiter ses effets sur les excédents courants et la stabilité financière (via l’endettement des ménages).  
Changement dans la continuité  
Début mai, les élections pour le parlement fédéral ont eu lieu  
dans 12 des 13 états de la Malaisie, reconduisant la coalition  
gouvernementale actuelle, au pouvoir depuis l’indépendance  
en 1957. La stabilité politique caractérisant le pays n’est pas  
remise en question, mais le parti leader n’a jamais paru aussi  
affaibli, remportant seulement 133 des 222 sièges de  
l’assemblée. Ainsi, alors que le gouvernement s’est engagé  
depuis le milieu des années 90 à mettre en œuvre des  
programmes de développement économique et social, il devra  
renforcer sa crédibilité sur plusieurs fronts. D’un point de vue  
politique en appliquant les réformes promises et en faisant  
face aux nombreuses revendications sociales des partis  
d’opposition. D’un point de vue économique et financier, en  
respectant ses engagements de réduction de la dette publique  
et de la vulnérabilité extérieure.  
1- Réduction des excédents courants  
x
%
x
d
x
u
x
P
x
I
x
B
x  
Balance de base (compte courant + IDE)  Solde courant  
25  
2
0
5
0
5
0
1
1
-5  
2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013  
A très court terme, le gouvernment pourrait pourtant être gêné  
dans la mise en place de réformes efficaces, par la tenue  
d’élections au sein du principal parti au pouvoir, l’Organisation  
Nationale de l’Union de la Malaisie (UMNO) à la fin du mois  
d’octobre.  
Source : Comptes nationaux  
Le PIB devrait progresser de 4,3% en moyenne en 2013 et  
4,7% en 2014. Les premiers signes de reprise en Chine et  
dans les pays du G2 (Union Européenne et Etats-Unis)  
laissent espérer un rebond des exportations dans les  
prochains mois. La demande intérieure devrait continuer de  
progresser, bien qu’à un rythme moins soutenu, du fait de  
l’austérité budgétaire.  
Ralentissement de la croissance  
Le PIB a progressé de 5,6% en 2012. La forte accélération de  
la demande intérieure, dopée par les dépenses pré-  
électorales et les programmes d’infrastructures, a permis de  
compenser le recul des exportations, pénalisées par la  
faiblesse de la demande mondiale.  
Le niveau d’inflation peu élevé (1,2% en moyenne en 2012,  
2
,5% attendus en 2013 et 2014) pourrait laisser supposer que  
la Banque Centrale maintiendra ses taux inchangés jusqu’à  
fin 2013 (à 3% depuis le mois de mai 2011). Toutefois, la  
hausse rapide crédit dans le secteur privé, particulièrement  
l’augmentation du niveau d’endettement des ménages (85%  
du PIB au T2), menace la stabilité du secteur financier. Les  
vagues successives de mesures macroprudentielles  
d’encadrement du crédit, adoptées entre 2010 et le mois  
d’août dernier, pourraient se révéler insuffisantes. La Banque  
Centrale pourrait donc de nouveau augmenter les taux en  
La croissance ralentit depuis le début de l’année 2013,  
s’établissant à 4,1% T1 et 4,3% au T2 en glissement annuel  
(
g.a.), sous l’effet conjugué d’une demande mondiale toujours  
atone et de politiques publiques moins accommodantes.  
Après avoir progressé de près de 20% en moyenne en 2012,  
les dépenses d’investissement (public et privé) ont ralenti au  
premier semestre 2013 (13,1% en g.a. au T1 puis 6% au T2).  
La consommation privée a mieux résisté, en progression de  
2
014.  
7
,5% en g.a. en moyenne sur les six derniers trimestres,  
soutenue notamment par plusieurs augmentations des  
salaires des fonctionnaires, un accès plus facile au crédit et  
un marché du travail robuste.  
La consolidation budgétaire est une priorité  
Depuis 2010, le gouvernement s’était engagé à faire de la  
consolidation budgétaire une priorité, avec pour objectif une  
réduction du déficit public à 3% du PIB en 2015, contre 6,7%  
en 2009.  
26  
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Malaisie  
Octobre 2013  
Les mesures mises en place portent leurs fruits (après 4,5%  
du PIB en 2012, on s’attend à un déficit de 4,0% du PIB en  
vulnérable aux fuites de capitaux. La Malaisie n’a pas été  
épargnée par les violentes sorties de capitaux enregistrées  
depuis le début de l’été. En termes de dépréciation du taux de  
change ou de tensions sur les taux d’intérêts, la Malaisie est  
moins heurtée que l’Inde ou l’Indonésie, mais apparaît plus  
fragilisée que la Thailande, alors que les besoins de  
financement à court terme sont relativement similaires.  
2
013 et 2014) mais restent insuffisantes. Notamment, les  
revenus de l’Etat restent encore dépendants des matières  
premières (30% des revenus en 2012) et donc soumis à une  
forte volatilité.  
C’est surtout l’augmentation rapide de la dette publique,  
passant de moins de 40% du PIB en 2008 à 53,3% en 2012,  
qui inquiète. Bien qu’élevé au regard des standards asiatiques,  
le niveau de dette reste gérable et le profil favorable, la dette  
étant quasi exclusivement libellée en monnaie locale, avec  
une maturité moyenne de près de 6 ans. Mais plusieurs  
facteurs de vulnérabilité sont apparus : d’abord, les  
engagements envers les entreprises publiques augmentent la  
charge de la dette. Ensuite, la part la dette détenue par des  
non-résidents, qui a doublé depuis la fin 2009, se situant à  
près d’un tiers du total à la fin du T2 2013, renforcant la  
vulnérabilité au changement de sentiment des investisseurs.  
Ainsi, alors que la présentation du budget 2014 est attendue  
pour la fin du mois d’octobre, le premier ministre a présenté  
début septembre une première vague de réformes. Outre la  
diminution progressive de certaines subventions, les mesures  
annoncées  
comprennent  
le  
report  
de  
projets  
d’investissements, afin de limiter les importations de biens,  
pesant sur la balance courante. Enfin, le premier ministre a  
annoncé que le budget 2014 serait un budget d’austérité. Par  
cette annonce, le gouvernement répond à l’agence de  
notation Fitch, qui a mis sous perspective négative la note  
souveraine de la Malaisie début juillet. Ces mesures seront  
pourtant probablement insuffisantes pour réduire  
significativement le déficit public et diminuer le ratio de dette  
publique.  
Baisse des excédents courants  
Au cours des six derniers trimestres, l’excédent courant est  
ressorti à 5% du PIB en moyenne, un niveau nettement  
inférieur à la moyenne des dix dernières années de 10% du  
PIB. En cause, d’une part, la baisse en prix et en volume des  
exportations de matières premières (huile de palme,  
caoutchouc, bois), dont le secteur exportateur reste fortement  
dépendant. D’autre part, la hausse des importations de biens  
d’équipement, relative à la progression de la demande  
intérieure et en particulier les projets d’infrastructures. A court-  
moyen terme, cette tendance devrait se prolonger, l’excédent  
courant devrait de nouveau diminuer, autour de 4% du PIB en  
moyenne en 2013 et 2014. La position extérieure nette du  
pays reste néanmoins une force, les réserves de change  
représentent près de 8 mois d’importations et couvrent plus  
de 4 fois la dette à court terme.  
Dans les trimestres à venir, la Malaisie aura donc plusieurs  
défis à relever. Si le gouvernement n’était pas suffisamment  
crédible, particulièrement quant à sa capacité à réduire le  
niveau de dette publique, une dégradation des ratings  
souverains de la Malaisie pourrait fragiliser davantage  
l’économie. Les risques potentiels pesant sur la croissance, le  
secteur financier (via la dette des ménages) et la position  
extérieure nette du pays, s’amplifieraient alors.  
Hélène Drouot  
helene.drouot@bnpparibas.com  
Au total, dans un environnement de retournement brutal du  
sentiment des investisseurs, les failles dans les fondamentaux  
macroéconomiques rendent la Malaisie d’autant plus  
2- Vulnérable  
xxxxxxx  
Variation du change contre USD depuis mai 2013  
Prévisions  
2
011 2012 2013f 2014f  
KRW  
THB  
PHP  
MYR  
INR  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
5,1  
3,2  
5,6  
1,7  
4,3  
2,8  
4,7  
2,3  
-3,8 -4,3 -4,0 -4,0  
51,6 53,3 54,5 56,0  
11,0 6,4 4,0 4,0  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
43,7 41,7 36,0 35,0  
132 138 133 135  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
6,5  
6,5  
3,1  
6,0  
3,2  
5,6  
3,1  
IDR  
Taux de change USD/MYR (fin d'année) 3,2  
f : prévisions BNP Paribas  
-
20  
-15  
-10  
-5  
0
5
Source : Bloomberg  
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