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Inévitable dégradation des finances publiques

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Eco Emerging // 4 trimestre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
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MEXIQUE  
INÉVITABLE DÉGRADATION DES FINANCES PUBLIQUES  
Les perspectives à moyen terme continuent de se dégrader pour l’économie mexicaine. La dynamique de reprise  
semble déjà s’essouffler et les fragilités structurelles de l’économie (faiblesse de l’investissement et de la compéti-  
tivité) ont été exacerbées par la crise liée à la Covid19 – et par le manque de soutien des autorités. La politique éco-  
nomique devrait pourtant peu évoluer au cours des deux prochaines années. D’une part, les élections de mi-mandat  
ont permis à la coalition gouvernementale de conserver la majorité (simple) à l’Assemblée nationale. D’autre part,  
la lecture de la proposition de budget pour l’année 2022 confirme la volonté du gouvernement de maintenir une po-  
litique d’austérité jusqu’à la fin du mandat, en 2024. Compte tenu des hypothèses relativement optimistes retenues  
par le gouvernement, et le soutien financier à l’entreprise pétrolière Pemex, il nous semble inévitable que la situation  
des finances publiques se dégrade, dès avant la fin du mandat.  
CONTINUITÉ POLITIQUE  
PRÉVISIONS  
L’attractivité et la compétitivité du Mexique continuent de se détériorer.  
D’après l’institut mexicain IMCO, la compétitivité de l’économie  
2
019  
2020  
2021e  
2022e  
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mexicaine chute continûment depuis 2018, pour se trouver au 37 rang  
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PIB (croissance %)  
0.1  
-8.3  
3.4  
6.0  
2.5  
(
2
sur un échantillon de 43 pays). Le Mexique se situait à la 31 place en  
018.  
Inflation (moyenne annuelle, %)  
Solde budgétaire (en % du PIB)  
Dette publique (en % du PIB)  
Solde courant (en % du PIB)  
Dette externe (en % du PIB)  
Réserves de change (USD mds)  
Réserves de change, en mois d'imports  
3.7  
5.4  
4.6  
-1.7  
46.4  
-0.2  
37.7  
180  
3.5  
-2.3  
53.7  
2.5  
-4.4  
52.3  
0.8  
-3.5  
54.5  
-0.3  
42.5  
209  
4.1  
D’après cet institut, le pays a regressé dans cinq des dix catégories  
évaluées (environnement, cohésion sociale, climat politique, relations  
internationales et innovation), et le rapport souligne le creusement de  
nombreux écarts entre le Mexique et les autres pays de l’échantillon.  
Ces écarts ne pouvant être résorbés que si le pays cherchait  
41.2  
195  
4.3  
41.8  
201  
4.5  
«
continuellement » à attirer de nouveaux investissements.  
Il est pourtant peu probable que l’attractivité du pays s’améliore  
significativement d’ici la fin du mandat d’Andres Manuel Lopes  
Obradaor (« AMLO »), en 2024. La politique économique devrait rester  
assez peu lisible. Les élections de mi-mandat (qui ont eu lieu en juin  
dernier) ont en effet permis à la coalition présidentielle (composée du  
parti du président AMLO : Morena, et de deux partis du centre : PT et  
PVEM) de conserver 275 députés (sur 500), soit une majorité simple.  
Le budget devrait donc être facilement voté sans que le gouvernement  
ait l’obligation de former une nouvelle coalition. À l’occasion de ces  
élections, le ministre des Finances et le gouverneur de la banque  
centrale ont par ailleurs été remplacés, au profit de personnalités  
proches de celle du président.  
Le président AMLO a annoncé au mois de juillet dernier son intention  
de présenter aux députés un projet de réforme constitutionnelle, dont  
l’objectif est de garantir à la compagnie fédérale d’électricité (CFE) une  
participation minimale de 54% dans la production d’électricité du pays.  
Cette proposition fait suite à de nombreuses initiatives du Président  
depuis le début de son mandat, visant à encadrer et réduire la  
participation du secteur privé dans le secteur de l’électricité en  
particulier, et le secteur de l’énergie dans son ensemble, allant à  
l’encontre de la libéralisation du secteur en œuvre depuis 2013.  
Cela dit, la coalition gouvernementale ne possédant plus la majorité  
qualifiée (soit les deux tiers des voix), de nouvelles coalitions seront  
nécessaires pour voter cette réforme. Des réformes de grande ampleur,  
dans d’autres secteurs, apparaissent donc moins probables d’ici la fin  
du mandat, d’autant que jusqu’ici, la Cour suprême de justice a rejeté  
la grande majorité des propositions faites..  
Au total, le manque de lisibilité de la politique économique pèse lour-  
dement sur l’investissement (domestique et étranger, dans le secteur  
de l’énergie comme dans les autres secteurs) et l’attractivité du pays  
depuis le début du mandat.  
E: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
INVESTISSEMENT (INDICE : 2013 = 100)  
1
30  
20  
1
110  
00  
1
90  
80  
Investissement total  
Construction  
70  
Machines et équipements  
60  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
2021  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : INEGI  
ESSOUFFLEMENT DE LA CROISSANCE  
Après une reprise particulièrement vigoureuse entre le dernier tri-  
mestre 2020 et le deuxième trimestre 2021 (tirée, au-delà de l’effet  
de base, par le rebond d’activité aux États-Unis), la croissance du PIB  
devrait marquer le pas dès le troisième trimestre 2021 : la troisième  
vague de Covid-19 a été particulièrement sévère (le nombre de conta-  
minations a été plus élevé que lors des deux précédentes vagues), pe-  
sant sur la demande interne.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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4
L’accélération de la campagne de vaccination (fin septembre, 35% de  
la population avait reçu deux doses de vaccin, contre 15% au début  
du mois de juillet) et la baisse continue de nouvelles contaminations  
depuis la mi-août permettent cependant un allègement progressif des  
contraintes sanitaires, ce qui devrait soutenir le secteur des services au  
cours des derniers mois de l’année.  
DÉPÔTS DU GOUVERNEMENT AUPRÈS DE LA BANQUE CENTRALE  
9
8
7
6
5
00  
00  
00  
00  
00  
25  
20  
Une croissance « à deux vitesses » devrait se poursuivre tout au long de  
2
022 : la demande interne restera durablement affaiblie, notamment  
du fait de la faiblesse structurelle de l’investissement et la fragilité  
du marché du travail, alors que les exportations devraient demeurer  
dynamiques tout au long de l’année. Au total, après une croissance de  
15  
400  
00  
200  
1
5
0
0
6
% en 2021, le PIB ne progresserait que de 2,5% en 2022. À ce rythme,  
3
Moyenne mobile sur 12 mois, Mds de pesos (é.g.)  
le niveau de PIB enregistré à la fin de l’année 2019 ne devrait pas être  
atteint avant la mi-2023, et l’investissement privé ne retrouverait pas  
son niveau de 2019 avant l’année 2024.  
Dans le même temps, la hausse des prix des matières premières et les  
chocs liés aux ruptures d’approvisionnement dans les chaînes de valeur  
ont exercé des pressions sur l’inflation. Le taux d’inflation a atteint  
Moyenne mobile sur 12 mois, en % des dépenses (é.d.)  
100  
0
2
016  
2017  
2018  
2019  
2020  
2021  
6
,1% en g.a. en avril, un plus haut depuis 2018. Le taux d’inflation a  
GRAPHIQUE 2  
SOURCE : BANQUE CENTRALE  
diminué depuis (pour atteindre 5,6% en g.a. au mois d’août), mais  
devrait rester supérieur à la fourchette de 3% +/- 1% de la banque mais pas si elles permettent de nouveaux investissements en capital. En  
centrale dans les prochains mois. Au cours de sa réunion du mois de outre, le gouvernement s’étant engagé à ne pas augmenter les impôts,  
septembre, la banque centrale a relevé son principal taux directeur les fonds disponibles pour ces injections de capital (fonds souverains  
de 25 points de base à 4,75% (après deux hausses successives en en par exemple) sont de plus en plus limités. Enfin, le gouvernement  
juin et août). Plusieurs hausses de taux sont attendues dans les mois a récemment annoncé avoir acheté pour USD 7 mds de réserves de  
à venir, selon le communiqué de la Banque centrale mettant l’accent change, dans le but de prendre en charge une partie des tombées de  
sur les anticipations d’inflation (actuellement à 6% pour la fin d’année). dette de Pemex (d’un montant cumulé de USD 7 mds d’ici la fin 2022),  
via de nouvelles injections de capital. Une fois encore, cette opération  
BUDGET 2022 : DÉTÉRIORATION DES FINANCES PUBLIQUES sera difficilement renouvelable, les dépôts du gouvernement auprès  
de la banque centrale ayant continuellement diminué depuis le début  
À MOYEN TERME  
du mandat.  
Comme depuis le début du mandat du président AMLO, le gouvernement  
poursuit son objectif de stabilité du ratio de dette publique. Celui-  
ci devrait donc se situer autour de 51% (niveau attendu pour 2021)  
jusqu’à la fin du mandat (après avoir atteint 53,7% du PIB en 2020). Le  
gouvernement vise un déficit de 3,1% du PIB en 2022 (3,2% en 2021).  
Cet objectif nous semble difficilement réalisable ; nous tablons plutôt  
sur un déficit de 3,5% du PIB en 2022 et de 4,4% en 2021.  
Enfin, cette année encore, les hypothèses macroéconomiques retenues  
dans le budget 2022 nous paraissent trop optimistes. La croissance du  
PIB est ainsi attendue à 6,3% et 4,1% respectivement pour 2021 et 2022.  
La capacité de production de Pemex est probablement surestimée :  
elle est attendue à 1,83 million de barils par jour en 2022, alors que la  
prévision pour l’année 2021 était de 1,75 et qu’en moyenne sur les huit  
premiers mois de l’année, la production pétrolière mexicaine était de  
Les dépenses restent en effet orientées de la même manière qu’au 1,68 million de barils par jour.  
cours des trois années précédentes, soulignant les priorités du  
gouvernement (notamment les grands projets d’infrastructures, tels  
que le train Maya et le projet de l’isthme de Tehuantepec). Pour le  
moment, aucune mesure ne semble destinée à soutenir la demande  
interne privée, durablement fragilisée par la crise liée au Covid-19.  
En résumé, le gouvernement présente dans le budget 2022 une  
augmentation structurelle des dépenses (projets d’infrastructures,  
soutien récurrent et probablement sous-estimé à Pemex), sans  
envisager une véritable augmentation des revenus. En outre, les  
dépenses sont très probablement sous-évaluées, alors même que  
Du côté des revenus, le projet de réforme fiscale est reporté (excluant l’augmentation des revenus est surestimée. Dans ces conditions, il nous  
donc la création de nouveaux impôts, ou l’augmentation des taux semble peu probable que l’équilibre budgétaire soit maintenu jusqu’à  
d’imposition déjà existants), le gouvernement préférant mettre l’accent la fin du mandat. De plus, la fragile situation financière de Pemex  
sur l’amélioration de la collecte et la réduction de l’évasion fiscale restera un problème structurel, contribuant à dégrader davantage les  
(
visant particulièrement les petites et très petites entreprises).  
finances publiques.  
Par ailleurs, l’amélioration de la situation financière de l’entreprise  
publique pétrolière Pemex est présentée comme une priorité. Mais  
les solutions proposées semblent dificiles à mettre en oeuvre sans  
détériorer durablement les finances publiques. La première proposition  
est de réduire l’impôt sur les bénéfices versé par Pemex, de 54% à 40%  
Achevé de rédiger le 6 octobre 2021  
Hélène DROUOT  
helene.drouot@bnpparibas.com  
(
65% en 2019), réduisant la part des revenus pétroliers dans le total  
des revenus du gouvernement (à 9% en 2021 et 8% en 2022). Plusieurs  
injections de capital sont également prévues : elles seront neutres d’un  
point de vue financier si elles servent à rembourser la dette de Pemex,  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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