Conjoncture

Investissement, gains de productivité et croissance potentielle

ECO CONJONCTURE  
N°8  
29 octobre 2020  
BRÉSIL : INVESTISSEMENT, GAINS DE PRODUCTIVITÉ ET CROISSANCE  
POTENTIELLE  
Salim Hammad  
Face à des taux d’investissement structurellement faibles et à une stagnation de la productivité, le Brésil s’est principalement appuyé sur  
des facteurs démographiques pour alimenter sa croissance économique. Toutefois, face au vieillissement rapide de sa population et à la  
baisse de son taux de fécondité, le bonus démographique du Brésil s’estompe progressivement. Pour relever ses perspectives de crois-  
sance à moyen terme (augmenter sa croissance potentielle), le Brésil doit stimuler l’investissement du secteur privé et améliorer la pro-  
ductivité globale de ses facteurs de production. Pour relever ce défi, l’administration a mis en place un ambitieux programme de réformes  
structurelles ancré sur deux piliers complémentaires : l’amélioration de l’environnement des affaires et la transformation du rôle de l’État  
au sein de l’économie. Les perturbations occasionnées par la pandémie de Covid-19 ont cependant ralenti l’avancée des réformes et accru  
l’incertitude autour des perspectives économiques du pays. Elles soulèvent surtout des interrogations concernant le temps nécessaire  
pour que l’investissement et la productivité deviennent des moteurs alternatifs et soutenables à la croissance.  
2
9 10  
UN AMBITIEUX LE PROGRAMME DE  
PROGRAMME DE RÉFORMES RÉFORMES VA-T-IL  
ABOUTIR ?  
EFFETS DE LA FAIBLESSE  
PROLONGÉE DE L’INVES-  
TISSEMENT SUR LA CROIS- STRUCTURELLES  
SANCE POTENTIELLE  
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BRÉSIL : INVESTISSEMENT, GAINS DE PRODUCTIVITÉ ET CROISSANCE POTENTIELLE  
Face à des taux d’investissement structurellement faibles et à une stagnation de la productivité, le Brésil s’est  
principalement appuyé sur des facteurs démographiques pour alimenter sa croissance économique. Toutefois, face au  
vieillissement rapide de sa population et à la baisse de son taux de fécondité, le bonus démographique du Brésil s’estompe  
progressivement. Pour relever ses perspectives de croissance à moyen terme (augmenter sa croissance potentielle), le  
Brésil doit stimuler l’investissement du secteur privé et améliorer la productivité globale de ses facteurs de production.  
Pour relever ce défi, l’administration a mis en place un ambitieux programme de réformes structurelles ancré sur deux  
piliers complémentaires : l’amélioration de l’environnement des affaires et la transformation du rôle de l’État au sein de  
l’économie. Les perturbations occasionnées par la pandémie de Covid-19 ont cependant ralenti l’avancée des réformes et  
accru l’incertitude autour des perspectives économiques du pays. Elles soulèvent surtout des interrogations concernant  
le temps nécessaire pour que l’investissement et la productivité deviennent des moteurs alternatifs et soutenables à la  
croissance.  
Cet article est le deuxième consacré à la question de l’investissement au de la production potentielle, donnant naissance à un écart de produc-  
Brésil. Dans un précédent numéro de Conjoncture (août 2020) tion (output gap) positif ou négatif selon la sur- ou la sous-utilisation  
intitu « L’investissement à l’heure de l’ajustement budgétaire », des capacités productives d’un pays.  
nous avons examiné certains des obstacles auxquels se heurte  
Comme le montre le schéma 1, la production potentielle d’un pays peut  
l’investissement au Brésil.  
s’exprimer comme une fonction de son stock de capital physique, de  
Dans le présent article, nous examinons le pays à travers le prisme de l’emploi potentiel et de la productivité (potentielle) globale des facteurs  
l’offre avec trois déterminants de la croissance à moyen-long terme : (PGF) . En d’autres termes, la production potentielle d’une économie  
2
l’investissement en capital physique, la démographie et la productivité. dépendra : 1/ de la quantité disponible de machines, équipements et  
Nous montrons, en particulier, pourquoi, au vu de la transition autres infrastructures (usines, réseaux d’électricité, etc.), 2/ de la taille  
démographique à l’œuvre dans le pays, il est important de lever de sa population active, mais aussi 3/ de la manière dont les facteurs  
les obstacles pesant sur l’investissement afin de traiter de manière de production (capital et travail) sont regroupés et organisés en vue de  
décisive les enjeux de productivité. Nous passons ensuite en revue produire des biens et des services. Dans ce cadre analytique, la qualité  
divers aspects de l’ambitieux programme de réformes structurelles du du capital physique (qualité des routes par exemple), de la population  
gouvernement, en particulier les politiques de l’offre visant à renforcer active (fonction de l’accumulation en capital humain), ainsi que les  
les incitations à l’investissement. Enfin, nous étudierons certains taux d’utilisation des capacités productives sont tous pris en compte  
risques baissiers liés à la mise en œuvre du programme de réformes, dans la PGF.  
antérieurs au Covid-19 ou apparus avec l’épidémie.  
Où se situe le Brésil par rapport à ces trois grands déterminants de la  
croissance potentielle ?  
Effets de la faiblesse prolongée de l’investissement  
En nous appuyant à la fois sur des considérations théoriques et sur  
l’expérience du Brésil, nous mettons ci-après en évidence les raisons  
sur la croissance potentielle  
pour lesquelles le pays affiche une croissance potentielle en constant  
Déterminants de la croissance potentielle : évaluation retrait depuis un peu plus d’une décennie (graphique 1). Cette approche  
permet aussi de mesurer combien il est important, aujourd’hui plus que  
de l’expérience brésilienne  
jamais, de supprimer les obstacles auxquels se heurte l’investissement  
La démarche de décomposer les moteurs de la croissance potentielle  
privé et de mettre en œuvre des politiques publiques de nature à sti-  
et de les évaluer dans le contexte brésilien permet de comprendre  
muler la productivité.  
pourquoi la hausse de l’investissement sera d’une importance capitale  
1
-Investissement et accumulation du stock de capital : réflexions  
si le pays souhaite atteindre et maintenir des niveaux de croissance  
plus élevés à moyen terme.  
théoriques. Dans quelles proportions la production varie-t-elle si l’on  
ajoute une unité supplémentaire de capital (intrant), à PGF et quantité  
de travail constantes? La quantité supplémentaire pouvant être pro-  
duite par l’économie, à raison d’une unité supplémentaire de capital  
La production potentielle représente une estimation du niveau de PIB  
le plus élevé d’un pays, soutenable à long terme. Elle sous-entend un  
usage optimal des facteurs de production (travail, capital) ne générant  
pas de tensions excessives au sein de l’économie (en d’autres termes,  
une utilisation des facteurs qui serait compatible avec une inflation  
(
ou produit marginal du capital), est fonction d’un coefficient alpha (α),  
d’une valeur comprise entre 0 et 1, que l’on désigne par l’élasticité de  
la production par rapport au facteur capital (schéma 1). Elle représente  
l’influence de ce facteur sur la production. Par exemple, si α = 0,4, pour  
chaque augmentation de 1 % du capital, la production croît de 0,4 %,  
1
stable) . Cet indicateur est en général utilisé pour estimer les perspec-  
tives de croissance à moyen-long terme d’une économie. La production  
effective (observée) fluctue habituellement au-dessus ou au-dessous  
3
toute chose égale par ailleurs .  
2
Nous utilisons ici la fonction de production Cobb-Douglas à titre de cadre analytique  
de la croissance potentielle.  
3
La restriction imposée à l’élasticité découle de l’hypothèse habituelle d’une fonc-  
tion Cobb-Douglas à rendements d’échelle constants. Cela signifie dans l’exemple  
mentionné que l’élasticité de la production par rapport au facteur travail (1- α) doit  
nécessairement être de 0,6 ; autrement dit, lorsque l’emploi augmente de 1 % (soit une  
hausse de 1 % du nombre de travailleurs dans l’économie) la production croît de 0,6 %,  
toute chose égale par ailleurs. Il en découle également que lorsque le stock de capital  
et le travail augmentent de 1 %, la production croît également de 1 %. Pour obtenir la  
contribution de chaque facteur à la croissance de la production, il faut multiplier le  
taux de croissance du facteur par son élasticité.  
1
Il ne s’agit donc pas du niveau maximum absolu de production pour une économie  
donnée, qui mettrait à rude épreuve ses capacités productives, exercerait des pressions  
sur les salaires (la demande de main-d’œuvre excédant l’offre) et générerait de  
l’inflation. La production potentielle correspond plutôt à un taux de chômage non accé-  
lérateur d’inflation, dit NAIRU (non-accelerating inflation rate of unemployment). C’est  
ainsi que l’on désigne souvent par « plein emploi » le taux d’emploi d’une économie  
qui fonctionnerait à son niveau potentiel.  
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COMMENT L’INVESTISSEMENT, LES FACTEURS DÉMOGRAPHIQUES ET LA PRODUCTIVITÉ AFFECTENT LA CROISSANCE POTENTIELLE  
SCHÉMA 1  
SOURCES : FMI, OCDE, BANQUE MONDIALE, VOXEU, BNP PARIBAS  
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4
Ce cadre d’analyse permet de voir dans quelle mesure de nouveaux 2-Productivité globale des facteurs (PGF) : réflexions théoriques.  
investissements jouent un rôle crucial dans l’accroissement de la pro- L’accroissement du stock de capital fixe, au moyen de nouveaux  
duction en augmentant le stock de capital productif d’une économie.  
investissements,enaugmentantlemontantducapital(K)partravailleur  
L), processus dit de renforcement de l’intensité capitalistique, peut  
(
Or, le capital se déprécie avec le temps de sorte que, pour avoir un  
impact positif sur la production, les nouveaux investissements doivent  
être d’un montant suffisamment élevé pour couvrir la dépréciation du  
stock de capital existant tout en permettant son expansion.  
également contribuer à accroître la production à travers l’augmentation  
de la productivité du travail (graphique 9). Par exemple, un groupement  
fixe d’agriculteurs, qui s’équipe de systèmes d’irrigation et de semoirs,  
obtiendra une production plus élevée par unité de temps travaillé.  
Le problème ici est que ces gains de productivité ne sont pas infinis ;  
plus on augmente le capital, alors que l’offre de main-d’œuvre reste  
fixe, plus la production marginale du ratio capital/travail diminue. Par  
conséquent, l’intensité capitalistique n’est pas une condition suffisante  
pour garantir l’augmentation à long terme de la production. À cet égard,  
l’élément crucial est le progrès technique, habituellement soutenu par  
les investissements en recherche-développement.  
L’expansion des investissements en capital, notamment dans les  
infrastructures, engendre en outre des avantages cumulés dans la  
mesure où les pays qui parviennent à développer leurs infrastructures  
ont tendance à attirer plus d’investissements, en particulier, des  
4
investissements directs étrangers (IDE) .  
Investissement et accumulation du stock de capital : l’expérience  
brésilienne. Avec un taux d’investissement égal à 20 % du PIB en  
moyenne sur la période 1970-2016, l’investissement en capital  
physique a joué un rôle important dans la dynamique de croissance au  
En présence de progrès technique, les nouveaux investissements sont  
réalisés dans des machines-outils et équipements, qui intègrent de  
nouvelles technologies, ce qui permet de soutenir la productivité du  
capital (les machines gagnant en efficacité), une situation qui permet,  
à son tour, de stimuler la productivité de la main-d’œuvre, via le  
renforcement de l’intensité capitalistique. Résultat : l’investissement  
en capital physique, en présence d’un progrès technique, favorise la  
croissance de la PGF.  
5
Brésil. Cependant, l’impact de la récession de 2015-2016 sur le secteur  
privé et l’ajustement budgétaire qui a suivi ont lourdement pesé sur le  
taux d’investissement dans le pays. Le ratio investissement sur PIB a  
reculé de 20,9 %, en 2013, à 14,7 %, en 2017. Après avoir touché un  
point bas en 2017, le taux d’investissement tarde, depuis, à rebondir.  
De surcroît, les révisions du PIB et de la balance des paiements, en  
2
019, ont révélé que le taux d’investissement et le taux d’épargne  
Or, cela suppose que les nouvelles technologies soient accessibles au  
plan local, ce qui n’est pas toujours le cas. Un tel accès peut être,  
néanmoins, facilité par la libéralisation des échanges. Lorsque les  
investissements en capital présentent un fort contenu en importations,  
ils favorisent le transfert et l’adaptation des nouvelles technologies  
dans les processus de production nationaux. Ces transferts de  
connaissances peuvent modifier la structure et l’organisation de la  
production en contribuant à une meilleure agrégation des facteurs  
de production d’un pays, de manière à accroître la PGF au-delà des  
seuls effets du progrès technique. Autrement dit, même si le stock  
de capital reste constant, de nouveaux modes d’organisation de la  
production peuvent conduire à des gains d’efficacité dans la manière  
dont un pays utilise son stock de capital existant. Il existe, bien sûr,  
d’autres moyens d’accroître la productivité (pas notre sujet ici) comme  
l’augmentation des investissements en capital humain (pour améliorer  
la qualité de la main-d’œuvre), mais aussi une plus grande efficience  
(
graphique 2) étaient inférieurs aux chiffres précédemment indiqués, à  
hauteur de 0,5 point de pourcentage (pp) du PIB (15,5 %) et de 2 pp du  
PIB (12,1 %), respectivement. (cf. Conjoncture – août 2020).  
Le taux d’investissement structurellement faible du Brésil a eu des  
effets défavorables sur l’accumulation du stock de capital. Dans son  
étude économique sur le Brésil de 2018, l’OCDE fait observer que  
l’investissement au cours des dernières années « n’a guère dépassé la  
dépréciation du stock de capital existant ; autrement dit, la croissance  
6
du stock de capital productif a marqué le pas, sinon reculé » . Cette  
tendance semble particulièrement préoccupante, en particulier dans  
le domaine des infrastructures où le taux d’investissement était à un  
certain moment « insuffisant pour compenser le taux de dépréciation  
estimée à environ 3 % du PIB par an » selon une analyse de la Banque  
7
mondiale . D’après cette même étude, « l’investissement total en  
infrastructures est inférieur à 2,5 % du PIB par an, au moins depuis  
2
1
000 » et la situation n’a fait qu’empirer depuis la récession avec  
/ l’ajustement budgétaire (les investissements en infrastructures  
9
des investissements dans l’éducation .  
L’accroissement de la productivité offre d’importants avantages en  
matière de développement économique. Les gains de productivité, en  
abaissant les coûts de production, peuvent générer une baisse des prix  
et une hausse des salaires contribuant ainsi à accroître le niveau de  
du secteur public représentent, en général, un peu plus de 50 % du  
montant total des investissements) et 2/ l’effacement progressif du  
rôle de la banque de développement, BNDES, comme principal acteur  
8
du financement des infrastructures . Comme l’on pouvait s’y attendre,  
1
0
vie . En fait, comme le souligne la Banque mondiale, « la croissance  
de la productivité est la principale source d’amélioration du niveau de  
vie, qui constitue, à son tour, le principal moteur de réduction de la  
la contraction de l’investissement public en l’absence d’investissement  
privé a eu des effets préjudiciables sur la qualité des infrastructures.  
1
1
pauvreté » .  
4
Par exemple, un réseau efficace de routes et de voies ferrées, en réduisant les coûts  
de transport et de logistique, peut contribuer à accroître le retour sur investissement  
attendu d’un projet impliquant des déplacements fréquents de marchandises au sein  
d’un pays.  
9 Exemple type de la faible efficience de l’investissement : le Brésil consacre environ  
5 % de son PIB à l’éducation, en ligne avec la moyenne de l’OCDE mais avec des résul-  
tats beaucoup moins élevés en termes de performances aux tests standardisés.  
10 Il n’est pas rare, dans les milieux du développement, de réécrire la fonction de  
production par tête. La décomposition du PIB vu sous l’angle des revenus permet en-  
suite de modéliser le revenu par travailleur (à titre d’approximation du niveau de vie).  
Dans ces conditions, la croissance du revenu par travailleur est exprimée comme une  
fonction, à la fois, de la productivité globale des facteurs (PGF) et de la croissance du  
ratio capital/travail (ou intensité capitalistique)  
5
Spilimbergo A., Srinivasan K., & Walutowy M. F. (Eds.) (2018), Brazil: Boom, bust, and  
the road to recovery, International Monetary Fund.  
6
7
OCDE (2018), OCDE Étude économique : Brésil 2018.  
OCDE (2018) et Banque mondiale (2016), Brazil Systematic Country Diagnostic:  
Retaking the Path to Inclusion, Growth and Sustainability, Groupe Banque mondiale.  
8
2
D’après des données de la Banque centrale brésilienne, la BNDES représentait, en  
015, 53 % de l’encours des prêts aux infrastructures. La part des autres banques pu-  
11 Banque mondiale (2020a), Lasting Scars of the Covid-19 Pandemic, chapitre 3, édi-  
tion de juin du Global Economic Prospects. Voir aussi Banque mondiale (2020b), Slow  
Growth, Policy Challenges. Edition de janvier du Global Economic Prospects.  
bliques s’élevait à 28 %, tandis que le financement restant provenait de bailleurs privés  
(
nationaux et étrangers). Voir OCDE (2018) pour plus de détails.  
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CONTRIBUTIONS À LA CROISSANCE DU PIB POTENTIEL (%)  
LE TAUX MOYEN DE CROISSANCE DE LA PGF DEPUIS 1980 EST PROCHE DE 0  
PGF - croissance annuelle en % (prix constants)  
Population en âge de travailler (pp)  
Participation et emploi (pp)  
PGF (pp)  
Capital par travailleur (pp)  
PIB potentiel (g.a., %, é.g.)  
7
6
5
4
3
2
1
0
1
2
8
PGF - croissance moyenne sur la période 1980-2017 (%)  
6
4
2
0
-
-
-
-
2
4
6
8
-
-
-
10  
1
980  
GRAPHIQUE 4  
1985  
1990  
1995 2000  
2005  
2010  
2015  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : OCDE  
SOURCES : PENN WORLD TABLES, BNP PARIBAS  
GRANDS PAYS ÉMERGENTS : PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL EN MILLIERS DE  
USD - PPA / PERSONNE EMPLOYÉE  
INVESTISSEMENT ET TAUX D’ÉPARGNE (% DU PIB)  
BRESIL  
Inde  
Afrique du Sud  
Chili  
Chine  
Brésil : taux d'investissement  
Brésil : taux d'épargne  
Marchés émergents : taux d'investissement  
Marchés émergents : taux d'épargne  
Latam : taux d'investissement  
Latam : taux d'épargne  
6
0
Indonésie  
Russie*  
Mexique  
50  
40  
30  
20  
10  
40  
30  
20  
10  
0
01  
03  
05  
07  
09  
11  
13  
15  
17  
19  
50  
55 60 65 70 75 80 85 90 95 00 05 10 15  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : IBGE, FMI  
GRAPHIQUE 5  
*
RUSSIE : DÉBUT DE LA SÉRIE EN 1990  
SOURCES : OCDE, PENN WORLD TABLES  
PRODUCTIVITÉ GLOBALE DES FACTEURS (INDICE BASE 100=1954)  
BRÉSIL : STAGNATION DE LA PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL  
PGF - à prix constants  
PGF - prix courants PPA  
Production par heure travaillée en USD 2019 (é.g.)  
Production par personne employée en USD 2019 (é.d.)  
190  
180  
170  
160  
150  
140  
130  
120  
110  
100  
19  
18  
17  
16  
15  
14  
13  
12  
34 000  
32 000  
30 000  
28 000  
26 000  
24 000  
22 000  
20 000  
9
0
54  
58 62 66 70 74 78 82 86 90 94 98 02 06 10 14  
SOURCES : PENN WORLD TABLES, BNP PARIBAS  
GRAPHIQUE 3  
GRAPHIQUE 6  
SOURCES : CONFERENCE BOARD  
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Productivité globale des facteurs (PGF) : l’expérience brésilienne. notamment la croissance de la population totale (graphique 13), mais  
Contrairement à d’autres grands marchés émergents (ex. : Inde et aussi 2/ de l’évolution du taux de participation à la population active  
Chine), la croissance moyenne de la PGF a été quasiment nulle au (graphique 18). La croissance de la population totale reflète la phase de  
Brésil au cours des trente dernières années (graphiques 3 et 4) . La la transition démographique 18 dans laquelle le pays se situe.  
12  
contribution de la PGF à la croissance du PIB a également été très limi-  
De manière générale, la phase de la transition dépend de l’effet conju-  
tée au fil des ans (graphique 7) agissant même, au cours de la dernière  
gué de la hausse (ou baisse) des taux de fécondité et de mortalité. Le  
décennie, comme un frein à la croissance (contribution négative) et  
vieillissement de la population d’un pays commence avec la baisse  
reflétant, entre autres choses, une productivité du travail stagnante ou  
concomitante des taux de fécondité et de mortalité. Avec le temps, la  
en baisse (graphiques 5 et 6).  
croissance de la population en âge de travailler ralentit avant d’at-  
Ainsi, une grande partie des progrès économiques et sociaux que le teindre un point de bascule au-delà duquel elle commence à diminuer.  
Brésil a réalisés au fil des ans (en matière de réduction des inégalités À ce stade, la part des plus âgés dans la population en âge de travail-  
et de la pauvreté), l’ont été en l’absence de gains de productivité ler augmente. Mais une population en âge de travailler vieillissante  
1
3
14  
majeurs . Une étude réalisée par BCG , en 2013, montre que sur la affecte mécaniquement le profil de la population active, car plus les  
période 2001-2011, 74 % de l’augmentation du PIB brésilien a reposé personnes vieillissent et plus leur propension à participer au marché  
sur l’accroissement du nombre de personnes actives, tandis que les du travail diminue. Comme la population active dépend à la fois de la  
gains de productivité du travail n’ont représenté que 26 %. L’étude taille de la population en âge de travailler et du taux d’activité, si ce  
souligne également que « le faible niveau d’investissement, conjugué dernier diminue, il en va de même de la population active. Une telle  
à la croissance de la population en situation d’emploi a conduit à une évolution entraîne à son tour une baisse de l’emploi potentiel et, par-  
stagnation du stock de capital par personne employée ». Les faibles tant, de la production potentielle.  
performances du Brésil en termes de croissance de la productivité  
Croissance de la population active : l’expérience brésilienne. Jusqu’aux  
peuvent être attribuées à de nombreuses causes sous-jacentes, dont  
années 1960, la croissance de la population brésilienne atteignait près  
plusieurs contribuent également à expliquer les niveaux persistants  
de 3 % (graphique 13). Cette croissance démographique relativement  
de sous-investissement (cf. Conjoncture août 2020). La généralisation  
élevée a contribué à la croissance de la production du simple fait  
des distorsions de marché et autres faux pas en matière de politiques  
de l’augmentation du nombre de travailleurs actifs (« le bonus  
publiques ont contribué à saper la concurrence, à maintenir le taux de  
démographique »).  
survie des entreprises à faible productivité et conduit à une allocation  
Cependant, ce « bonus » est progressivement en train de disparaître.  
1
5
sous-optimale des ressources au sein de l’économie. Des barrières  
commerciales élevées (niveau élevé des tarifs douaniers et autres  
barrières non tarifaires) et un faible taux d’ouverture commerciale  
Entre 1972 et 1982, la croissance économique a été imputable pour  
1
9
moitié à la démographie du pays . Autrement dit, pour une croissance  
moyenne du PIB réel de 6 % par an, la contribution liée à l’accumulation  
de la main-d’œuvre était de 3 points de pourcentage (pp). Cette  
contribution a diminué avec le temps. Entre 2002 et 2012, elle est ainsi  
passée à 1,5 pp pour un taux de croissance moyen de 3,6 %.  
(
graphique 11) ont également été identifiés comme des obstacles  
majeurs à l’amélioration de la productivité, du fait notamment de leurs  
1
6
effets sur l’accès aux technologies et aux autres intrants étrangers .  
Les coûts élevés d’exploitation et d’activités commerciales ont  
également entretenu un cercle vicieux entre faible investissement et  
faible productivité.  
Cette diminution de la contribution du facteur travail à la croissance  
reflète le ralentissement de la croissance démographique et son  
impact sur le nombre potentiel de travailleurs actifs au sein de la  
population. Depuis 2000, le taux de croissance de la population a baissé  
de 1,4 % à 0,8 % en 2018. En cinquante ans, le taux de fécondité a  
reculé, passant de six enfants en moyenne par femme à moins de deux,  
d’après les données des Nations-Unies (graphique 14). Cette baisse du  
taux de fécondité est la plus forte enregistrée en Amérique latine sur  
cette période. Dans le même temps, le vieillissement de la population  
brésilienne s’est accéléré (graphiques 15 et 16). Comme le souligne  
O. Canuto « Alors qu’il a fallu près de 150 ans à la France pour que la  
part des plus de 60 ans passe de 10 % à 20 % de la population et 65 ans  
en Grande-Bretagne, le Brésil le fera en 25 ans à peine — entre 2010 et  
3
- Croissance de la population active : réflexions théoriques. Dans le  
schéma 1, l’emploi potentiel (L) représente la fraction de la population  
active qui aurait un travail si l’économie fonctionnait à son niveau  
potentiel. En d’autres termes, il correspond au nombre d’actifs ayant  
un emploi, compatible avec une économie ni en surchauffe ni en  
sous-régime. Il peut s’exprimer sous forme du taux d’emploi potentiel  
(
1-NAIRU) multiplié par la taille potentielle de la population active.17  
Enfin, l’évolution de l’emploi potentiel dépend de la dynamique sous-  
jacente de la population active. À leur tour, la taille et la croissance  
de la population active sont fonction 1/ de facteurs démographiques,  
2
6
035. 20» L’augmentation actuelle du nombre de Brésiliens de plus de  
0 ans est estimée à environ 4 % par an. Selon les données de l’IBGE,  
1
2 Biljanovska N., & Sandri M. D. (2018), Structural reform priorities for Brazil, IMF  
Working paper. WP/18/224, Fonds monétaire international.  
3 Banque mondiale (2018), Brazil: Towards a fair adjustment and inclusive growth,  
Public Policy Notes.  
4 Ukon M., Bezerra J., Cheng S., Aguiar M., Xavier A., & Corre J. L. (2013), Brazil:  
Confronting the productivity challenge, Boston Consulting Group (BCG).  
1
les tendances démographiques actuelles indiquent que le rapport des  
[15-64] ans aux 65 ans et plus (c’est-à-dire le taux de dépendance des  
personnes âgées) augmentera pour atteindre entre 25 et 30% en 2040  
contre 12,5% en 2015.  
1
1
5 Qian R., Araújo J. T., & Nucifora A. (2018), Brazil’s Productivity Dynamics, World Bank  
document. Les auteurs offrent également une décomposition par secteur (i.e. agricul-  
ture, industrie et services) de la productivité et sa dynamique dans le temps. Voir aussi  
Banque mondiale (2018).  
1
6 Voir Qian et al (2018), OCDE (2018), Moreira M. M. (2004), Brazil’s Trade Liberali-  
zation and Growth: Has it Failed? (Vol. 24). Bid-intal and Lisboa M. B., Menezes Filho,  
N. A., & Schor A. (2010), The effects of trade liberalization on productivity growth in  
Brazil: competition or technology? Revista Brasileira de Economia, 64(3), 277-289.  
1
7 Ceci équivaut à prendre la population en âge de travailler et à la multiplier par le  
taux tendanciel de participation à la population active, où 1/ la population en âge de  
travailler est en général définie comme l’ensemble des personnes de 15 à 65 ans (mais  
la définition varie selon les pays) ; elle comprend la population active ayant un emploi  
et les chômeurs, ainsi que la population inactive (étudiants, retraités, travailleurs  
découragés, personnes vivant en établissement). À noter que les inactifs font partie  
de la population en âge de travailler, mais non de la population active, et 2/ le taux de  
participation à la population active est égal au rapport entre la population active et la  
population en âge de travailler.  
18 Il existe quatre ou cinq phases selon le modèle de transition démographique utilisé.  
19 Jasper Fernando (2018), What now, Brazil? The demographic bonus is over – five  
years early, Gazeta do Povo  
20 Canuto O., & Dos Santos T. R., (2018), Economic effects of the Brazilian constitution.  
Novos estudos CEBRAP, 37(3), 417-426.  
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7
CONTRIBUTIONS À LA CROISSANCE OBSERVÉE DU PIB (%)  
TAUX DE VARIATION DE L’ACCUMULATION DU STOCK DE CAPITAL  
Travail - qualité (pp)  
Capital (pp)  
Croissance réelle du PIB (g.a., é.g.)  
Travail - quantité (pp)  
PGF (pp)  
Stock de capital physique - prix courants PPA (mil. 2011 USD, é.g)  
Stock de capital physique - prix constants (mil. 2011 USD, é.d)  
g.a, %  
7
5
3
1
1
3
5
7
g.a, %  
2
0
5
5
4
3
2
1
0
1
-
-
-
-
10  
5
0
1988  
1992  
1996  
2000  
2004  
2008  
2012  
2016  
GRAPHIQUE 7  
SOURCE : CONFERENCE BOARD  
GRAPHIQUE 10  
SOURCES : PENN WORLD TABLES, BNP PARIBAS  
SOUS-PERFORMANCE DE LA CROISSANCE BRÉSILENNE PAR RAPPORT À LA  
CROISSANCE MONDIALE  
PIB PAR TÊTE VS. OUVERTURE COMMERCIALE  
Brésil  
Chine  
Inde  
Monde  
140000  
120000  
00000  
0000  
60000  
0000  
g.a, %  
4
1
1
1
2
0
8
6
4
2
0
2
4
6
Singapour  
1
8
4
Brésil  
-
-
-
20000  
0
Vietnam  
0
50  
100  
150  
200  
250  
(
Exportations+Importations)/PIB (%)  
GRAPHIQUE 8  
SOURCE : FMI  
GRAPHIQUE 11  
SOURCE : BANQUE MONDIALE  
PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL VS. INTENSITÉ CAPITALISTIQUE - 2017 (ÉCH. LOG.)  
CROISSANCE DU PIB PAR TÊTE  
1
2
g.a., %  
1
1
2
0
8
6
4
2
0
2
4
6
1
1,5  
11  
1
0,5  
10  
BRE  
-
-
-
9,5  
9
10  
10,5  
11  
11,5  
12  
12,5  
13  
13,5  
-8  
Capital par travailleur (K/L)  
GRAPHIQUE 9  
SOURCES : CONFERENCE BOARD, BNP PARIBAS  
GRAPHIQUE 12  
SOURCE : BANQUE MONDIALE  
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8
LA POPULATION VIEILLIT RAPIDEMENT  
TAUX DE DÉPENDANCE DES PERSONNES ÂGÉES)  
CROISSANCE DE LA POPULATION  
(
Brésil  
Indonésie  
Inde  
Afrique du Sud  
45%  
Ratio entre la population âgée de  
15-64 ans et les 65+  
3
9%  
g.a., %  
40%  
35%  
30%  
25%  
20%  
3,5  
3,0  
2,5  
2,0  
1,5  
1,0  
0,5  
2
8.7%  
21.5%  
1
5.3%  
15%  
0%  
11.5%  
8
.7%  
1
5
%
%
0
2000  
2010  
2020(f)  
2030(f)  
2040(f)  
2050(f)  
SOURCE : IBGE  
GRAPHIQUE 13  
SOURCE : CONFERENCE BOARD  
GRAPHIQUE 16  
BAISSE DES TAUX DE FÉCONDITÉ  
RATIO DE DÉPENDANCE TOTALE (ENFANTS + PERSONNES ÂGÉES)  
Brésil  
Monde  
Fécondité constante  
Pays à revenu intermédiaire supérieur  
Pays à revenu intermédiaire  
Pays à revenu élevé  
Régions les plus développées  
Regions les moins développées  
Pays à revenu faible  
Mortalité constante  
Fécondité haute  
Fécondité de remplacement instantané  
Fécondité basse  
100  
100  
90  
80  
70  
60  
50  
40  
%
6,5  
5,5  
4,5  
3,5  
2,5  
1,5  
0,5  
Fécondité moyenne  
90  
80  
70  
60  
50  
Pas de changement (fécondité et mortalité constantes)  
Aucune migration  
Monde  
40  
GRAPHIQUE 14  
SOURCE : NATIONS UNIES  
GRAPHIQUE 17  
SOURCE : NATIONS UNIES  
TAUX DE PARTICIPATION À LA POPULATION ACTIVE  
TOTAL ET PAR TRANCHE D’ÂGE)  
ESPÉRANCE DE VIE (EN SUPPOSANT UNE FÉCONDITÉ MOYENNE)  
(
Taux de participation à la populationa active (%, é.d)  
65+  
Total  
Femmes  
Hommes  
années  
1
00%  
65  
95  
90  
85  
80  
75  
70  
65  
60  
55  
50  
45  
6
0-64  
9
8
7
6
5
4
3
2
1
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
55-59  
64  
50-54  
45-49  
40-44  
63  
62  
61  
60  
59  
3
3
5-39  
0-34  
25-29  
20-24  
1
5-19  
0%  
GRAPHIQUE 15  
SOURCE : NATIONS UNIES  
GRAPHIQUE 18  
SOURCE : BIT  
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9
ESTIMATION DE LA CROISSANCE POTENTIELLE SELON DIVERSES HYPOTHÈSES  
Croissance de la PGF (0%)  
Croissance de la population active (%)  
Croissance de la PGF (1%)  
Croissance de la population active (%)  
Taux d'investissement (% PIB)  
0.0%  
0.5%  
1.0%  
1.5%  
Taux d'investissement (% PIB)  
0.0%  
0.5%  
1.0%  
1.5%  
1
1
2
5%  
9%  
1%  
0.2%  
0.7%  
1.0%  
1.3%  
0.5%  
1.1%  
1.3%  
1.6%  
0.8%  
1.4%  
1.6%  
1.9%  
1.1%  
1.7%  
1.9%  
2.2%  
15%  
19%  
21%  
23%  
1.2%  
1.8%  
2.0%  
2.3%  
1.5%  
2.1%  
2.4%  
2.6%  
1.8%  
2.4%  
2.7%  
2.9%  
2.1%  
2.7%  
3.0%  
3.3%  
Croissance  
potentielle  
Croissance  
potentielle  
23%  
SOURCE : BRADESCO  
TABLEAU 1  
2
3
Cela signifie que le fardeau de la prise en charge des personnes 23 % et une PGF à 1 % par an au moins – cf. tableau 1) . Selon le FMI,  
âgées pour la population en âge de travailler sera multiplié par 2 au pour porter durablement le potentiel de croissance du Brésil à 4,4 %, il  
minimum au cours des 20 prochaines années. D’ici 2060, l’IBGE prévoit faudrait doper la croissance de la PGF à 2,5 %, un taux atteint pour la  
2
4
que les Brésiliens âgés de 65 ans et plus représenteront environ ¼ de dernière fois il y a plus de 50 ans .  
la population brésilienne contre 9,2% en 2018.  
Nombre de ces évolutions démographiques ont aussi eu lieu plus rapi-  
Quels enseignements tirer dès à présent ?  
dement que prévu. Par exemple, l’IBGE s’attendait initialement à ce que  
la population en âge de travailler (15-64 ans) atteigne sa proportion Ces simulations aboutissent à la conclusion que si le Brésil veut relever  
la plus élevée en 2023 avant de diminuer progressivement à mesure son potentiel de croissance, il doit, entre autres25  
:
que la part de dépendants (jeunes et personnes âgées) croît dans la  
population (accroissement du ratio de dépendance). Le processus de  
compression progressif de la population active aura au final commencé  
cinq ans plus tôt que prévu, en 2018. Selon les prévisions actuelles, la  
proportion des actifs dans la population devrait reculer, passant désor-  
mais de son pic de 69,46 % en 2018 à 67,5 % en 2030, 65,8 % en 2040,  
Renforcer son intensité capitalistique (en augmentant le ratio ca-  
pital/travail), ce qui dépend en fin de compte de son aptitude à  
accroître l’investissement privé (compte tenu des contraintes qui  
pèsent sur l’investissement public).  
Intégrer de nouvelles technologies dans l’appareil de production  
(
ce qui passe encore par un investissement accru, mais aussi et  
21  
2,7 % en 2050 et un peu plus de 60 % en 2060 .  
6
surtout par une plus grande ouverture commerciale)  
En tenant compte du vieillissement de la population, l’IBGE estime que  
la population active croîtra de 0,9 % au cours de la prochaine décennie,  
mais que ce taux convergera vers zéro à l’horizon 2035. Conclusion :  
compte tenu de la phase de transition démographique dans laquelle il  
se situe, le Brésil ne pourra plus compter de manière disproportionnée  
sur l’expansion de sa population active pour alimenter sa croissance  
économique.  
Progresser en matière de rendement de l’éducation (investir dans  
le capital humain pour améliorer la qualité de la main d’œuvre).  
Ces avancées dépendent en fin de compte de l’adoption d’un vaste  
programme de réformes structurelles, permettant notamment d’en-  
courager l’investissement privé.  
Quelle est l’ampleur des dégâts ?  
En l’état, sous l’effet conjugué d’une stagnation de la croissance de la  
PGF, d’un faible taux d’investissement et d’une plus faible croissance de  
la population en âge de travailler, les estimations du taux de croissance  
potentiel se sont maintenues à des niveaux relativement bas fluctuant  
dans une fourchette de 1,5 % à 2,5 % avant la pandémie de Covid-19  
(
contre environ 3,5 à 4,5 % avant la crise financière de 2008).  
Que faudrait-il donc faire pour multiplier par deux le taux de croissance  
2
2
à moyen terme du Brésil ? Selon les calculs de la banque Bradesco ,  
pour obtenir une croissance potentielle du PIB de l’ordre de 3 %, la  
croissance de la population active devrait être supérieure à celle de la  
population totale et le taux d’investissement, devrait augmenter à 21 %  
du PIB avec une PGF de 1 % (cf. tableau 1).  
Comme la population active devrait reculer à 0,9 % par an au cours  
de la prochaine décennie, le scénario de croissance de 3 % peut  
sembler improbable sauf sous le coup d’une hausse significative de  
l’investissement et de la PGF (par exemple, un taux d’investissement à  
23 Selon la banque Bradesco, même dans un scénario de croissance du PIB à 3 %, à  
partir de 2021, et de celle de la formation brute de capital fixe à 6 %, le taux d’investis-  
sement ne s’élèverait à 20 % du PIB qu’au cours de la deuxième moitié de la décennie.  
24 Spilimbergo et al. (2018).  
2
2
1 Fernando (2018).  
2 Pereira R.R., de Angelis T.C, Zerbinatti A., D’Atri F. (2020), Required scenarios to  
25 Banque mondiale (2020b) pour une liste plus exhaustive des politiques susceptibles  
d’accroître la productivité du travail.  
increase potential GDP growth, Bradesco Depec Highlight.  
La banque  
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