Perspectives

L’Italie en guerre contre le virus

e
14  
EcoPerspectives // 2 trimestre 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
Italie  
L’Italie en guerre contre le virus  
Lorsque l’épidémie de Covid-19 a frappé l’Italie, l’économie se contractait déjà. Devant l’augmentation fulgurante du nombre de  
personnes infectées, le gouvernement a pris des mesures draconiennes, dont l’arrêt de toutes les activités économiques non  
essentielles et le placement de l’ensemble de la population en confinement. Les chocs d’offre et de demande induits vont entraîner une  
récession, qui devrait être profonde et durer au moins jusqu’au mois de juin. Malgré le puissant soutien des politiques budgétaire et  
monétaire, la croissance économique italienne devrait être amputée de quelques points de pourcentage sur l’ensemble de l’année 2020.  
L’essoufflement de l’économie était déjà là  
1
- Croissance et inflation  
(
g.a., %)  
Alors que le Covid-19 s’abattait sur l’Italie, l’économie se contractait  
déjà. Au T4 2019, le PIB réel a reculé de 0,3 % (t/t), avec un taux de  
croissance annuel en repli à 0,1 %. La demande intérieure a été  
décevante. La consommation privée a légèrement faibli sous l’effet  
d’une évolution toujours aussi modérée du revenu des ménages. La  
situation sur le marché du travail a été contrastée. Le nombre  
d’heures travaillées a baissé, se maintenant bien en dessous du  
niveau de 2008. L’investissement a continué à stagner, les  
entreprises faisant toujours preuve d’une extrême prudence. La  
contribution des exportations nettes a été positive, les importations  
ayant fortement reculé, tandis que le déstockage a amputé la  
croissance totale de 0,7 point de pourcentage. Le report sur  
l’exercice 2020, dans l’hypothèse de l’absence d’augmentation  
trimestrielle du PIB, s’inscrit à -0,2 %.  
Croissance du PIB  
Prévisions  
9.2  
Inflation  
Prévisions  
1
2
0
8
6
4
2
0
2
4
6
1
1.2  
0
.7  
0.6  
0.2  
-
-
-
-8  
-
10  
-8.2  
2
018  
2019  
2020  
2021  
2018  
2019  
2020  
2021  
Source : BNP Paribas Global Markets  
2
- PIB réel  
La crise au plan régional et sectoriel  
g.a., %  
Depuis l’apparition, en Italie, du premier cas de Covid-19, le nombre  
de personnes infectées a connu une croissance exponentielle. En  
réaction à la crise sanitaire, le gouvernement italien a pris un certain  
nombre de mesures, qui sont allées jusqu’au confinement de  
l’ensemble de la population. Les Italiens ont l’interdiction de quitter  
leur domicile sauf cas d’urgence ou déplacements liés à l’exercice  
d’une activité professionnelle essentielle. Dans la première phase  
du confinement, les bars, restaurants, écoles, musées et tous les  
commerces, sauf les pharmacies et magasins d’alimentation, ont  
été fermés. Dans un deuxième temps, il a été décidé de mettre à  
l’arrêt toutes les activités de production, à l’exclusion de celles  
jugées nécessaires, comme les industries agro-alimentaires et  
pharmaceutiques et certains segments des secteurs de la  
métallurgie et des produits métalliques, des machines-outils et des  
équipements. Ces mesures ont eu un impact considérable sur  
l’économie. Les services, qui avaient soutenu l’économie italienne  
au cours des dernières années, permettant de regagner, en termes  
de valeur ajoutée, les pertes enregistrées au cours de la dernière  
récession, et compensé en partie le repli de l’industrie  
manufacturière, pâtissent aujourd’hui de la paralysie notable de  
l’activité. C’est, en particulier, le cas du tourisme, suite à  
l’interdiction des déplacements non essentiels et des  
rassemblements publics, et au fait que des mesures similaires ont  
été adoptées dans d’autres pays. Depuis la fin de la crise financière  
mondiale, le secteur du tourisme n’a cessé de croître, les dépenses  
des voyageurs étrangers augmentant de près de 50 % pour s’élever  
à EUR 42 mds, 7 % des exportations totales de biens et de services.  
4
2
0
t/t  
a/a  
-
2
-4  
-
-
6
8
2008 09 10 11 12 13 14 15 16 17 18 2019  
Sources : BNL, calculs données Istat  
Le nombre total de nuitées en Italie avait atteint 430 millions, un  
plus-haut historique.  
La crise a eu également des répercussions négatives sur les hôtels  
et les restaurants, un secteur qui affichait auparavant une solide  
dynamique, occupant une place extrêmement importante dans  
l’économie. Au cours des dix dernières années, les ménages  
italiens ont profondément modifié leurs habitudes de consommation,  
dépensant davantage dans les restaurants et moins dans les  
magasins d’alimentation. Les dépenses privées en hôtels et  
restaurants ont grimpé, dépassant largement les EUR 110 mds,  
environ 10 % de la consommation annuelle totale.  
e
15  
EcoPerspectives // 2 trimestre 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
Par rapport aux chiffres de 2008, l’emploi dans ce secteur a  
augmenté de près d’un tiers, contre une évolution tout juste  
modérée dans l’ensemble de l’économie, atteignant 1,7 million de  
personnes, avec une valeur ajoutée de EUR 65 mds.  
3
- TVA par secteurs  
millions , 2019  
2
50  
00  
2
L’effet des mesures restrictives sur le commerce de détail et le  
commerce de gros semble contrasté. Certains secteurs, comme  
l’industrie agro-alimentaire, bénéficient d’un accroissement de la  
demande, tandis que d’autres, comme l’habillement, souffrent d’un  
arrêt total de l’activité. En Italie, le secteur du commerce de détail et  
de gros dans son ensemble emploie plus de 3,7 millions de  
personnes, environ 15 % de l’emploi total, et apporte une  
contribution de près de 12 % à la valeur ajoutée.  
150  
1
00  
50  
0
Un déclin s’était amorcé dans l’industrie manufacturière italienne  
avant l’apparition du virus. Au cours des deux dernières années, la  
valeur ajoutée a diminué de près de 2 %, reculant de plus de 10  
points de pourcentage en dessous du niveau de 2008. Le secteur  
manufacturier représente environ 17 % de l’ensemble de l’économie.  
La décision de mise à l’arrêt des activités non essentielles a  
impacté le secteur de la métallurgie et des produits métalliques, qui  
représente la part la plus élevée de l’industrie manufacturière totale,  
avec plus de EUR 40 mds de valeur ajoutée, ainsi que les secteurs  
des machines-outils et des transports. Le secteur des produits  
pharmaceutiques, dont le rôle est particulièrement important dans la  
période actuelle, avec moins de EUR 10 mds de valeur ajoutée, ne  
représente que 0,6 % de l’économie totale, un chiffre qui témoigne  
également d’une forte dépendance à l’égard des importations. Le  
renforcement de la demande semble aussi concerner le secteur des  
denrées alimentaires et des boissons, qui, en 2019, a enregistré  
EUR 30 mds de valeur ajoutée avec un effectif de près de 500 000  
personnes.  
Sources : BNL, calculs données Istat  
Concernant les PME, le remboursement des prêts et crédits  
hypothécaires est suspendu. Jusqu’au 30 septembre, les facilités de  
crédit révocable (facilités de découvert) ne pourront être révoquées,  
tandis que la durée des prêts non amortissables, assortis d’une date  
d’échéance contractuelle, sera prolongée jusqu’au 30 septembre et  
le paiement de toute annuité, suspendu jusqu’à cette date.  
Pour soutenir le marché du travail (emploi et travailleurs), le décret-  
loi prévoit l’extension des prestations de chômage à toutes les  
entreprises, y compris les entreprises unipersonnelles, dont le coût  
total pour les finances publiques pourrait atteindre EUR 5 mds.  
Le décret a également prévu le versement, en une seule fois en  
mars, d’une indemnité de 600 euros aux travailleurs indépendants,  
aux intérimaires et aux saisonniers, employés dans les secteurs du  
tourisme ou de l’agriculture (ayant totalisé au moins 50 jours de  
travail en 2019). En tout, les travailleurs éligibles représentent près  
de 5 millions de personnes et la mesure s’élève à EUR 2,8 mds.  
D’un point de vue géographique, les régions les plus affectées par  
l’épidémie de Covid-19 sont celles de l’Italie septentrionale, les plus  
riches et les plus industrialisées du pays. En 2019, la Lombardie, la  
Vénétie et l’Emilie-Romagne réunies représentaient plus de la  
moitié des exportations totales, avec un chiffre d’affaires de près de  
EUR 260 mds, réalisé à l’international. Ces trois régions sont  
étroitement intégrées dans la chaîne d’approvisionnement  
européenne, fournissant des composants essentiels aux usines  
allemandes.  
Enfin, les entreprises et les ménages particulièrement affectés par  
la crise pourront bénéficier d’un report de la date limite de paiement  
des impôts et des cotisations sociales.  
L’impact économique de l’épidémie de Covid-19 sera significatif  
quoique difficile à évaluer à ce stade, compte tenu de l’incertitude  
persistante entourant la durée de la crise sanitaire. La combinaison  
des chocs induits d’offre et de demande va provoquer une  
récession qui devrait être profonde et durer au moins jusqu’au mois  
de juin. Pour l’année 2020 dans son ensemble, et en dépit de  
l’important soutien des politiques budgétaire et monétaire,  
l’économie italienne devrait accuser un repli de quelques points de  
pourcentage. Si les mesures d’atténuation de la crise sont efficaces,  
l’activité économique pourrait revenir à une certaine normalité au  
cours du second semestre de 2020. La vigueur de la reprise  
dépendra également de la robustesse de la demande extérieure.  
Une marge de manœuvre limitée face à la crise  
Le gouvernement italien a approuvé le décret « CuraItalia », visant  
à faire face à la dégradation de la situation générale. Le montant  
total des mesures adoptées s’élève à EUR 25 mds, environ 1,5 %  
du PIB, dont EUR 3,5 mds pour renforcer le système de santé et  
financer le recrutement d’environ 20 000 professionnels de santé.  
Le fonds de garantie des PME se verra allouer EUR 1,2 md pour  
faire bénéficier les prêts bancaires accordés aux PME de la garantie  
de l’État. La limite de la garantie accordée par le Fonds sera portée  
à EUR 5 millions, tandis que les procédures seront assouplies pour  
les garanties inférieures à EUR 3 000. Pour soutenir les  
exportations, le ministère de l’Économie accordera à l’Agence  
italienne de crédit à l’exportation une garantie visant à venir en aide  
aux secteurs les plus frappés par la crise.  
Paolo Ciocca  
paolo.ciocca@bnlmail.com  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2511 articles et 648 vidéos