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Malaisie : Vulnérable

TYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01//EN" "http://www.w3.org/TR/html4/strict.dtd"> Etudes économiques - Malaisie - Activité - Inflation - Politique monétaire - politique budgétaire - taux de change

Malaisie

Vulnérable

La croissance a ralenti au troisième trimestre 2014 et ne devrait pas accélérer de nouveau à court terme. Les fondamentaux macroéconomiques se sont détériorés, rendant la Malaisie plus vulnérable aux mouvements de défiance des investisseurs. D’abord, le gouvernement devra consolider sa crédibilité en respectant ses engagements de réduction de la dette publique. Ensuite, alors que la contribution des exportations à la croissance poursuit sa baisse tendancielle, la progression de la demande interne devra être encadrée afin de limiter ses effets sur les excédents courants et la stabilité financière (via l’endettement des ménages).

Ralentissement de la croissance

Après une accélération marquée au premier semestre 2014 (+6,3% en g.a. contre 4,7% en 2013), la croissance du PIB a ralenti au troisième trimestre, s’établissant à 5,6% en g.a. De nouveau, la progression du PIB est principalement provenue de la demande intérieure, contribuant pour 4,6pp à la croissance. Celle-ci pourrait cependant ralentir dans les prochains trimestres. Après avoir progressé de plus de 10% en moyenne au cours des cinq dernières années, les dépenses d’investissement (public et privé) ont nettement ralenti depuis le premier semestre 2013 (progressant de 8,5% en 2013 et 4,9% en moyenne sur les trois premiers trimestres de 2014). La restriction des conditions d’accès au crédit pour les entreprises depuis le début de l’année suggère que les dépenses d’investissement ne devraient pas accélérer dans les prochains trimestres.

La consommation privée semble mieux résister, en progression de 7,1% en g.a. en moyenne sur les six derniers trimestres, soutenue par un accès plus facile au crédit et un marché du travail robuste. Le taux de chômage est en baisse sur l’année à 2,7% en septembre 2014 (3,1% en septembre 2013). Dans le même temps, après avoir été très dynamiques au premier semestre (+8,3% en moyenne), les exportations se sont essoufflées au troisième trimestre (+2,8% en g.a.) et devraient poursuivre leur ralentissement. Au total, la croissance devrait s’établir à 5,5% en 2014 et ensuite ralentir à 4,5% en 2015.

De nouvelles fragilités

Les risques sur ce scénario central sont en hausse. D’une part, la Malaisie, petite économie ouverte, demeure exposée aux variations de la demande mondiale. En outre, le pays est exportateur net d’énergie (le seul pays en Asie) et son excédent courant pourrait donc subir les effets d’une baisse prolongée des prix de l’énergie.

D’autre part, le principal moteur de la croissance, la consommation des ménages, pourrait à son tour montrer des signes de faiblesse. Plusieurs indicateurs avancés montrent un ralentissement au dernier trimestre 2014 (par exemple, les ventes de véhicules se sont contractées en septembre), alors que la fin de plusieurs subventions et l’introduction de nouvelles taxes courant 2015 pourraient peser sur la consommation à très court terme.

1- Ralentissement de la croissance

Contribution à la croissance et variation en g.a. %

Conso. privée Conso. publique — FBCF Stocks Export. nettes — PIB

Sources : Datastream, comptes nationaux.

Les données mensuelles indiquent une faible progression des salaires réels (moins de 1% au dernier trimestre) et une progression du crédit toujours élevée (autour de 10% en g.a.), suggérant que la consommation est financée par le crédit, et principalement par du crédit hypothécaire. Les données ne permettent cependant pas de distinguer si les ménages utilisent les crédits immobiliers pour financer leurs dépenses de consommation, ou s’ils profitent simplement des effets richesse induits par la hausse des prix de l’immobilier.

La dette des ménages pourrait atteindre 90% du PIB à la fin

2014, alors qu’elle représentait 76% du PIB en 2011, et le service de la dette pour les ménages est un des plus élevés d’Asie, absorbant près de 45% de leurs revenus. A court terme, compte tenu de la bonne santé du secteur bancaire, la dette des ménages ne représente pas de risque pour l’économie dans son ensemble. A moyen terme cependant, le nécessaire désendettement des ménages pèsera sur la consommation privée et la croissance économique.

Enfin, les finances publiques restent une source de vulnérabilité. Les mesures de consolidation budgétaire adoptées depuis 2010 ont porté leurs fruits, mais restent insuffisantes. Notamment, les revenus liés aux matières premières représentent encore plus de 30% du total des revenus. L’application des mesures programmées pour atteindre l’objectif fixé par le gouvernement (retour à l’équilibre

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à horizon 2020) reste imprécise et l’effet de l’introduction d’une taxe sur les biens et services (en avril 2015) pourrait

être de moindre ampleur qu’attendu compte tenu des nombreuses exemptions déjà annoncées. Profitant de la baisse des prix du pétrole, le gouvernement a récemment ajouté à l’ensemble des mesures de consolidation l’élimination des subventions sur le prix des carburants, effective depuis le 1er décembre. Cette mesure devrait permettre de compenser partiellement la baisse des revenus liés aux matières premières. On estime qu’une variation de 10% du prix du pétrole (Brent) implique une variation de 0,3pp du PIB des revenus budgétaires. Au final, on table sur un déficit de 3,5% du PIB en 2014 et 3,0% en 2015, contre 3,9% en 2013.

Au total, bien qu’élevé au regard des standards asiatiques, le niveau de dette publique de la Malaisie reste gérable, estimé à environ 54% du PIB en 2014. Son profil est favorable, la dette est quasi exclusivement libellée en monnaie locale, avec une maturité moyenne de près de 6 ans. Deux fragilités demeurent : d’une part les engagements envers les entreprises publiques, qui augmentent indirectement la charge de la dette, et d’autre part la part de la dette détenue par des non-résidents, qui a doublé depuis fin 2009 pour se situer à près d’un tiers du total à la fin du T3 2014.

Vers des déficits jumeaux ?

Au cours des six derniers trimestres, l’excédent courant est ressorti à 4,5% du PIB en moyenne, un niveau nettement inférieur à la moyenne de 10% des dix dernières années.

D’une part, la Malaisie exportant à la fois des matières premières (huile de palme, pétrole et gaz) et des produits manufacturés à forte valeur ajoutée, les exportations ont été affectées à la fois par la baisse de la demande des pays développés et la baisse des prix des matières premières. D’autre part, la bonne tenue de la consommation des ménages s’est traduite par la hausse des importations de biens d’équipement. A court-moyen terme, cette tendance devrait se prolonger et l’excédent courant devrait se situer autour de 4% du PIB 2014 et de 3% en 2015.

La position extérieure nette du pays reste pour l’instant une force, les réserves de change représentent près de 7 mois d’importations et couvrent plus de 4 fois la dette à court terme.

Néanmoins, à plus longue échéance, la détérioration des comptes externes pourrait se poursuivre. Par exemple, la conjonction de la hausse de la consommation d’énergie et de la baisse des capacités de production de pétrole induiront le changement de statut de la Malaisie vers celui d’importateur net d’énergie. Outre les répercussions fiscales, cela pourrait accélérer la baisse tendancielle de l’excédent courant.

Dans les trimestres à venir, la Malaisie aura plusieurs défis à relever. Si le gouvernement n’était pas suffisamment crédible quant à sa capacité à réduire le niveau de sa dette publique, une dégradation de sa notation par les agences de rating pourrait fragiliser davantage l’économie. Les risques potentiels pesant sur la croissance, le secteur financier et la position extérieure nette du pays, s’amplifieraient alors. En cas de retournement brutal du sentiment des investisseurs, les failles dans ses fondamentaux macroéconomiques rendent la Malaisie d’autant plus vulnérable aux fuites de capitaux, qui élèveraient alors les risques de dépréciation du taux de change et de tensions sur les taux d’intérêt.

Hélène Drouot helene.drouot@bnpparibas.com

2- Part de la dette publique détenue par des non-résidents

% du total

Source : BNP Paribas

Prévisions

f: prévisions BNP Paribas

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