EcoFlash

PDF
Marché du travail en zone euro : un mieux qui reste inégal  
Louis Boisset  
Proche d’un point bas  
L’emploi en zone euro affiche une croissance vigoureuse  
depuis 2013 et le taux de chômage est au plus bas depuis  
dix ans.  
Zone euro, taux de chômage (% de la population active)  
13  
Des indicateurs plus larges reflètent cependant une sous-  
utilisation de la main-d’œuvre encore élevée par endroits,  
tous les pays n’ayant pas connu la même amélioration.  
12  
1
1
0
9
8
7
6
1
Dans le contexte de ralentissement économique, la  
question de la poursuite du rebond des salaires se pose.  
Après les chocs de 2009 puis de 2013, le marché du travail  
dans la zone euro a retrouvé du dynamisme. Sur les cinq  
dernières années, plus de 9 millions d’emplois ont été créés.  
Cette dynamique est comparable à celle des cinq années  
d’avant-crise.  
2000  
2002  
2004  
2006  
2008  
2010  
2012  
2014  
2016  
2018  
Graphique 1  
Source : Eurostat  
Une amélioration globale…  
Proche d’un point haut  
Zone euro, taux d’emploi (% de la population de 15-64 ans)  
▬ Taux d’emploi total  
Le taux de chômage dans la zone euro, au sens du Bureau  
International du Travail (BIT) , s’est réduit de manière  
1
continue pour atteindre 8,1 % de la population active au T3  
Part des contrats à durée déterminée dans l’emploi total (é.d.)  
2
018, après 12,1 % mi-2013. Le chômage est désormais à un  
68  
67  
67  
66  
66  
65  
65  
14,5  
plus bas niveau depuis dix ans (graphique 1). Cette  
dynamique a accompagné la reprise de l’activité économique,  
qui a tendanciellement accéléré sur la période.  
14,0  
Le taux d’emploi, soit le rapport entre la population employée  
et la population en âge de travailler (15-64 ans), a également  
progressé nettement depuis 2013, en partie grâce aux  
contrats à durée déterminée qui représentent aujourd’hui  
environ 14% de l’emploi total (graphique 2). Le taux d’activité,  
soit le rapport entre la population active (occupant un poste  
ou chômeurs) et la population en âge de travailler, augmente  
quant à lui tendanciellement.  
13,5  
13,0  
12,5  
12,0  
64  
64  
63  
2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018  
Graphique 2  
Source : OCDE, Eurostat  
1
Le BIT définit une personne au chômage comme étant une  
personne en âge de travailler (15 ans ou plus) sans emploi,  
disponible dans les deux semaines et en recherche active.  
EcoFlash // Janvier 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
2
à relativiser  
 Fortunes diverses  
Evolution du taux de chômage par pays (en %)  
La tendance agrégée sur le marché du travail masque des  
différences importantes entre les quatre grandes économies  
de la zone, tant en dynamique qu’en niveau (graphique 3).  
2
 Allemagne  France  Italie  Espagne (é.d.)  
14  
30  
25  
20  
1
2
L’Allemagne apparaît comme un cas à part. En effet, le taux  
de chômage a atteint un niveau historiquement bas, à 3,4 %,  
en baisse marquée depuis 2009, où il s’établissait autour de  
10  
8
7
,5 %. En France, le taux de chômage, qui a connu des  
mouvements d’amplitude moindre, diminue très  
6
1
1
5
5
progressivement, tandis que le chômage en Espagne a chuté  
de 10 points depuis 2013, mais demeure autour de 15 %. En  
Italie, le niveau du chômage a très nettement augmenté entre  
4
0
2
2
008 et 2014, dans un contexte économique dégradé (la  
0
croissance a été sensiblement négative en 2009 et en 2012),  
avant de diminuer à un rythme modéré.  
2000  
2002  
2004  
2006  
2008  
2010  
2012  
2014  
2016  
2018  
Graphique 3  
Source : Eurostat  
Dans le sillage de la baisse du chômage, le taux d’emploi en  
Allemagne a continûment progressé pour atteindre 76%, soit  
un niveau supérieur de près de dix points au taux d’emploi  
moyen de la zone euro. Les trois autres grandes économies  
affichent un taux d’emploi inférieur au niveau moyen.  
 Temps partiel toujours élevé  
Part du temps partiel dans l’emploi total (en %, au T2 2018)  
30  
25  
20  
15  
10  
5
0
Cette dynamique favorable de l’emploi en Allemagne a été  
accompagnée par le développement du temps partiel  
notamment au début des années 2000, qui représente  
désormais plus du quart de l’emploi total (graphique 4). Bien  
qu’en hausse dans certains autres pays, en particulier en  
Italie, la part du travail à temps partiel y demeure plus faible.  
Une définition plus large de la sous-utilisation de la main-  
d’œuvre offre une vision plus complète de la situation du  
marché du travail. Cette mesure inclut les personnes qui : i)  
travaillent à temps partiel et souhaitent travailler davantage, ii)  
cherchent un emploi mais ne sont pas disponibles  
immédiatement et iii) ne cherchent pas d’emploi mais sont  
disponibles.  
Zone euro  
Allemagne  
France  
Italie  
Espagne  
Graphique 4  
Source : Eurostat  
Au-delà du chômage  
La sous-utilisation de la main-d’œuvre serait ainsi environ  
deux fois supérieure que ne le suggère le taux de chômage,  
soit environ 16% de la population active élargie (graphique 5).  
Hors chômage, la part des personnes à temps partiel  
souhaitant travailler davantage est la plus importante, suivie  
des personnes disponibles mais qui ne sont pas en  
recherche. Très représentée en Italie, cette dernière catégorie  
témoignerait du découragement des chômeurs à chercher un  
Zone euro, sous-utilisation (% de la population active élargie)  
Chômeurs  Sous-employés en temps partiel  Disponibles, pas en  
recherche En recherche, non immédiatement disponibles  
2
0
0
0
3
emploi .  
1
Depuis fin 2013, hors chômage, le taux de sous-utilisation  
baisse mais reste élevé. En Allemagne, ce taux baisse de  
façon marquée, tandis qu’il stagne en France et demeure  
élevé en Italie.  
Contrainte sur les salaires  
2008  
2010  
2012  
2014  
2016  
2018  
L’activité économique a ralenti en 2018 en zone euro, et les  
incertitudes sont nombreuses à moyen terme. La baisse de la  
croissance pourrait freiner celle du chômage, et enrayer  
l’accélération des salaires observée depuis mi-2016.  
Graphique 5  
Source : Eurostat  
4
dynamiques salariales . Dans le même temps, la hausse de la  
part des contrats temporaires au détriment des contrats à  
durée indéterminée, et le niveau élevé de contrat à temps  
partiel pourraient limiter le pouvoir de négociation des salariés  
dans les économies concernées. Toutes choses égales par  
ailleurs, à l’exception de l’Allemagne, l’accélération des  
salaires observée depuis deux ans en zone euro pourrait à  
court terme être freinée.  
Par ailleurs, bien qu’en baisse au cours des cinq dernières  
années, le niveau de sous-utilisation encore élevé dans  
certains pays pourrait continuer de faire pression sur les  
2
Louis Boisset  
louis.boisset@bnpparibas.com  
L’échantillon de pays retenu (Allemagne, France, Italie, Espagne)  
représente ¾ du PIB nominal de la zone euro et 70 % de l’emploi.  
3
Faces of jobleness in Italy: A people-centred perspective on  
4
employment barriers and policies, IZA, Août 2018  
Assessing labour market slack, ECB Economic Bulletin, Issue 3/2017  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2119 articles et 584 vidéos