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EcoEmerging// 2 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Kenya  
Meilleure stabilité macroéconomique  
Avec l’apaisement des tensions de l’élection présidentielle de 2017, l’amélioration du climat politique a permis une stabilisation de  
la situation macroéconomique. Les dépenses de développement du plan «Big Four» du président Kenyatta devraient soutenir la  
croissance au cours des cinq prochaines années. Cependant, la nécessité d’un assainissement budgétaire et une dette publique  
élevée restent de sérieux défis pour le gouvernement. La suspension récente, par la Cour suprême, de la loi relative au  
plafonnement des taux d’intérêt sur les prêts bancaires devrait permettre d’accélérer la conclusion d’un nouvel accord très attendu  
avec le FMI, dans un contexte de hausse des besoins de financement de l’Etat.  
Reprise de la croissance, inflation faible et stabilité  
du taux de change  
1- Prévisions  
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017  
2018 2019e 2020e  
Avec le retour au calme après la longue période électorale de 2017,  
la croissance économique s’est accélérée au Kenya. Le nouveau  
gouvernement Kenyatta a défini quatre axes de développement sur  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
4,9  
8,0  
6,0  
5,0  
6,1  
5,6  
6,2  
5,0  
-8,5  
57,6  
-6,3  
33,4  
7,3  
-6,8  
58,5  
-5,7  
35,4  
8,2  
-6,3  
59,6  
-5,4  
36,1  
8,7  
-5,0  
58,0  
-5,1  
35,2  
8,8  
1
les cinq années à venir pour accroître le potentiel de croissance du  
Dette du gov. central, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
pays et créer une économie à revenu intermédiaire. D’après les  
estimations du Bureau national des statistiques, la croissance du  
PIB réel s’est inscrite à 6,0% au troisième trimestre 2018, contre  
Dette externe, % du PIB  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDKES (fin d'année)  
4
,7%, un point bas, au T3 2017. La reprise de 2018 a été portée par  
4,5  
4,9  
5,2  
5,2  
les bons résultats du secteur agricole (+6% en g.a. sur les neuf  
premiers mois, grâce à de meilleures conditions météorologiques),  
par une croissance résiliente du secteur des services (+7% en g.a.)  
et par le rebond du secteur manufacturier (+2% en g.a.) grâce à un  
meilleur approvisionnement en électricité et en eau.  
103  
101  
103  
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e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
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- Rebond de l’industrie et résilience des services  
PIB, contributions trimestrielles (%)  
L’atténuation de l’incertitude politique a restauré la confiance,  
comme en témoigne la stabilisation du shilling (KES). La bonne  
tenue de la monnaie kényane s’explique en premier lieu par la  
réduction du déficit de la balance courante, due à l’amélioration des  
recettes des services, à la hausse des exportations de thé et de  
produits horticoles. Elle s’explique également par les envois de  
fonds de la diaspora qui compensent la forte demande de dollars  
pour les importations manufacturières et énergétiques. Elle reflète  
aussi d’importants flux d’investissements directs, qui ont atteint  
USD 925 millions en 2018 (1,3% du PIB, +38% en g.a.).  
Agriculture Industrie Services  
PIB  
7
6
5
4
3
2
1
0
La hausse des tarifs de l’énergie mi-2018 et les augmentations  
d’impôts en septembre dernier ont exercé des pressions sur les  
coûts de l’énergie à fin 2018, malgré le répit qu’a apporté la baisse  
des prix du pétrole. Le taux d’inflation a progressé à 4,3% en mars  
T1 15  
T1 16  
T1 17  
T1 18  
-1  
2019 (contre un point bas de 4,0% en août 2018), mais des pluies  
Source : Bureau national des statistiques, BNP Paribas  
abondantes et des prix alimentaires stables ont permis de maintenir  
l’inflation à l’intérieur de la cible de 2,5 %7,5 % fixée par la banque  
centrale.  
Faible crédibilité fiscale et besoins de financement  
élevés  
La modération de l’inflation et la stabilité du shilling ont permis à la  
banque centrale d’assouplir sa politique monétaire en 2018, avec un  
Les comptes publics du Kenya ont pâti d’une faible crédibilité fiscale  
jusqu’en 2017 et de l’accroissement de la dette publique. Les  
déficits budgétaires se sont élevés en moyenne à 8% du PIB sur les  
cinq dernières années en raison d’une politique budgétaire  
expansionniste motivée par divers facteurs (nouvelle constitution en  
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léger recul des taux d’intérêt par rapport à 2017 .  
2
010, élections, aide aux victimes de la sécheresse, important  
programme social prévu dans le cadre du plan «Big Four» sur la  
durée du mandat du président Kenyatta).  
1
Dit le «Big 4», le plan se décline en quatre axes : la sécurité alimentaire,  
l’accessibilité au logement, le développement de l’industrie manufacturière et la  
couverture maladie universelle.  
2
En janvier 2019, le taux d’intérêt pondéré des prêts bancaires commerciaux se  
situait en moyenne à 12,5 % contre 13,7 % sur la même période en 2018.  
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En 2018, suite à un important ajustement budgétaire, le déficit a  
reculé à 6,8% du PIB contre 8,5% en 2017. Pour parvenir à ce  
résultat, les autorités ont réduit les dépenses de développement (de  
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- Détente monétaire, inflation modérée et stabilité du KES  
g.a. et %  
Taux directeur BC  
2
,7 points de pourcentage du PIB) sur fond de baisse significative  
IPC  
KES/USD (é.d.)  
des recettes (15,5% du PIB contre 16,3% l’année précédente). En  
14  
110  
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septembre 2018 plusieurs mesures ont été adoptées pour  
12  
3
compenser la chute des recettes . En janvier 2019, le Trésor a  
néanmoins publié un projet de budget révisant à la hausse les  
objectifs de déficit (6,3% du PIB en 2019 et 5% en 2020 contre  
10  
8
1
9
9
8
00  
Central  
5
,8% et 4,7%, respectivement, dans les projections précédentes).  
5
6
Compte tenu de ces nouveaux objectifs de déficit, la dette publique  
est appelée à augmenter (elle est attendue à 59% du PIB en 2019).  
Les paiements d’intérêts, qui représentaient 21% des recettes  
budgétaires en 2018 contre 13% deux ans plus tôt, ont diminué la  
marge de manœuvre budgétaire. La situation reste gérable mais  
elle implique une hausse des emprunts internes et externes. Au  
plan interne, le gouvernement a annoncé l’émission, en avril, de  
bons du Trésor à 10-20 ans pour un montant de KES 50 mds  
0
Cible d'inflation de la  
Banque Centrale  
4
5
2
0
80  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
Sources : Banque centrale, Bureau national des statistiques, BNP Paribas  
(
environs 1% du PIB) afin de financer le budget 2018/2019.  
privé se détériorait déjà auparavant en raison de contraintes  
structurelles (niveaux de provisionnement des prêts et de reporting  
insuffisants, défaillances en termes de gouvernance) et des  
difficultés économiques. La limitation des taux d’intérêt prêteurs a  
eu pour effet de réduire l’accès au crédit des petites entreprises, les  
banques préférant prêter aux administrations publiques et aux  
grandes entreprises, ce qui a entraîné une distorsion de l’allocation  
du crédit.  
Le gouvernement prépare également le lancement d’une troisième  
émission souveraine d’environ USD 2 mds en 2019 soit 2,3% du  
PIB (la première émission obligataire, pour un montant de  
USD 2,75 mds, a eu lieu en 2014 ; sa tranche à cinq ans, de  
USD 750 millions, sera remboursée en juin prochain; la deuxième  
obligation, pour un montant de USD 2 mds, avait été émise en  
février 2018). Cependant, le choix de la date dépendra des  
conditions du marché car l’appétit pour le risque souverain kényan  
s’est détérioré, le spread des obligations d’État en dollars  
s’établissant à 490 pb contre 280 au début de 2018. Le Trésor  
envisage en outre l’émission d’un prêt syndiqué d’USD 1 md. Le  
recours grandissant à ces emprunts privés accroît les risques de  
change et de refinancement. Pour limiter les coûts des emprunts  
extérieurs, le gouvernement a repris les négociations avec le FMI  
en vue d’un nouvel accord de prêt en 2019 après l’expiration, en  
La limite sur le taux d’intérêt des dépôts a été supprimée l’année  
dernière. En revanche, en mars 2019, la Cour suprême de Nairobi a  
déclaré inconstitutionnelle l’application du plafonnement des taux  
d’intérêt sur les crédits. La loi a été suspendue pour une période de  
douze mois mais les taux d’intérêt des prêts n’en restent pas moins  
plafonnés au niveau actuel pour laisser le temps au Parlement de  
réexaminer les passages jugés anticonstitutionnels.  
4
septembre 2018 , du précédent accord de confirmation.  
De janvier 2018 à janvier 2019, l’encours total des prêts a augmenté  
de 5,4% (+16% pour les prêts au gouvernement). Le taux d’intérêt  
moyen se situant actuellement à 12,5% contre presque 10% pour le  
rendement des obligations d’Etat, la croissance du crédit au secteur  
privé est restée morose (+3%). Le taux des créances douteuses est  
toujours élevé (12,5% en janvier 2019). Par ailleurs, la liquidité  
globale du système s’est améliorée grâce à une hausse des dépôts  
bruts (+12,6% en g.a. en janvier 2019).  
Vers un déplafonnement des taux d’intérêt prêteurs  
L’un des changements demandés par le FMI est l’abrogation de la  
loi relative au plafonnement des taux d’intérêt sur les prêts  
bancaires . Ce plafonnement a pénalisé les prêts aux petites et  
moyennes entreprises, même si la croissance du crédit au secteur  
5
3
Les amendements de la loi de finances 2018 prévoient l’augmentation de  
La suppression du plafonnement des taux d’intérêt va certainement  
entraîner une hausse de ces derniers à moyen terme. Selon la  
Banque mondiale, cette mesure pourrait encourager l’offre de crédit  
de la part des banques notamment les prêts aux ménages (prêts à  
la consommation et prêts hypothécaires) et aurait un effet positif sur  
la consommation privée. Par ailleurs, une telle mesure pourrait  
accélérer la signature d’un accord de crédit avec le FMI.  
plusieurs prélèvements à la source (virements bancaires et transferts de par  
téléphone, eau en bouteille, véhicules essence ou diesel de grande capacité) et  
en créent de nouveaux (confiserie et services de données Internet), ainsi qu’une  
contribution au Fonds national pour le développement du logement déduite du  
salaire brut mensuel des employés.  
4
En 2016, un accord d’un montant de USD 1,6 md avait été signé avec le FMI,  
qui avait été prolongé en mars 2018 pour six mois, en échange de: i) poursuivre  
la consolidation fiscale, ii) améliorer les canaux de transmission de la politique  
monétaire et à iii) abroger la loi sur les taux d’intérêt. En septembre 2018, le  
gouvernement n’a pu obtenir une nouvelle prolongation en raison de certains  
points de désaccord (comme la loi sur le plafonnement des taux d’intérêt).  
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La modification de la loi sur les services bancaires (Banking Amendment Act)  
a été introduite en septembre 2016 pour remédier aux taux d’intérêt élevés  
pratiqués par les banques. Cette loi fixe le taux d’intérêt sur les crédits à un  
maximum de 4% au-dessus du taux directeur et le taux d’intérêt plancher sur les  
dépôts à 70% au moins du taux directeur.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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