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Menaces sur la reprise

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Eco Emerging // 2 trimestre 2021  
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INDE  
MENACES SUR LA REPRISE  
La forte reprise économique attendue en 2021 pourrait être fragilisée par la deuxième vague de Covid-19 et une  
nouvelle poussée d’inflation. Par ailleurs, le gouvernement cherche à accélérer le rythme des réformes pour soutenir  
la croissance à moyen terme et améliorer l’environnement des affaires. Mais la population multiplie les manifestations  
pour s’y opposer, notamment à l’encontre des privatisations sur lesquelles compte le gouvernement pour réduire son  
déficit budgétaire. Le secteur bancaire reste pour l’instant suffisamment solide pour faire face à la hausse des risques  
de crédit. Néanmoins, pour soutenir la reprise du crédit, une nouvelle injection de capital dans les banques publiques  
a déjà été prévue ainsi que la création d’un organisme de défaisance.  
LA REPRISE FRAGILISÉE PAR LA HAUSSE DE L’INFLATION  
PRÉVISIONS  
ET LA DEUXIÈME VAGUE DE COVID-19  
2
019  
2020e  
2021e  
2022e  
D’après les estimations du gouvernement, le PIB réel pour l’année  
budgétaire 2020/2021, achevée au 31/03/2021, se serait contracté de  
PIB réel(1), variation annuelle (%)  
Inflation moyenne(1) (CPI, %)  
4.2  
4.8  
-7.2  
6.2  
12.5  
4.9  
4.1  
4.6  
7
,7% (contre +4,2% en 2019/2020). Pour l’année 2021/2022, la banque  
centrale prévoit un rebond de 10,5%. Néanmoins la reprise pourrait  
être fragilisée à la fois par la deuxième vague de Covid-19 et les fortes  
pressions inflationnistes.  
Solde budgétaire gouv et adm.(1) / PIB (%)  
Dette gouv. et des adm. (1) / PIB (%)  
Solde courant(1) / PIB (%)  
-7.3  
72.2  
-0.9  
19.9  
457  
7.7  
-14.8  
89.8  
0.3  
-11.0  
90.0  
-0.9  
21.0  
590  
9.1  
-9.5  
91.5  
-1.7  
20.5  
620  
9.2  
Depuis le mois de mars, le nombre de cas positifs au Covid-19 a très  
fortement augmenté, en particulier dans l’État du Maharashtra, lequel  
génère une partie importante de l’activité économique (14,5% du PIB).  
Le 4 avril, le gouvernement a donc pris la décision d’imposer dans  
cet État un couvre-feu, de fermer les commerces considérés comme  
non essentiels et d’imposer un confinement le week-end. Depuis, de  
nouvelles mesures sanitaires ont été imposées dans d’autres Etats  
alors même qu’une très faible partie de la population a été vaccinée  
Dette extérieure(1) / PIB (%)  
21.5  
542  
11.0  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
(
1): Année budgétaire du 1er avril de l’année t au 31 mars de l’année t+1  
e: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
(
2,9% avait reçu une première dose de vaccin fin mars).  
Par ailleurs, la ré-accélération récente de l’inflation (+5% en février  
en glissement annuel contre 4,1% en janvier), induite notamment par  
l’augmentation des prix alimentaires et ceux des transports dans un  
contexte de forte hausse des prix du pétrole, pourrait fragiliser la reprise  
sachant que ces produits constituent respectivement 39% et 8,6% du  
panier de consommation des ménages indiens. Dans un contexte de  
hausse des taux longs américains, la Banque centrale indienne pourrait  
ainsi décider de durcir sa politique monétaire pour contrer la hausse  
des prix et soutenir sa monnaie, même si, fin février, l’inflation était  
encore inférieure à sa cible de 4% +/- 2 points de pourcentage.  
LES PRIX REPARTENT À LA HAUSSE EN FÉVRIER  
g.a., %  
14  
Indice des prix à la consommation  
Alimentation  
Prix hors alimentation et énergie  
Biens divers  
1
2
Transport  
1
0
8
6
4
2
0
2
UN BUDGET DÉPENDANT DES RECETTES DE PRIVATISATION  
Les finances publiques sont structurellement fragiles en raison d’une  
faible base fiscale et d’une proportion toujours élevée de dépenses  
incompressibles, bien que les subventions du gouvernement aient  
diminué depuis 2014.  
-
2017  
2018  
2019  
2020  
2021  
SOURCE : RBI  
GRAPHIQUE 1  
La crise économique induite par l’épidémie de Covid-19 les a fragilisées  
encore davantage. Selon les prévisions du ministère des Finances, le  
déficit du gouvernement pourrait avoir atteint 9,5% du PIB sur l’année  
budgétaire 2020/2021 et celui de l’ensemble des administrations  
pourraitêtreprochede15%duPIB.Surlesdixpremiersmoisdel’exercice  
budgétaire 2020/2021, la hausse du déficit a principalement résulté  
d’une augmentation des dépenses, et notamment des subventions aux  
ménages les plus pauvres dont la part dans les dépenses totales a  
Pour lannée budgétaire 2021/2022 (du 1er avril 2021 au 31 mars  
022), le ministère des Finances prévoit une réduction du déficit du  
gouvernement à 6,8% du PIB et celui de l’ensemble des administrations  
devrait être ramené à 11,0% du PIB.  
Le gouvernement prévoit de réduire son déficit de 18,5%, grâce à  
une hausse des recettes fiscales, induite par une reprise de l’activité  
économique, et une forte augmentation des revenus générée par  
2
1
doublé pour atteindre près de 19% .  
1
Une partie des dépenses de subventions alimentaires au cours de l’année 2020/2021 reflète le paiement des retards de paiement par le gouvernement à la Food Corporation of India.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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6
la privatisation d’entreprises publiques (dont deux banques, une  
compagnie d’assurance, des entreprises de distribution d’électricité, les  
chemins de fer et la compagnie aérienne Air India). Mais l’objectif des  
recettes des privatisations (0,8% du PIB contre une moyenne de 0,4%  
du PIB au cours des trois dernières années) semble particulièrement  
ambitieux, alors que la volatilité sur les marchés boursiers reste forte et  
les vagues de protestations contre les privatisations sont importantes.  
LE CRÉDIT BANCAIRE AUX ENTREPRISES TOUJOURS EN BERNE  
Crédit bancaire (g.a.,%, é.g.)  
Crédit aux entreprises (g.a., %, é.d.)  
16  
8
14  
6
Le montant total des dépenses publiques devrait rester stable (ce qui se  
traduira par une baisse des deux points de pourcentage des dépenses  
rapportées au PIB). Il pourrait même augmenter car le gouvernement  
prévoit d’accroître ses dépenses de santé et ses investissements en  
infrastructures.  
1
2
4
10  
2
8
6
4
2
0
0
Le soutien à la reprise économique semble ainsi être la priorité du  
gouvernement plutôt que la consolidation de ses finances publiques  
qui reste hypothétique. Selon l’agence de notation Fitch, la dette  
du gouvernement pourrait ainsi excéder 90% du PIB dès l’exercice  
-2  
-4  
-6  
2017  
2018  
2019  
2020  
2021  
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020/2021 et se maintenir à ce niveau au cours des cinq prochaines  
années. À ce jour, le risque de refinancement de la dette reste contenu.  
Néanmoins, la forte hausse des dépenses d’intérêts (+32% sur l’année  
budgétaire 2020/2021) est une source d’inquiétude alors même  
que les recettes du gouvernement restent extrêmement faibles. La  
GRAPHIQUE 2  
SOURCE : RBI  
charge d’intérêts devrait représenter plus de 42,5% des revenus du Pour aider à l’assainissement des bilans bancaires et soutenir la  
gouvernement sur l’exercice 2021/2022, soit sept points de plus qu’au reprise du crédit bancaire, le gouvernement a annoncé la création d’un  
cours de l’exercice 2019/2020. En outre, les pressions inflationnistes organisme de défaisance. Aucun détail n’a pour l’instant été donné.  
pourraient générer une hausse des rendements sur les obligations Mais le transfert des créances douteuses libèrerait des capitaux pour  
d’État à long terme qui restaient début avril encore contenus à 6,2% les crédits (actuellement utilisés pour renforcer les provisions).  
(
pour les titres à dix ans), c’est-à-dire à un niveau encore inférieur à  
Par ailleurs, depuis le mois de mai 2020, le gouvernement et la Banque  
centrale indienne ont mené des politiques de soutien aux ménages et  
aux entreprises, en particulier aux petites et moyennes entreprises.  
celui d’avant la crise de la Covid-19.  
SECTEUR BANCAIRE : LE GOUVERNEMENT ANNONCE LA Néanmoins, en dépit de la politique d’assouplissement monétaire de  
la banque centrale, laquelle s’est pourtant traduite par une baisse des  
CRÉATION D’UN ORGANISME DE DÉFAISANCE  
taux moyens du crédit de 130 points de base (les taux directeurs ayant  
été abaissés de 115 pb entre janvier 2020 et mars 2021), le rythme de  
croissance reste modeste.  
bancaire plus solide au T3 2020 qu’au cours des cinq dernières années En dehors des crédits octroyés pour l’achat de produits alimentaires,  
bien qu’elle reste fragile. La part des créances douteuses était moins les crédits aux ménages ont décéléré et ceux aux grosses entreprises  
Dans son dernier rapport sur la stabilité financière paru en janvier  
2
021, la banque centrale faisait état d’une situation dans le secteur  
;
importante (7,5%), les provisions plus élevées (elles couvraient 72,4% se sont contractés en raison de la baisse de leurs investissements. En  
des créances douteuses) et les ratios de solvabilité plus confortables outre, ces dernières n’ont pas eu besoin d’un soutien financier pour  
(
15,8%). Par ailleurs, jusqu’en décembre 2020, les banques ont faire face à la crise car, même si les chiffres d’affaires ont enregistré de  
augmenté leurs provisions en prévision d’une hausse des créances très fortes baisses, les profits ont augmenté grâce à la forte diminution  
douteuses sans pour autant les enregistrer comme telles. À partir du du coût du travail et des prix des matières premières sur la majeure  
T2 2021, la dégradation de la qualité de leurs actifs sera enregistrée partie de l’année 2020.  
car la Cour suprême a confirmé (en mars 2021) que le moratoire  
sur les remboursements en application entre mars et août 2020 ne  
pouvait s’étendre au-delà du mois d’août 2020, et que la régularisation  
devait intervenir en mars. Néanmoins, selon les agences de notation  
et la banque centrale, les banques devraient être en mesure de faire  
face à une hausse des risques de crédit même si la banque centrale  
estime que la part des créances douteuses devrait atteindre 13,5% au  
T3 2021. La principale source d’inquiétude porte davantage sur leurs  
besoins de recapitalisation pour respecter leurs ratios de solvabilité  
et pouvoir accroître leur offre de crédit, alors même qu’elles vont  
devoir augmenter leurs provisions. Dans ce contexte, le gouvernement  
a annoncé dans son budget pour l’année en cours qu’il injectera  
INR 200 mds de capitaux supplémentaires (0,2% du PIB) dans les  
banques publiques après une recapitalisation d’un même montant au  
cours de l’exercice budgétaire précédent. Néanmoins ces montants  
restent très en-deçà des besoins estimés par l’agence de notation  
Moody’s (entre INR 1,9 trn et INR 2,2 trn).  
Seuls les prêts octroyés aux entreprises de taille moyenne (18% des  
crédits) ont enregistré une croissance extrêmement forte depuis le mois  
de septembre (+19,1% en g.a en janvier 2021), avec le programme de  
prêts garantis par l’Etat (Emergency Credit Line Guarantee Scheme),  
mis en place depuis le 23 mai 2020 et ayant pris fin le 31 mars 2021. Il  
visait à répondre aux besoins de financement des petites et moyennes  
entreprises. Selon le gouvernement, à fin janvier 2021, INR 1,9 trn de  
prêts bancaires (hors sociétés financières non bancaires) avaient été  
accordés au titre de ce programme (36,6% des crédits accordés durant  
l’année).  
Achevé de rédiger le 9 avril 2021  
La banque  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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