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EcoPerspectives // 4 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Italie  
Moins de croissance, plus de déficits  
L’activité économique continue de ralentir. Au deuxième trimestre 2018, la croissance du PIB s’est limitée à 1,2 % en glissement  
annuel (g.a.). De plus, le marché du logement ne s’est pas encore complètement redressé, les prix de l’immobilier ayant baissé de  
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,2 % (g.a.) au T2. D’après le projet de budget 2019, le ratio déficit sur PIB devrait se maintenir à 2,4 % en 2019, puis reculer en deçà  
des 2 % en 2021. Selon le scénario du gouvernement, le PIB croît d’environ 1,5 % sur les trois prochaines années, entraînant une  
diminution du ratio de la dette sur PIB à 126,7 % en 2021.  
La coalition s’accorde sur les objectifs budgétaires  
1- Croissance et inflation  
D’après le projet de budget du gouvernement, le ratio déficit sur PIB  
devrait se maintenir à 2,4 % en 2019 avant de reculer lentement en  
dessous des 2 % en 2021, tandis que le solde budgétaire structurel  
resterait inchangé à -1,7 %. Selon le scénario du gouvernement, la  
croissance du PIB est censée accélérer aux environs de 1,5 % par  
an sur les trois prochaines années, ramenant le ratio dette sur PIB à  
Croissance du PIB (%)  
Inflation (%)  
Prévision  
Prévision  
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.9  
1.6  
1
.5  
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.3  
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1
.0  
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0
.8  
1
26,7 % en 2021, contre 131,2 % en 2017.  
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.1  
Les détails de chaque mesure relative aux dépenses publiques ainsi  
qu’aux recettes ne seront rendus publics que dans les prochains  
mois. Le budget final devra être approuvé par le parlement avant la  
fin de l’année.  
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0.1  
1
5
16  
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17  
18  
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Sources : Comptes nationaux, BNP Paribas  
D’après l’accord de coalition passé entre le Mouvement 5 étoiles et  
la Ligue, le budget 2019 devrait inclure l’introduction d’un revenu  
minimum garanti et d’une pension minimale, l’abaissement de l’âge  
de départ à la retraite ainsi que des baisses d’impôts pour les  
travailleurs indépendants. Le nouveau budget devrait également  
annoncer la suppression des clauses de sauvegarde ayant pour  
effet de déclencher une augmentation automatique de la TVA  
l’année prochaine. Cela se traduirait par une réduction des recettes  
fiscales de EUR 12 mds en 2019. D’après le projet de budget, les  
investissements publics, qui ont reculé de EUR 54 mds en 2009 à  
EUR 34 mds en 2017, devraient augmenter de 1 % du PIB (environ  
EUR 15 mds) sur la période 2019-2021.  
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- Déficit public dans le scénario du gouvernement  
 Observé (% PIB) • • • Structurel (% PIB potentiel)  
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2
1
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.0%  
.5%  
.0%  
.5%  
.0%  
.5%  
.0%  
Repli industriel, ralentissement économique  
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016  
2017  
2018  
2019  
2020  
2021  
Au premier semestre 2018, l’activité économique a poursuivi son  
expansion, quoique à un rythme moins soutenu. Au T2 2018, le PIB  
a augmenté de 0,2 % t/t, contre +0,3 % au T1. Le taux de  
croissance annuel a diminué : il est passé à 1,2 %, le point haut -  
Sources : ministère de l'Economie et des Finances italien, BNP Paribas  
modéré. L’activité reste, néanmoins, inférieure de plus de 30 % à  
son niveau de 2008.  
1
,7 % - ayant été atteint au T3 2017.  
Le fléchissement de l’activité économique fait suite à la dégradation  
de la situation dans l’industrie. Au T2, la production nette dans le  
secteur manufacturier a augmenté de 2,2 % (g.a.) contre 5 % au  
T3 2017. En juillet, la production industrielle a encore diminué de  
près de 2 % par rapport au mois précédent, ramenant le taux de  
croissance en g.a. à un niveau négatif pour la première fois au  
cours des deux dernières années. Ce repli a, en particulier,  
concerné les secteurs qui avaient le plus contribué à la reprise  
économique : la production pharmaceutique a chuté de 5,2 % (m/m)  
et les équipements de transport de 4,3 %. Le redressement s’est  
poursuivi dans le secteur de la construction, quoique à un rythme  
Contribution négative des exportations nettes  
Depuis le début de la reprise, les importations ont progressé  
davantage que les exportations. Entre le T1 2013 et le T2 2018, les  
importations ont grimpé de 22 % en termes réels, soit 6,5 points de  
pourcentage de plus que les exportations, signe d’une dépendance  
accrue à l’égard des produits importés qui pénalise la croissance de  
l’industrie manufacturière. Au S1 2018, la contribution des  
exportations nettes au PIB a été négative (- 0,5 %), les importations  
ayant reculé de 1 % contre un repli de 2,5 % des ventes à l’étranger.  
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Les chiffres de la balance commerciale montrent que le  
ralentissement des exportations est principalement dû à la baisse  
des ventes aux pays non membres de l’UE. Sur la période de  
janvier à juillet 2018, la valeur des exportations vers ces pays a  
progressé de 2,3 % (g.a.), contre 8,2 % en 2017. Les exportations  
vers la Chine ont diminué de 0,2 % et celles vers la Russie et la  
Turquie, d’environ 4 %. En revanche, les exportations vers les  
Etats-Unis ont grimpé de 3,6 %, mais le scénario qui se dessine  
pour les prochains mois semble plus incertain.  
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- Répartition des ménages en fonction du statut d’occupation  
de leur logement  
%
du total  
Propriétaires  
Locataires  
Autres  
100%  
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6
4
2
0%  
0%  
0%  
0%  
Investissement en hausse, consommation atone  
Au T2, la demande intérieure est restée le principal moteur de la  
croissance, portée par le rebond de l’investissement à 2,8 % (t/t),  
contre -1,1 % au trimestre précédent, contribuant à hauteur de  
0
%
0
,5 point à l’expansion du PIB. Alors que le moral des chefs  
2
010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018  
d’entreprise se dégrade depuis le début de 2018, sous l’effet  
notamment des incertitudes grandissantes de l’environnement  
extérieur, le taux de croissance annuel des investissements a  
dépassé les 6 %. Les dépenses d’investissement ont continué à  
progresser à la faveur des incitations fiscales qui ont, en particulier,  
stimulé les dépenses en machines-outils et en matériel,  
principalement dans le secteur des technologies de l’information, et  
celles en équipements de transport.  
Sources : Istat, BNP Paribas  
par rapport à 2010. Quant aux prix des constructions neuves, ils  
s’inscrivent en hausse d’à peine 2,1 % par rapport à leur niveau d’il  
y a huit ans.  
Comme l’indique la Banque d’Italie, depuis 1970 le pays a connu  
cinq cycles immobiliers et les prix ont, dans l’ensemble, quasiment  
doublé. Au fil des années, la durée des cycles s’est également  
allongée et les taux de variation annuelle des prix de l’immobilier ont  
progressivement baissé.  
L’accélération de l’investissement a largement compensé l’atonie de  
la consommation. Au T2, la consommation privée est restée  
inchangée, après une progression de 0,4 % au trimestre précédent,  
en raison, principalement, d’une chute de plus de 1 % des  
dépenses en biens de consommation semi-durables. La morosité  
de la consommation s’explique par la croissance modérée du  
revenu. Le revenu disponible des ménages reste inférieur de 6,6 %  
à celui de 2007 en termes de pouvoir d’achat. La consommation se  
situe, néanmoins, à 2 % à peine en dessous du niveau d’avant la  
crise, les ménages ayant puisé dans leur épargne. Le taux  
d’épargne brut est ainsi passé de 12 % avant la crise à 8 % sur les  
quatre derniers trimestres.  
Les transactions immobilières ont enregistré une croissance positive  
pour la quatrième année d’affilée : au T2 2018, elles ont progressé  
de 5,6 % (g.a.), soit 153 693 unités vendues.  
Les volumes de ventes sont en hausse dans l’ensemble du pays,  
les régions du nord-est (+9,3 %, g.a.) et les îles enregistrant,  
néanmoins, les progressions les plus importantes. D’après plusieurs  
analyses, il faut s’attendre à une nouvelle augmentation des  
transactions à court terme, un nombre grandissant de ménages  
italiens déclarant vouloir acheter un logement neuf dans les douze  
prochains mois sous réserve d’obtention d’un prêt immobilier.  
Environ 81 % des achats de logements neufs sont financés à l’aide  
d’un prêt immobilier, alors que le ratio prêt-valeur reste stable, à  
Cette évolution s’explique par la stabilisation du moral des ménages,  
autour de son plus haut niveau depuis 2013, sous l’effet de  
l’amélioration des conditions sur le marché du travail. En août, le  
taux de chômage est passé en dessous des 10 %, en partie en  
raison de la diminution du taux d’activité. L’emploi poursuit sa  
progression, même si le nombre d’heures ouvrées reste bien  
inférieur au niveau d’avant-crise.  
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5 %.  
En dépit de la croissance des transactions immobilières, le taux de  
propriétaires a régulièrement baissé, passant à 70,3 % (il  
s’établissait à 77,8 % en 2010), même s’il se situe toujours au  
troisième rang de la zone euro (après l’Espagne et la Grèce).  
Marché du logement : la reprise se fait attendre  
Le marché du logement ne s’est toujours pas pleinement redressé.  
Selon les estimations préliminaires de l’Istat, les prix des logements  
ont baissé de 0,2 % (g.a.) entre avril et juin 2018, une baisse qui  
concerne uniquement l’ancien (-0,7 %), les logements neufs ayant  
enregistré une hausse de 1,6 %. Par rapport aux trois mois  
précédents, les prix des logements ont globalement augmenté de  
Paolo Ciocca  
paolo.ciocca@bnlmail.com  
0
,8 %.  
Dans l’ensemble, les prix des logements ont accusé une baisse de  
1
5 % depuis 2010 (première année de publication des données  
officielles). Dans l’ancien, les prix en 2018 sont en retrait de 21,2 %  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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