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Naissance de l’Eco : un changement essentiellement symbolique

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EcoEmerging// 1 trimestre 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
Editorial  
Naissance de l’Eco : un changement essentiellement symbolique  
L’abandon du franc CFA et son remplacement par l’Eco, prévus en juin prochain, répondent à la volonté légitime des pays membres de  
l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) de gérer leur monnaie commune. La gouvernance du régime de change va  
changer avec le retrait du Trésor français des instances de l’union, lequel restera malgré tout le prêteur en dernier ressort. La parité  
par rapport à l’euro demeurera fixe, limitant de fait l’indépendance de la politique monétaire. La principale raison de ce choix est que  
la stabilité macroéconomique de l’UEMOA reste fragile.  
Fin officielle du franc CFA  
Les freins à plus de flexibilité  
Le 21 décembre 2019, les présidents ivoirien et français ont  
annoncé la fin du franc CFA et la réforme du fonctionnement de  
l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA), premier  
pas vers la création d’une monnaie commune aux 15 pays  
membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique de  
l’Ouest, la CEDEAO (8 pays de l’UEMOA, Nigéria, Ghana, Gambie,  
Libéria, Guinée, Cap-Vert et Sierra-Leone). En juin 2020, l’Eco  
remplacera officiellement le franc CFA et la France n’interviendra  
plus dans la gouvernance de l’UEMOA. Elle conservera néanmoins  
son rôle de garant et prêteur en dernier ressort, du moins dans un  
premier temps. Cette réforme répond à la volonté légitime des pays  
de l’UEMOA de gérer leur monnaie déjà commune. Son succès  
repose sur le maintien de la fixité par rapport à l’euro.  
En pratique, l’accession à la souveraineté monétaire ne donnera  
pas plus de liberté à la BCEAO dans la conduite de sa politique  
monétaire. En effet, si le taux de change est fixe, elle devra  
maintenir l’écart qui existe déjà entre son taux directeur (2,5%) et  
celui de la zone euro quand bien même la plupart des pays de  
l’UEMOA respectent tous les critères de convergence tels que  
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définis dans le projet d’union monétaire des pays de la CEDEAO .  
On peut toutefois se demander si les pays de l’UEMOA n’auraient  
pas dû saisir cette occasion pour introduire une dose de flexibilité  
au régime de change, en adoptant un ancrage à un panier de  
monnaies et une marge de fluctuation, et ainsi donner des marges  
de manœuvre à la politique monétaire. La principale raison à ce  
choix est que la stabilité macro-financière de l’UEMOA reste fragile.  
Depuis 2016, le déficit courant de la région dépasse 6% du PIB et le  
FMI n’entrevoit pas d’amélioration avant 2022 avec le démarrage de  
la production pétrolière au Sénégal. Surtout, l’endettement public a  
fortement progressé. De 35% du PIB en 2014, la dette publique de  
la zone est passée à 47,6% du PIB en 2019 en dépit d’une  
croissance soutenue. La dette en devise a suivi une tendance  
similaire en enregistrant une hausse de 11 points de pourcentage  
de PIB sur les 5 dernières années pour atteindre 33% du PIB en  
Changement de gouvernance  
Outre le changement de nom, la France et les pays de l’UEMOA ont  
décidé de la fin de l’obligation, pour la Banque centrale régionale de  
pays d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), de déposer au moins 50% de  
ses réserves de change sur le compte d’opérations auprès du  
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Trésor français et le retrait des représentants français des organes  
de décision et de gestion de la politique monétaire régionale.  
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019. La charge d’intérêt a fortement progressé, dépassant 10%  
Pour autant, la convertibilité illimitée de la nouvelle monnaie au taux  
fixe inchangé de 655,957 Eco pour 1 euro restera garantie par la  
France. Des détails techniques sont encore à apporter, en  
particulier les modalités de soutien en cas de tensions sur les  
réserves de change. A priori, une ligne de crédit illimitée sera mise  
en place. Mais l’UEMOA a déjà démontré sa capacité de résistance  
à des chocs politiques ou financiers, la garantie n’ayant été activée  
des recettes publiques (dons inclus) en Côte d’Ivoire et au Sénégal.  
Par ailleurs, les élasticités prix des volumes d’exportations et  
d’importations sont faibles en raison de la forte proportion des  
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exportations de matières premières non transformées dans le total  
des exportations (54%) et d’une base de production industrielle  
insuffisante pour se substituer aux importations. En d’autres termes,  
les économies ne sont pas assez diversifiées pour répondre  
positivement à une dépréciation du change. La stabilité du FCFA  
contre euro a permis de neutraliser les évolutions des prix du  
pétrole (largement importé) dans la mesure où ces derniers sont  
corrélés négativement avec le dollar. Enfin, et surtout, les Etats sont  
très largement endettés en devises, la dette extérieure de la zone  
représentant 70% de la dette totale.  
qu’une seule fois depuis sa création, juste avant la dévaluation de  
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0% du FCFA en 1994 . Elle a notamment résisté à l’instabilité  
politique en Côte d’Ivoire (principal pays de la zone) et la baisse des  
prix des matières premières en 2015-2016. Les réserves de change  
sont revenues à un niveau convenable de EUR 13 mds, soit 5,1  
mois d’importations de biens et services, au T3 2019 grâce,  
notamment, aux émissions d’Eurobonds de la Côte d’Ivoire et du  
Sénégal ces deux dernières années (pour 5 mds de dollars).  
Stephane Alby - François Faure  
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Inflation inférieure à 10%, déficit budgétaire inférieur à 3% du PIB, un  
financement monétaire du déficit budgétaire inférieur à 10% des revenus  
budgétaires, un ratio de couverture des importations par les réserves de change  
supérieur à 3 mois d’importations.  
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La BCEAO va perdre des recettes sur la moitié de ses réserves de change qui  
étaient rémunérées à un taux préférentiel de 0,75% par la BCE.  
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Avant 1994, il s’agissait de l’UMOA (Union Monétaire Ouest Africaine) mais les  
M. Diarra, La balance des paiements est-elle une contrainte à la croissance  
principes et modalités de fonctionnement (libre convertibilité, garantie du Trésor  
économique des pays de l’UEMOA, Revue Economique et Monétaire  BCEAO  
français, existence des comptes d’opération) étaient les mêmes.  
juin 2014.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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