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Nigeria : Fortes tensions pré-électorales

TYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01//EN" "http://www.w3.org/TR/html4/strict.dtd"> Etudes économiques - Nigéria - Activité - Inflation - Politique monétaire - politique budgétaire - taux de change

Nigeria

Fortes tensions pré-électorales

A l’approche des élections présidentielles, le pays fait face à des nombreuses tensions qui pourront peser sur les résultats

électoraux. Du fait des pressions accrues sur la devise et les réserves de change, la Banque Centrale a été obligée de dévaluer la naira et de resserrer la politique monétaire. Une monnaie plus faible pèse, entre autres, sur le système bancaire et la croissance à moyen terme. La récente baisse du prix du pétrole affecte lourdement les soldes courant et budgétaire. Les déséquilibres macroéconomiques devraient persister en 2015 et une nouvelle dévaluation reste possible.

Des élections très serrées

Au pouvoir depuis 2011, le People’s Democratic Party (PDP) a progressivement perdu le soutien de ses électeurs au bénéfice de la nouvelle coalition d’opposition « All Progressive Congress » (APC), créée en février 2013 et disposant maintenant d’une véritable base nationale. Les divisions au sein du PDP ont conduit à la création d’une fraction dissidente, le New PDP (NPDP), qui exige le départ du président Goodluck Jonathan en 2015. Un revers inattendu a eu lieu le 28 octobre dernier avec la défection du président de la Chambre des Représentants1. En raison des confrontations à l’Assemblée Nationale et des perquisitions policières dans les bureaux de l’APC à Lagos, les tensions politiques s’intensifient avant les élections du 14 février 2015.

Le risque politique en hausse (déjà élevé en raison des fragilités institutionnelles, des forts clivages ethnico-religieux Nord/Sud et des rebelles du Delta du Niger) et la méfiance accrue des investisseurs se traduisent par des pressions sur la monnaie locale et les réserves de change.

L’intensification des attaques de Boko Haram, le lourd bilan humain2 et économique3 ainsi que l’extrême brutalité dans la gestion du conflit ont rendu le Président Jonathan très impopulaire au Nord du pays. Les problèmes sécuritaires et l’absence de visibilité sur la future réglementation du secteur pétrolier4 incitent les compagnies pétrolières internationales à retarder leurs investissements ou à vendre leurs actifs à des acteurs locaux. Enfin, le climat des affaires reste très difficile en raison d’une corruption endémique que le gouvernement semble ne pas véritablement vouloir combattre (voir l’affaire Sanusi5).

1Aminu Waziri Tambuwal s’est vu confisquer ses gardes du corps à la suite de sa défection.

2Depuis 2009, on compte environ 13000 morts due aux violences et répressions militaires.

3Dépenses sécuritaires pour environs 1/4 du budget de l’Etat, destructions d’infrastructures (écoles, commissariats, hôpitaux, logements…), réduction des échanges commerciaux, réputation négative freinant l’investissement national et international.

4Le vote du nouveau code pétrolier « Petroleum Industry Bill », prévu depuis 2008, a connu plusieurs amendements mais n’a pas encore eu lieu.

5L’ancien gouverneur de la Banque Centrale, Monsieur Lamido Sanusi, a été licencié le 20 févier 2014 sur volonté du Président Jonathan après avoir dénoncé un détournement de fonds d’environ USD20 mds au sein de la compagnie nationale de Pétrole (NNPC).

1- La croissance est soutenue par le secteur non pétrolier

Contribution en points de pourcentage du PIB ; PIB en g.a. et en %

Source : Banque centrale du Nigéria

Une dévaluation inévitable

Les fondamentaux macroéconomiques se sont fortement détériorés; l’excédent courant n’a toujours pas retrouvé son niveau d’avant crise de 2008 et le solde budgétaire est resté en déficit.

La balance courante se détériore avec la contraction des recettes d’exportations car le Bonny Light a perdu plus de 47% depuis la mi-juin. De plus, la production de pétrole6 a baissé d’environ 7% sur un an. Le pays souffre aussi de l’interruption totale des ventes de pétrole aux Etats-Unis depuis juillet qui, avec 12% des ventes, était leur premier client (une part des ventes a été réorientée vers les grands pays asiatiques, comme l’Inde, la Chine et la Corée du Sud).

L’aggravation du déficit commercial pourrait être contenue par la politique de substitutions des importations poursuivie par le gouvernement. Celle-ci prévoit des taxes sur les importations d’une vaste gamme de produits afin de stimuler la production intérieure et créer des emplois.

6 A 2,15 millions de barils par jour en juillet-septembre contre 2,2 il y a 1 an, le pays perd plus ou moins 100 000 barils par jour du fait des vols, destructions et pillages.

21 economic-research.bnpparibas.com

La détérioration de la confiance des investisseurs a provoqué une sortie nette de capitaux estimée par l’IFI à environ USD20 milliards depuis le début d’année. Les investissements de portefeuille étrangers ont atteint des niveaux élevés (150% de réserves de change et 21% du PIB), exposant le pays au retournement de la confiance des marchés. Par ailleurs, le taux de dollarisation dans le système bancaire a augmenté (40% des dépôts et 30% des prêts), surtout dans le secteur des entreprises.

Pour défendre sa devise, la Banque Centrale a dû puiser environ USD 27 millions par jour en moyenne dans ses réserves de change (en baisse de 18% depuis le début d’année7). Le fond pétrolier (Excess Crude Account – ECA) excède un peu plus de USD 4 milliards et le nouveau fond souverain créé en 2011 s’élève à seulement USD1 milliard.

Le 25 novembre, les autorités monétaires ont été obligées de dévaluer le naira (stabilisée autour de 155-160 contre le dollar depuis fin 2011) de 8% et d’élargir la fourchette de fluctuation du taux de change officiel (de +/-3% à +/-5%). En plus, la Banque Centrale a élevé son taux directeur de 100 points de base jusqu’à 13%, et le coefficient de réserves obligatoires (CRR) sur les dépôts du secteur privé de 500 points de base jusqu’à 20%. Ces deux dispositifs vont entraîner une hausse du coût de financement pour les banques, et donc une pression sur leurs marges d’intérêt.

En parallèle, les contrôles des changes en place depuis fin 2013 ont été durcis. Depuis novembre la Banque Centrale ne souhaite plus subventionner l’accès au dollar de certains secteurs (télécom, produits électroniques et technologie de l’information), qui doivent donc s’approvisionner sur le marché. Cette manœuvre risque d’alimenter le recours au marché noir, sur lequel le dollar se négocie à 186 depuis fin novembre.

De nouvelles mesures visant à combattre les transactions de

2- Une vulnérabilité extérieure en hausse

En millions de USD (réserves) ; prix du pétrole en USD

- - - Taux de change (N/USD) — Prix du pétrole Réserves de change hors or (é.d.)

7 De USD43.5milliards le 1er janvier (7 mois d’importations) à USD36milliards à fin novembre (un peu plus de 5 mois d’importations).

change spéculatives ont été annoncées le 18 décembre, suggérant que les pressions sur le naira restent très fortes.

Le risque de change reste très élevé

Les perspectives pour les deux ans à venir ne sont pas rassurantes. Avec une prévision du Brent à USD77 en 2015 et à USD81 le baril en 2016, le solde courant passerait en déficit respectivement à -2,2% du PIB en 2015 et -1,2% en 2016. Dans un scénario de baisse des IDE (due au report des projets pétrolier) et des investissements de portefeuille, les réserves de change pourraient se réduire à moins de USD 20 milliards, et couvrir moins de 3 mois d’importations de biens et services. Le risque de change reste donc très élevé, avec une nouvelle dévaluation possible après les élections.

Au niveau budgétaire, le ministère des finances a engagé un processus de maîtrise des dépenses courantes dans son budget 2015, révisé avec un nouveau prix du pétrole à USD65 le baril (contre USD78 prévu). Même en considérant l’effet positif de la dévaluation sur les recettes en dollars, compte tenu de l’augmentation attendue des dépenses pré- électorales, le déficit budgétaire approchera l’objectif de 3% du PIB que les autorités se sont engagées à ne pas dépasser.

La dévaluation devrait entrainer une accélération de l’inflation au-delà de 10% en 2015. Ceci devrait peser légèrement sur la croissance (prévue à 6,2% en 2014 et à 6% en 2015), qui reste principalement soutenue par le secteur non pétrolier. En revanche le secteur bancaire sera sous pression car la dollarisation des prêts expose les banques nigériennes aux conséquences de la dévaluation sur le risque de crédit.

Sara Confalonieri sara.confalonieri@bnpparibas.com

Prévisions

f: prévisions BNP Paribas

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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