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Taiwan

Nouvelle donne

La victoire du DPP aux élections présidentielles et générales de janvier 2016 est venue sanctionner la mauvaise performance de l’économie de ces dernières années, même si un redressement de la croissance est attendu à court terme grâce au rebond du cycle électronique mondial et à la stabilisation de la croissance chinoise. Elle traduit également la résistance de la population à un rapprochement trop important avec la Chine. Or les tensions avec le grand voisin pourraient gêner les autorités dans la négociation d’accords commerciaux avec de nouveaux partenaires, ou même ralentir le développement de secteurs à très forte valeur ajoutée, alors que le pays doit faire face à une baisse de son potentiel de croissance et réduire sa dépendance à la demande chinoise.

De lourds enjeux pour le nouveau gouvernement

Pour la première fois de son histoire, le DPP (Democratic Progressive Party) a gagné à la fois la présidence du pays et le contrôle du Parlement lors des élections générales de janvier 2016. Sa victoire, très nette, et l’échec du KMT (Kuomintang, parti au pouvoir de 2008 à 2016) s’expliquent, notamment, par la résistance de la population taiwanaise à un rapprochement trop important de l’île avec la Chine (au cœur du programme du gouvernement précédent) et les profondes divisions du KMT, ainsi que par la mauvaise performance économique et la montée des inégalités sociales des dernières années.

La présidente élue, Tsai Ing-wen, a été intronisée en mai 2016. Avec sa majorité absolue au Parlement (68 sièges sur 113), le nouveau gouvernement pourrait bénéficier, au moins dans un premier temps, d’une marge de manœuvre confortable pour conduire sa politique économique et introduire des réformes structurelles. Les enjeux sont importants et les attentes de la population très fortes, autant sur les questions économiques et politiques que sur des sujets sociétaux (tels que le nucléaire ou la justice). A court terme, la réforme du système de retraite, dont la viabilité est menacée par le vieillissement rapide de la population, sera une priorité. Les autorités envisagent également de définir un « nouveau modèle de développement » pour Taiwan, afin de diversifier ses liens économiques avec d’autres partenaires que la Chine et, surtout, élever durablement son potentiel de croissance (voir paragraphe suivant).

La gestion des relations avec la Chine est un autre défi majeur pour le nouveau gouvernement. Les tensions se sont accrues depuis la victoire du DPP, parti indépendantiste, et l’élection de Tsai. Son refus d’approuver le « consensus de 1992 », qui reconnaît le principe d’une seule Chine, ont conduit Pékin à suspendre toute communication officielle avec l’île depuis juin 2016. La présidente devrait garder une attitude prudente vis-à-vis de Pékin, ne serait-ce que pour minimiser les conséquences commerciales et économiques des tensions inter-détroit. Mais elle ne devrait pas non plus dévier de sa position indépendantiste, actuellement soutenue par la majorité de la population. Les relations entre Pékin et Taipei pourraient donc être particulièrement ambiguës dans les prochaines années, ce qui entretiendra le risque de périodes de stress et d’aggravation des pressions économiques de la Chine.

Léger rebond de la croissance attendu à court terme

La croissance économique a ralenti de façon marquée au cours de l’année 2015, passant de +4% en g.a. au T1 2015 à -0,9% au T4. Elle s’est redressée doucement depuis le début de 2016 mais n’a

1- Prévisions

e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe

2- Croissance en panne

Croissance du PIB, g.a. en % et contributions à la croissance, en pp

▬ PIB réel Consommation privée Dépenses du gouvernement

Investissement Variation des stocks Exportations nettes

15

10

5

0

-5

-10

-15

Sources : DGBAS, BNP Paribas

néanmoins atteint que +0,7% en g.a. au T2 (cf. graphique). Dans un environnement régional et international peu porteur, les exportations taiwanaises se sont contractées, en volume et en valeur, du T1

2015 jusqu’au printemps 2016. En conséquence, l’investissement a calé (+1,2% en termes réels en 2015 et -0,2% en g.a. au S1 2016) et les entreprises ont réduit leurs stocks. La croissance de la consommation privée a, quant à elle, ralenti progressivement (de 2,3% en 2015 à 1,9% au S1 2016) en réponse à la détérioration des conditions du marché du travail (avec une légère remontée du taux de chômage, qui atteignait 4,1% en août) et à l’érosion continue de la confiance des ménages depuis dix-huit mois. A la période d’incertitudes précédant les élections générales a en effet succédé la montée des inquiétudes quant aux perspectives économiques de l’île et aux tensions avec la Chine.

L’investissement dans le secteur public recule depuis plus de deux ans. En revanche, les dépenses du gouvernement, après n’avoir été d’aucun soutien à la croissance en 2015, ont rebondi cette année (-0,3% en 2015 et +3,7% au S1 2016).

Des signes d’amélioration sont également apparus dans l’industrie au cours des derniers mois : la progression de la production industrielle est repassée en territoire positif depuis mai après douze mois consécutifs de baisse et s’est établie à 5,8% en g.a. en septembre ; les exportations ont affiché un léger rebond depuis juillet (néanmoins interrompu en septembre) ; et le PMI manufacturier a atteint en septembre son plus haut niveau depuis le T3 2014. Même la progression du crédit bancaire semble commencer à ré-accélérer (+3,2% en g.a. en moyenne sur la période juin-août 2016, contre 2,6% sur les trois mois précédents), soutenue par une politique monétaire accommodante. La banque centrale a effectivement abaissé son taux d’intérêt de référence quatre fois consécutives entre septembre 2015 à juin 2016, en réponse à l’affaiblissement de la demande interne et à l’absence de tensions inflationnistes. Ce taux est resté inchangé à 1,375% depuis fin juin (cf. graphique).

A très court terme, les facteurs qui ont contribué au redressement de la croissance depuis quelques mois devraient persister : l’industrie taiwanaise devrait continuer de bénéficier du rebond du cycle électronique mondial et de la stabilisation de la croissance chinoise (cf. « Chine : Stabilisation à crédit » page 9), et les autorités devraient maintenir des politiques monétaire et budgétaire accommodantes. Leur marge de manœuvre devrait cependant être relativement restreinte. L’action de la banque centrale est en effet contrainte par les niveaux déjà très bas des taux d’intérêt, et celle du gouvernement est limitée par les faiblesses structurelles des finances publiques. En effet, alors que les déficits et la dette sont modérés, grâce à la prudence des autorités et aux efforts de consolidation réalisés sur la période 2010-2015, la politique budgétaire est assez peu flexible. Premièrement, la base fiscale est étroite, limitant la capacité du gouvernement à accroître ses dépenses et contribuant à des déficits persistants sur le long terme. Deuxièmement, le vieillissement de la population pèse déjà sur les finances des systèmes de retraite. Enfin, le plafond de dette publique est déjà pratiquement atteint (le ratio de dette sur PIB était estimé à 37% fin 2015).

Au final, nous tablons sur une croissance du PIB réel de 1% en 2016 et 1,5% en 2017, contre 0,6% l’an dernier.

Besoin d’un nouveau modèle à moyen terme

La croissance économique pourrait rester durablement affaiblie au cours des prochaines années. Selon les dernières prévisions du FMI (World Economic Outlook, octobre 2016), le PIB réel ne devrait progresser que de 2,2% par an sur la période 2017-2021, contre 4% en 2007-2011 et 5,4% en 2002-2006. Tout d’abord, les tensions inter-détroit, si elles durent, pourraient peser sur la confiance des résidents taiwanais, sur l’investissement national et étranger, ainsi que sur les exportations de l’île (la Chine absorbe 26% de ses exportations de marchandises, 40% si l’on inclut Hong Kong, et représente 40% des arrivées de touristes).

En outre, Taiwan reste vulnérable à l’affaiblissement du commerce mondial, au ralentissement structurel de la croissance industrielle

3- Taux bas

%

IPC, g.a., moyenne glissante sur 3 mois

▬Taux d’intérêt directeur - - - Taux repo overnight

5

4

3

2

1

0

-1

-2

2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016

Source : Macrobond

en Chine et à la montée progressive de la concurrence dans les secteurs de haute technologie, du fait de sa dépendance vis-à-vis de la demande finale chinoise et des exportations de biens électroniques (les machines, appareils et matériels électriques constituent 39% de ses exportations totales). Enfin, dans le contexte peu porteur des cinq dernières années, le potentiel de croissance taiwanais s’est dégradé, en conséquence de la moindre accumulation du capital et de la moindre progression de la productivité du travail, mais aussi d’une moindre augmentation de la population active (qui devrait bientôt commencer à décliner).

Face à ce constat, le nouveau gouvernement compte donner un nouveau souffle à l’économie. D’une part, il souhaite encourager le développement de nouvelles technologies à très forte valeur ajoutée. Dans cette optique, cinq secteurs prioritaires ont été désignés (énergies vertes, biotechnologies, machines intelligentes, objets connectés et défense nationale) et un vaste projet de parc industriel vient d’être lancé avec pour objectif de devenir la future « Silicon Valley » asiatique. D’autre part, le gouvernement espère renforcer les liens commerciaux avec d’autres pays que la Chine, tels que le Japon, l’Asie du sud ou les Etats-Unis. Mais les tensions actuelles avec la Chine, et le plus grand isolement diplomatique de l’île qu’elles pourraient entraîner, pourraient bien gêner les autorités dans leur négociation d’accords commerciaux avec de nouveaux partenaires.

Christine Peltier christine.peltier@bnpparibas.com

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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