Perspectives

Nouvelles perturbations

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Eco Perspectives // 2 trimestre 2022  
economic-research.bnpparibas.com  
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CHINE  
NOUVELLES PERTURBATIONS  
Après un bon début d’année 2022, la croissance économique chinoise a ralenti en mars. Les vents contraires vont  
persister à très court terme. D’abord, la très forte hausse du nombre de cas de Covid-19 a conduit de nombreuses régions  
à imposer de sévères restrictions à la mobilité. Ensuite, la correction dans le secteur immobilier se poursuit. Enfin, les  
effets de la guerre en Ukraine sur les prix des matières premières et le commerce mondial devraient pénaliser les  
producteurs et les exportations. Les autorités chinoises accélèrent donc l’assouplissement de leur politique économique.  
Après une amélioration au cours des deux premiers mois de 2022,  
la croissance chinoise a de nouveau ralenti en mars. Les derniers  
indices des directeurs d’achat (PMI) signalent un affaiblissement  
de l’activité dans les secteurs manufacturier et non manufacturier  
et une détérioration des anticipations de la demande intérieure et  
internationale. Les indices et sous-indices correspondants ont tous  
chuté et sont passés sous la barre des 50 en mars. Le ralentissement  
devrait se poursuivre à très court terme, en raison, sur le plan interne,  
de la nouvelle vague d’épidémie de Covid-19 et de la poursuite  
de la correction dans le secteur immobilier et, sur le plan externe,  
des répercussions de la guerre en Ukraine sur les prix des matières  
premières et le commerce mondial.  
La croissance de l’activité dans les services commençait à se redresser  
en janvier-février, de même que les volumes de ventes au détail (+4,9%  
en g.a. contre moins de 2% au T4). Mais cette reprise s’est interrompue.  
De nombreuses provinces ont en effet introduit des restrictions face à  
la très forte hausse du nombre de cas de Covid-19, dans le cadre du  
maintien de la stratégie zéro Covid et compte tenu de l’insuffisance  
de la couverture vaccinale (86% de la population était vaccinée à fin  
mars, mais le taux est très inférieur chez les plus âgés). Au 24 mars,  
les villes et régions concernées par un confinement strict (par exemple  
Jilin et Dongguan) représentaient environ 9% du PIB chinois et celles  
touchées par des restrictions moins sévères plus de 30% du PIB ; la  
situation a encore empiré ces derniers jours. Bien que les autorités  
devraient tenter de limiter les effets des restrictions sur l’activité des  
usines, certains sites de production connaissent actuellement des  
pertubations. Surtout, le transport des marchandises et de nombreux  
secteurs de services (loisirs, commerce de détail, mobilités, etc.) sont  
fortement pénalisés et pourraient le rester aussi longtemps que la  
menace épidémique persistera. Cette situation n’aide pas le marché  
immobilier, dont la correction se poursuit. Le prix moyen des logements  
baisselentement(-2%environdepuisjuillet2021pourles70principales  
villes) et le volume de transactions continue de chuter (-10% en g.a. en  
janvier-février), aggravant les difficultés des promoteurs immobiliers.  
CROISSANCE ET INFLATION  
Croissance du PIB  
Prévisions  
.1  
Inflation  
Prévisions  
9
6
3
0
8
5
.1  
4.8  
2
.7  
2
.5  
2.4  
2
.2  
0
.9  
2020  
2021  
2022  
2023  
2020  
2021  
2022  
2023  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : BNP PARIBAS GLOBAL MARKETS  
CHINE : NOUVEAU RALENTISSEMENT DE LA CROISSANCE EN MARS  
PMI manufacturier  
PMI commandes à l'export.  
Production de services (é.d.)  
PMI non-manufacturier  
Production industrielle (é.d.)  
60  
50  
volume, g.a.  
40  
30  
20  
10  
0
55  
50  
4
4
3
3
5
0
5
0
-10  
-20  
-
30  
La croissance industrielle, qui avait réaccéléré depuis octobre, devrait  
marquer le pas à partir de mars. Elle est freinée par les mesures an-  
ti-Covid, la faiblesse de la demande intérieure ainsi que par le ralen-  
tissement de la demande mondiale et les nouvelles perturbations dans  
les chaines d’approvisionnement, provoquées par la guerre en Ukraine.  
Après leur performance extrêmement solide des deux dernières an-  
nées, les exportations devraient ralentir fortement en 2022.  
-40  
-50  
2018  
2019  
2020  
2021  
2022  
SOURCE : NBS  
GRAPHIQUE 2  
devraient également faire face à des problèmes d’approvisionnement,  
en provenance d’Ukraine tout au moins. La Chine est dépendante de  
Les répercussions directes de la guerre en Ukraine sur l’activité la Russie et/ou de l’Ukraine pour son approvisionnement en pétrole  
en Chine devraient être limitées. D’une part, les exportations de la (14% de ses importations totales de pétrole), en bois (19%), en métaux  
Chine vers la Russie et l’Ukraine représentent seulement 2,3% de ses industriels (environ 7%), certaines céréales (50% pour le maïs, moins  
exportations totales, et ses achats en provenance de ces deux pays de 1% pour le blé) ou encore en fertilisants (22%).  
moins de 3% de ses importations. D’autre part, l’effet à court terme  
Dans ce contexte, l’objectif de croissance fixé par Pékin à 5,5% pour 2022  
de la flambée des cours mondiaux des matières premières sur l’indice  
semble très ambitieux, et les autorités accélèrent l’assouplissement  
des prix à la consommation et le pouvoir d’achat des ménages devrait  
des politiques budgétaire et monétaire.  
être modéré, notamment du fait de l’existence de contrôles partiels  
sur les prix de l’énergie et des céréales. En revanche, l’inflation des  
prix à la production devrait rester élevée (elle s’est établie à 8,1% en  
Achevé de rédiger le 4 avril 2022  
2
021), ce qui pourrait freiner l’activité industrielle. Certains secteurs  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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