Perspectives

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TYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01//EN" "http://www.w3.org/TR/html4/strict.dtd"> croissance economique-inflation-previsions economiques-politique budgetaire-Italie-etudes economiques-bnpparibas

Italie

Panne de confiance et de croissance

L’économie italienne a stagné au deuxième trimestre 2016. Le moral des ménages comme celui des entreprises s’est détérioré. La consommation privée a ralenti malgré l’amélioration du pouvoir d’achat, le taux d’épargne des particuliers ayant grimpé à 9,6 %. L’investissement des entreprises a également marqué le pas tandis que le repli des exportations, observé depuis le début de 2016, s’est accentué. Les échanges avec le reste de l’Union européenne restent assez dynamiques, en particulier avec les membres de la zone euro, mais l’évolution du commerce avec les pays hors UE pèse sur la performance globale des exportations.

Une économie en panne

Après une croissance modeste au premier trimestre 2016 (+0,3%), l’économie italienne a fait du surplace au deuxième. En glissement annuel, la croissance a décéléré à +0,7%. Conséquence, l’activité se maintient à 8 points de pourcentage en dessous de son niveau de 2008. Dans les prochains trimestres, la croissance devrait rester modérée : le contexte mondial demeure fragile tandis que l’incertitude persiste sur la demande intérieure. Dans l’hypothèse d’une croissance nulle au deuxième semestre, la croissance du PIB ne dépasserait pas 0,6% en 2016.

La décélération récente de la croissance tient à l’essoufflement de la demande intérieure, qui avait soutenu le rebond précédent. Au T2 2016, les exportations nettes ont contribué à hauteur de 0,3 point à la croissance du PIB, avec une progression des exportations de 2,4% (et des importations de 1,4%). Côté offre, l’impact a été particulièrement sévère et étendu dans le secteur manufacturier – la valeur ajoutée a chuté de 0,8% en termes réels. La situation a été meilleure dans le secteur des services avec une progression de la valeur ajoutée de 0,2% sur le trimestre, mais l’activité se situe toujours à 30 points de pourcentage en deçà du point haut d’avant la crise.

Consommation et investissement : perte de vitesse

Les résultats décevants de la croissance sont à la mesure de la panne générale de confiance. Les ménages comme les entreprises restent extrêmement prudents, augmentant leur matelas de liquidités au lieu d’accroître sensiblement les dépenses. Les dépôts bancaires des entreprises s’élevaient récemment à EUR 237 mds, soit EUR 65 mds de plus qu’en 2008, tandis que ceux des ménages progressaient à EUR 1 300 mds, avec près de EUR 150 mds de fonds déposés au cours des quatre dernières années.

Au deuxième trimestre, la consommation privée a ralenti (+0,1% après 0,5% en moyenne sur l’année précédente). Malgré le redressement progressif de leur pouvoir d’achat (en hausse de 4 pp par rapport au point bas de 2012 mais toujours à 8 points en dessous des niveaux antérieurs à la crise), les ménages préfèrent plutôt épargner que consommer. Le taux d’épargne des particuliers a grimpé à 9,6% contre 8,1% à la fin de 2015. Résultat, c’est à peine si la consommation reprend des couleurs, se maintenant à 4,4 pp en dessous des niveaux de 2008. L’amélioration du pouvoir d’achat des ménages n’est pas imputable à l’augmentation du revenu d’activité. Malgré un marché du travail qui se tend – le nombre total d’emplois créés a atteint 600 000 depuis le creux de la fin 2013 – les revenus du travail restent stables, aux environs de EUR 650 mds en 2015. Par ailleurs, le revenu du capital diminue,

1- Synthèse des prévisions

Source : estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe

2- Formation brute de capital fixe

T1 2008 = 100

Construction hors logement ; — Machines ; - -- Transport

110

90

70

50

30

Source : Istat

en lien avec la faiblesse des taux d’intérêt. Les revenus d’intérêts (obligations et dépôts) sont en baisse à EUR 37 mds (contre EUR 86 mds en 2008). En vingt ans, la part de ces revenus dans le total a reculé, passant de 10% à 2%.

Au T2, l’investissement a augmenté mais le taux de croissance est resté limité (+0,2%) et en baisse par rapport aux performances du T1 (+0,7%) et du T4 2015 (+0,9%). Ces dernières années, les dépenses en capital sont restées déprimées. Les dépenses d’investissement des administrations publiques sont passées de EUR 54 mds en 2008 à EUR 37 mds en 2015. L’Italie affiche à présent le taux d’investissement public le plus bas de la zone euro. Compte tenu de l’évolution récente de la formation brute de capital fixe, la valeur nette du stock de capital a chuté, enregistrant une diminution cumulée de près de 1%. Au cours des trois dernières

années, les nouveaux investissements réalisés n’ont pas compensé la dépréciation des immobilisations, entraînant des effets négatifs sur les capacités de production.

Exportations italiennes : en légère baisse

On observe, depuis quelques mois, une décélération tendancielle des exportations italiennes, qui étaient en baisse de 0,6% (m/m) en juillet et de 7,1% (g.a.). Sur les six premiers mois de 2016, les exportations se sont repliées de 1,2% par rapport à la même période de 2015. Lorsqu’on analyse la ventilation par pays, la situation est néanmoins contrastée. Alors que les exportations vers les autres pays membres de l’UE restent solides (+1,6%, janv.- juil. 2016/janv.-juil. 2015), les échanges avec les pays non membres sont en net repli (-4,7%).

En Europe, le dynamisme provient principalement des pays de la zone euro (soit 40,2% des exportations italiennes), à une exception notable : la Belgique, pays vers lequel les exportations sont en repli de 6%. Le commerce est particulièrement dynamique avec l’Espagne (exportations en hausse de 5,1%), la France (3,4%) et, dans une moindre mesure, l’Allemagne (1,9%). La France (10,9%) et l’Allemagne (12,8%) restent les deux principaux marchés à l’export de l’Italie. Cependant, au cours des vingt-cinq dernières années, leur importance a diminué : au début des années 1990, la

France et l’Allemagne absorbaient en effet 36% environ des exportations italiennes. Si la part de la France dans les exportations italiennes s’est amenuisée c’est en raison du recul des ventes d’équipements de transport, d’appareillage électrique et de machines-outils, mais aussi, quoique dans une moindre mesure, de produits chimiques, pharmaceutiques et alimentaires. Quant au repli beaucoup plus marqué des exportations vers l’Allemagne, il est principalement imputable au ralentissement des ventes dans le textile, qui ne représentent plus que 11% environ des exportations italiennes contre 27% au début des années 1990. Mais d’autres produits ont aussi nettement reculé : équipements de transport, produits en matière plastique et en caoutchouc. D’autres secteurs en revanche résistent bien comme les produits chimiques ou les métaux.

Concernant les pays situés hors de l’UE, les exportations italiennes ont décliné entre les mois de janvier et juillet (-4,7% en glissement annuel) sur tous les marchés à l’exception du Japon. En particulier, après la croissance extraordinaire enregistrée en 2015 (+21% environ), les ventes aux Etats-Unis ont chuté de 2,5%. Au cours des vingt-cinq dernières années, le marché nord-américain a occupé une place grandissante dans les exportations italiennes (atteignant une part de marché de 8,7% sur les sept premiers mois de 2016, contre 6,8% au début des années 1990). Les Etats-Unis importent essentiellement des équipements de transport (17,4% des exportations italiennes de ce secteur), des produits alimentaires (12%) et des machines-outils (8,9%).

De nombreux secteurs ont contribué à la chute globale des exportations italiennes au premier semestre (-1,2% de janvier à juillet par rapport à la même période de 2015), comme le coke et les produits raffinés (dont les ventes à l’international se sont effondrées de 30% et qui représentent 3% de l’ensemble des exportations de ce pays), les métaux (10,6% des exportations dont les ventes ont

3- Exportations par pays

Evolution du taux de croissance en glissement annuel de janvier à juillet 2016 (%)

Japon

Espagne

France

Allemagne

Zone euro

UE

Royaume-Uni

Reste du monde

Chine

Etats-Unis

Hors UE

Belgique

Source : Istat

accusé un repli de -3,6%), les produits pharmaceutiques (-1,9%) et les machines-outils qui, tout en continuant à se tailler la part du lion dans les exportations italiennes, n’en ont pas moins enregistré un tassement de -0,9%. Les ventes de matériel de transport (+ 2,6%) et de produits alimentaires (+2,3%) ont, au contraire, apporté une contribution positive.

La répartition des exportations italiennes

C’est à peine si l’évolution de l’environnement économique national et mondial au cours des vingt-cinq dernières années a affecté la composition des exportations italiennes. Par rapport au début des années 1990, le textile, l’électronique et l’appareillage électrique ont cédé du terrain. Le secteur du textile en particulier, qui représentait 17,5% des exportations totales, se situe à présent à 11,6%, tandis que la part de l’électronique a été divisée par deux (de 6,1 à 3,2%). Les secteurs qui ont en revanche gagné en importance sont ceux des machines-outils et des équipements (plus de 18% des exportations italiennes contre 16,9% au début des années 1990), les métaux (10,6% contre 8,7%) et les produits alimentaires (7,3% contre 5,1%).

Au premier semestre 2016, la part de l’Italie dans les exportations mondiales (en dollars) s’établissait à 3,2% (contre 2,8% en 2015). Parmi les principaux exportateurs mondiaux, l’Italie se classe au neuvième rang, derrière l’Allemagne et la France mais devant le Royaume-Uni et l’Espagne. Les entreprises italiennes qui exportent sont, pour la plupart, des PME, une situation qui n’a guère changé au cours des dernières années : 62,4% d’entre elles (133 615 sociétés) réalisent un chiffre d’affaires international inférieur à EUR 75 000. Seules 4 225 entreprises vendent à l’export plus de EUR 15 mn, mais elles représentent 70,3% de la valeur totale des exportations italiennes. La taille des entreprises détermine dans une large mesure le nombre de marchés desservis : environ 43% d’entre elles n’ont qu’un seul marché/pays à l’exportation. Seules les grandes entreprises vendent leurs produits sur plus de 25 marchés étrangers (63 % environ de celles qui exportent plus de EUR 15 m, et 77% de celles dont le chiffre d’affaires à l’export est supérieur à EUR 50 mn).

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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