Emerging

Perspectives favorables malgré l’incertitude budgétaire

er  
Eco Emerging // 1 trimestre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
1
5
ISRAËL  
DES PERSPECTIVES FAVORABLES MALGRÉ L’INCERTITUDE BUDGÉTAIRE  
Le soutien budgétaire et la bonne résistance des exportations ont permis de limiter la récession économique en  
2
020. La reprise devrait être soutenue en 2021, notamment grâce à une campagne de vaccination accélérée contre  
le coronavirus. Le shekel s’est renforcé avec la hausse de l’excédent courant et des entrées massives de capitaux. La  
situation des finances publiques est plus incertaine. En plus de la dégradation structurelle observée ces dernières  
années, l’absence de loi budgétaire dans un contexte d’instabilité gouvernementale récurrente n’est pas favorable à  
une consolidation. Si de solides indicateurs de solvabilité permettent d’écarter tout risque à court terme, l’absence  
de réformes pourrait peser sur le potentiel de croissance à moyen et long terme.  
REBOND ATTENDU AVEC LA CAMPAGNE DE VACCINATION  
PRÉVISIONS  
L’activité économique a relativement bien résisté en 2020 et le repli du  
produit intérieur brut devrait atteindre environ 3,7% selon les dernières  
estimations de la Banque centrale d’Israël (BoI). Après un repli du PIB  
de 1,1% en glissement annuel (g.a.) au T3, un second confinement  
a fait rechuter l’activité au cours du dernier trimestre de 2020. Sur  
l’ensemble de l’année, avec la baisse de la consommation des ménages  
et de l’investissement, ce sont les dépenses publiques et la contribution  
positive du commerce extérieur qui ont permis de limiter la récession  
économique. Tandis que les importations se contractaient de 15% (g.a.)  
au cours du troisième trimestre, les exportations se redressaient de 6%.  
Les bonnes performances à l’exportation en 2020 sont notamment dues  
à la compétitivité des exportations de services de hautes technologies  
et au démarrage des exportations de gaz vers l’Égypte et la Jordanie.  
2019  
2020e  
2021e  
2022e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
3.4  
0.8  
-3.9  
60  
-3.7  
-0.6  
-11.5  
75  
6.3  
0.5  
-7.5  
79  
5.0  
1.0  
-4.5  
79  
Dette du gov. central, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
3.5  
27  
4.2  
3.9  
30  
3.5  
31  
Dette externe, % du PIB  
30  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDILS (fin d'année)  
126  
14  
168  
20  
191  
21  
200  
20  
3.5  
3.2  
3.2  
3.3  
e: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE (%, G.A.)  
La situation de l’emploi s’est dégradée en 2020, notamment durant  
les périodes de confinement. Les services statistiques israéliens ont  
calculé un taux de chômage au sens large afin de mieux prendre en  
compte les particularités de cette période. Cette définition ajoute à  
la définition standard du chômage les populations « sans emploi de  
manière temporaire » en raison des fermetures temporaires d’activités  
et celles sorties du marché de l’emploi en raison de la pandémie.  
Par rapport à un niveau inférieur à 4% avant le déclenchement de la  
pandémie, le taux de chômage au sens large a atteint un plus haut  
de 37% lors du premier confinement en avril. Selon la BoI, il devrait  
atteindre 16% en moyenne au quatrième trimestre de 2020.  
Le rebond de l’activité attendu en 2021 est étroitement dépendant  
de la rapidité et de l’efficacité de la campagne de vaccination contre  
le coronavirus. Depuis le début de l’année le pays connait la plus  
forte progression de population vaccinée parmi les pays de l’OCDE.  
Actuellement environ 20% de la population aurait reçu une première  
dose de vaccin, et l’objectif du gouvernement est d’atteindre la totalité  
de la population âgée de plus de 16 ans d’ici fin janvier. Néanmoins, il  
convient de rester prudent sur le calendrier de la reprise économique.  
En effet, l’accélération de la seconde vague de contaminations en  
décembre a obligé le gouvernement à imposer de nouvelles mesures  
de confinement, depuis le 6 janvier, pour une durée de deux semaines  
PIB  
State of the economy index  
6
4
2
0
2
5
4
3
2
1
0
-
-4  
-
-
6
8
-
1
-10  
-2  
2017  
2018  
2019  
2020  
GRAPHIQUE 1  
SOURCES : BANK OF ISRAEL, BNP PARIBAS  
au moins. Selon le scénario optimiste de la BoI, avec une campagne de La prévision de croissance de la BoI pour les pays avancés (3,4%)  
vaccination se terminant au deuxième trimestre et autorisant une levée reste prudente. Au total, sous réserve de l’efficacité de la campagne  
progressive de l’ensemble des mesures de restriction sur l’activité, la de vaccination, c’est ce scénario favorable qui paraît le plus probable  
croissance du PIB pourrait atteindre 6,3% en 2021. Ce scénario tient actuellement.  
compte des incertitudes pesant sur la reprise au niveau mondial.  
Dans un contexte de fort repli de la consommation des ménages, de  
Les exportations israéliennes représentent environ un tiers du PIB et  
baisse des prix du pétrole et d’appréciation du shekel, l’inflation des  
dépendent principalement des marchés américain et européen.  
prix à la consommation a été négative durant l’année 2020 (estimée  
à -0,6%).  
La banque  
d’un monde  
qui change  
er  
Eco Emerging // 1 trimestre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
1
6
DES EXCÉDENTS EXTÉRIEURS RECORDS SOUTIENNENT LE SHEKEL  
chuté. D’autre part, la part croissante des exportations de services  
du secteur des hautes technologies dans les exportations totales de  
biens et services rend ces dernières relativement moins sensibles à  
la conjoncture internationale. Sur les trois premiers trimestres de  
SOLDE BUDGÉTAIRE DU GOUVERNEMENT (ILS MDS)  
L’excédent surplus courant pourrait atteindre un niveau record en 2020  
(
de 4,2% du PIB contre 3,5% en 2019). D’une part, les importations ont  
2015  
2019  
2020  
2
0
0
-20  
2
020, le volume des exportations de biens et services a progressé  
-
-
40  
60  
de 0,3% en moyenne, tandis que celui des importations a baissé de  
1
2
0,5%. Parallèlement, les flux de capitaux ont été très importants en  
020. Pendant les trois premiers trimestres, les flux d’investissements  
-80  
100  
120  
directs étrangers ont atteint USD 19,4 mds (+56% par rapport à la  
même période en 2019) et les flux de portefeuille se sont élevés à  
USD 17 mds (-USD 1,1 md par rapport à la même période en 2019)  
grâce à l’émission d’eurobonds par le gouvernement.  
L’ensemble de ces éléments contribue au gonflement des excédents  
de la balance des paiements et à l’appréciation du shekel par rapport  
au dollar. Cette tendance s’est trouvée renforcée par la faiblesse du  
dollar sur les marchés internationaux et par la hausse des marchés  
-
-
-140  
Janv Fev Mars Avr Mai Juin Juil Aout Sept Oct Nov Déc  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : MINISTÈRE DES FINANCES, BNP PARIBAS  
internationaux d’actifs, autant de facteurs traditionnellement associés hausse des dépenses sociales et d’investissement. Il est difficile, pour  
à l’appréciation de la monnaie israélienne. La BoI a continué ses achats le moment, de prévoir la trajectoire des dépenses publiques dans les  
de devises en 2020 (USD 21 mds) afin de limiter l’appréciation du she- prochaines années. Même si le gouvernement parvient à maîtriser la  
kel. Elle a annoncé sa volonté d’accroître ses interventions en 2021 propagation de la pandémie à court terme, ses conséquences écono-  
(
USD 30 mds prévus). Cela devrait contenir l’appréciation du shekel miques seront durables et nécessiteront le maintien d’une forme de  
dans un contexte de reprise économique associé à une réduction de soutien budgétaire.  
l’excédent courant.  
La situation budgétaire bénéficie d’éléments de soutien importants  
qui devraient permettre de contenir une éventuelle hausse du coût  
de financement. À court terme, la BoI devrait poursuivre sa politique  
d’achat de titres publics et privés. En novembre 2020, la BoI détenait  
QUELLES PERSPECTIVES BUDGÉTAIRES DANS UN CONTEXTE  
POLITIQUE INCERTAIN?  
7
% des bons du Trésor négociables émis par le gouvernement (0,4%  
fin 2019). Les conséquences sur la masse monétaire sont négligeables  
0,7% de la masse monétaire élargie). Cela devrait contribuer à  
Sans surprise, le déficit budgétaire devrait être important en 2020 en  
raison du repli des recettes fiscales (-9,6% durant onze mois en 2020)  
et surtout de la hausse des dépenses (+20% durant onze mois en 2020).  
Les mesures budgétaires exceptionnelles de soutien à l’économie ont  
été équivalentes à environ 7% du PIB selon le FMI. Le déficit budgétaire  
devrait atteindre environ 12% du PIB en 2020. En 2021, malgré le  
retour de la croissance, la réduction du déficit budgétaire devrait  
être modérée. En effet, les mesures de soutien à l’économie devront  
vraisemblablement en partie se prolonger. Concernant les recettes, le  
maintien de restrictions pèsera sur les recettes de TVA (21% des recettes  
du gouvernement). Au total nous anticipons un déficit budgétaire de  
(
contenir une éventuelle pression à la hausse sur les taux à l’émission.  
Par ailleurs, si la dynamique de la dette en 2020 n’est pas favorable  
(
de 60% du PIB en 2019 à 75% en 2020), sa structure reste un élément  
de solidité des finances publiques. La maturité moyenne du stock de  
dette était de 8,2 ans en 2019 (6,8 en 2008). Le service de la dette  
a décru de 10,7% des revenus budgétaires totaux en 2010 à 5,6% en  
2
019. La majorité du financement budgétaire dépend du marché local.  
À fin 2019, environ 85% de la dette du gouvernement était local, dont  
1% hors marché. Concernant la partie négociable de la dette locale,  
3
les fonds de placement et de retraite israéliens en sont des détenteurs  
significatifs (43% du total des titres).  
7
,5% du PIB en 2021.  
L’absence de loi budgétaire depuis 2019, en raison de la volatilité poli-  
tique, est un facteur d’incertitude concernant la trajectoire future des  
finances publiques. Le gouvernement fonctionne à partir d’un budget  
établi il y a deux ans et reconduit de mois en mois. Cependant, ce  
budget de base a été augmenté en 2020 afin de l’adapter au contexte  
économique de 2021.  
À court terme, nous estimons que les conséquences de l’absence de  
loi budgétaire restent maîtrisables et que la détérioration des ratios  
de déficit et de dette publique n’implique pas la dégradation du risque  
souverain. L’orientation politique reste favorable à la maîtrise des dé-  
ficits budgétaires, notamment par la mise en place d’un mécanisme  
de contrôle des dépenses qui lie tout nouvel engagement à une source  
identifiée de revenu. Néanmoins, le déficit budgétaire structurel tel que  
calculé par le FMI est en hausse régulière depuis 2015. Il a atteint 4,1%  
du PIB en 2019 contre 0,7% du PIB en 2015, notamment en raison d’une  
Les conséquences de la volatilité politique sur les finances publiques  
pourraient être plus significatives à moyen et long terme. En effet, pour  
accroître le potentiel de croissance, un certain nombre de réformes  
structurelles sont nécessaires afin d’améliorer la productivité de  
l’ensemble de l’économie et de réduire les inégalités. Ces réformes sont  
coûteuses et nécessitent certaines décisions difficiles, notamment en  
matière budgétaire. Pour le moment, le manque de stabilité politique  
limite la possibilité de mettre en place de telles réformes.  
Achevé de rédiger le 14 janvier 2021  
Pascal DEVAUX  
pascal.devaux@bnpparibas.com  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2730 articles et 721 vidéos