Emerging

PDF
e
11  
EcoEmerging// 4 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Pologne  
Perte de vitesse  
Au premier semestre 2019, la croissance économique a bien résisté à la dégradation de la conjoncture internationale. Les  
perspectives demeurent relativement positives à court terme malgré le retournement du cycle. Fondement de la période de  
transition économique dont la Pologne est un exemple de réussite, le modèle reposant sur la compétitivité et les faibles coûts de  
main d’œuvre est altéré par les politiques sociales plus généreuses de l’actuel gouvernement. Des facteurs conjoncturels et  
structurels plaident pour un ralentissement de l’investissement à court et moyen terme. Parmi les facteurs pesant sur la croissance  
potentielle à moyen et long terme, le déclin démographique apparaît le plus prégnant.  
Ralentissement contrôlé  
1- Prévisions  
Nous avons révisé à la hausse notre prévision de croissance pour  
019, de 4% à 4,3%, et à la baisse celle pour 2020, de 3,5% à 3,3%.  
2
017  
2018 2019e 2020e  
2
PIB réel, variation annuelle (%)  
Inflation moyenne (IPC, %)  
4,6  
5,2  
4,3  
3,3  
En dépit des tensions commerciales internationales, de  
l’essoufflement de la croissance en zone euro et de la contraction  
du PIB en Allemagne au T2 2019, l’activité économique polonaise a  
encore surpris positivement sur la première partie de l’année. Au  
S1 2019, le PIB affichait une croissance encore vigoureuse de 4,4%  
en glissement annuel (g.a.), certes en ralentissement par rapport  
aux 5% observés en 2017-2018, mais toujours supérieur à la  
moyenne sur cinq ans (4%). En variation trimestrielle, le  
ralentissement est plus sensible (de 1,4% t/t cvs-cjo au T1 à 0,8%  
au T2) et il va se poursuivre. Le contexte international plaide pour  
un tassement des exportations, de la production et de  
l’investissement privé au cours des prochains trimestres, affectant in  
fine la consommation, principal moteur de la croissance.  
2,0  
1,7  
2,3  
3,2  
Solde budgétaire / PIB (%)  
-1,5  
-0,4  
-1,5  
-1,4  
Dette publique / PIB (%)  
50,6  
0,2  
48,9  
-0,6  
47,4  
-0,5  
46,0  
-2,0  
Solde courant / PIB (%)  
Dette extérieure / PIB (%)  
72,2  
94,5  
61,3  
58,5  
57,0  
Réserves de change, mds EUR  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change EURPLN (fin d'année)  
102,3  
103,8  
105,2  
4,8  
4,2  
4,8  
4,3  
4,5  
4,3  
4,3  
4,3  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Croissance, inflation, chômage  
Décevante au T1, la consommation des ménages (61% du PIB), a  
rebondi au T2 (+1,2% t/t cvs-cjo et +4% g.a.). Les tensions sur le  
marché du travail, symbolisées par un taux de chômage  
historiquement bas (3,3% en août selon les statistiques  
harmonisées Eurostat) ont maintenu une forte pression à la hausse  
sur les salaires nominaux (+7% g.a. au S1). Les ventes au détail  
sont restées bien orientées en août, tout comme la confiance des  
ménages en septembre. La demande domestique a aussi bénéficié  
d’un policy mix expansionniste, favorisé par certaines marges de  
manœuvre budgétaires. Vainqueur des élections législatives, le  
parti conservateur (PiS), au pouvoir depuis 2015, a promis une  
revalorisation du salaire minimum de 78% d’ici 2023.  
 PIB réel (%, g.a.)  Inflation annuel (IPCH, %)  Chômage (%, cvs)  
1
0
9
8
7
6
5
4
3
2
1
0
1
2
-
-
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
L’investissement a bondi de 10,6% g.a. au S1, toujours soutenue  
par l’investissement des entreprises et l’investissement public en  
infrastructure. Le taux d’utilisation des capacités de production s’est  
maintenu à un niveau historiquement élevé de plus de 80% depuis  
un an. Les exportations de biens et services sont demeurées  
dynamiques en glissement annuel (+4,9% en volume au S1 et  
Sources : GUS, Eurostat  
auprès des entreprises du secteur manufacturier (septembre), plus  
pessimistes quant à la situation économique générale, au carnet de  
commandes domestiques et à l’exportation ainsi que la production  
et l’emploi. L’indice PMI manufacturier corrobore ce sentiment de  
dégradation des perspectives à court terme.  
+8,5% en valeur sur les sept premiers mois de l’année), participant  
à la bonne tenue des comptes extérieurs, malgré la forte croissance  
des importations.  
Le risque de ralentissement économique au second semestre a  
conduit la banque centrale (NBP) à maintenir le statu quo sur les  
taux d’intérêt début octobre (1,5% depuis 2015). La NBP a réitéré le  
caractère transitoire d’une inflation supérieure à la cible de 2,5%,  
imputable largement à la hausse des prix alimentaires. L’inflation  
sous-jacente atteignait 2,4% en septembre, et l’inflation générale  
(IPC) a ralenti de 2,9% g.a. en août à 2,6% en septembre.  
Toutefois, les exportations ont ralenti en rythme trimestriel au S1  
(
-0,4% t/t cvs-cjo au T1 et +1% au T2) et la production industrielle,  
notamment manufacturière, a marqué le pas en août (-1,3% g.a. et  
0,6% g.a. en moyenne mobile sur trois mois). Ce ralentissement  
est perceptible au travers des dernières enquêtes de confiance  
+
e
12  
EcoEmerging// 4 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Retour sur une transition économique réussie  
3- Contributions à la croissance et PIB potentiel  
Depuis le début des années 1990, la Pologne a mené une politique  
de libéralisation économique qui, combinée aux réformes  
institutionnelles et à la stabilité politique, a permis une croissance  
économique ininterrompue depuis 1992 (4,2% par an en moyenne).  
Selon la classification de la Banque mondiale, la Pologne est un  
exemple de transition réussie d’une économie planifiée à niveau de  
Productivité globale des facteurs (TFP)  Capital  Travail  
Croissance du PIB  
5
0
.1  
.2  
4
3
2
1
0
1
0
1
.1  
.4  
0.2  
2.5  
2
«
revenu moyen-faible » (USD 6 600 par habitant en parité de  
0.5  
1.5  
1
.4  
.8  
3
.9  
1.4  
pouvoir d’achat en 1992) à une économie de marché fortement  
intégrée au sein de l’Union européenne (UE) et dans les chaînes de  
valeurs mondiales, classée à « haut revenu » depuis 2009  
1
.8  
.6  
2.4  
2.5  
1
2.0  
0.0  
1.4  
1.5  
0
0.2  
0.0  
(
USD 32 000 par habitant en 2018).  
-0.5  
-0.3  
-
Selon l’approche classique de décomposition de la croissance en  
fonction des facteurs de production (capital et travail) et de  
l’évolution de la productivité globale des facteurs (TFP), nos  
estimations indiquent que l’accumulation de capital a contribué à  
hauteur de 61% à la croissance du PIB sur la période 1996-2018.  
Les gains d’efficience mesurés par la contribution à la croissance de  
la TFP ont été à l’origine de 34% de la croissance, le reliquat  
provenant de l’accumulation du facteur travail. Pour reprendre la  
terminologie de Paul Krugman, la « transpiration » pour la  
croissance, c’est-à-dire la contribution des facteurs de production,  
s’est opérée quasi-exclusivement par l’accumulation du capital  
physique. Dans le même temps, l’« inspiration » a trouvé sa source  
à la fois dans le progrès technique, l’amélioration du cadre  
institutionnel, de l’environnement des affaires et du capital humain.  
Sources : AMECO, Banque mondiale, calculs BNP Paribas  
Freins à la croissance potentielle  
Certains facteurs structurels pèsent sur le potentiel de croissance  
2
économique à moyen et long terme . Autour d’un scénario central  
(M) établissant la croissance potentielle à 2,9% à l’horizon 2025,  
nous estimons une hypothèse basse de 2,4% (scénario B) et une  
hypothèse haute de 3,4% (scénario H).  
Le principal facteur différenciant ces trois scénarios est la contrainte  
démographique. Les projections démographiques établies par  
l’Office statistique polonais, Eurostat, les Nations unies, et l’US  
Census Bureau s’accordent sur une accélération de la baisse de la  
population polonaise, initiée en 2014, au cours des prochaines  
décennies (-0,3% par an d’ici 2030). Malgré les mesures de  
politique familiale (allocations familiales, crèches, etc.) et une marge  
de progression du taux d’activité (notamment féminin), seul un  
recours massif à l’immigration pourrait contrebalancer le déclin  
démographique et éviter une contribution négative du facteur travail  
à la croissance économique à l’horizon 2025.  
Selon Marc Schiffbauer et Gonzalo Varela 1 , « l'intégration  
progressive dans l'UE a stimulé la croissance et la productivité  
grâce à trois facteurs clés: (i) une ouverture accrue au commerce,  
aux investissements et aux talents, (ii) une concurrence domestique  
accrue et une harmonisation réglementaire avec l'UE, (iii) un  
ancrage des réformes par un engagement envers les institutions de  
l'UE ». A côté de l’investissement privé domestique et étranger,  
l’investissement public a bénéficié des co-financements européens,  
notamment dans le cadre de projets d’infrastructures, la Pologne  
étant le premier récipiendaire de fonds structurels européens.  
Par ailleurs, des facteurs conjoncturels et structurels plaident pour  
un ralentissement de la croissance de l’investissement, et donc  
l’accumulation du facteur capital, à court et moyen terme. Les taux  
de croissance de l’investissement observés depuis deux ans ne  
pourront pas se maintenir au même niveau avec le retournement  
attendu du cycle de l’investissement privé en machines-  
équipements et dans la construction, et la réduction attendue des  
dotations européennes au titre des fonds structurels pour 2021-  
2027 (investissement public).  
Parallèlement, le déclin démographique a limité l’accroissement de  
la population active et de l’emploi : baisse du taux de fertilité  
(
1,4 enfant par femme en 2018 contre 2 en 1990), solde migratoire  
structurellement négatif et solde naturel (naissances moins décès)  
négatif depuis 2013, vieillissement de la population (17% de plus de  
65 ans en 2018 contre 9% en 1990) et taux d’activité inférieur à la  
moyenne européenne (70% contre 74% pour l’UE en 2018 selon  
Eurostat), notamment chez les femmes.  
Enfin, la qualité de l’environnement des affaires, l’amélioration du  
capital humain et la recherche de gains de productivité à travers  
l’innovation et la montée en gamme des produits polonais seront  
primordiales pour soutenir la croissance économique à moyen et  
long terme.  
Toutefois, à défaut d’une augmentation de la quantité de travail, la  
qualité de l’emploi a progressé à travers l’amélioration du niveau  
d’éducation et la montée en compétences de la force de travail, en  
lien avec la sophistication de la production et des exportations. La  
part de la population active (15-64 ans) diplômée de l’enseignement  
supérieur est ainsi passée de 10% en 1997 à 27% en 2018  
(
données Eurostat), se rapprochant de la moyenne de l’UE (29%).  
1
Marc Schiffbauer et Gonzalo Varela, Macro and micro features of successful  
2
economic convergence: the case of Poland, World Bank, January 2019  
Eco Emerging, Pologne : Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, avril 2019  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2261 articles et 573 vidéos