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EcoPerspectives // 1 trimestre 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
Allemagne  
Point de retournement en vue  
Lactivité économique n’a progressé que de 0,6% en 2019, la baisse de la production manufacturière ayant été contrebalancée par  
une activité accrue dans des secteurs moins tournés vers lexportation. Au cours des deux prochaines années, la croissance  
économique sera soutenue par des politiques budgétaires moins restrictives. Dès le T2 2020, la reprise des exportations liée à la  
levée partielle des incertitudes pourrait plus que compenser le ralentissement de la croissance de la consommation. Néanmoins, la  
croissance du PIB devrait rester inférieure à son potentiel. En outre, un possible départ du SPD de la coalition au pouvoir constitue  
un risque politique majeur.  
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- Croissance et inflation  
Une période de quasi-stagnation prolongée  
Croissance du PIB (%)  
Inflation (%)  
Selon les statistiques et les indicateurs conjoncturels les plus récents,  
lactivité économique progresse à peine au T4 2019. La production  
industrielle pourrait même s’être contractée encore, le PMI  
manufacturier, malgré une amélioration timide, restant nettement en  
dessous de la barre des 50. Le secteur automobile, qui est important  
en Allemagne, a été particulièrement pénalisé. En octobre et  
novembre, la production du secteur était inférieure denviron 20 % à  
celle réalisée deux ans plus tôt.  
Prévision  
Prévision  
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.6  
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En revanche, dans la construction et les services, lactivité a plutôt  
bien résisté, selon les enquêtes IFO. Dans le tertiaire, lindicateur a  
même augmenté en décembre pour atteindre son plus haut niveau  
des six derniers mois. Dans le secteur de la construction, les  
entreprises sont restées optimistes quant à leur situation actuelle,  
mais elles sont plus pessimistes quant aux perspectives des  
prochains mois.  
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Sources : comptes nationaux, BNP Paribas  
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- Vers la neutralité carbone en 2050  
, ▪▪▪ Emissions de gaz à effet de serre en tonnes d’équivalent de CO  
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Cibles du paquet climatique  
200  
Malgré la quasi-stagnation, les conditions sur le marché du travail se  
sont très peu dégradées. En novembre, le taux de chômage nétait  
que de 3,1 %, soit seulement 0,1 % de plus quau mois précédent. En  
outre, les offres demploi demeurent à un niveau relativement élevé.  
Même dans le secteur manufacturier, de nombreux employeurs  
déclarent encore que la pénurie de main-d’œuvre bride leur  
production. Néanmoins, les organisations patronales et les syndicats  
se sont adaptés à la dégradation du climat des affaires, les récents  
accords salariaux ayant été moins généreux que ceux conclus un an  
plus tôt. Les barèmes salariaux négociés au cours de la période août-  
octobre 2019 sont supérieurs de 2,4 % en glissement annuel (g.a.).  
Début 2019, le taux se maintenait autour de 3 %.  
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cible non atteinte  
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2010  
2020  
2030  
2040  
2050  
Pour linstant, la hausse des coûts salariaux ne sest pratiquement  
pas répercutée sur les prix à la consommation. En 2019, lIPCH a  
reculé à 1,4 % en g.a., contre 1,9 % lannée précédente, la hausse  
des prix de lénergie ayant ralenti à 1,3 %. En revanche, les prix des  
services ont augmenté de 1,6 %.  
Sources : Umweltbundesamt, BNP Paribas  
infrastructures numériques et l’enseignement. Le gouvernement  
entend également augmenter les dépenses visant à réduire les  
émissions de gaz à effet de serre (voir ci-après). En 2021, la part des  
dépenses publiques dans le PIB, à lexclusion des paiements  
dintérêts, devrait atteindre son niveau le plus élevé depuis le pic  
constaté au moment de la réunification.  
Un assouplissement budgétaire  
Pendant le cycle dexpansion économique des années 2014-2018, le  
gouvernement a suivi le conseil de Keynes de mettre en œuvre des  
politiques budgétaires strictes afin de rétablir les finances publiques. Il  
a ainsi réussi à ramener le ratio dette/PIB à 61,2 % en 2019.  
Du côté des recettes, les impôts sur le revenu seront abaissés,  
notamment en raison de la suppression partielle de limpôt de  
solidarité. En revanche, des recettes fiscales supplémentaires sont  
attendues grâce à la croissance rapide des salaires et de la  
En 2020 et 2021, la politique budgétaire devrait être assouplie progressivité du système fiscal. Par ailleurs, les taxes sur lénergie  
conformément à laccord de coalition. Les investissements publics devraient augmenter. Dans lensemble, la charge fiscale restera  
seront augmentés, en particulier dans les transports, les pratiquement inchangée.  
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Les finances publiques devraient rester excédentaires sur l’horizon de  
projection et le ratio dette/PIB pourrait tomber en dessous de 60 %.  
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- Les perspectives des exportations s’améliorent  
Commandes (2015=100, moyennes mobiles sur trois mois) :  
▪▪ Zone euro,  Hors zone euro  
Lincertitude politique sest accrue, les membres du SPD ayant élu à  
la tête du parti Saskia Esken et Norbert Walter-Borjans, connus pour  
leur opposition à la grande coalition. Ils demandent la renégociation  
de laccord de coalition. Cependant, il est peu probable que la CDU et  
la CSU cèdent. Le SPD fait donc face à un choix difficile. S’il veut  
imposer un changement de politique, cela pourrait conduire à une  
crise gouvernementale et à de nouvelles élections. Compte tenu de la  
position du SPD dans les sondages, une défaite sévère est probable,  
ce qui pourrait jouer en faveur d’une coalition entre la CDU/CSU et les  
Verts.  
 Attentes d’exportations (solde d’opinion, é.d.)  
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1
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Des politiques plus vertes dopent linflation  
-5  
-10  
En décembre dernier, le Parlement allemand a adopté un plan climat  
pour ramener les émissions de CO à zéro dici 2050 (graphique 2).  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
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Dans un premier temps, il vise à réduire les émissions de gaz à effet  
de serre de 55 % d’ici 2030 par rapport à 1990. Cependant, le  
gouvernement a admis que le pays n’atteindrait pas lobjectif 2020,  
qui ciblait une réduction de 40 % des émissions de carbone par  
rapport au niveau de 1990.  
Sources : Deutsche Bundesbank, IFO, BNP Paribas  
Cependant, le cycle pourrait approcher d’un point de retournement.  
Lindice IFO des attentes en matière dexportations progresse de  
manière significative en décembre, porté par les signes datténuation  
des tensions commerciales et la baisse des incertitudes sur le Brexit  
depuis les élections générales au Royaume-Uni (graphique 3). Les  
fabricants de produits électriques et pharmaceutiques, en particulier,  
attendent une nette augmentation des commandes de létranger.  
Même dans l’industrie automobile, les chefs d’entreprise sont  
nettement moins pessimistes. Cela compensera le ralentissement de  
la croissance de la demande intérieure. Malgré des politiques  
monétaire et budgétaire très accommodantes, la croissance du  
revenu disponible des ménages devrait ralentir par rapport aux  
années précédentes. Cela pèsera sur la demande des  
consommateurs et la construction de logements. En outre, la  
demande de biens de production durables pourrait marquer le pas,  
les ratios dutilisation des capacités étant tombés en dessous de leur  
niveau à long terme. Au final, la croissance du PIB devrait atteindre  
La principale mesure réside dans la création dune taxe sur le CO  
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pour les secteurs ne relevant pas du champ dapplication du système  
communautaire déchange de quotas démission (ETS). En 2021, la  
taxe devrait sélever à 10 euros par tonne de CO . Elle augmentera  
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régulièrement pour atteindre 35 euros par tonne dici 2025. Les  
recettes fiscales permettront de financer des mesures de protection  
du climat telles que la baisse des prix de lélectricité, laugmentation  
des aides aux transports et les subventions pour les projets verts.  
Au niveau macroéconomique, les effets du plan devraient être limités.  
La taxe sur le CO gonflera les prix de lénergie de 2 %, augmentant  
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ainsi linflation denviron 0,2 % en 2021. Linflation sous-jacente ne  
sera pratiquement pas affectée. L’incidence sur l’activité économique  
sera également assez limitée. La taxe réduira le revenu disponible,  
mais les recettes étant utilisées exclusivement pour les dépenses de  
protection du climat, limpact sur lactivité sera neutre. En outre,  
comme cette mesure naffecte pas les grands utilisateurs dénergie  
soumis à lETS, leffet possible sur la compétitivité des prix devrait  
être limité. Cependant, elle aura un impact sur la répartition des  
revenus. En effet, les taxes sur le carbone pénalisent particulièrement  
les familles à faible revenu et les personnes âgées. Point positif, la  
mesure détournera la demande des activités polluantes.  
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,8 % et 1,2 % (ajustée des effets calendaires 0,4 % et 1,2 %)  
respectivement en 2020 et 2021.  
Bien que la croissance demeurera très inférieure au potentiel en 2020  
et 2021, le marché du travail devrait rester très tendu. Dune part, les  
fabricants ont eu recours à la réduction des heures de travail et au  
chômage partiel pour éviter de licencier leurs collaborateurs clés.  
D’autre part, la croissance de lemploi reste dynamique, en particulier  
dans les services non marchands. De plus, limmigration devrait  
ralentir à mesure que les possibilités demploi diminuent. Le taux de  
chômage devrait rester à des niveaux très bas. Les rémunérations  
Les perspectives dexportation se sont améliorées  
L’ensemble des indicateurs conjoncturels laissent envisager une négociées pourraient encore se détendre en 2020 en raison du  
poursuite de la faible croissance au T1. La contraction de la ralentissement du secteur industriel, mais remonter lannée prochaine.  
production industrielle pourrait même perdurer, mais cette évolution L’inflation hors produits alimentaires et énergie devrait s’accélérer  
serait compensée par une légère augmentation de lactivité dans des légèrement, à mesure que les hausses de salaire passées, en  
secteurs moins tournés vers lexportation tels que les services et la particulier dans les services, se répercutent progressivement sur les  
construction de logements. Dans ces secteurs, la demande demeure consommateurs. Enfin, linflation totale devrait s’établir à 1,2 % en  
soutenue par la forte croissance du revenu disponible et le 2020 et légèrement accélérer pour atteindre 1,4 en 2021.  
dynamisme du marché du travail.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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