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13 mai 2019  
France : pouvoir d’achat, le grand gain  
Hélène Baudchon  
En 2019, les gains de pouvoir d’achat des ménages  
français sont attendus en forte hausse. D’après nos  
prévisions, ils seraient proches de 2,5 %, soit la  
progression la plus importante depuis 2007.  
Evolution sur longue période du pouvoir d’achat (1)  
Décomposition des gains annuels de pouvoir d’achat  
Revenus du capital Prestations sociales Revenus d’activité  
Prélèvements fiscaux et sociaux Inflation Pouvoir d’achat  
Ce gain important a plusieurs origines. Les baisses  
d’impôts sont la partie la plus visible mais le soutien aux  
revenus d’activité et les revalorisations de prestations  
sociales sont également déterminants.  
20%  
15%  
10%  
5
%
%
Le reflux de l’inflation y participe aussi mais il constitue  
un facteur réversible, notamment si la remontée actuelle  
des prix du pétrole se poursuivait.  
0
-
5%  
-
10%  
-15%  
20%  
Le pouvoir d’achat des ménages est, de manière récurrente,  
au cœur des débats en France. L’attention particulière dont il  
fait l’objet aujourd’hui est à mettre en regard de la décennie  
écoulée au cours de laquelle il a très peu progressé. Cette  
faiblesse constitue l’un des facteurs explicatifs du malaise  
social actuel, exprimé par le mouvement des « gilets  
jaunes ». Une partie de la réponse se trouve donc dans un  
redressement du pouvoir d’achat, notamment au travers de  
baisses d’impôts.  
-
1959 1964 1969 1974 1979 1984 1989 1994 1999 2004 2009 2014 2019  
Graphique 1  
Sources : INSEE, prévisions BNP Paribas  
pour tous. Il recouvre des situations individuelles très  
différentes et éloignées de l’indicateur macroéconomique de  
référence défini par la comptabilité nationale, ce qui contribue  
au décalage, parfois important, entre le vécu et le ressenti de  
chacun et les chiffres agrégés.  
Trois salves de mesures ont été prises en ce sens : celles  
inscrites aux budgets 2018 et 2019, les mesures d’urgence  
économiques et sociales (MUES) votées fin décembre 2018,  
et les mesures postérieures au grand débat national  
annoncées le 25 avril 2019 lors de la conférence de presse  
d’Emmanuel Macron. Les deux premières salves soutiennent  
des gains de pouvoir d’achat proches de 2,5% en 2019  
d’après nos prévisions (après 1% en 2018). En 2020, le  
pouvoir d’achat sera encore soutenu par une partie de ces  
premières mesures auxquelles viennent s’ajouter les  
dernières en date. Selon un tout premier chiffrage, notre  
prévision de hausse du pouvoir d’achat gagne ainsi 0,5 point,  
passant de 1% à 1,5%.  
Au sens de la comptabilité nationale, il s’agit d’une mesure du  
revenu disponible brut (RDB) réel. Le revenu est dit  
« disponible » car c’est la part qui reste à la disposition des  
ménages après le paiement de leurs impôts et cotisations  
(dont le poids dans le revenu avant impôts est légèrement  
supérieur à 20%). Le revenu avant impôts (RAI) est constitué  
pour l’essentiel des revenus d’activité, qui en représentent  
près de 60%. S’y ajoutent les prestations sociales (environ  
30%) et les revenus du capital (15%). Ensuite, le revenu est  
« brut » car non corrigé de la consommation de capital fixe  
liée aux activités des entrepreneurs individuels et à la  
détention d’un logement. Enfin, il est dit « réel » une fois  
corrigé des prix. Les gains de pouvoir d’achat se mesurent  
Avant d’aller plus loin, le terme « pouvoir d’achat » nécessite  
d’être défini. Largement employé, il n’a pas le même sens  
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2
ainsi par la différence entre le taux de croissance du RDB  
nominal et l’inflation .  
Evolution sur longue période du pouvoir d’achat (2)  
1
Niveau, 1959 = 100  
2008-2018 : la décennie perdue du pouvoir d’achat  
▪▪▪ Pouvoir d’achat des ménages  par unité de consommation  
600  
500  
400  
300  
200  
D’après cette mesure, les baisses de pouvoir d’achat au  
niveau macroéconomique sont rarissimes et de faible ampleur  
(
cf. graphique 1). La dernière en date est récente et a porté  
sur deux années, 2012 et 2013 (-0,4% et -1,2%,  
respectivement). Depuis 2014, le pouvoir d’achat progresse à  
un rythme annuel moyen légèrement supérieur à 1%, à  
comparer avec une tendance de 2% depuis le milieu des  
années 1980 et de 3% si l’on remonte aux années 1960.  
La faiblesse de sa progression passée est l’une des raisons  
pour lesquelles le pouvoir d’achat est, de manière récurrente,  
au cœur des débats. Et l’on comprend qu’il fasse l’objet d’une  
attention plus grande encore aujourd’hui lorsque l’on raisonne  
en unité de consommation (UC), c’est-à-dire si l’on tient  
compte des évolutions démographiques (nombre et  
composition des ménages) pour mieux rendre compte de la  
perception individuelle de chacun de l’évolution de son  
100  
1959 1965 1971 1977 1983 1989 1995 2001 2007 2013 2019  
Graphique 2  
Sources : INSEE, prévisions BNP Paribas  
aux mesures de revalorisation des prestations. Pour les  
personnes se situant entre le 5 et le 7 décile (soit les 30%  
de ménages de niveau de vie intermédiaire), l’effet net est  
également positif grâce à la baisse de l’impôt sur le revenu.  
Pour les 20% de ménages les plus aisés (deux derniers  
déciles), l’effet net est, en revanche, négatif et il tient  
principalement à la hausse des taux de cotisation vieillesse.  
e
e
2
pouvoir d’achat . Ainsi mesurées par UC, les baisses de  
pouvoir d’achat sont plus fréquentes. Sur la période récente,  
sa hausse est réduite à 0,6% par an en moyenne. Plus  
frappant encore, le pouvoir d’achat par UC se situe en 2018 à  
peine au-dessus de son niveau de 2008 (cf. graphique 2). On  
peut donc parler de décennie perdue.  
En 2018, enfin, plus exactement de janvier à octobre, le gain de  
pouvoir d’achat issu des mesures socio-fiscales a été plus  
qu’effacé par la hausse des prix des produits pétroliers  
(imputable à hauteur d’un tiers à la hausse de la fiscalité  
énergétique et à hauteur des deux tiers restants à celle des  
Parmi les raisons de cette longue stagnation, on trouve  
l’augmentation forte de la pression fiscale sur la décennie  
écoulée combinée à la situation dégradée du marché du  
travail, l’une et l’autre n’ayant pas touché les mêmes  
3
5
personnes. D’après les travaux de l’OFCE , pour la moitié  
cours du pétrole) . Ce résultat global recouvre une diminution  
basse de la distribution des revenus, la hausse des  
prélèvements entre 2008 et 2016 a, en effet, été plus que  
compensée par les revalorisations des prestations sociales, le  
résultat étant inverse pour la moitié haute, et assez nettement  
pour les 35% de ménages les plus aisés. S’ils ont bénéficié  
des réformes socio-fiscales, les ménages modestes ont, en  
revanche, pâti des évolutions du marché du travail (hausse du  
chômage, de la précarité et du temps partiel subi), ce qui  
n’est pas le cas des ménages les plus aisés.  
significative du niveau de vie des retraités mais une très légère  
amélioration de celui des ménages dont la personne de  
référence occupe un emploi. Au sein de cette catégorie, les  
effets conjugués sont différenciés selon la position sur l’échelle  
er  
des revenus. Ils sont négatifs pour les ménages du 1 décile  
du fait de l’importance de leurs dépenses en carburants. Ils  
e
e
e
sont nuls pour le 2 décile puis positifs du 3 au 9 grâce à  
l’effet favorable de la bascule cotisations/CSG. Enfin, ils sont  
nuls pour le dernier décile, l’effet de la bascule étant moins  
favorable (la hausse de la CSG sur les revenus du patrimoine  
compense la baisse des cotisations sur les salaires).  
S’agissant de 2017, les effets sur le niveau de vie (revenu  
disponible par UC) des nouvelles mesures sociales et fiscales  
introduites cette année-là sont également différenciés selon la  
position des ménages sur l’échelle des revenus, pour un effet  
2019 : net rebond attendu  
4
Ces différentes évolutions, combinées au poids relativement  
élevé des dépenses pré-engagées (30% du budget des  
nul au niveau de l’ensemble de la population . Pour les 20%  
de personnes les plus modestes, l’effet net est positif grâce  
6
ménages en moyenne , cf. graphique 3), expliquent le ressenti  
négatif concernant les conditions de vie en France. Une partie  
de la réponse se trouve donc dans un relèvement du pouvoir  
d’achat, notamment via des baisses d’impôts qui ressortent des  
revendications comme le premier levier devant l’emploi et les  
salaires. Ce soutien au pouvoir d’achat est aussi, plus  
globalement, un moyen de soutenir la croissance, complétant la  
relance de l’offre, dont les effets sont diffus dans le temps, par  
une relance de la demande aux effets plus immédiats.  
1
Mesurée par la variation du déflateur de la consommation,  
proche de celle de l’indice des prix à la consommation.  
2
Les besoins d’un ménage ne s’accroissent pas en stricte  
proportion de sa taille. La taille de chaque ménage en nombre  
d’UC est calculée comme suit : le premier adulte compte pour 1  
UC, chaque personne supplémentaire de 14 ans ou plus pour 0,5  
UC et chaque enfant de moins de 14 ans pour 0,3 UC. En  
moyenne depuis 1960, le nombre d’UC progresse de 0,9% par an.  
3
P. Madec, P. Malliet. M. Plane, R. Sampognaro, X. Timbeau,  
«
Entre 2008 et 2016, les réformes sociales et fiscales ont pesé sur le  
5
revenu des ménages mais ont renforcé le rôle d’amortisseur social  
A-L. Biotteau, L. Rioux, « En octobre 2018, les gains des réformes  
du système redistributif », INSEE France, Portrait social 2018.  
A-L. Biotteau, S. Fredon, F. Paquier, K. Schmitt, « Les réformes  
des prestations et prélèvements mises en œuvre en 2017 ont un  
impact quasi nul sur les inégalités de niveau de vie », INSEE  
France, Portrait social 2018.  
des prélèvements sociaux contrebalancés par le renchérissement  
4
des produits pétroliers », INSEE Focus n°149, 12 mars 2019.  
6
Cette part s’élève à 60% pour les ménages pauvres, 40% pour  
les ménages modestes, 30% pour les classes moyennes et 20%  
pour les ménages aisés. Source : DREES, mars 2018.  
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3
En termes de montants, les baisses d’impôts inscrites dans les  
budgets 2018 et 2019 (y compris MUES ) sont importantes :  
elles atteignent, en net (i.e. corrigées des hausses),  
EUR 15 mds sur 2018-2020, qui se décomposent en un peu  
plus de EUR 1 md pour 2018, presque EUR 11 mds pour 2019  
et EUR 3 mds pour 2020 (cf. tableau).  
Poids des dépenses pré-engagées  
7
En pourcentage du RDB  
Total (y. c. cantine) Logement Assurances et services  
financiers Services de télévision et de télécommunications  
30  
Sur 2019, les baisses d’impôts constituent la partie la plus  
visible du soutien au pouvoir d’achat. Mais les autres  
composantes du RDB bénéficient également de mesures de  
soutien : les revenus d’activité avec la prime dite Macron , la  
défiscalisation des heures supplémentaires et la suppression  
25  
20  
15  
10  
5
0
8
du forfait social sur l’intéressement et la participation dans les  
9
PME ; et les prestations sociales avec la revalorisation de la  
1
0
prime d’activité et d’un certain nombre de minima sociaux .  
Après avoir progressé de 2,7% en 2018 comme en 2017  
d’ailleurs, le RDB nominal verrait ainsi sa progression  
sensiblement dopée en 2019, à 3,3% d’après nos prévisions.  
60 63 66 69 72 75 78 81 84 87 90 93 96 99 02 05 08 11 14 17  
Graphique 3  
Source : INSEE  
Du côté de l’inflation, nous anticipons un net reflux (1% après  
1
,7% en 2018), à la faveur surtout d’un effet pétrole (hausse  
Principales mesures socio-fiscales portant sur  
les ménages en 2018-2020  
attendue nettement moindre). L’annulation de la hausse de la  
fiscalité énergétique contribue aussi à réduire l’inflation à  
hauteur de 0,2 point d’après nos estimations. Mais c’est sans  
compter la forte remontée des prix du pétrole depuis le début  
de l’année qui vient jouer les trouble-fête. Linflation pourrait  
ainsi être plus élevée que prévu et les gains de pouvoir  
d’achat attendus en 2019 s’en trouveraient réduits d’autant.  
EUR mds  
Total  
2018 2019 2020  
-1,4  
-10,6  
-3,1  
Dégrèvement de la taxe d’habitation  
Création de l’Impôt sur la Fortune  
Immobilière  
Mise en place du prélèvement forfaitaire  
unique  
Augmentation des taux Agirc-Arrco  
Bascule cotisations salariés / CSG*  
Baisse de la CSG pour les retraités  
modestes  
-3,2  
-3,8  
-3,1  
-
3,2  
1,4  
-
-0,8  
+0,4  
Selon nos prévisions actuelles, ils s’élèvent à 2,3% (1,7% par  
UC), soit la plus forte progression depuis 2007. Ces gains ont  
aussi pour caractéristique de concerner une large partie de la  
population. Plus exactement, les MUES ont nettement  
amélioré leur répartition, au bénéfice en particulier des  
+1,1  
-4,0  
-0,1  
-0,3  
+4,4  
-1,6  
+0,1  
1
1
Fiscalité du tabac  
Fiscalité énergétique  
+0,9  
+2,4  
+0,5  
0,0  
+0,6  
0,0  
ménages du milieu de la distribution .  
En 2020, les gains attendus de pouvoir d’achat seraient  
moindres mais encore relativement soutenus grâce aux  
baisses d’impôts déjà actées auxquelles viennent s’ajouter les  
nouvelles mesures issues du grand débat national, notamment  
la baisse d’impôt sur le revenu de EUR 5 mds, la ré-indexation  
sur l’inflation des retraites moyennes (qui réinjecte  
Elargissement du crédit d’impôt emploi à  
domicile  
Prolongation et prorogation du crédit  
d’impôt transition énergétique  
Défiscalisation des heures supplémentaires  
-
1,0  
0,3  
-
+1,1  
-3,0  
+0,1  
-0,8  
*
La CSG a été augmentée en une fois, de 1,7 point, en janvier 2018,  
tandis que la suppression des 3,15% de cotisations salariales sur le  
chômage (2,40%) et la maladie (0,75%) s’est faite en deux temps :  
7
Ces mesures représentent EUR 10,8 mds : annulation de la  
-2,25 points en janvier 2018 puis le reliquat en octobre (-0,9 point). Ces  
hausse prévue dans le PLF de la fiscalité énergétique  
effets de calendrier expliquent pourquoi la mesure apparaît en 2018, en  
année pleine, comme une hausse d’impôts puis comme une baisse en  
2019. Mais par construction, la mesure est budgétairement neutre.  
(EUR 3,9 mds) ; exonération d’impôt sur le revenu et avancement  
er er  
au 1 janvier (au lieu du 1 septembre) de l’exonération de  
cotisations sociales des heures supplémentaires (EUR 2,4 mds) ;  
annulation de la hausse de la CSG pour une partie des retraités  
Tableau  
Source : Programme de stabilité avril 2019  
(
EUR 1,3 md) ; revalorisation de la prime d’activité (EUR 2,8 mds) ;  
EUR 1,4 md) et le renouvellement de la prime Macron. La  
hausse annoncée du minimum contributif, le versement garanti  
des pensions alimentaires et la mise en place du revenu  
universel d’activité sont également de nature à soutenir le  
pouvoir d’achat. Selon un tout premier chiffrage, ces nouvelles  
mesures ajoutent 0,5 point à notre prévision de hausse du  
pouvoir d’achat en 2020, qui passe de 1% à 1,5% (2,8%  
d’augmentation du RDB nominal moins 1,3% d’inflation).  
élargissement du périmètre du chèque énergie et de la prime à la  
conversion (EUR 0,4 md). Source : Cour des comptes.  
8
Prime exceptionnelle défiscalisée dans la limite de EUR 1 000,  
versée par les entreprises sur la base du volontariat aux salariés  
dont la rémunération en 2018 n’excède pas trois Smic annuels.  
9
Jouent aussi les effets positifs attendus sur l’emploi des  
mesures d’offre : transformation du CICE en baisse de charges et  
allègement supplémentaire au niveau du SMIC ; réformes du  
marché du travail (triptyque Code du travail, formation  
professionnelle, assurance-chômage).  
Les gains de pouvoir d’achat attendus en 2019 et, dans une  
moindre mesure, en 2020, sont significatifs. Mais pour avoir  
des gains de pouvoir d’achat durablement plus élevés, c’est la  
dynamique de l’emploi et des salaires qui compte.  
1
0
Ces revalorisations sont toutefois contrebalancées par la  
désindexation partielle des retraites, des allocations familiales et  
logement et par la réforme des APL.  
1
1
P. Madec, M. Plane, R. Sampognaro, Budget 2019 : du pouvoir  
d’achat mais du déficit, OFCE policy brief n°46, 29 janvier 2019 ;  
M. Ben Jelloul, A. Bozio, T. Douenne, B. Fabre, C. Leroy, Budget  
Hélène Baudchon  
helene.baudchon@bnpparibas.com  
2019 : quels effets pour les ménages ?, Les notes de l’IPP n°37,  
janvier 2019.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
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