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TYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01//EN" "http://www.w3.org/TR/html4/strict.dtd"> croissance economique-inflation-previsions economiques-politique budgetaire-russie-etudes economiques-bnpparibas

Russie

Premiers espoirs de reprise

L’économie russe pourrait sortir de la récession au second semestre. Au premier trimestre 2016 la croissance économique ne s’est contractée que de 1,2% et l’industrie a enregistré des signes de reprise au cours des derniers mois. Néanmoins, l’économie n’est pas encore tirée d’affaires. Le gouvernement russe doit parvenir à « inventer » un nouveau modèle de croissance afin de s’adapter à un environnement où les prix des matières premières resteraient relativement bas ; sans quoi, sa croissance pourrait ne pas dépasser 1% voire 1,5% à moyen terme. Or, les marges de manœuvre du gouvernement pour transformer son économie sont extrêmement faibles et pourraient le rester tant que les sanctions internationales ne seront pas levées.

Légère reprise de l’activité industrielle

La Russie est sur le chemin du retour à la croissance. Au T1 2016 l’économie ne s’est contractée que de 1,2% en g.a. alors que l’activité reculait de 2,8% il y a un an. Par ailleurs, les premiers indicateurs disponibles pour le T2 2016 sont assez encourageants. La reprise de l’activité dans l’industrie semble se confirmer.

En mai dernier, et pour le deuxième mois consécutif, la production industrielle a enregistré une croissance positive (+0,6% en g.a. contre -5,5% il y a un an). Les secteurs extractifs et alimentaires ont enregistré le plus fort rebond. A l’inverse, dans les secteurs de la construction et du commerce de détail, l’activité a continué de se contracter. Les ventes au détail ont enregistré un nouveau recul de 6,1% en g.a. en mai dernier et ce, en dépit d’une moindre baisse des salaires réels (-0,5% en g.a. contre -9,2% il y a un an).

Au second semestre, l’activité devrait être soutenue notamment par un léger rebond de la consommation des ménages. En effet, sur les cinq premiers mois de l’année, les salaires nominaux ont augmenté de 7% en g.a. Cette tendance pourrait se poursuivre si les prix du pétrole se stabilisaient à un niveau supérieur à 50 dollars le baril. La décélération des pressions inflationnistes favoriserait alors une légère hausse des salaires en termes réels et soutiendrait la reprise de la consommation des ménages.

En mai dernier, les prix ont augmenté de « seulement » 6,9% en g.a alors que leur hausse atteignait plus de 15% un an plus tôt. Encouragée par ce processus désinflationniste, la banque centrale russe a décidé en juin dernier d’abaisser de 50 pb son taux directeur, à 10,5% après plus de dix mois de statu quo. Néanmoins, en dépit de cet assouplissement monétaire, les conditions d’emprunt pour les ménages et les entreprises restent encore restrictives et la reprise des investissements pourrait n’avoir lieu qu’à partir de 2017.

Dérapage budgétaire maîtrisé

1- Synthèse des prévisions

f : estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe

2- Production industrielle

Croissance en g.a. %

Sources : Rosstat

Sur les cinq premiers mois de 2016, le déficit budgétaire du gouvernement fédéral s’est creusé de plus de 57% par rapport à la même période en 2015. Il atteignait ainsi plus de RUB 1486 mds, soit 4% du PIB.

La baisse des dépenses publiques sur les cinq premiers mois de 2016 n’a atteint que 2,8% alors que le gouvernement avait initialement annoncé une contraction de plus de 10% de ses dépenses, et ce, afin de contenir le creusement du déficit.

En effet, alors que les dépenses militaires ont baissé de plus de 24% au cours des cinq premiers mois de l’année, les dépenses de

retraite ont augmenté de plus de 22%, et ce en dépit d’une revalorisation de seulement 4%, soit un rythme bien inférieur à la hausse des prix à la consommation. Ainsi, plus de 33% des dépenses du gouvernement fédéral a été consacrée au financement du déficit du fonds de retraite (contre 27% sur l’ensemble de l’exercice 2015). En outre, ces dépenses sont, à ce jour, totalement incompressibles. Le gouvernement peut contenir leur hausse en limitant leur revalorisation comme il l’a fait au début de 2016, mais elles ne peuvent diminuer compte tenu de l’évolution démographique. En effet, la baisse de la population et son vieillissement vont entraîner une hausse progressive des dépenses

de santé et de retraite. En 2015, le ratio de dépendance des inactifs (de plus de 65 ans) aux actifs (de 15 ans et plus) était de 19,1%

(contre 17,7% en 2010) et pourrait atteindre, selon l’ONU, 22,8% en 2020 et 34,1% d’ici 2050. Les dépenses pour financer les retraites vont donc peser de plus en plus dans le budget du gouvernement à moins qu’il ne procède à une réforme d’envergure. Or, à court terme, rien n’est prévu et il semble difficile que le gouvernement procède à un relèvement significatif de l’âge du départ à la retraite avant les prochaines élections présidentielles de 2018.

Les dépenses budgétaires sont donc fortement contraintes. Les recettes restent, elles, étroitement liées à l’évolution du prix du pétrole. Ainsi, sur les cinq premiers mois de l’exercice 2016, elles se sont contractées de 13,4%, reflet de la forte baisse des revenus issus des activités pétrole et gaz (-31%). En effet, en dépit du rebond des prix du pétrole depuis février, les prix du baril libellés en roubles ont, en moyenne, baissé de 21% sur les cinq premiers mois de l’année 2016. Ainsi, les recettes issues des activités pétrole et gaz ne représentaient plus que 36% de l’ensemble des recettes du gouvernement fédéral alors que leur part s’élevait à 49% au cours des cinq dernières années.

Sur la deuxième partie de 2016 le gouvernement peut espérer voir ses recettes augmenter, en raison, d’une part, de la hausse des prix du pétrole1 et, d’autre part, des recettes issues de la privatisation de certaines entreprises publiques 2 . Néanmoins, le gouvernement pourrait être contraint de revoir à la baisse ses prévisions en la matière. En effet, alors que le gouvernement avait fixé le taux de dividendes à 50% des profits nets des entreprises publiques,

Gazprom a déjà fait savoir qu’il ne verserait que l’équivalent de 23,7% de ses profits nets. Par ailleurs, il existe une forte incertitude quant au produit de la vente des actifs de Rosneft.

Puiser dans les réserves… mais après ?

Parvenir à contenir le déficit budgétaire sous le seuil de 3% du PIB paraît difficilement réalisable. Toutefois, à court-terme, la dégradation des finances publiques reste « gérable » : le déficit du gouvernement et de l’ensemble des administrations devrait rester contenu à 4,5% du PIB et la dette publique devrait rester inférieure à 20% du PIB. Néanmoins, à plus long terme, le manque de marges de manœuvre budgétaires est problématique.

Au cours des cinq premiers mois de l’exercice 2016, le déficit du gouvernement fédéral a été financé presque exclusivement par le fonds de réserve, lequel ne s’élevait plus qu’à USD 38,6 mds en mai 2016 (3,2% du PIB) contre plus de USD 76 mds un an plus tôt. Face à la baisse des fonds disponibles, le gouvernement a émis

USD 1,75 md d’obligations sur les marchés internationaux en mai dernier (au taux de 4,75%), et ce, en dépit des sanctions internationales toujours en vigueur. Cette émission de dette l’a, en partie, rassuré quant à sa capacité à émettre à nouveau sur les marchés (même si les banques américaines se sont tenues à

1Le prix du baril de pétrole était en moyenne de RUB 3000 au mois de juin contre RUB 2578 sur les cinq premiers mois de l’année.

2Le gouvernement estime à RUB 1000 mds l’ensemble des gains issus des privatisations des entreprises publiques (dont RUB 600 mds au titre de la vente des actifs de Rosneft).

3- Fonds souverains (USD mds)

— Fonds de réserve Fonds de richesse nationale

100

90

80

70

60

50

40

30

20

10

0

Source : Rosstat

distance) et lui a assuré une petite marge de manœuvre budgétaire supplémentaire.

En effet, en supposant que les prix du pétrole restent à leur niveau actuel (autour de USD 50/baril), le fonds de réserve devrait être intégralement utilisé en 2016 pour financer le déficit du gouvernement et de l’ensemble des administrations.

Néanmoins, même si le gouvernement peut financer l’intégralité de son déficit en puisant dans ses deux fonds souverains (au moins jusqu’en 2017), il ne dispose pas des moyens suffisants pour « inventer » un nouveau modèle de développement, pourtant indispensable dans un environnement où les prix des matières premières pourraient rester à un niveau durablement bas. Son manque de marges de manœuvre budgétaire pour investir constitue donc un vrai problème pour assurer une croissance supérieure à 1% voire 1,5%.

Statu quo politique et géopolitique

Les prochaines élections parlementaires russes se tiendront en septembre. Même si le mode de scrutin devrait favoriser l’émergence des petits partis, aucun changement notable n’est à attendre. Le parti au pouvoir, « Russie unie », devrait conserver sa position majoritaire au Parlement même si, d’après les derniers sondages, le parti serait en perte de vitesse. Les élections présidentielles se tiendront en 2018.

A l’international, l’Union européenne a décidé le 21 juin dernier de prolonger de six mois ses sanctions à l’encontre de la Russie, soit jusqu’au 31 janvier 2017. Un allègement des sanctions américaines n’est pas non plus à l’ordre du jour.

Johanna Melka johanna.melka@bnpparibas.com

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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