Perspectives

Premiers pas de la nouvelle coalition

EcoPerspectives // 1er trimestre 2020  
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Espagne  
Premiers pas de la nouvelle coalition  
La croissance espagnole reste solide, sans pour autant être immune au ralentissement économique européen. Elle devrait continuer  
de freiner cette année et s’établir autour de 1,7% en 2020, après presque 2% en 2019. En outre, l’effet sur le marché du travail de ce  
ralentissement commence à se faire sentir. Côté politique, le Parlement a voté début janvier l’investiture de Pedro Sanchez, sorti  
vainqueur, mais pas renforcé, des élections législatives du mois de novembre dernier. Il sera à la tête d’un gouvernement de coalition  
minoritaire, avec le parti d’extrême gauche Podemos, qui dépend du soutien implicite des partis régionaux et nationalistes, et  
notamment d’une partie des indépendantistes catalans.  
La croissance espagnole devrait, cette année encore, être l’une des  
1
- Croissance et inflation  
plus dynamiques des grands pays européens. Après avoir crû de  
près de 3% en moyenne en moyenne au cours des 5 dernières  
années, l’activité a vraisemblablement encore progressé de près de  
Croissance du PIB (%)  
Inflation (%)  
Prévision  
Prévision  
2
.9  
2
% en 2019, bien au-dessus de la moyenne de la zone euro.  
2.4  
2.0  
Atterrissage en douceur  
1.9  
1
.7  
1.7  
1.6  
Bien entendu, le ralentissement qu’on observe partout en Europe  
s’installe également dans la péninsule ibérique et, ce, d’autant plus  
que l’économie est désormais nettement plus ouverte que par le  
passé, avec des exportations de biens et services qui représentent  
près de 34% du PIB en volume, contre 26% en 2007. Malgré tout, le  
ralentissement est jusqu’ici resté plutôt progressif avec, notamment,  
une certaine résilience de la demande intérieure. La consommation  
des ménages étaient ainsi en hausse de +1,4% g.a. au troisième  
trimestre, et l’investissement des entreprises de +2,4%. S’agissant  
de la fin de l’année 2019, la Banque d’Espagne estime que la  
croissance s’est probablement poursuivie au T4 sur un rythme  
trimestriel proche de celui observé aux deux trimestres précédents  
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.9  
0
.8  
0.8  
1
7
18  
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20  
21  
17  
18  
19  
20  
21  
Sources : comptes nationaux, BNP Paribas  
2
- L’activité dans les services résiste  
Indices des directeurs d’achats (points)  
-
-- Composite ---- Industrie manufacturière - - - - Services  
70  
65  
60  
55  
50  
45  
40  
35  
30  
25  
(
0,4% t/t). Les quelques informations disponibles permettent  
notamment de tabler sur une bonne tenue des ventes au détail en  
fin d’année, ainsi que sur un rebond des exportations automobiles.  
Les enquêtes menées auprès des directeurs d’achats accréditent  
pour l’instant l’idée d’une déconnexion croissante entre l’évolution  
de l’activité dans les secteurs industriels, où la production se  
contracte depuis quelques mois, et la conjoncture des services (cf.  
graphique), beaucoup plus résistante, soutenue notamment par la  
demande des ménages, le redressement du secteur immobilier, et  
le tourisme. À l’avenir, il est certain que l’évolution des revenus et  
du comportement des ménages seront déterminants pour permettre  
à la croissance espagnole de résister. De ce point de vue, les  
nouvelles sont plutôt partagées. Soutenue par les créations  
d’emplois et les hausses de salaires, la croissance du revenu  
disponible nominal dépasse 3% g.a. depuis deux ans et continuait  
d’accélérer mi-2019. Cela a permis aux ménages espagnols de  
renforcer leur épargne, dont le taux, s’il reste faible au regard de la  
moyenne européenne, s’est sensiblement redressé depuis le début  
de 2018. Les marges de manœuvre ainsi reconstituées pourraient  
finir par servir, alors que l’effet sur le marché du travail de ce  
ralentissement commence à se faire sentir. En effet, alors que près  
de 2,5 millions d’emplois ont été créés depuis le creux de fin 2013,  
la croissance de l’emploi vient de tomber à 1,8% g.a. au T3, au plus  
bas depuis 5 ans, et le taux de chômage se stabilise depuis  
quelques mois, à un niveau encore très élevé (14%).  
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007  
2009  
2011  
2013  
2015  
2017  
2019  
Source : Markit  
 Une coalition fragile  
Comme le laissaient présager les sondages, Pedro Sanchez est  
arrivé en tête des élections législatives du 10 novembre dernier,  
mais sans pour autant parvenir à enrayer la fragmentation du  
paysage politique espagnol. De fait, celle-ci n’a cessé de s’accroître  
depuis l’irruption de Podemos et de Ciudadanos sur la scène  
politique (vers 2015) et la fin du bipartisme, au fur et à mesure des  
quatre élections générales qu’a connues le pays au cours des  
quatre dernières années. À gauche, l’élection de novembre dernier  
a laissé les rapports de force globalement inchangés par rapport au  
scrutin du mois d’avril 2019, le parti socialiste espagnol (PSOE)  
occupant 120 sièges dans la nouvelle assemblée, soit à peine plus  
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d’un tiers des députés, et Podemos 35 sièges. À droite, le scrutin a  
surtout été marqué par l’effondrement des centristes de Ciudadanos,  
qui perdent les 4/5 de leurs sièges au bénéfice du Parti populaire  
3
- Coalition minoritaire  
Groupes politiques au sein du Congrès des députés à l’issue des élections de  
e
novembre 2019, en nombre de sièges  
(
89 sièges), et par un nouveau bond du parti d’extrême droite Vox,  
dont le nombre de députés a plus que doublé, et peut désormais  
prétendre être la troisième force politique du pays. Après plusieurs  
semaines de discussions, Pedro Sanchez a finalement été investi  
Premier ministre au début du mois de janvier. Il a pris la tête d’une  
coalition de gouvernement minoritaire PSOE  Podemos, grâce au  
soutien des députés nationalistes basques du PNV et à l’abstention  
bienveillante de partis régionalistes, et notamment des  
indépendantistes catalans d’Esquerra Republicana de Catalunya  
(
ERC).  
Politiques économique et institutionnelle, la voie  
étroite  
Source : Wikipedia  
Quelle sera la politique de cette coalition, son orientation et sa  
capacité d’action ? Le vote d’investiture a montré que Pedro  
Sanchez dispose d’une majorité relative extrêmement courte, de  
4- Prévisions budgétaires  
En % du PIB  
1
seulement deux voix , au Congrès des députés. On peut donc  
solde budgétaire,  
ratio de dette publique  
s’attendre à de fréquentes épreuves de force avec les partenaires  
ou les soutiens de la coalition et, ce, tout au long du mandat. Sur la  
question catalane, il s’est engagé, pour obtenir l’appui d’ERC, à  
ouvrir des négociations avec le gouvernement régional, et à  
soumettre un éventuel compromis à l’approbation des Catalans. Si  
la reprise du dialogue est une bonne nouvelle, le chemin sera long  
et ardu, notamment parce que les deux parties n’ont  
vraisemblablement pas la même vision du contenu et de l’objectif  
des discussions (réforme du statut d’autonomie pour le parti  
socialiste, droit à l’autodétermination pour les indépendantistes).  
4
2
0
110  
100  
90  
80  
70  
60  
50  
-2  
-4  
-6  
-8  
40  
30  
20  
-10  
-
12  
S’agissant de politique économique, rappelons que Pedro Sanchez  
avait refusé après les élections d’avril 2019 de former un  
gouvernement de coalition avec Podemos. Il ne s’y est résolu que  
dans la mesure où cela restait la seule option envisageable après le  
scrutin de novembre. L’accord de coalition conclu entre les deux  
partis table sur des hausses d’impôt pour les hauts salaires et les  
grandes entreprises, et une augmentation du salaire minimum. Plus  
précisément, l’impôt sur les revenus des particuliers augmenterait  
de deux points de pourcentage au-delà de 130 000 euros par an, et  
de quatre points au-dessus de 300 000 euros. L’import sur les plus-  
values augmenterait également de 4 points au-dessus de  
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007  
2009  
2011  
2013  
2015  
2017  
2019  
Sources : Commission européenne, plan budgétaire pour 2020 d’octobre 2019  
Enfin, et bien que le taux de chômage se soit stabilisé à un niveau  
encore très élevé au cours des derniers trimestres, le gouvernement  
prévoit également de poursuivre la hausse du salaire minimum  
(
+8% en 2017, 4,0% en 2019, +22,3% en 2019) pour le porter  
progressivement à 60% du salaire moyen d’ici 4 ans (soit une  
hausse d’environ 30% supplémentaire). A ce stade, toutefois, le  
budget pour 2020 n’est pas formalisé, et encore moins voté. Pedro  
Sanchez reste désireux d’apparaître comme le garant d’un certain  
sérieux budgétaire, même si une orientation clairement restrictive  
1
40 000 euros, passant à 27% contre 23% actuellement. Enfin, une  
réforme de l’IS assurerait un taux d’imposition minimum de 15%,  
porté à 18% pour les institutions financières et les compagnies  
pétrolières. Du côté des dépenses, il s’agira de renforcer les  
services publics, dans la santé, l’éducation et le logement  
notamment, mais aussi d’augmenter certaines prestations familiales  
et de revenir à un mécanisme d’indexation des retraites sur  
l’inflation.  
2
de sa politique économique est peu probable . La voie sera donc  
étroite, particulièrement en période de ralentissement économique.  
En 2019 déjà, le pays a manqué ses objectifs, son solde budgétaire  
s’étant vraisemblablement stabilisé autour de -2,5% du PIB selon la  
Banque d’Espagne, contre -2,0% attendu en octobre dernier.  
1
Pedro Sanchez n’a été investi qu’au second tour du vote d’investiture, au  
2
cours duquel un vote des députés à la majorité simple était suffisant. C’est donc  
l’abstention d’un certain nombre de députés qui a permis au socialiste de  
l’emporter avec 167 voix favorables, contre 165 opposées, et de former un  
gouvernement minoritaire.  
Ce, malgré les recommandations de la Commission européenne. En effet,  
dans le cadre du volet préventif du Pacte de Stabilité, celle-ci recommande à  
l’Espagne de poursuivre les efforts de consolidation tant que le solde structurel  
des finances publiques n’est pas proche de l’équilibre.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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