Emerging

Premiers signes de resserrement des conditions de crédit

er  
Eco Emerging // 1 trimestre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
3
CHINE  
PREMIERS SIGNES DE RESSERREMENT DES CONDITIONS DE CRÉDIT  
La croissance chinoise a atteint 2,3% en 2020. Le rebond de l’activité depuis mars a été rapide et s’est étendu  
progressivement de l’industrie aux services. L’investissement, surtout tiré par les projets d’infrastructures et  
immobiliers, devrait se renforcer dans le secteur manufacturier, encouragé par la solide performance des exportations.  
Enfin, la consommation privée, bien que toujours à la traîne, se redresse plus vivement depuis l’été. Alors que la  
politique budgétaire devrait continuer de soutenir la demande à court terme, les autorités monétaires réajustent  
leurs priorités. Les conditions de crédit commencent à être resserrées via de nouvelles normes prudentielles. Une  
hausse des défauts des entreprises devrait accompagner les efforts d’assainissement du secteur financier.  
L’activité économique a connu un rebond en forme de V depuis la sortie  
du confinement du pays en mars dernier. Après s’être contracté de 10%  
entre le T4 2019 et le T1 2020, le PIB réel a récupéré en un trimestre  
tout le terrain perdu (+11,6% au T2 en rythme trimestriel). Il a ensuite  
PRÉVISIONS  
2
019  
2020e  
2021e  
2022e  
progressé de 3% au T3 et de 2,6% au T4 (rythmes trimestriels). En outre,  
le redressement s’est étendu progressivement. La reprise de l’activité a  
d’abord été tirée par la production industrielle et l’investissement dans  
les infrastructures publiques et l’immobilier grâce aux mesures de  
relance des autorités. Le secteur exportateur a ensuite très largement  
bénéficié du rebond de la demande mondiale. Enfin, les services et la  
consommation privée ont gagné en vigueur depuis l’été. Sur l’ensemble  
de l’année 2020, la croissance du PIB réel s’est établie à +2,3%.  
La crise liée à l’épidémie de Covid-19 a toutefois laissé des traces.  
En particulier, la consommation privée est encore loin d’un retour à  
la normale, les ménages ayant été fragilisés en début d’année par la  
dégradation du marché du travail et la baisse de leurs revenus. En outre,  
les difficultés financières des entreprises se sont fortement accrues  
alors que leurs niveaux d’endettement sont excessivement élevés. Les  
risques de crédit augmentent et les défauts sur les prêts bancaires et  
sur le marché obligataire sont amenés à se multiplier. Les autorités ont  
commencé à ajuster leur politique de crédit, afin de redonner la priorité  
à la maîtrise des risques d’instabilité dans le secteur financier sans  
pour autant pénaliser le redressement de l’activité.  
PIB réel, variation annuelle, %  
6.1  
2.9  
2.3  
2.5  
9.5  
2.3  
5.3  
2.8  
Inflation, IPC, moyenne annuelle, %  
Solde budgétaire officiel, % du PIB  
Dette du gouvernement central, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
-2.8  
17.0  
1.0  
-3.6  
19.5  
2.0  
-3.0  
20.6  
1.7  
-3.0  
22.0  
1.4  
Dette externe totale, % du PIB  
14.4  
3 108  
15.0  
7.0  
16.1  
3 217  
16.5  
6.5  
16.0  
3 260  
15.5  
6.4  
15.6  
3 300  
15.0  
6.5  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDCNY (fin d'année)  
e: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
REBOND EN V, VENTES AU DÉTAIL ENCORE À LA TRAÎNE  
g.a. % en valeur, cumul annuel  
15  
REBOND EN V DE L’ACTIVITÉ  
5
5
Le redressement de l’économie est resté solide au cours des derniers  
mois de 2020 (graphique 1). Du côté de l’offre, la croissance de la  
production industrielle, qui avait redémarré dès les premières mesures  
d’allègement du confinement en mars, a accéléré continûment pour  
atteindre 7,3% en glissement annuel (g.a.) en décembre. Sur l’ensemble  
de 2020, la production industrielle a été 2,8% supérieure à son niveau  
de 2019 en volume (+1% en valeur étant donné la baisse moyenne  
de 1,8% des prix à la production). Dans le secteur des services, le  
redémarrage a été beaucoup plus tardif, mais l’activité a fortement  
accéléré depuis septembre. Après l’effondrement du T1, la croissance  
des services est passée de -0,4% en g.a. au T2 à +4,3% au T3, pour  
finalement dépasser celle de la production industrielle au T4 (+7,7%).  
Bien que l’activité tertiaire ait légèrement marqué le pas en décembre,  
les services devraient reprendre en 2021 leur place de principal moteur  
de croissance.  
-
Investissement  
Exportations  
Ventes au détail  
Production industrielle  
-15  
-
25  
2014  
GRAPHIQUE 1  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
SOURCES : NBS, CEIC  
La confiance des ménages revient, aidée par l’amélioration du marché  
du travail et la baisse de l’inflation. Le taux de chômage urbain a  
diminué depuis mars pour atteindre 5,2% en novembre et décembre,  
L’accélération dans les services a accompagné le regain de vigueur soit le niveau de fin 2019. L’inflation des prix à la consommation a  
de la consommation privée. Alors que le commerce par internet s’est fortement reculé au cours de l’année 2020, passant de 5% en g.a. au T1  
rapidement renforcé dès le T2, la reprise des ventes au détail a d’abord à 0,1% au T4, principalement sous l’effet de l’importante décélération  
été très hésitante et ne s’est consolidée que depuis la fin de l’été des prix alimentaires après leur flambée dans les derniers mois de  
(
atteignant +5% en g.a. au T4 2020). Sur l’ensemble de l’année, les 2019 et premiers mois de 2020. L’inflation sous-jacente est également  
volumes de ventes au détail étaient encore près de 5% inférieurs à leur faible, mais stable (+0,5% depuis juillet contre 1,6% en moyenne en  
niveau de 2019.  
2019).  
La banque  
d’un monde  
qui change  
er  
Eco Emerging // 1 trimestre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
4
La demande des ménages va continuer de se redresser, mais devrait  
rester en sous-régime encore quelque temps étant donné la hausse du  
nombre d’emplois précaires qui a accompagné la reprise du marché du  
travail, la progression limitée des revenus disponibles en 2020 (+2,1%  
en moyenne en termes réels, contre 5,8% en 2019) et les incertitudes  
persistantes quant à l’évolution de l’épidémie. En même temps, de  
nouvelles mesures visant à soutenir la consommation privée sont  
probables dès 2021, puisque son expansion reste un objectif prioritaire  
de la stratégie économique chinoise. Le Plan quinquennal pour 2021-  
NOUVELLE HAUSSE DES NIVEAUX D’ENDETTEMENT  
3
2
2
2
1
1
1
00  
70  
40  
10  
80  
50  
20  
25  
Dette interne du secteur non financier, % du PIB (é.g.)  
Crédits totaux, g.a., % (é.d.)  
20  
2
025, dévoilé à l’automne, définit en effet le marché intérieur comme  
15  
un des piliers de la croissance. Les détails du Plan seront précisés en  
mars.  
L’investissement s’est renforcé progressivement depuis le T2 2020,  
affichant une croissance de +2,9% sur l’ensemble de l’année. Il est resté  
principalement tiré par les projets d’infrastructures et immobiliers,  
bien que la croissance de ceux-ci ait commencé à fléchir légèrement.  
L’investissement manufacturier montre des signes de reprise,  
encouragé par la solide performance des exportations. Le rebond  
des ventes de marchandises depuis juin s’est en effet rapidement  
consolidé, atteignant une moyenne de +10% en g.a. en dollars courants  
sur la période juillet-octobre puis de +20% sur les deux derniers mois  
de l’année. La Chine a été en mesure de répondre à la forte hausse  
de la demande d’équipements et matériels médicaux, de biens  
technologiques et, plus récemment, d’autres biens de consommation  
courante tels que les jouets. Les perspectives d’exportation restent  
néanmoins incertaines, puisque dépendantes à la fois de la poursuite  
du redressement de la demande mondiale et donc de l’évolution de la  
pandémie, et des négociations commerciales à venir entre Washington  
et Pékin.  
10  
5
2017  
2018  
2019  
2020  
SOURCES : PBOC, BNP PARIBAS  
GRAPHIQUE 2  
règles visant à contenir l’endettement des promoteurs immobiliers,  
ainsi que signifié leur volonté d’encadrer davantage les activités de  
financement sur internet. Début décembre, elles ont annoncé un ren-  
forcement des normes prudentielles applicables aux banques consi-  
dérées comme « too big to fail » – dont la liste devrait être allongée  
afin, notamment, d’accroître la surveillance des banques régionales. La  
croissance du crédit domestique, qui avait accéléré de 10,7% en g.a. fin  
2
019 à 13,7% en octobre, a fléchi sur les deux derniers mois de 2020.  
MULTIPLICATION DES DÉFAUTS  
AJUSTEMENT PRUDENT DE LA POLITIQUE DE CRÉDIT  
Une multiplication des défauts des entreprises est attendue en 2021, à  
la fois conséquence de la crise de la Covid-19 et corollaire des efforts  
d’assainissement du secteur financier. La Chine est entrée dans la  
crise de la Covid-19 avec une dette excessivement élevée, estimée à  
Alors que la politique budgétaire et l’investissement public devraient  
continuer de soutenir l’activité, les autorités ont entamé un durcisse-  
ment sélectif de la politique de crédit. Étant donné le solide rebond  
de l’activité, les autorités monétaires peuvent en effet se permettre  
de réajuster leurs objectifs et de redonner la priorité à la maîtrise des  
risques financiers.  
2
58% du PIB (dette interne du secteur non-financier à fin 2019). Des  
efforts de réduction des risques financiers ont été mis en œuvre en  
017-2019 (durcissement réglementaire, recul des activités du shadow  
2
Le resserrement des conditions de crédit sera toutefois une opération banking, début de désendettement du secteur des entreprises), mais  
délicate. D’une part, il ne devra pas entraver le redressement de la crise du T1 2020 et l’assouplissement monétaire et réglementaire  
l’économie ni aggraver les pressions déflationnistes. Pékin pourrait qui l’a suivie ont interrompu cette dynamique. L’excès de dette s’est  
également souhaiter ne pas accentuer l’appréciation du yuan, qui aggravé : le ratio de dette sur PIB a augmenté d’environ 25 points de  
a gagné 9% contre le dollar depuis fin mai. D’autre part, tout en pourcentage en 2020 – après une hausse de 10 points sur les trois  
encourageant un assainissement des pratiques de crédit, les autorités années précédentes (graphique 2).  
devraient continuer de soutenir les entreprises saines qui rencontrent  
des difficultés financières, et agir pour limiter les risques d’instabilité  
et les épisodes de stress dans le secteur financier.  
Bien que les niveaux d’activité se soient normalisés dans la majorité  
des secteurs, nombre d’entreprises et de ménages restent fragilisés  
par les pertes financières du début d’année. Les conditions de crédit  
L’action de la banque centrale (PBOC) sur les taux d’intérêt devrait commencent à être resserrées et le poids du service de la dette devrait  
par conséquent rester prudente. Ainsi, depuis avril, PBOC a maintenu s’alourdir considérablement dans les prochains mois lorsque les me-  
son taux directeur inchangé (à 2,95%, après une baisse de 30 points sures d’aide post-Covid (lignes de crédits, refinancements, rééchelon-  
de base en début d’année). Elle a laissé les taux monétaires remonter nements des remboursements) prendront fin. Dans le secteur bancaire,  
progressivement jusqu’en novembre (le taux repo à sept jours est passé le ratio officiel de créances douteuses était de 1,96% au T3 2020, un ni-  
de 1,5% en moyenne en avril à 2,3% en novembre), mais a inversé la veau faible mais néanmoins en légère hausse. Les récents défauts d’en-  
tendance depuis décembre (le taux repo à sept jours s’est établi à 1,9% treprises sur les marchés obligataires locaux annoncent également les  
sur la première quinzaine de janvier). À très court terme, il est probable tendances à venir. Leur nombre devrait rapidement s’accroître. Surtout,  
que PBOC s’assure d’apaiser les tensions sur les marchés monétaire et la proportion d’entreprises publiques en défaut commence à augmen-  
obligataire et de maintenir des niveaux de liquidité confortables dans ter, preuve d’une lente baisse du soutien implicite de l’État.  
le secteur financier.  
Achevé de rédiger le 18 janvier 2021  
En revanche, les autorités devraient durcir lentement les conditions de  
crédit en agissant sur le cadre prudentiel et en imposant plus de dis-  
cipline aux acteurs financiers. Elles ont déjà récemment introduit des  
Christine PELTIER  
christine.peltier@bnpparibas.com  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2730 articles et 721 vidéos