Conjoncture

QE et bilans bancaires : l'expérience américaine

QE et bilans bancaires :  
l’expérience américaineCéline Choulet  
La Banque centrale européenne a lancé en début  
Pour différentes raisons (changement du mode de  
d’année un programme d’assouplissement quantitatif, calcul de la commission versée au fonds de garantie  
consistant en achats de titres publics sur le marché des dépôts, moindre appétence des banques  
secondaire. Un tel dispositif vise notamment à contrer étrangères pour les titrisations américaines couplée à  
les pressions déflationnistes. Il est en effet de nature à un moindre recours aux fonds monétaires américains),  
accroître  
directement  
la  
masse  
monétaire les banques résidentes ont modifié l’effet « naturel » de  
(principalement les dépôts de la clientèle résidente l’assouplissement quantitatif sur la taille de leurs bilans,  
auprès des banques) et, donc, à pallier l’atonie du les unes (les banques américaines) l’atténuant, les  
crédit, canal traditionnel de création monétaire. Comme autres (les succursales de banques étrangères)  
seuls les établissements de crédit disposent d’un l’accentuant. Les évolutions opposées des dettes nettes  
compte auprès de la banque centrale, tout achat d’actifs des banques résidentes à l’égard de leurs succursales  
par la banque centrale transite par le bilan d’une banque ou maisons mères implantées hors des Etats-Unis  
et conduit ainsi mécaniquement à un gonflement de la témoignent de ces stratégies. Il en a résulté une  
base monétaire (billets, pièces et réserves des déformation de la structure de détention des réserves  
établissements de crédit auprès de la banque centrale). auprès de la Réserve fédérale, sans déformation  
Lorsque la banque centrale achète des titres auprès équivalente des dépôts clientèle au passif des bilans  
d’une société d’assurance, d’un fonds de pension ou de bancaires. Les ajustements bilanciels des unes  
tout autre agent non bancaire, la banque commerciale, compensant ceux des autres, l’effet net qui en a résulté  
qui joue le rôle d’intermédiaire, crédite le compte de son au niveau agrégé a pu masquer ces stratégies  
client (masse monétaire) et voit ses réserves auprès de opposées. Les mesures de drainage des liquidités  
la banque centrale créditées d’autant (base monétaire). excédentaires, mises en place par la Réserve fédérale  
Un programme d’assouplissement quantitatif est ainsi depuis la fin 2013, devraient, quant à elles, rééquilibrer  
de nature à avoir des effets importants sur les bilans la structure de détention des réserves.  
bancaires.  
L’expérience américaine de l’assouplissement  
quantitatif est instructive à, au moins, deux égards. Elle  
permet non seulement d’illustrer très pédagogiquement  
Assouplissement quantitatif et  
ces mécanismes mais elle apprend, aussi, que les effets bilans bancaires : la mécanique  
d’un tel dispositif peuvent ne pas être aussi mécaniques  
et uniformes qu’attendus. Nous analysons dans cet  
Aux Etats-Unis, la Réserve fédérale (Fed) a mené  
article comment le durcissement de la réglementation pendant près de six années (de décembre 2008 à mars  
bancaire et l’aversion à l’égard des produits titrisés ont 2010, de novembre 2010 à juin 2011, d’octobre 2012 à  
déformé les effets de l’assouplissement quantitatif sur octobre 2014) une politique d’assouplissement  
les bilans des banques commerciales résidentes aux quantitatif (QE) qui a consisté en trois vagues d’achats  
Etats-Unis. Nous prolongeons ainsi les contributions d’actifs (titres de dette du Trésor américain, titres de  
d’Ennis et Wolman (2012), Goulding et Nolle (2012), dette et titres adossés à des prêts hypothécaires – MBS  
Kreicher, McCauley et McGuire (2013) et McCauley et – émis par les Agences ) sur le marché secondaire .  
McGuire (2014).  
Cette politique a mécaniquement conduit à un  
Juillet-Août 2015  
Conjoncture  
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gonflement du bilan de la banque centrale : de son l’assouplissement quantitatif amorcé en début d’année  
portefeuille de titres à l’actif de son bilan et des comptes en zone euro intervient dans un contexte de taxation  
courants des banques résidentes à son passif des réserves excédentaires des banques (pénalité de  
(graphique 1). Les réserves des banques auprès de la 0,20% appliquée aux réserves en excès des réserves  
Fed sont ainsi devenues très largement excédentaires obligatoires), depuis 2008, la Fed rémunère les réserves  
au regard des exigences minimales (au sens de la excédentaires au taux de 0,25%.  
politique monétaire ) : depuis début 2009, les réserves  
en excès des réserves obligatoires représentent environ  
9
5% des comptes courants des banques auprès de la  
Le QE a gonflé les réserves des banques  
résidentes aux Etats-Unis  
Fed. Ces achats ont également contribué à une forte  
croissance des dépôts des clients auprès des banques.  
3000 mds USD  
2
2
1
1
500  
000  
500  
000  
Des réserves en banque centrale très largement  
excédentaires  
Les banques résidentes aux Etats-Unis ont plus  
largement participé au QE comme intermédiaires pour  
le compte de leurs clients et n’ont que marginalement  
cédé les titres qu’elles détenaient à leur bilan. Sur  
l’ensemble de la période d’assouplissement quantitatif  
de la Fed, elles ont même élargi leurs portefeuilles de  
titres du Trésor ou d’Agences. Si les banques avaient  
elles-mêmes vendu leurs portefeuilles de titres, le QE se  
serait simplement traduit par une conversion d’actifs à  
leurs bilans (titres contre réserves auprès de la Fed),  
sans effet sur la taille de leurs bilans (cas 1 du schéma  
5
00  
0
2006  
2009  
2012  
2015  
Graphique 1  
Source : Réserve fédérale  
Répartition des Treasuries par secteurs détenteurs  
en % de l'encours total  
variation de la détention, en points de %  
50%  
12  
10  
8
6
4
4
3
0%  
0%  
1
) et sur la masse monétaire en circulation. Or, de la fin  
du troisième trimestre 2008 au quatrième trimestre  
014, ce sont principalement les ménages américains  
qui inclut les hedge funds et les fonds de private equity  
Sept 2008 Dec 2014 Ecart  
20%  
0%  
1
2
(
2
0
0
%
-10%  
-2  
-
-
20%  
30%  
-4  
dans les statistiques américaines), les Etats et  
collectivités locales, les institutions financières non  
bancaires, notamment les Government-Sponsored  
Enterprises (GSEs) et les fonds monétaires, et les non-  
résidents qui ont réduit leur détention de titres du Trésor  
et/ou d’Agences (graphiques 2 et 3). Ces agents (en  
dehors des GSEs) n’ayant pas de comptes auprès de la  
Fed, les transactions ont été réalisées par le biais des  
bilans bancaires : en règlement de ses achats  
-6  
-8  
-40%  
Graphique 2  
Source : Réserve fédérale  
Variation de la détention de titres de dette  
et de MBS d'Agences (mds USD)  
(
augmentation des titres à son actif), la Fed a crédité les  
Variation entre  
sept. 2008 et dec. 2014  
Broker-dealers  
Emetteurs d'ABS & REITS  
GSEs  
comptes courants des banques (gonflement des  
réserves excédentaires des banques à son passif et à  
l’actif des bilans bancaires) tandis que les banques  
créditaient les comptes de leurs clients (hausse des  
dépôts au passif des bilans bancaires) (cas 2 du  
schéma 1). Toutes choses égales par ailleurs,  
l’assouplissement quantitatif de la Fed a ainsi eu  
tendance à accroître la taille de bilan des banques  
résidentes en gonflant leurs avoirs en banque centrale  
et leur dette à l’égard de la clientèle. Alors que  
Fonds d'investissement  
Fonds de pension  
Banques  
Fonds monétaires  
Assurances  
Fed  
Non-résidents  
Etats et coll. locales  
Ménages  
-1000  
-500  
0
500  
1000  
1500  
2000  
Graphique 3  
Source : Réserve fédérale  
Juillet-Août 2015  
Conjoncture  
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Incidence sur les bilans des Large Scale Asset Purchases  
Cas 1 : une banque commerciale vend 10 unités de titres à la banque centrale  
Banque Centrale  
Banque commerciale  
Actif Passif  
Titres  
Réserves +10  
Client  
Actif  
Titres +10  
Passif  
Actif  
Passif  
Réserves +10  
-10  
Taille de bilan : +10  
Taille de bilan inchangée  
Cas 2 : la banque commerciale intervient comme intermédiaire pour le compte de son client (qui vend 10 unités de titres à la banque centrale)  
Banque Centrale Banque commerciale Client  
Actif  
Titres +10  
Passif  
Actif  
Passif  
Dépôts +10  
Actif  
Passif  
Réserves +10  
Réserves +10  
Titres -10  
Dépôts +10  
Taille de bilan : +10  
Taille de bilan : +10  
Schéma 1  
Aux Etats-Unis, le QE a finalement conduit à un de la Fed a contrarié l’illustration de l’adage « les crédits  
gonflement de la base monétaire (billets, pièces et font les dépôts ». A partir de la fin 2008, tandis que les  
réserves auprès de la banque centrale) mais également encours de prêts bancaires se contractaient  
de la masse monétaire (hausse des dépôts des temporairement (remboursement ou effacement des  
résidents), un second effet qui aurait été moins créances immobilières, baisse de la production nouvelle  
perceptible si seuls les banques, les GSEs (qui disposent de crédits), les dépôts continuaient de progresser  
d’un compte auprès de la Fed) ou les non-résidents (leurs rapidement (graphique 4). La monnaie (les dépôts) créée  
dépôts n’entrent pas dans la composition de la masse dans le cadre de l’assouplissement quantitatif a  
monétaire) avaient cédé leurs titres.  
déconnecté les stocks de crédits et de dépôts bancaires.  
Ce phénomène peut être très simplement illustré en  
ajoutant aux encours de prêts bancaires la contrepartie  
du supplément de dépôts créés dans le cadre du QE,  
c’est-à-dire les réserves excédentaires des banques  
Des dépôts en constante progression malgré une  
contraction des crédits  
Les banques ayant principalement joué le rôle auprès de la Fed (courbe en pointillé du graphique 4)  
d’intermédiaires, les achats de titres de la Fed ont rompu (Coppola, 2014).  
le lien, traditionnellement ténu (même en économie  
ouverte), entre crédits (non titrisés) et dépôts bancaires  
(
hors prêts et dettes interbancaires). En temps normal, à  
Le QE a déconnecté les stocks de crédits et de  
dépôts bancaires  
l’échelle d’un système bancaire national, cette relation  
très étroite tient à la spécificité du financement par prêt  
bancaire : lorsqu’une banque octroie un crédit, elle créé  
dans le même temps un nouveau dépôt. En d’autres  
termes, elle crée de la monnaie en créditant le compte de  
son client. Ce dépôt peut « se déplacer » vers le compte  
courant d’un client d’une autre banque (c’est le cas par  
exemple si l’emprunteur achète la voiture d’un client d’une  
banque concurrente) mais au niveau agrégé, les encours  
de prêts et dépôts demeurent équilibrés (à la conversion  
près des dépôts en billets ou de leur « fuite » vers  
l’étranger). Aux Etats-Unis, l’assouplissement quantitatif  
mds USD, encours au bilan des banques commerciales  
1
1
2000  
0000  
Dépôts  
Prêts conservés en bilan  
8
000  
Prêts + Réserves excédentaires  
auprès de la Fed  
6000  
4000  
Le QE a gonflé les  
dépôts et les réserves  
au bilan des banques  
2
000  
0
7
3
80  
87  
94  
01  
08  
15  
Graphique 4  
Source : Réserve fédérale  
Juillet-Août 2015  
Conjoncture  
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Une déformation de la structure de détention des  
réserves  
ceux des autres, l’effet net qui en a résulté au niveau  
agrégé masque ces mouvements opposés (quatrième  
partie). Les mesures de drainage des liquidités  
L’analyse au niveau agrégé de l’incidence du QE excédentaires (au sens de la politique monétaire)  
sur les bilans bancaires masque toutefois de grandes mises en place par la Réserve fédérale depuis la fin  
disparités entre établissements résidents . A l’appui  
d’une analyse sur données individuelles, Ennis et  
Wolman (2012) ont mis en évidence que les différentes  
mesures de politique monétaire mises en place par la  
Réserve fédérale (prêts aux établissements à la fin  
2013 devraient rééquilibrer la structure de détention  
des réserves (cinquième partie).  
Les ressources stables ont  
progressé deux fois plus que les  
réserves au bilan des banques  
2008, première et deuxième vagues d’achats de titres)  
avaient conduit à une déformation de la structure de  
détention des réserves au sein du secteur bancaire  
résident. En effet, alors qu’elles pesaient moins de 10%  
des actifs bancaires en septembre 2008, les américaines  
succursales américaines de banques étrangères ont  
capté 40% du supplément de réserves créées sur  
Comme nous l’avons évoqué plus haut, des achats  
l’ensemble de la période du QE (du troisième trimestre de titres par une banque centrale peuvent s’accompagner  
2
008 au quatrième trimestre 2014) mais seulement 8% d’une augmentation du poids des ressources réputées les  
des dépôts (graphique 5).  
plus stables (les dépôts) dans les bilans bancaires mais  
aussi d’une augmentation de la taille des bilans  
bancaires. Selon Ennis et Wolman (2012) et Kreicher,  
McCauley et McGuire (2013), ce second effet est devenu  
problématique pour les banques américaines à l’occasion  
de la seconde phase de l’assouplissement quantitatif  
Les succursales de banques étrangères ont capté  
40 % des réserves excédentaires créées par la Fed  
4
4
3
3
2
2
1
1
5% Poids des succursales américaines de banques  
étrangères dans le secteur bancaire résident  
0%  
5%  
(QE2). En effet, alors que la Fed annonçait, en novembre  
en proportion des actifs financiers  
0%  
2010, son intention d’acheter 600 milliards de dollars  
en proportion des réserves Fed  
5%  
supplémentaires de Treasuries sur le marché secondaire,  
dans le même temps, la FDIC élargissait l’assiette de  
calcul de la commission versée par les banques affiliées  
0%  
5%  
0%  
en proportion des dépôts de la clientèle  
(conformément aux préconisations du Dodd Frank Act). A  
5
%
compter d’avril 2011, l’assiette était élargie à l’ensemble  
du passif (hors fonds propres) de l’institution de dépôt  
contre les seuls dépôts de la clientèle résidente  
précédemment. Le taux de la commission devenait, par  
0
%
moy 2000-2007  
Graphique 5  
moy 2008-2015  
Source : Réserve fédérale  
Pour différentes raisons (changement du mode de ailleurs, fonction de la solidité financière de la banque  
calcul de la commission versée au fonds de garantie (CAMEL rating) et de la structure de sa dette. Ainsi, la  
des dépôts (la FDIC), moindre appétence pour les nouvelle règle de calcul de la commission FDIC renforçait  
titrisations américaines, désir de réduire leur la contrainte de levier en augmentant les coûts  
dépendance aux fonds monétaires américains …), les réglementaires associés à la taille du bilan, au moment  
banques résidentes aux Etats-Unis ont modifié l’effet même où une nouvelle vague d’achats d’actifs était  
«
naturel » du QE sur la taille de leurs bilans (tel que lancée. Kreicher, McCauley et McGuire (2013) ont montré  
décrit plus haut) : les banques américaines l’ont que les effets de taille et de structure de bilan avaient plus  
atténué (deuxième partie de cet article), les fortement joué en défaveur des grandes banques, qui ont  
succursales de banques étrangères l’ont accentué cherché à réduire leur recours aux financements « de  
(troisième partie). Les évolutions opposées des dettes gros » (wholesale funding). Pour notre part, nous  
nettes intra-groupes des établissements résidents à analysons QE2 comme une opportunité pour les banques  
l’égard de leurs succursales ou maisons mères américaines de rembourser les fonds empruntés auprès  
implantées hors des Etats-Unis témoignent de ces de leurs filiales et succursales étrangères, et d’alléger  
stratégies. Les ajustements des unes compensant ainsi le coût de la garantie des dépôts.  
Juillet-Août 2015  
Conjoncture  
6
Le gonflement de la dette nette des banques  
américaines  
Arbitrage réglementaire et marché des eurodollars  
A partir des années 1970, les grandes banques  
américaines ont transféré une partie des dépôts qu’elles  
collectaient auprès d’entreprises ou de fonds vers leurs  
succursales implantées hors des Etats-Unis,  
généralement vers Londres ou les Caraïbes (Kreicher,  
700 mds USD, position débitrice nette des banques américaines  
à l'égard de leurs filiales et succursales implantées  
6
5
4
3
2
1
00  
00  
00  
00  
00  
00  
0
à l'étranger  
1982). Ces transferts reflétaient une forme d’arbitrage  
réglementaire comparable à celle qui a pu motiver la  
désintermédiation du crédit et ont soutenu l’essor du  
100 75  
80  
85  
90  
95  
00  
05  
10  
15  
Note : un signe >0 indique que les banques américaines sont  
emprunteuses nettes à l'égard de leurs filiales et succursales  
implantées hors des Etats-Unis  
-
-
marché des eurodollars 7 (dépôts libellés en dollars  
200  
inscrits au bilan d’une banque établie hors des Etats-  
Graphique 7  
Source : Réserve fédérale  
Unis ou d’une International Banking Facility  
)
(
Goodfriend, 1998 ; He et McCauley, 2012). La  
Les effets du changement de calcul de la commission  
FDIC  
succursale inscrivait ce dépôt à son passif comme une  
dette à l'égard de la clientèle et à l'actif comme un avoir  
à l'égard de sa maison mère aux Etats-Unis. Cette  
dernière inscrivait à son passif une dette à l'égard de sa  
succursale et augmentait ses réserves auprès de la Fed  
L’élargissement de l’assiette de calcul au total de  
bilan et l’introduction d’une pénalité proportionnelle au  
recours au financement de gros ont, dès la fin 2010,  
incité les banques à rembourser leur dette à l’égard de  
leurs filiales ou succursales étrangères. Dès lors que les  
emprunts intra-groupes entraient dans le périmètre des  
ressources utilisées pour le calcul de la commission, il  
paraissait moins justifié pour les banques américaines  
de substituer aux dépôts de la clientèle une dette intra-  
groupe. Le lancement de QE2, et le gonflement des  
réserves qu’il a occasionné, ont permis aux banques  
américaines de rembourser cette dette. Le  
dégonflement de la dette intra-groupe s’est accompagné  
d’une augmentation des dépôts inscrits à leurs bilans  
(Windecker, 1993). Une fois transférés, ces dépôts  
échappaient à la Régulation Q qui encadrait la  
rémunération des dépôts (plafond sur la rémunération  
des comptes d’épargne et dépôts à terme jusqu’en 1986  
et interdiction de rémunérer les dépôts à vue jusqu’en  
2
011) et à l’exigence de réserves obligatoires. De plus,  
ils sortaient de l’assiette de calcul de la commission  
versée à la FDIC. Cette transaction permettait aux  
banques américaines de rester compétitives face aux  
rendements élevés proposés par les non banques  
(notamment par les fonds de gestion collective dans les  
années 70-80) et d’améliorer leur marge nette sur  
ressources en allégeant les coûts réglementaires  
associés à la collecte de dépôts. Cela a contribué à  
gonfler la position débitrice nette des banques  
américaines vis-à-vis de leurs filiales et succursales  
implantées à l’étranger (graphiques 6 et 7).  
(« destruction » ou rapatriement des eurodollars), plus  
spécifiquement chez les grandes banques. Sur la base  
des données de la Banque des Règlements  
Internationaux (BRI) et des Call Reports de la FFIEC,  
McCauley et McGuire (2014) ont montré que,  
symétriquement, l’exposition en dollars de leurs  
succursales ou filiales implantées à l’étranger à l’égard  
de contreparties américaines (dépôts nets des prêts à la  
clientèle) s’était nettement tassée entre le début 2011 et  
la fin 2012. En octobre 2012, la dette nette des banques  
américaines à l’égard de leurs correspondantes à  
l’étranger était quasi nulle alors qu’elle avoisinait 590  
milliards de dollars à son point haut en septembre 2009.  
En seulement trois ans, les banques commerciales  
américaines ont ainsi effacé une dette accumulée sur  
près de treize années (graphique 7). Pour les mêmes  
raisons (commission FDIC, contrainte de levier,  
réserves en excès des réserves obligatoires), l’activité  
sur le marché des fonds fédéraux 9 s’est tarie, en  
Dette et créances intra-groupes des banques  
américaines  
9
8
7
6
5
4
3
2
1
00 mds USD  
00  
Dette à l'égard des filiales et  
succursales à l'étranger  
00  
00  
00  
00  
00  
00  
00  
0
Créances aux filiales et  
succursales implantées à  
l'étranger  
8
6
90  
94  
98  
02  
06  
10  
14  
Graphique 6  
Source : Réserve fédérale  
Juillet-Août 2015  
Conjoncture  
7
particulier sur le marché interbancaire en blanc ou  
En cherchant à minimiser le coût de la commission  
sécurisé. Au final, l’assouplissement quantitatif s’est FDIC, les banques américaines ont amorti l’incidence du  
traduit chez les banques américaines par une QE sur leur stock de réserves et la taille de leurs bilans.  
progression des dépôts (nets des crédits) deux fois Ce ne fut pas le cas des succursales américaines de  
supérieure à celle des réserves (graphiques 8 et 9). Il en banques étrangères, non affiliées, pour la plupart, au  
a résulté une augmentation du poids des dépôts dans système de garantie des dépôts car ne collectant pas de  
les bilans des banques commerciales américaines bien dépôts auprès de la clientèle des particuliers (cf.  
au-delà des standards européens (graphique 10).  
Encadré, page 9) et, de ce fait, non assujetties au  
versement de la commission FDIC.  
Actifs financiers des banques commerciales  
américaines  
mds USD  
Réserves auprès de la Fed  
mds USD  
16000 Les succursales américaines de  
2
2
1
1
500  
000  
500  
000  
Total Actifs  
Crédits*  
Prêts sur les marchés des  
fed funds et repos*  
14000  
banques étrangères ont capté 40%  
1
2000  
10000  
Treasuries & Agencies  
Autres actifs  
Titres de dette privée  
des réserves excédentaires créées  
par le QE  
Prêts interbancaires (y.c avec les  
banques étrangères affiliées)  
8
6
4
2
0
000  
000  
000  
000  
5
00  
0
La seconde phase de l’assouplissement  
quantitatif s’est accompagnée d’une déformation de la  
structure de détention des réserves en banque  
centrale (graphique 11) sans déformation équivalente  
de la structure de détention des dépôts (graphique 5).  
En mars 2011, les succursales de banques étrangères  
implantées aux Etats-Unis détenaient 640 milliards de  
dollars de réserves (40% de leur bilan), le double par  
rapport à l’année précédente. Le poids de leurs  
réserves avait bondi à hauteur de 46% des réserves  
de l’ensemble des institutions de dépôt (40% en  
8
0
85  
90  
95  
00  
05  
10  
15  
*
hors prêts interbancaires  
Graphique 8  
Source : Réserve fédérale  
Passifs financiers des banques commerciales  
américaines  
mds USD  
mds USD  
2
1
1
000  
600  
200  
12000  
Dette interbancaire (y.c. banques étrangères affiliées)  
1
8
6
4
2
0
0000  
000  
000  
000  
000  
Emprunts sur les marchés des fed funds et repos*  
Prêts des FHLB  
Dépôts  
Autres passifs  
8
4
00  
00  
0
moyenne entre 2008 et 2014) contre 2% en juin 2008  
4% en moyenne entre 2000 et 2007), une proportion  
(
sans commune mesure avec leur poids dans les actifs  
bancaires totaux (11% en mars 2011 contre 10% trois  
ans plus tôt).  
8
0
85  
90  
95  
00  
05  
10  
15  
*
hors emprunts interbancaires  
Graphique 9  
Source : Réserve fédérale  
Les dépôts couvrent les 3/4 des actifs des banques  
commerciales américaines  
Déformation de la structure de détention  
des réserves  
dépôts en proportion du total des actifs (hors prêts interbancaires)  
mds USD  
mds USD  
1600  
1400  
8
5%  
0%  
5%  
0%  
5%  
0%  
5%  
Institutions de dépôts  
3
2
2
1
1
000  
500  
000  
500  
000  
RRF et TDF  
QE 3  
Banques américaines  
8
7
7
6
6
5
Succursales de banques étrangères  
1
1
200  
000  
Extension QE 2  
de QE 1  
800  
600  
400  
200  
0
Prêts de la Fed aux banques  
et début de QE 1  
5
00  
0
7
5
80  
85  
90  
95  
00  
05  
10  
15  
00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15  
Graphique 10  
Source : Réserve fédérale  
Graphique 11  
Source : Réserve fédérale  
Juillet-Août 2015  
Conjoncture  
8
Encadré : Les succursales de banques étrangères dans les statistiques américaines  
Les banques internationales structurent leurs activités à l’étranger par le biais de filiales ou de succursales. Les  
filiales constituent des entités morales distinctes sur le plan juridique de leur maison mère et sont généralement  
régulées et supervisées par les autorités du pays d’accueil à la différence des succursales. Certains pays  
restreignent toutefois les activités des succursales de banques étrangères présentes sur leur sol, c’est le cas  
notamment des Etats-Unis (cf. infra). Les banques canadiennes, britanniques, japonaises, françaises et allemandes  
figurent parmi les plus gros acteurs étrangers sur le sol américain.  
Dans les statistiques de la Réserve fédérale, le compte financier des institutions de dépôt américaines  
(l’équivalent des établissements de crédit en zone euro) est établi sur base sociale et selon le principe de résidence.  
Il suit que seuls les actifs (et passifs) financiers des institutions de dépôt résidentes sur le sol américain sont  
comptabilisés (même si ces établissements sont contrôlés par des banques étrangères). Les emplois (et ressources)  
des banques qui leur sont affiliées (maisons mères, filiales ou succursales) mais implantées hors des Etats-Unis  
forment avec les actifs (et passifs) des autres agents non-résidents le secteur « Reste du Monde ». Les comptes de  
chacun des secteurs institutionnels sont consolidés (par exemple, les créances et dettes entre banques  
commerciales résidentes sont nettées). Les données publiées par la Fed (Financial Accounts of the United States,  
Tableau H8) permettent de distinguer au sein du secteur bancaire résident deux types de banques commerciales :  
d’une part, les banques de droit américain (un sous-secteur qui inclut les banques américaines et les filiales  
américaines de banques étrangères) et, d’autre part, les succursales américaines de banques étrangères.  
La Fed n’établit pas de compte distinct pour les filiales américaines de banques étrangères. Sur la base des  
données des Call Reports de la FFIEC, Goulding et Nolle (2012) ont toutefois mis en évidence que leur structure de  
bilans était assez similaire à celle des banques commerciales américaines (contrairement aux succursales, cf. infra).  
Leur poids est par ailleurs bien moindre que celui des succursales : elles concentrent un tiers des actifs des banques  
étrangères implantées aux Etats-Unis contre deux tiers pour les succursales.  
Aux Etats-Unis, à quelques exceptions près , les succursales de banques étrangères ne sont pas affiliées à la  
FDIC : elles ne sont pas autorisées à collecter des dépôts auprès des particuliers et les dépôts de leur clientèle  
(sociétés) ne sont pas garantis. Ces établissements se financent très largement sur les marchés de « gros », c’est-à-  
dire à l’aide de ressources réputées moins stables que les dépôts de la clientèle des particuliers. Ainsi, si les dépôts  
représentent, comme chez les banques américaines, la principale source de financements des succursales, ils sont  
constitués à hauteur de 80% de dépôts excédant le seuil garanti (250 milliards de dollars) contre moins de 10% chez  
les banques américaines. Le reste de leur dette est composée d’emprunts sur les marchés des fonds fédéraux ou  
sur le marché des prêts collatéralisés (repurchase agreement ou repo : emprunts de cash contre titres avec  
obligation de rachat à terme). Leurs portefeuilles de prêts sont ainsi plus largement orientés vers la clientèle des  
entreprises (en moyenne, depuis le début des années 2000, les encours de prêts commerciaux et industriels  
représentent 90% de leurs portefeuilles de prêts au secteur non financier). Elles peuvent, comme les autres banques  
commerciales américaines, se refinancer auprès de la Réserve fédérale et disposent d’un compte courant.  
Une voie d’accès au dollar  
D’après les statistiques de la BRI, les créances de forme de certificats de dépôts et de papiers commerciaux)  
banques étrangères à l ’é gard de résidents américains (sur via leurs succursales implantées aux Etats-Unis afin de  
la base de leurs bilans consolidés) excédaient, à la veille de minimiser leur exposition au risque de change (Baba,  
la crise financière, 6000 milliards de dollars (Mc Cauley et McCauley et Ramaswamy, 2009). Ces fonds étaient  
Mc Guire, 2014). Parmi elles, certaines banques investis en titres à long terme ou titrisations (titres adossés  
européennes levaient des financements en dollars auprès à des prêts hypothécaires, prêts automobile, cartes de  
des fonds monétaires américains (principalement sous la crédit, prêts étudiants …).  
Juillet-Août 2015  
Conjoncture  
9
A partir du début des années 2000, les prêts nets  
des succursales à leurs maisons mères ont ainsi  
progressivement gonflé et s ’é levaient, à la mi-2008, à 600  
milliards de dollars, soit 49% des bilans agrégés (hors prêts  
Actifs financiers des succursales américaines  
de banques étrangères  
mds USD  
mds USD  
Total Actifs  
1600  
1400  
1200  
3500  
3000  
2500  
Réserves auprès de la Fed  
Prêts sur les marchés des  
fed funds et repos*  
interbancaires) de ces établissements (graphiques 12, 13  
et 14). Symétriquement, les dépôts collectés par ces  
succursales se sont accrus d ’e nviron 685 milliards de  
dollars de décembre 1999 jusqu ’à juin 2008. Ces pratiques  
ont contribué à une circulation en « aller/retour » des  
capitaux américains (He et McCauley, 2012) et à un  
gonflement des bilans des succursales implantées aux  
Etats-Unis. La moindre sévérité du cadre réglementaire de  
l ’é poque (Bâle 2) et l ’a bsence de contraintes relatives à la  
taille ou au levier pour les banques régulées en dehors des  
Etats-Unis ont pu contribuer à ce phénomène.  
Treasuries & Agencies  
1
000  
Autres actifs  
Titres de dette privée  
2
000  
8
6
4
2
00  
00  
00  
00  
0
Prêts interbancaires (y.c avec les  
banques étrangères affiliées)  
1500  
Crédits*  
1
5
0
000  
00  
80  
85  
90  
95  
00  
05  
10  
15  
*
hors prêts interbancaires  
Graphique 13  
Source : Réserve fédérale  
Passifs financiers des succursales américaines  
de banques étrangères  
Dettes et créances intra-groupes des succursales  
de banques étrangères  
mds USD  
1
600  
Dette interbancaire (y.c. banques étrangères affiliées)  
1
1
1
400 mds USD  
200  
1400  
Dépôts  
1
1
200  
000  
800  
Dette à l'égard des maisons mères  
Emprunts sur les marchés des fed funds et repos*  
Autres passifs  
000  
Créances aux maisons mères  
8
6
4
2
00  
00  
00  
00  
0
6
00  
400  
2
00  
0
80  
*
85  
90  
95  
00  
05  
10  
15  
hors emprunts interbancaires  
Graphique 14  
Source : Réserve fédérale  
8
6
90  
94  
98  
02  
06  
10  
14  
Graphique 12  
Source : Réserve fédérale  
Le moindre recours aux fonds monétaires a  
De créditrices à emprunteuses nettes  
temporairement occulté l'effet du QE sur les dépôts  
6
4
2
00 mds USD  
mds USD  
Echelle inversée  
0
A partir de 2011, la position nette des succursales à  
l’égard de leurs maisons mères a toutefois radicalement  
changé : de prêteuses nettes, elles sont devenues  
débitrices nettes. En un an, en valeur absolue, leur  
position nette s’est contractée de 512 milliards de dollars,  
d’une créance nette de 376 milliards en décembre 2010 à  
un débit net de 130 milliards en décembre 2011. Il en a  
résulté un moindre recours aux fonds monétaires, qui a  
pu occulter l’effet du QE sur les dépôts de leur clientèle :  
les dépôts inscrits à leur passif ont ainsi évolué de  
manière assez erratique et n’ont réellement progressé  
qu’à partir de 2012 (graphique 15). Les succursales ont, à  
partir de 2011, amplifié l’effet du QE sur leur stock de  
00  
2
00  
Position débitrice nette à l'égard  
des maisons mères  
00  
0
400  
600  
800  
1000  
0
0
02  
04  
06  
08  
10  
12  
14  
-
-
-
200  
400  
600  
Dépôts à  
terme > 250 mds USD  
Note : un signe <0 indique que les succursales  
-800 sont prêteuses nettes à l'égard de leurs maisons mères 1200  
Graphique 15  
Source : Réserve fédérale  
Ces mécanismes peuvent être illustrés à l’aide d’un  
réserves en empruntant auprès de leurs maisons mères graphique comparable au graphique 4 présenté plus haut.  
graphique 16). Ainsi, alors que les succursales avaient Contrairement à ce que l’on a pu mettre en évidence au  
(
capté un tiers des réserves créées à l’occasion de QE1, niveau agrégé, la simple prise en compte des réserves  
cette proportion s’élevait à plus de 50% lors de QE2 (plus créées dans le cadre du QE ne permet pas de réconcilier  
des deux tiers de septembre 2010 à septembre 2012).  
l’évolution des crédits inscrits aux bilans des succursales  
Juillet-Août 2015  
Conjoncture  
10  
de banques étrangères de celle de leurs dépôts  
graphique 17). Certes, les dépôts créés dans le cadre de  
Le gonflement des prêts nets intra-groupes a déconnecté,  
à partir de 2000, les stocks de crédits et dépôts bancaires  
(
1
400 mds USD, encours au bilan des succursales  
américaines de banques étrangères  
la production nouvelle d’un crédit (ou du QE) circulent du  
bilan d’un établissement bancaire à un autre, voire d’un  
type d’établissement vers un autre. Mais dans le cas des  
succursales, une nette déconnection des dépôts et crédits  
inscrits à leurs bilans s’est fait jour dès le début des  
années 2000, c’est-à-dire à partir du moment où elles ont  
gonflé leur position créditrice nette à l’égard de leurs  
maisons mères (et financé ces prêts en empruntant  
auprès des fonds monétaires principalement). Ainsi, les  
évolutions des prêts et dépôts au bilan des succursales  
peuvent être réconciliées, au moins jusqu’à la veille de  
l’assouplissement quantitatif, en ajoutant aux crédits la  
contrepartie de la liquidité prêtée aux maisons mères,  
c’est-à-dire les créances nettes des succursales à l’égard  
de leurs maisons mères (graphique 18). A partir de 2008,  
la prise en compte de la contrepartie des dépôts créés  
dans le cadre du QE, et à partir de 2011 des liquidités  
empruntées auprès des maisons mères, achève de  
rendre plus cohérentes les évolutions respectives des  
crédits et dépôts (graphique 19).  
1200  
000  
Dépôts  
1
Prêts conservés en bilan  
8
6
4
00  
00  
00  
Prêts + Créances nettes aux  
maisons mères  
200  
0
7
5
80  
85  
90  
95  
00  
05  
10  
15  
Graphique 18  
Source : Réserve fédérale  
La réconciliation des encours de prêts et  
dépôts bancaires  
1
600 mds USD, encours au bilan des succursales  
américaines de banques étrangères  
1
1
1
400  
Dépôts  
200  
000  
800  
600  
Prêts conservés en bilan  
Prêts + Créances nettes aux  
maisons mères + Réserves  
4
2
00  
00  
0
Dette nette des succursales de banques étrangères  
et réserves de la Fed  
7
5
80  
85  
90  
95  
00  
05  
10  
15  
5
3
1
00 mds USD  
mds USD 1200  
Graphique 19  
Source : Réserve fédérale  
00  
00  
Position débitrice nette à l'égard  
des maisons mères  
1000  
800  
Si l’ensemble des succursales américaines de  
banques étrangères ont, à partir de 2011, nettement  
accru leurs réserves auprès de la Fed (plus  
particulièrement celles des banques japonaises,  
suisses ou britanniques) et réduit leurs prêts nets à  
leurs maisons mères, seules les succursales de  
banques de la zone euro ont réduit leur bilan et sont  
devenues emprunteuses nettes auprès de leurs  
maisons mères (Kreicher, McCauley et McGuire  
(2013), McCauley et McGuire (2014)). Chez les  
banques européennes, la moindre appétence pour  
les titrisations américaines, le programme d’achats  
de titres de la Fed, le désir de réduire leur  
dépendance aux fonds monétaires (dont les  
financements se sont révélés instables au moment  
de la crise financière) d’une part, et le souhait de  
gonfler leurs actifs liquides en dollars d’autre part,  
ont conduit à un deleveraging des bilans bancaires  
en dollars (au niveau des succursales comme au  
niveau consolidé) et à une déformation de l’actif des  
succursales (en faveur des réserves auprès de la  
03  
06  
09  
12  
15  
-
-
-
-
100 00  
300  
600  
400  
200  
0
500  
Réserves des  
succursales  
auprès de la Fed  
700  
Graphique 16  
Source : Réserve fédérale  
La seule prise en compte des réserves ne permet pas  
de réconcilier les stocks de prêts et dépôts bancaires  
1
1
1
1
1
800 mds USD, encours au bilan des succursales  
américaines de banques étrangères  
600  
400  
Dépôts  
200  
000  
Prêts conservés en bilan  
8
6
4
2
00  
00  
00  
00  
0
Prêts + Réserves auprès de la Fed  
7
5
80  
85  
90  
95  
00  
05  
10  
15  
Graphique 17  
Source : Réserve fédérale  
Juillet-Août 2015  
Conjoncture  
11  
Fed). Ainsi, et même si d’autres facteurs ont pu  
jouer , il apparaît que le moindre recours des  
Une entrée nette de financements  
banques étrangères aux ressources levées par leurs par le canal des dettes  
succursales s’est accompagné d’une contraction des  
portefeuilles de titrisations détenus par les non-  
résidents (graphique 20). Les ordres de grandeur  
intra-groupes transfrontières  
Au-delà de leur utilité première (accéder à un  
financement en devises étrangères, diversifier  
géographiquement les activités commerciales et les  
investissements …), les succursales implantées à  
l’étranger sont des facteurs d’absorption ou  
d’amplification des chocs. Ainsi, si la lecture des bilans  
agrégés des banques résidentes permet de rendre  
compte des effets de l’assouplissement quantitatif sur  
les réserves et dépôts bancaires (cf. première partie de  
cet article), elle masque en revanche la déformation  
massive des positions nettes intra-groupes qu’il a  
occasionnée.  
La dette nette des unes (celle des banques  
américaines) compensant les créances nettes des  
autres (celles des succursales de banques étrangères),  
la position nette de l’ensemble des banques  
commerciales résidentes aux Etats-Unis à l’égard de  
leurs maisons mères, filiales et succursales implantées  
à l’étranger est demeurée quasi-nulle jusqu’à la fin 2010  
(aire du graphique 22).  
Sous l’effet conjugué de l’assouplissement  
quantitatif et du changement de calcul de la  
commission FDIC, les flux de remboursement des  
prêts transfrontières intra-groupes par les maisons  
mères, plus rapides chez les banques étrangères que  
chez les banques américaines (aire du graphique 6  
et histogramme du graphique 12), ont ensuite  
contribué à élargir la dette nette de l’ensemble des  
banques commerciales résidentes. Une tendance  
prolongée par les entrées nettes de financements  
intra-groupes par le canal des bilans des succursales  
américaines de banques étrangères dès 2011, et  
celui des bilans des banques commerciales  
américaines depuis 2013 (courbe en pointillé et  
courbe pleine du graphique 22).  
sont, toutefois, et sans surprise, très différents, d’une  
part car les banques étrangères n’avaient pas  
financé ces achats uniquement par le biais de leurs  
succursales aux Etats-Unis, d’autre part car le  
secteur des non-résidents est bien plus large que les  
seules banques étrangères disposant de succursales  
américaines. Les données collectées par le  
département du Trésor et la Réserve fédérale sur la  
détention par l’étranger (toutes contreparties  
confondues) de titres émis par des résidents  
américains permettent d’illustrer le dégonflement des  
portefeuilles de titrisations notamment par les  
Européens depuis la crise financière (graphique 21).  
Contraction des portefeuilles de titrisations détenus  
par les non-résidents  
mds USD  
mds USD  
Echelle inversée  
6
4
2
00  
00  
00  
0
0
5
1
1
2
2
Dette nette des  
succursales à l'égard  
des maisons mères  
00  
000  
500  
000  
500  
-
-
-
-
200  
400  
600  
800  
Détention par le RdM de  
titres de dette d'Agences,  
de MBS et d'ABS  
3000  
8
0
85  
90  
95  
00  
05  
10  
15  
Graphique 20  
Source : Réserve fédérale  
Dégonflement des portefeuilles de titrisations  
américaines détenus par des Européens  
mds USD, portefeuilles de titres américains à long terme  
1
000  
(
hors Treasuries) détenus par des Européens  
ABS (hors MBS) d'émetteurs privés  
9
8
7
6
5
4
3
2
1
00  
00  
00  
00  
00  
00  
00  
00  
00  
0
Le mouvement observé, depuis 2013, pour les  
banques américaines (reconstitution d’une position nette  
débitrice) n’est sans doute pas étranger à la finalisation  
par le Comité de Bâle de la norme de liquidité à court  
MBS d'émetteurs privés  
MBS d'Agences  
Titres de dette d'Agences hypothécaires  
terme (LCR, Liquidity Coverage Ratio) . Cette règle  
impose aux banques de détenir suffisamment d’actifs  
liquides de haute qualité, non grevés, pour faire face  
aux sorties nettes de trésorerie qu’occasionnerait une  
grave crise qui durerait 30 jours. Parmi les actifs  
06/07 06/08 06/09 06/10 06/11 06/12 06/13 06/14  
ABS: Asset-backed securities; MBS: Mortgage-backed securities;  
Agences hypothécaires: Agences fédérales (Ginnie Mae)  
et GSEs (Fannie Mae, Freddie Mac, FHLB)  
Graphique 21 Sources : Trésor,Réserve fédérale de New York,Fed  
Juillet-Août 2015  
Conjoncture  
12  
considérés comme les plus liquides (ceux pouvant être  
convertis en liquidités sur des marchés privés sans  
Vers un rééquilibrage de la  
perdre – ou en perdant peu- de leur valeur), figurent les structure de détention des  
réserves en banque centrale et les créances sur – ou  
réserves  
garantis par – des émetteurs souverains, tels que les  
titres du Trésor ou d’Agences . Les banques  
américaines ont gonflé leurs portefeuilles de Treasuries  
Le gonflement inédit des réserves excédentaires  
et Agencies de près de 320 milliards de dollars entre la des banques que l’assouplissement quantitatif a  
fin 2012 et mars 2015 (graphique 8), des achats qu’elles provoqué a exercé une pression à la baisse sur les taux  
ont financé en empruntant auprès de leurs succursales monétaires . Soucieuse de reprendre le contrôle sur  
ou filiales implantées à l’étranger (+ 260 milliards) et les taux courts 18 , la Réserve fédérale teste depuis  
des Federal Home Loan Banks (+ 90 milliards) septembre 2013 deux outils alternatifs visant à drainer  
(
graphique 9).  
l’excès de réserves : la Term Deposit Facility (TDF) et la  
Au total, la dette nette de l’ensemble des banques Reverse Repo Facility (RRF) 19 . La contraction des  
commerciales résidentes aux Etats-Unis à l’égard de réserves qui en résulte n’est perceptible que chez les  
leurs maisons mères, filiales et succursales implantées succursales américaines de banques étrangères.  
à l’étranger avoisinait 400 milliards de dollars début  
015 (aire du graphique 22) . A l’appui des bilans La Term Deposit Facility (TDF)  
2
consolidés des banques étrangères ayant des activités  
aux Etats-Unis (Call Reports du FFIEC) et des  
Ce premier dispositif consiste à proposer aux  
statistiques de la BRI, McCauley et McGuire (2014) ont banques de convertir leurs réserves en dépôts à terme  
observé qu’en 2011 l’augmentation des concours nets (schéma 2). Afin de le rendre plus incitatif qu’il ne  
en dollars des maisons mères étrangères à leurs l’était à son lancement en septembre 2013, la Réserve  
succursales américaines n’avait pas été compensée par Fédérale a opportunément fait évoluer, à partir  
une contraction de même ampleur de leurs prêts nets d’octobre 2014, les caractéristiques des dépôts à  
en dollars à toute autre contrepartie (aux Etats-Unis ou terme auxquels peuvent souscrire les banques dans le  
en dehors). Ils en ont déduit que ces concours avaient cadre de la TDF. Les premières offres entraient en  
été financés par le biais d’une conversion en dollars de effet en contradiction avec la réglementation bancaire :  
ressources libellées en devises étrangères. Une en octobre 2013, la proposition de règle de liquidité à  
interprétation confirmée par l’augmentation des swap de court terme LCR (cf. supra) précisait que les dépôts à  
yen, euro et sterling en dollars courant 2011. Ils ont terme offerts dans le cadre de la TDF étaient  
ainsi mis en évidence que, contre intuitivement, le inéligibles à la gamme des actifs liquides au sens du  
programme d’assouplissement quantitatif de la Fed LCR. Le lendemain de la finalisation de cette règle  
s’était accompagné d’une entrée de financement via le (septembre 2014), qui indiquait qu’une partie des  
marché des eurodollars.  
dépôts à terme pourrait satisfaire aux critères  
d’inclusion à condition que des retraits anticipés soient  
autorisés, la Fed annonçait la conduite à partir du mois  
d’octobre de nouvelles offres de dépôts à terme à 6, 7  
ou 8 jours mais, cette fois, assortis d’un droit de tirage  
anticipé.  
Cette adaptation permet aux banques de participer  
au dispositif sans dégrader (ni améliorer) leur ratio de  
liquidité LCR (conversion de réserves en dépôts à  
terme). A la faveur d’un rendement plus attractif, les  
montants convertis ont atteint jusqu’à 400 milliards de  
dollars en décembre 2014 puis à nouveau en février  
2015 pour un taux de rémunération de 30 points de  
base en décembre, puis 28 pb en février contre 25 pb  
pour les réserves excédentaires (graphique 23).  
La dette nette des unes a longtemps compensé  
les créances nettes des autres  
Dette nette des banques commerciales résidentes aux  
Etats-Unis à l'égard d'entités affiliées implantées à l'étranger  
mds  
USD  
Entrée nette de  
financements  
intra-groupes  
Dette nette des banques américaines à l'égard de leurs  
filiales et succursales implantées à l'étranger  
800  
600  
400  
200  
0
Dette nette des succursales américaines de banques  
étrangères à l'égard des maisons mères  
-
-
-
-
200  
400 Note : un signe >0 indique que les banques  
résidentes sont emprunteuses nettes auprès  
d'entités affiliées implantées hors des Etats-Unis  
600  
Sortie nette de  
financements  
intra-groupes  
800 (maisons mères , filiales, succursales, autres)  
75  
80  
85  
90  
95  
00  
05  
10  
15  
Graphique 22  
Source : Réserve fédérale  
Juillet-Août 2015  
Conjoncture  
13  
Incidence sur les bilans de la Term Deposit Facility : conversion des réserves en