Conjoncture

Radioscopie de la croissance polonaise

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Conjoncture // Février 2020  
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Exemple de transition économique réussie, la Pologne bénéficie de perspectives économiques encore plutôt positives à court terme en  
dépit d’un ralentissement de la croissance attendu sur fond de conditions extérieures moins favorables. À moyen et long terme, des  
facteurs pèsent sur la croissance potentielle et fragilisent le modèle économique polonais fondé sur la compétitivité et les faibles coûts  
de main d’œuvre. Dans une première partie, cet article s’attache à analyser l’impact des institutions sur la productivité, déterminant  
majeur des écarts de niveau de vie entre pays, illustré notamment à travers l’exemple polonais. Une seconde partie traite de l’estimation  
de la croissance potentielle à moyen terme de la Pologne, après une analyse de ses ressorts depuis les années 1990.  
Depuis le début des années 1990, la Pologne mène une politique de écarts de niveau de vie entre pays que l’accumulation des facteurs de  
2
libéralisation économique qui, combinée  
à
des réformes production (capital et travail). Or, les travaux empiriques consacrés à la  
1
institutionnelles et à la stabilité politique, a permis une croissance relation entre la croissance économique et l’environnement  
économique ininterrompue depuis 1992 (en moyenne 4,2% par an). institutionnel montrent le lien étroit entre ce dernier et le niveau de  
Selon la classification de la Banque mondiale, la Pologne est un productivité.  
exemple de transition réussie d’une économie planifiée à niveau de  
La qualité et la stabilité des institutions sont primordiales pour la  
«
revenu moyen-faible » (USD 6 600 par habitant en parité de pouvoir  
confiance des agents économiques. Elles permettent en effet de  
stimuler l’investissement privé, l’attractivité d’un territoire pour les  
investisseurs étrangers, l’esprit d’entreprise et l’innovation, pour  
optimiser l’allocation des ressources et des facteurs de production, et,  
in fine, pour soutenir la croissance économique.  
e
d’achat en 1992, 64 rang mondial selon le FMI) à une économie de  
marché à « haut revenu » depuis 2009 (USD 32 000 par habitant en  
e
2
018, 45 rang mondial) et fortement intégrée au sein de l’Union  
européenne (UE) et aux chaînes de valeurs mondiales.  
Un niveau de revenu par habitant en parité de pouvoir d’achat,  
désormais proche de 70% de la moyenne de l’UE-15, témoigne de la  
convergence réelle de la Pologne vis-à-vis de ses partenaires  
européens. Faibles au début des années 1990, les inégalités de revenu  
ont progressé dans la première phase de la transition avant de se  
réduire lentement au cours des quinze dernières années. Ainsi, la  
Pologne semble avoir évité le piège de la « trappe à revenu  
intermédiaire », au contraire de pays comme l’Argentine, le Brésil, le  
Mexique, la Turquie, voire la Roumanie, toujours classés parmi les  
économies à « revenu moyen-élevé ».  
La Pologne se positionne plutôt bien dans les grands classements  
internationaux de la gouvernance et de l’environnement des affaires :  
e
3
3 sur 190 pays pour le Ease of Doing Business 2019 de la Banque  
e
mondiale ; 37 sur 135 pays pour le WEF Global Competitiveness Index  
e
4
.0 2018 edition ; 36 sur 180 pays pour l’indicateur de perception de la  
corruption 2018 de Transparency International. Toutefois, malgré le rôle  
de garde-fou joué par l’UE, les indicateurs de gouvernance de la  
Banque mondiale et le pilier « Institutions » du WEF-GCI sont en repli  
depuis plusieurs années.  
Cet article analyse, dans une première partie, le lien entre institutions et  
productivité à l’aide d’un modèle de frontière d’efficience, et en tire des  
enseignements pour le cas particulier de la Pologne. Une seconde Notre objectif est ici d’étudier l’impact de la qualité institutionnelle, pour  
partie présente une décomposition en termes d’offre de la croissance laquelle les indicateurs de gouvernance de la Banque mondiale sont  
polonaise depuis la transition vers l’économie de marché, et discute des considérés comme le meilleur proxy, sur la productivité des pays et, en  
contraintes sur la croissance potentielle à moyen terme en intégrant particulier, celle de la Pologne.  
notamment le lien entre institutions et productivité.  
Deux types de facteurs expliquent théoriquement les disparités de  
productivité entre pays : la technologie et l’efficience technique .  
3
La décomposition de la croissance en termes d’offre montre souvent  
que les différences de productivité expliquent plus significativement les  
2
Citons l’analyse de Barro (1991) effectuée sur 98 pays sur la période 1960-1985  
montrant la relation positive entre le taux de croissance et la stabilité politique.  
1
Reprenant la définition de Tiffin (2006), le concept d’ « institutions » se réfère aux  
contraintes et incitations formelles et informelles qui structurent la capacité  
individuelle à agir de manière productive et coopérative. Typiquement, un cadre  
institutionnel favorable au marché sera fondé sur l’Etat de droit, le respect des droits  
de propriété, des contrats exécutoires, un gouvernement impartial et transparent, etc.  
Mauro (1995) conclut que la corruption, la bureaucratie et l’instabilité politique sont  
liés négativement et significativement à la productivité et à l’investissement. Sekkat  
et Méon (2004) montrent que la qualité des institutions (lutte contre la corruption et  
efficacité du gouvernement) favorise les investissements directs étrangers (IDE).  
1
4
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La technologie est définie ici par l’ensemble des savoirs disponibles la relation technique qui permet d’obtenir l’output maximal pour un  
pour les producteurs locaux. C’est un concept plus large que les niveau donné de facteurs de production, indépendamment de la  
technologies réellement utilisées, et pouvant varier substantiellement demande et des prix.  
d’un pays à l’autre, surtout dans le contexte de la guerre froide et des  
pays en transition au cours des années 1990. L’efficience correspond à  
Analyse de frontière stochastique (SFA)  
Le modèle de frontière stochastique a été introduit par Aigner et al, (1977) et Meeusen et Van Den Broeck (1977). Battese et Coelli (1995) ont utilisé ce type de  
modèle avec des données de panel. L’inefficience y est exprimée en fonction des variables explicatives. L’approche des SFA a été utilisée par Adkins et al. (2002)  
pour mesurer le lien entre qualité des institutions et efficience.  
L’idée des SFA est d’adjoindre au modèle de régression standard comprenant une composante aléatoire v, une composante de l’inefficience technique u, également  
aléatoire.  
Modèle standard :  = 푓ꢂ푥, 훽ꢃ + 푣  
Modèle stochastique :  = 푓ꢂ푥, 훽 + 푣 − 푢  
Sur données de panel, le niveau de production pour un pays i à la date t peut s’écrire :  
, = 푓(푥,, 훽)푒푥푝(푣 )푒푥푝ꢂ−푢,ꢃ  
(1)  
푖,푡  
Pour une fonction Cobb-Douglas dynamique avec rendements d’échelle constants, (1) peut s’écrire :  
푙푛ꢂ푌/퐿ꢃ, = 훽 + 훽 푙푛ꢂ퐾/퐿ꢃ + 훽 푇푟푒푛푑 +  − 푢, (2)  
0
푖,푡  
푖,푡  
avec 푌/퐿, 퐾/퐿 respectivement la production par travailleur et le capital par travailleur. 푇푟푒푛푑 est la tendance du progrès technique.  
2
, est une variable aléatoire supposée suivre une loi normale avec une moyenne nulle et une variance  .  représente l’inefficience technique de production,  
푖,푡  
2
une variable aléatoire non négative distribuée indépendamment de , selon une distribution normale tronquée en zéro, de moyenne  = 훿푧, et de variance  .  
L’inefficience technique est elle-même déterminée par :  
, = 훿푧, + 훿푂퐺, + 푤,푡  
(3)  
 , est la composante principale des indicateurs de gouvernance.  est le vecteur de son paramètre à estimer, pour lequel nous attendons un signe négatif.  
푂퐺, est l’ouput gap. Il permet de contrôler les variations cycliques. , est un terme résiduel.  
On définit l’efficience technique (ET) par :  
,표푏푠푒푟푣é  
= (푥  
,, 훽)푒푥푝(푣,)expꢂ−푢,ꢃ  
= 푒푥푝(−훿푧,  훿푂,  푤,)  
푓(푥,, 훽)푒푥푝ꢂ푣,ꢃ  
퐸푇,푡  
=
,표푝ꢀꢁ푚푎푙  
L’efficience technique pour un pays  à la date  peut être estimée avec l’espérance conditionnelle de 퐸푇, (voir annexe). 퐸푇, est compris entre 0 et 1 où 1 indique  
que le pays atteint l’efficience maximale.  
2
2
Pour estimer les paramètres ꢂ훽, 훿, 훾 , 휎 et  ꢃ des équations (2) et (3), nous utilisons la  
méthode du maximum de vraisemblance (voir Annexe). La fonction de vraisemblance est  
Estimation de la frontière de production stochastique (SFA)  
2
2
2
exprimée en fonction de la variance totale de l’erreur ( = 휎 + 휎 ), et de la part de la  
2
2
Estimation Std.Error  
Pr(>|z|)  
variance de l’inefficience technique , dans la variance totale, soit  = 휎 /휎 avec 0< 훾  
<
1. Plus  est proche de 1, plus les déviations autour de la frontière sont attribuées à la  
Frontière  
Intercept)  
variable de l’inefficience.  
(
10,34  
0,67  
0,02  
0,058  
0,045  
0,001  
< 2,2e-16 ***  
< 2,2e-16 ***  
< 2,2e-16 ***  
Le modèle est estimé sur un panel de 51 pays sur la période 1996 -2017. Le PIB (), le stock  
de capital (), le facteur travail (), et l’output gap proviennent des bases World Pen table,  
WEO et AMECO ; les indicateurs de gouvernance, qui constituent la composante principale,  
proviennent de la Banque mondiale et sont disponibles depuis 1996 (Stabilité politique,  
Efficacité administrative, Qualité du cadre réglementaire, Respect de l’Etat de droit et  
Contrôle de la corruption).  
Log (K/L)  
Trend  
Inefficience  
(Intercept)  
PCA  
0,37  
-0,86  
0,01  
0,86  
0,046 1,638e-15 ***  
0,039  
0,006  
0,017  
< 2,2e-16 ***  
0,396722  
OG  
Les résultats des estimations du modèle sont présentés dans le tableau 1. Les coefficients de  
l’équation de production sont conformes aux attentes, avec une élasticité de la production par  
tête par rapport au capital par tête égale à 0,67, et une tendance de 2% par an du progrès  
technique. Les coefficients de l’équation de l’inefficience ont les signes attendus et sont  
significatifs. La valeur négative indique qu’une amélioration des variables institutionnelles  
retenues est associée à une diminution du terme d’inefficience. La significativité du gamma  
gamma (γ)  
< 2,2e-16 ***  
PCA: composante principale des indicateurs de gouvernance  
*** significatif au seuil 5%.  
Tableau 1  
Source : BNP Paribas  
(
) indique que les indicateurs de gouvernance sont un déterminant important dans la  
fonction de production et que la spécification stochastique est appropriée.  étant proche de  
, nous pouvons conclure à l’important pouvoir explicatif des variables de l’inefficience sur les  
déviations autour de la frontière d’efficience.  
1
1
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Selon Tiffin (2006), la diffusion rapide des techniques et du savoir à hypothèse, de moins en moins restrictive depuis l’effondrement du bloc  
travers le monde limite le pouvoir explicatif de la technologie dans les soviétique et l’accélération de la globalisation, l’analyse de l’efficience  
écarts de productivité entre pays riches et pays pauvres. Sous cette technique revêt alors un rôle central.  
Croissance du PIB  
Indicateurs de gouvernance  
Contrôle de la corruption  
%
8
Percentile,  
classement sur 209 pays  
Efficacité du gouvernement  
Stabilité politique, absence de violence et de terrorisme  
Qualité réglementaire  
6
4
2
0
100  
9
9
5
0
Etat de droit  
Participation citoyenne et mécanismes de  
responsabilité/redevabilité  
85  
8
7
7
0
5
0
-
-
-
-
2
4
6
8
Pologne  
65  
Economies avancées  
Europe émergente et en développement  
60  
55  
50  
-
10  
1
980 1984 1988 1992 1996 2000 2004 2008 2012 2016  
1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016  
Graphique 1  
Source : FMI  
Graphique 4  
Source : Banque mondiale  
PIB par habitant en parité de pouvoir d'achat (US$)  
Indicateurs de Ease of doing business  
60000  
50000  
40000  
30000  
20000  
10000  
0
Classement sur 190 pays  
140  
Economies avancées  
Europe émergente et en développement  
Pologne  
121  
1
1
20  
00  
8
60  
0
69  
58  
57  
53  
40  
41  
33  
32  
4
2
0
0
0
25  
1
1980 1984 1988 1992 1996 2000 2004 2008 2012 2016  
Graphique 2  
Source : FMI  
Graphique 5  
Source : Banque mondiale  
Salaires réels et productivité dans le secteur manufacturier  
PIB par habitant (% de la moyenne de l'UE-15)  
Croissance des salaires réels  
Croissance de la productivité  
1
00%PIB par habitant, en % de l'UE-15 (2018)  
g.a., %  
Taux de change de marché  
Parité de pouvoir d'achat  
9
8
7
6
5
4
3
2
1
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
20  
1
5
0
5
0
5
1
-
-10  
0%  
-
15  
République Slovaquie Pologne  
Tchèque  
Hongrie Roumanie Bulgarie  
2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019  
Graphique 3  
Source : Commission européenne, BNP Paribas  
Graphique 6 Source : GUS  
1
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Pour mesurer l’efficience technique par pays et ses liens avec la qualité  
des institutions, nous utilisons l’approche des frontières stochastiques  
(
voir encadré). Cette technique économétrique est particulièrement  
adaptée dans les situations où les agents économiques opèrent de  
façon sous-optimale. Elle est appliquée à une fonction de production  
standard, enrichie d’un terme d’efficience technique en plus du trend qui  
Les résultats des estimations du modèle pour un panel de 51 pays  
développés et émergents sur la période 1996-2017 (voir encadré)  
indiquent qu’une amélioration des variables institutionnelles retenues  
4
reflète traditionnellement la productivité globale des facteurs (TFP) . Le  
graphique 7 représente la notion de frontière d’efficience qui associe un  
niveau de production optimale pour chaque combinaison des facteurs  
capital et travail. La production observée s’exprime alors comme la  
production optimale multipliée par un taux d’efficience technique (TE)  
compris entre 0 et 1 (0 pour l’inefficience et 1 pour l’efficience).  
(
i.e. cinq indicateurs de gouvernance de la Banque mondiale) est  
associée à une diminution du terme d’inefficience et donc une réduction  
de la distance avec la frontière de production. Le graphique 10 illustre le  
lien entre qualité des institutions et niveau d’efficience.  
Frontière d'efficience  
Selon nos estimations (voir encadré), le taux d’efficience technique (TE)  
moyen des huit économies d’Europe centrale et orientale de notre  
échantillon a progressé de 45% à 50% entre 1996 et 2017. Dans le  
même temps, le TE moyen pour l’ensemble du panel de pays est  
demeuré stable (autour de 62%) et celui du groupe de référence,  
constitué des économies développées, supérieur à 80%. Une grande  
hétérogénéité caractérise les pays en transition. La République tchèque  
et la Hongrie affichaient dès 1996 un TE de 69% et 68%, en recul au  
cours des dernières années, surtout dans le cas de la Hongrie (65% en  
Y/L  
Frontière  
y optimal  
Production optimale  
yi  
Production observée  
2
014 et 60% en 2017). À l’opposé, l’Ukraine se distingue par un TE très  
faible quoiqu’en amélioration de 24% en 2017, contre 17% en 1996.  
K/L  
Taux d'efficience (TE)  
ki  
Graphique 7  
Source : BNP Paribas  
1
996  
2017  
Moyenne 1996-2017  
Frontière de production (2017)  
États-Unis  
Allemagne  
France  
92%  
86%  
84%  
85%  
80%  
87%  
87%  
80%  
79%  
74%  
72%  
72%  
84%  
83%  
échelle logarithmique  
Pays développés  
13  
12  
11  
10  
9
8
Pologne  
Royaume-Uni  
Espagne  
Italie  
IRL  
NOR  
76%  
79%  
HR VR O TU UR  
KOR  
CHL  
JPNRUS  
MEXCZE  
EGY  
SVN  
SVK PRT  
HUN DZA  
TUN  
ZAF  
BGR  
UKR BRA  
COL  
IDN  
PHLTHA  
Rép. tchèque  
69%  
66%  
65%  
MAR PER  
NGA  
Monde (51 pays)  
61%  
61%  
62%  
VNM  
2
Hongrie  
Pologne  
Slovénie  
Slovaquie  
Roumanie  
Portugal  
Russie  
68%  
50%  
67%  
54%  
26%  
60%  
31%  
26%  
17%  
60%  
59%  
58%  
56%  
53%  
50%  
43%  
36%  
24%  
67%  
55%  
63%  
57%  
36%  
59%  
39%  
32%  
21%  
échelle logarithmique  
10 12 14  
0
4
6
8
Capital par travailleur (K/L)  
Graphique 8  
Source : Penn World Table, Banque mondiale, calculs BNP Paribas  
4
La décomposition de la croissance en termes d’offre reposant sur l’analyse  
standard de la fonction de production est inspirée du modèle de Solow (1956). Elle  
permet d’estimer les contributions à la croissance des facteurs de production (capital  
et travail) et de l’évolution de la productivité globale des facteurs (TFP ou « résidu de  
Solow »). La TFP est une variable inobservée. Elle se définit comme le progrès  
technique résultant du degré d’efficience dans l’allocation et la combinaison des  
facteurs de production, de la qualité des infrastructures et du capital humain, des  
efforts consentis en matière de R&D (ces dépenses sont au moins pour partie dans  
le stock de capital), auxquels contribuent largement le cadre institutionnel et  
l’environnement des affaires.  
Bulgarie  
Ukraine  
Tableau 2  
Source : calculs BNP Paribas  
1
7
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La Pologne présente un bilan globalement positif en termes de niveau Toutefois les résultats de nos estimations semblent indiquer un  
et d’évolution de son TE. De seulement 50% en 1996, le TE s’élevait à plafonnement du taux d’efficience technique de la Pologne et de ses  
5
9% en 2017 en recul toutefois depuis 2012 où il avait atteint 63%. Le voisins d’Europe centrale et orientale autour de 60%. La capacité de  
graphique 9 illustre les progrès réalisés par la Pologne pour se ces pays à rattraper le groupe de référence des économies les plus  
rapprocher de la frontière d’efficience entre 1996 et 2017.  
avancées représente désormais un enjeu majeur pour les prochaines  
décennies.  
Ces résultats corroborent les faits stylisés suivants : les activités  
improductives, la production de biens inadaptés à la demande, la sous-  
utilisation des ressources et la mauvaise répartition des facteurs entre  
les secteurs ont constitué autant de sources d’inefficience dans les  
économies planifiées. L’ouverture économique et l’adoption  
d’institutions compatibles avec les principes et le fonctionnement de  
l’économie de marché ont contribué à l’amélioration de l’efficience  
technique dans les pays en transition depuis les années 1990. Selon  
Schiffbauer et Varela (2019), « l'intégration progressive dans l'UE a  
stimulé la croissance et la productivité en Pologne grâce à trois facteurs  
clés : (i) une ouverture accrue au commerce, aux investissements et  
aux talents, (ii) une concurrence domestique accrue et une  
harmonisation réglementaire avec l'UE, (iii) un ancrage des réformes  
par un engagement envers les institutions de l'UE ».  
Taux d'efficience technique estimés pour la Pologne  
65%  
60%  
55%  
50%  
45%  
Transition des pays entre 1996 et 2017  
1996  
1999  
2002  
2005  
2008  
2011  
2014  
2017  
Graphique 11  
Source : calculs BNP Paribas  
échelle logarithmique  
1
1
1
1
3
2
1
0
9
8
HUN  
POL  
UKR  
échelle logarithmique  
RUS  
Nous présentons ici les résultats de nos estimations de la  
décomposition de la croissance économique polonaise en fonction des  
facteurs de production (capital et travail) et de l’évolution de la  
productivité globale des facteurs (TFP) sur la période 1996-2018 . Puis  
nous utilisons ce cadre classique d’analyse pour estimer la croissance  
potentielle polonaise à l’horizon 2025.  
5
0
2
4
6
8
10  
Capital par travailleur (K/L)  
Source : Penn World Table, Banque mondiale, calculs BNP Paribas  
12  
14  
Graphique 9  
Indicateur de gouvernance et efficience technique  
Entre 1996 et 2018, la croissance a reposé à 61% sur l’accumulation de  
capital et à 34% sur les gains d’efficience mesurés par la contribution à  
la croissance de la TFP, le reliquat provenant de l’accumulation du  
facteur travail. Ces résultats sont globalement conformes à ceux de  
Schiffbauer et Varela (2019) établis sur la période 2000-2014.  
1
00%  
Norvège  
Singapour  
Pologne  
9
8
7
6
5
4
3
2
1
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
Pays-Bas  
France Allemagne  
Italie  
Croatie  
Chypre  
Rép. Tchèque  
Turquie  
HungarySlovenie  
Slovaquie  
Portugal  
Algérie  
Roumanie  
Russie  
5
Pour estimer le TFP nous utilisons une fonction Cobb-Douglas classique :  
Bulgarie  
Égypte  
Ukraine  
t
t
t
t
À partir de cette équation et sous certaines conditions (rendements d’échelle  
constants, concurrence parfaite), la croissance du PIB peut être décomposée  
Maroc  
0%  
Y A  
A
K  
L  
L
comme suit :  
  
K  (1)  
-
2.0  
-1.0  
0.0  
1.0  
2.0  
Y
Composante principale des indicateurs de gouvernance  
où  
Y
représente le PIB réel,  
A
la productivité globale des facteurs (TFP),  
K
L
le  
la  
stock de capital physique calculé selon la méthode de l’inventaire perpétuel et  
population active ajustée à une appréciation du capital humain par le nombre moyen  
Graphique 10 Source : Penn World Table, Banque mondiale, calculs BNP Paribas  
d’années de scolarité. Le coefficient  
normalisé à 0,3.  
, la part du capital dans la production, est  
1
8
Conjoncture // Février 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
Décomposition de la croissance et du PIB potentiel  
période 2005-2016. Les secteurs du commerce et de la construction ont  
également contribué positivement à la croissance de la TFP. Dans le  
même temps, la dynamique de la productivité a été négative dans le  
secteur minier et les services d’ « utilité publique » (utilities). Par ailleurs,  
les entreprises à capitaux étrangers et/ou exportatrices ont été plus  
performantes que les entreprises publiques et privées domestiques,  
avec des niveaux et des gains de productivité nettement supérieurs.  
Enfin, les entreprises de grande taille apparaissent plus productives  
mais moins dynamiques, à l’origine d’un resserrement de l’écart de  
productivité en fonction de la taille de l’entreprise sur la période étudiée.  
%
Productivité globale des facteurs (TFP)  
Croissance du PIB  
Capital  
Travail  
5
4
3
2
1
0
1
0
.1  
0
.1  
.4  
0.2  
2.2  
1
0.5  
1.8  
0.6  
2
.5  
.4  
1.5  
2.0  
1.4  
3
.9  
1.4  
2.4  
2.5  
1.8  
1
1.5  
0.5  
Le découpage en quatre sous-périodes permet de nuancer et de  
préciser l’analyse de la décomposition de la croissance polonaise au  
gré du cycle économique :  
0.2  
.0  
0
-0.3  
-
-
9
6-02 03-08 09-13 14-18 96-18 19-25 (L) 19-25(M) 19-25(H)  
Dans la phase initiale de transition (1996-2002), l’accumulation de  
capital a été fondamentale, contribuant à hauteur de 95% à la  
croissance du PIB polonais de 4,1% en moyenne, malgré un bas de  
cycle économique mondial en 2001-2002.  
Graphique 12  
Source : AMECO, Banque mondiale,BNP Paribas  
Pour reprendre la terminologie de Paul Krugman, la « transpiration »  
pour la croissance, au travers de l’accumulation des facteurs de  
production, s’est opérée quasi-exclusivement par le capital physique. À  
côté de l’investissement privé domestique et étranger, l’investissement  
public a bénéficié des co-financements européens, notamment dans le  
cadre de projets d’infrastructures, la Pologne étant le premier  
récipiendaire de fonds structurels européens. Dans le même temps,  
Entre 2003 et 2008, période de forte croissance de l’économie mondiale  
er  
et d’intégration formelle de la Pologne au sein de l’UE (1 mai 2004), la  
croissance économique polonaise a culminé à 4,8% par an.  
L’accumulation de capital est restée dynamique, bien qu’en  
ralentissement par rapport à la période précédente. Mais c’est surtout  
l’accélération de la TFP qui est à souligner, qui contribue pour moitié à  
la croissance économique.  
6
l’« inspiration », reflet du progrès technique , a aussi contribué de façon  
substantielle à la croissance, soutenue notamment par l’amélioration du  
cadre institutionnel, de l’environnement des affaires et du capital  
humain.  
Sur la période 2009-2013, marquée par la crise financière internationale  
et la crise de la zone euro, la croissance polonaise a sensiblement  
ralenti (2,8% par an), pour une large part en raison de la faiblesse de la  
croissance de la TFP. Selon le FMI, le ralentissement de la TFP  
reflèterait un essoufflement du progrès technique qui aurait débuté un  
peu avant la crise financière internationale, dans un contexte de  
diminution des effets des réformes structurelles antérieures, de  
ralentissement de l’innovation à la « frontière technologique », voire de  
vieillissement de la population.  
Parallèlement, les contraintes démographiques ont limité  
l’accroissement de la population active et de l’emploi : baisse du taux  
de fertilité (1,4 enfant par femme en 2018 contre 2 en 1990), solde  
migratoire structurellement négatif et solde naturel (naissances moins  
décès) négatif depuis 2013, vieillissement de la population (17% de  
plus de 65 ans en 2018 contre 9% en 1990) et un taux d’activité  
inférieur à la moyenne européenne (70% contre 74% pour l’UE en 2018  
selon Eurostat), notamment chez les femmes.  
Enfin, de 2014 à 2018 la Pologne a enregistré une croissance du PIB  
conforme à sa moyenne de long terme (4%) puis supérieure en 2017-  
À défaut d’une augmentation significative de la quantité de travail, la  
qualité de l’emploi a progressé à travers l’amélioration du niveau  
d’éducation et la montée en compétences de la force de travail, en lien  
avec la sophistication de la production et des exportations polonaises.  
La part de la population active (15-64 ans) diplômée de l’enseignement  
supérieur est ainsi passée de 10% en 1997 à 27% en 2018 (données  
Eurostat), se rapprochant de la moyenne de l’UE (29%).  
2
018 (5%). Le ralentissement de l’accumulation du capital, dont la  
contribution à la croissance a graduellement baissé de 3,9 points par an  
en 1996-2002 à 1,4 point en 2014-2018, a été compensé par une  
nouvelle accélération de la TFP. Sur cette dernière période, les gains  
d’efficience ont ainsi retrouvé leur niveau de contribution à la croissance  
de la période pré-crise, estimé à 2,5 points par an.  
Selon le FMI (Selected Issues, février 2019), une analyse de la TFP  
effectuée avec des données d’entreprises indique que le secteur  
manufacturier a largement contribué à l'augmentation de la TFP sur la  
Au-delà du retournement conjoncturel mondial, certains facteurs  
structurels pèsent sur le potentiel de croissance économique à moyen  
et long terme de la Pologne. Autour d’un scénario central établissant la  
7
croissance potentielle à 2,9% à l’horizon 2025, nous estimons une  
6
Les termes «inspiratio et «transpiration», associés à la croissance économique  
au travers de gains d’efficacité et l’accumulation des facteurs de production,  
remontent à un article de Paul Krugman paru dans le magazine Foreign Affairs en  
7
1994, faisant référence au «miracle asiatique». Selon lui, il n’y avait pas eu de  
Nos scénarios sont basés sur différentes hypothèses relatives à l’effort  
miracle en Asie de l’Est, la croissance rapide n’ayant été que le résultat  
d’investissements massifs et d’une forte augmentation de l’emploi, plutôt que de  
gains de productivité, c’est-à-dire la « transpiration » plutôt que l’ « inspiration ».  
d’investissement entre 2019 et 2025. Le taux de croissance annuel moyen des  
investissements dans les scénarios central, haut et bas est respectivement égal  
à 4,6%, 5,1% et 4,1%.  
1
9
Conjoncture // Février 2020  
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hypothèse basse de 2,4% et une hypothèse haute de 3,4% (cf. contribution négative du facteur travail à la croissance économique à  
graphique 12). Même dans le scénario le plus favorable, la croissance l’horizon 2025.  
serait inférieure à la croissance tendancielle observée depuis trois  
décennies. Toutefois, même dans le scénario le plus pessimiste, le  
niveau de croissance demeure a priori compatible avec le stade déjà  
avancé de développement socio-économique du pays.  
Dépenses en recherches et développement  
% du PIB, 2018  
5
4.5  
4
Hérité de la période de transition économique, le modèle fondé sur la  
compétitivité et les faibles coûts de main d’œuvre est fragilisé par un  
zloty considéré comme surévalué par de nombreux industriels locaux,  
et de généreuses politiques sociales et redistributives mises en place  
par le gouvernement. La revalorisation massive du salaire minimum  
était ainsi au cœur du programme du parti PiS, au pouvoir depuis 2015,  
lors des élections législatives remportées mi-octobre 2019.  
3.5  
3
2.5  
2
1.5  
1
0.5  
0
Face au lent déclin démographique à l’œuvre depuis deux décennies, la  
situation de plein emploi se traduit par des pénuries de main-d’œuvre  
contraignant les capacités de production, notamment dans la  
construction et l’industrie. Jusqu’à présent, le recours aux travailleurs  
étrangers, notamment ukrainiens, a permis de limiter la hausse des  
coûts salariaux unitaires et les pressions inflationnistes grâce à la  
baisse du NAWRU (le taux de chômage n’accélérant pas les pressions  
à la hausse sur les salaires). Mais face à la concurrence européenne,  
surtout allemande, pour attirer des travailleurs qualifiés, l’innovation et  
l’automatisation sont des réponses aux pénuries d’offre de travail, à la  
recherche de gains de productivité et à la montée en gamme des  
produits polonais.  
Graphique 14  
Source : Cornell/INSEAD/WIPO  
Par ailleurs, des facteurs conjoncturels et structurels plaident pour un  
ralentissement de la croissance de l’investissement, et donc  
l’accumulation du capital, à court et moyen terme. Les taux de  
croissance de la FBCF, observés depuis deux ans, ne paraissent pas  
soutenables au regard du retournement du cycle (investissement privé  
en machines-équipements et dans la construction) et de la réduction  
attendue des dotations européennes au titre des fonds structurels pour  
Projections démographiques  
2
021-27 (investissement public).  
Enfin, la qualité de l’environnement des affaires s’est plutôt détériorée  
au cours des dernières années même si, d’après nos simulations, la  
contribution négative à la croissance a été marginale. L’amélioration du  
cadre institutionnel, le renforcement du capital humain la recherche de  
gains de productivité à travers l’innovation (cf. graphique 14) et la  
montée en gamme des produits polonais seront primordiaux pour  
soutenir la croissance économique à moyen et long terme.  
2016=100  
120  
115  
110  
105  
100  
Pologne  
République Tchèque  
Bulgarie  
Hongrie  
Slovaquie  
Roumanie  
9
9
8
8
5
0
5
0
1
993 1997 2001 2005 2009 2013 2017 2021 2025 2029 2033 2037  
La trajectoire macroéconomique de la Pologne depuis la transition post-  
communiste, initiée au début des années 1990, est remarquable. La  
réforme des institutions et la stabilité politique ont accompagné  
Graphique 13  
Source : Nations Unies  
Le principal facteur différenciant nos trois scénarios de croissance est la l’ouverture économique. Une croissance économique soutenue et  
contrainte démographique. Les projections démographiques (cf. relativement stable permis une convergence vers les  
a
graphique 13) établies par l’Office statistique polonais, Eurostat, les « standards socio-économiques » des pays dits « avancés ».Vainqueur  
Nations-Unies, et l’US Census Bureau s’accordent sur une accélération des élections législatives du 13 octobre 2019, le gouvernement sortant,  
de la baisse de la population polonaise, initiée en 2014, au cours des a promis la prospérité pour tous. Mais des freins structurels à la  
prochaines décennies (-0,3% par an d’ici 2030).  
croissance pourraient compliquer les efforts de rattrapage que la  
Pologne doit encore accomplir pour rejoindre le niveau de revenu des  
autres pays de l’Union européenne.  
Malgré les mesures de politique familiale (allocations familiales, crèches,  
etc.) et une marge de progression du taux d’activité (notamment  
féminin) dans un contexte de tensions sur le marché du travail, seul un  
recours massif à l’immigration contrecarrerait l’hypothèse d’une  
Sylvain Bellefontaine & Tarik Rharrab  
2
0
Conjoncture // Février 2020  
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Estimation de l’efficience8  
On considère le modèle de frontière stochastique suivant :  
푓ꢂ푥, 훽ꢃ + 푣 − 푢  
(1)  
휀 = 푣 − 푢  
(2)  
(3)  
(4)  
2
푣~푁ꢂꢆ, 휎 ꢃ.  
2
푢~푁 ꢂ푧훿, 휎 ꢃ  
On définit l’efficience technique par :  
푇퐸 = 푒푥푝ꢂ−푢ꢃ  
(5)  
Pour calculer le niveau de l’efficience technique, nous allons calculer l’espérance conditionnelle [푒푥푝ꢂ−푢ꢃ|휀] .  
La fonction de densité de loi normale tronquée en zéro de  est égale à :  
ꢑ1  
ꢂꢅꢑꢋꢌꢃꢒ  
2ꢒ  
ꢋꢌ  
푓 ꢂ푢ꢃ = ꢈ√ꢉ휋휎 훷 ꢊ ꢏꢐ 푒푥푝 ꢈ−  
 , ≥ ꢆ (6)  
ꢎ  
훷ꢂ. ꢃ désigne la fonction de répartition d’une distribution normale standard.  
 et  sont deux variables aléatoires de distributions indépendantes, on peut donc écrire la fonction de densité jointe de  et  comme suit9:  
ꢑ1  
∗ ꢒ  
ꢂꢅꢑꢅ ꢃ  
2∗ꢒ  
ꢂꢓꢇꢋꢌꢃꢒ  
ꢐ  
ꢋꢌ  
푓 ꢂ휀, 푢ꢃ = ꢈꢉ휋휎 휎 훷 ꢊ ꢏꢐ 푒푥푝 ꢈ−  
+
푢 ≥ ꢆ (7)  
ꢓ,ꢅ  
ꢇꢍꢔ  
ꢎ  
Avec  
ꢋꢌꢑꢍꢓ  
2
ꢎ  
= ꢂꢕ − 훾ꢃ푧 − 훾 et ∗  
= 훾ꢂꢕ − 훾ꢃ휎2 (8)  
푢 =  
=
ꢇꢍꢎ  
ꢇꢍꢎ  
휎 = 휎 + 휎2 et  = 휎 /휎  
2
2
(9)  
Pour estimer le niveau d’efficience d’un pays  à la date ꢀ, nous utilisons les estimations des paramètres de l’équation (8) :  
ꢉ  
∗  
∗  
ꢑ1  
푇퐸 = 퐸[푒푥푝ꢂ−푢ꢃ|휀] = 푒푥푝ꢂ− + ) 훷 ꢊ − 휎 ꢏꢐ ꢈ 훷 ꢊ ꢏꢐ  
(9)  
8
Battes & Coelli (1995), A Model for Technical Inefficiency Effects in a Stochastic Frontier Production Model for Panel Data, Empirical Economics, 20,  
pp. 325 332  
2
1
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7
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nd  
2
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