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avril 2019  
France : réduction lente mais ininterrompue du déficit  
budgétaire depuis 2010  
Hélène Baudchon  
France : déficit budgétaire et dette publique  
En 2018, d’après la première estimation de l’INSEE, le  
déficit budgétaire français s’est réduit de 0,3 point par  
rapport à 2017, s’établissant à 2,5% du PIB.  
En % du PIB  
 Déficit budgétaire (é.d.)  Dette publique (é.g.)  
100  
8
6
4
2
0
seuil critique de  
0% de dette  
Il s’agit d’une bonne surprise par rapport à la cible de  
6
2,7% du gouvernement.  
5
0
Prélèvements obligatoires et dépenses publiques ont vu  
concomitamment leur poids dans le PIB légèrement  
diminuer (-0,2 et -0,4 point, respectivement).  
0
-2  
A défaut de baisser, le ratio de dette publique cesse  
d’augmenter pour la première fois depuis 2007. En 2018, il  
se stabilise à 98,4% du PIB.  
-
50 seuil critique de  
-4  
3% de déficit  
-6  
-
100  
-8  
A la faveur du chiffre meilleur que prévu pour 2018, le  
dérapage, ponctuel, du déficit budgétaire au-delà de la  
barre des 3% de PIB en 2019 devrait rester contenu.  
1978 1983 1988 1993 1998 2003 2008 2013 2018  
Graphique 1  
Source : INSEE  
En 2018, d’après la première estimation de l’INSEE, le déficit  
point par an mais elle masque une grande irrégularité selon les  
années, en termes d’ampleur et de nature de la baisse (cf.  
graphique 2).  
budgétaire français s’est réduit de 0,3 point par rapport à  
1
2
017 , s’établissant à 2,5% du PIB. L’amélioration est  
moindre qu’en 2017 (-0,7 point) mais elle se poursuit : c’est  
une bonne surprise pour le gouvernement qui s’était fixé  
comme objectif un déficit de 2,7% du PIB en 2018.  
L’essentiel de l’amélioration s’est fait en début de période,  
même si 2017 est aussi une année de baisse marquée du  
déficit. Un peu plus de la moitié de la réduction du déficit est de  
nature structurelle, l’effort étant concentré sur le début de  
période (2011-2013 plus exactement). Depuis 2014, il n’y a  
pas eu de réel effort supplémentaire de réduction du déficit  
structurel primaire, hormis en 2017. L’amélioration du déficit  
global est donc essentiellement de nature conjoncturelle. A  
noter que, de 2012 à 2016, la réduction du service de la dette  
a significativement facilité la tâche, expliquant environ la  
moitié de la baisse du déficit sur cette période (0,8 point sur  
Les années de réduction du déficit se suivent mais  
ne se ressemblent pas  
En 2018, le déficit budgétaire se sera amélioré pour la  
neuvième année d’affilée, ce qui est inédit. Depuis le record de  
2009, le déficit est passé de 7,2% du PIB à 2,5% en 2018, soit  
près de -5 points en neuf ans. La réduction moyenne est de 0,5  
1
,7). En 2018, la décomposition du déficit est une estimation  
1
La publication de la première estimation des comptes des  
préliminaire, l’ensemble des données n’étant pas disponibles.  
Son amélioration de 0,3 point serait essentiellement  
administrations publiques pour 2018 s’est accompagnée d’une  
révision en hausse de 0,1 point du déficit pour 2017, à 2,8%.  
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2
conjoncturelle (à hauteur de 0,2 point). Au final, l’image qui se  
dégage est celle d’un déficit qui certainement se réduit mais  
qui le fait lentement.  
France : décomposition du déficit budgétaire  
En % du PIB  
Déficit conjoncturel  Service de la dette  
La réduction du déficit en 2018 a pour autre particularité de  
s’appuyer sur une baisse concomitante du poids des  
prélèvements obligatoires (PO) et des dépenses publiques  
dans le PIB (de 0,2 et 0,4 point, respectivement). Avec le  
bénéfice du recul, la période 2013-2014 apparaît ainsi comme  
un tournant, marquant le point culminant du poids des  
Déficit structurel primaire Déficit budgétaire  
0
-1  
-2  
2
dépenses publiques (57,2% du PIB en 2014 ) et des  
-3  
-4  
-5  
-
2,8  
2,5  
prélèvements obligatoires (44,9% du PIB en 2013). On  
observe depuis une stabilisation, voire un recul, qui reste,  
toutefois, dans l’épaisseur du trait (cf. graphique 3). Mais le  
gouvernement a l’intention de poursuivre le mouvement : il a  
pour objectif une baisse de 3 points sur le quinquennat du  
poids des dépenses publiques (hors crédits d’impôts) et de  
-
-
3,9  
3,6  
-3,5  
-
-4,1  
-5,0  
5,2  
-6  
-
-
7
8
-
6,9  
-
-7,2  
1
point du poids des PO.  
2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018  
2
018 pourrait aussi marquer un tournant en ce qui concerne  
Graphique 2  
Sources : INSEE, Commission européenne  
le ratio de dette publique. D’après la première estimation de  
l’INSEE, il s’est stabilisé à 98,4% du PIB. A défaut de baisser,  
ce ratio a au moins cessé d’augmenter, pour la première fois  
depuis 2007. De plus, en 2019 et 2020, une diminution est  
envisageable : sur la base de nos prévisions de taux d’intérêt  
France : dépenses et recettes publiques  
En % du PIB  
Dépenses publiques  Dépenses hors crédits d’impôts  
- - - Recettes publiques  Prélèvements obligatoires  
(virtuellement inchangés), de croissance nominale (3% et 2,7%,  
respectivement) et de déficit primaire (-1,4% et -0,2% du PIB,  
respectivement), le ratio de dette publique baisserait d’environ  
1
de prévisions et leur résultat ne peut être tenu pour acquis.  
Mais la probabilité d’une baisse du ratio de dette est tout de  
même élevée compte tenu des efforts déjà réalisés de  
réduction du déficit primaire combinés au niveau très bas des  
3
point en 2019 et de près de 2 points en 2020 . Il ne s’agit que  
6
0
5
60  
55  
50  
45  
40  
35  
30  
5
50  
4
taux d’intérêt, très en deçà de la croissance nominale .  
45  
40  
35  
30  
En 2019, le déficit serait supérieur mais proche de 3%  
Le déficit étant plus faible que prévu en 2018, son dérapage,  
ponctuel, au-delà de la barre des 3% en 2019 devrait rester  
contenu. Pour rappel, ce dérapage prévisionnel repose sur  
une histoire en deux temps :  
1962  
1970  
1978  
1986  
1994  
2002  
2010  
2018  
1
/ D’abord, le coût budgétaire de la transformation du  
Graphique 3  
Source : INSEE  
CICE en baisse de charges, estimé à environ 1 point de PIB,  
2
/ Ensuite, le coût budgétaire du plan de soutien au  
pouvoir d’achat des ménages modestes, annoncé le 10  
décembre 2018 en réponse au mouvement des « gilets  
jaunes » et totalisant près de EUR 11 mds, soit 0,5 point de  
PIB, et qui fait refranchir au déficit la barre des 3% en 2019.  
est de 3,2%. La cible pour 2018 a été aussi, au passage,  
rehaussée, à 2,7%. Ces nouvelles prévisions de déficit  
reposent sur les mêmes prévisions de croissance que le PLF  
2019 (1,7% en 2018 et 2019) mais sur un ajustement  
structurel ramené à zéro les deux années, au lieu de +0,1 et  
+0,3 point auparavant.  
Mais, désireux de limiter le dérapage, le gouvernement s’est  
employé à dégager près de EUR 4 mds de mesures de  
financement. Sa nouvelle cible de déficit pour 2019, établie  
dans la loi de finances 2019 adoptée le 28 décembre 2018,  
Sur cette base (déficit de 2,7% pour 2018, ajustement structurel  
nul en 2019), combinée à notre prévision de croissance  
nettement plus basse pour 2019 (1,2%), notre propre prévision  
de déficit pour 2019 s’élevait à 3,4%. Le résultat meilleur que  
prévu pour 2018 contribue à abaisser mécaniquement cette  
2
Cette année-là, le poids des dépenses publiques totales s’est  
seulement stabilisé mais celui des dépenses hors crédits d’impôts  
a enregistré une première baisse, qui atteint deux points en cumulé  
en 2018.  
3
5
Ces résultats sont obtenus à partir du calcul approximatif suivant  
prévision à 3,2% .  
où la variation du ratio de dette est égale à :  
Du côté du gouvernement, une révision de sa cible de déficit  
pour 2019 est aussi à l’étude. Mais elle devrait être d’ampleur  
(
(푖 − 푔 )⁄(1 + 푔 )) ∗ 퐷  
nominal à 10 ans de l’année n, g  
− 푑푝 , où i  
n
est le taux d’intérêt  
la croissance nominale de  
l’année n, Dn-1 le ratio de dette de l’année n-1 et dp le solde  
primaire de l’année n.  
푛ꢀꢁ  
n
n
5
L’évolution du service de la dette, désormais attendu stable à  
4
Une récession compromettrait l’inflexion attendue du ratio de  
dette.  
1,8% au lieu d’une légère augmentation à 1,9%, joue aussi mais  
à la marge.  
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economic-research.bnpparibas.com  
3
limitée, l’effet positif du meilleur chiffre pour 2018 étant  
contrebalancé par l’effet négatif de la révision en baisse  
inévitable de sa prévision de croissance pour 2019. Selon des  
déclarations récentes du ministre de l’Economie et des  
Finances, Bruno Le Maire, cette nouvelle prévision de  
croissance serait de 1,4%. Sur cette base et en supposant  
également que le gouvernement maintienne sa prévision d’un  
ajustement structurel nul, nous estimons à 3,1% sa nouvelle  
cible de déficit pour 2019.  
Le gouvernement pourrait aussi faire le choix de conserver sa  
cible de 3,2% de déficit de manière à pouvoir financer les  
6
probables nouvelles mesures de soutien qui seront issues du  
Grand Débat National. D’après nos calculs, en retenant la  
supposée nouvelle prévision de croissance du gouvernement  
(1,4%), dont il faut avoir à l’esprit le caractère encore  
relativement optimiste, ces mesures de soutien pourraient  
atteindre au maximum EUR 5 mds. Ce montant pourrait  
toutefois être accru si de nouvelles mesures de consolidation  
étaient également prises, ce qui semble probable. Nous  
devrions connaître le verdict, ou au moins des éléments de  
réponse, d’ici à une dizaine de jours à l’occasion de l’envoi à  
la Commission européenne du nouveau Programme de  
stabilité de la France, prévu le 10 avril, tandis que les  
premières conclusions du Grand Débat sont attendues mi-  
avril.  
Cette prévision est évidemment sensible aux hypothèses qui  
la sous-tendent. Le tableau ci-dessous l’illustre en montrant  
combien le déficit s’éloigne ou se rapproche du seuil des 3%  
en fonction de la prévision de croissance réelle et  
d’ajustement structurel. La limite de cet exercice est qu’il est  
réalisé à « service de la dette inchangé » mais c’est une  
variable qui devrait peu bouger cette année et donc avoir une  
incidence mineure. A titre d’illustration toutefois, nous avons  
inclus une ligne supplémentaire faisant varier le déficit en  
fonction de différentes hypothèses de service de la dette  
Hélène Baudchon  
helene.baudchon@bnpparibas.com  
(autour de notre hypothèse centrale à 1,82% du PIB et par  
pas de 0,02, soit la variation (négative) observée entre 2017  
et 2018), dans le cas où la croissance est de 1,4% et  
l’ajustement structurel nul. Il ressort aussi de ce tableau un  
message relativement positif : un maintien du déficit à 3%,  
voire juste sous cette barre en 2019, tout en restant un  
scénario peu probable, revient dans le champ des possibles.  
France : scénarios de déficit  
Niveau en 2019 du déficit budgétaire (en % du PIB), selon différentes hypothèses de croissance réelle et d'ajustement structurel  
Croissance réelle  
0
,5%  
0,6%  
-4,0  
-3,9  
-3,8  
-3,7  
-3,6  
-3,5  
-3,4  
-3,3  
-3,2  
-3,1  
-3,0  
0,7%  
-4,0  
-3,9  
-3,8  
-3,7  
-3,6  
-3,5  
-3,4  
-3,3  
-3,2  
-3,1  
-3,0  
0,8%  
-3,9  
-3,8  
-3,7  
-3,6  
-3,5  
-3,4  
-3,3  
-3,2  
-3,1  
-3,0  
-2,9  
0,9%  
-3,9  
-3,8  
-3,7  
-3,6  
-3,5  
-3,4  
-3,3  
-3,2  
-3,1  
-3,0  
-2,9  
1,0%  
-3,8  
-3,7  
-3,6  
-3,5  
-3,4  
-3,3  
-3,2  
-3,1  
-3,0  
-2,9  
-2,8  
1,1%  
-3,8  
-3,7  
-3,6  
-3,5  
-3,4  
-3,3  
-3,2  
-3,1  
-3,0  
-2,9  
-2,8  
1,2%  
1,3%  
-3,7  
-3,6  
-3,5  
-3,4  
-3,3  
-3,2  
-3,1  
-3,0  
-2,9  
-2,8  
-2,7  
1,4%  
1,5%  
-3,6  
-3,5  
-3,4  
-3,3  
-3,2  
-3,1  
-3,0  
-2,9  
-2,8  
-2,7  
-2,6  
1,6%  
-3,5  
-3,4  
-3,3  
-3,2  
-3,1  
-3,0  
-2,9  
-2,8  
-2,7  
-2,6  
-2,5  
1,7%  
-3,5  
-3,4  
-3,3  
-3,2  
-3,1  
-3,0  
-2,9  
-2,8  
-2,7  
-2,6  
-2,5  
-
-
-
-
0,5  
0,4  
0,3  
0,2  
-4,1  
-4,0  
-3,9  
-3,8  
-3,7  
-3,6  
-3,5  
-3,4  
-3,3  
-3,2  
-3,1  
-3,7  
-3,6  
-3,5  
-3,4  
-3,3  
-3,2*  
-3,1  
-3,0  
-2,9  
-2,8  
-2,7  
-3,6  
-3,5  
-3,4  
-3,3  
-3,2  
-3,1**  
-3,0  
-2,9  
-2,8  
-2,7  
-2,6  
Ajustement  
structurel :  
un chiffre  
négatif  
-0,1  
(
positif)  
0,0  
0,1  
0,2  
0,3  
0,4  
0,5  
signifie une  
détérioration  
amélioration)  
du déficit  
structurel  
(
*Prévision BNP Paribas ** estimation BNP Paribas de la prévision du gouvernement  
Les zones bleutées correspondent aux cas où le déficit est inférieur ou égal à 3%.  
Niveau en 2019 du déficit budgétaire (en % du PIB), selon différentes hypothèses de service de la dette dans le cas d’une  
croissance réelle de 1,4% et d’un ajustement structurel nul  
Service de la dette (% du PIB)  
1
,70  
1,72  
-3,0  
1,74  
-3,1  
1,76  
-3,1  
1,78  
-3,1  
1,80  
-3,1  
1,82*  
-3,1  
1,84  
-3,2  
1,86  
-3,2  
1,88  
-3,2  
1,90  
-3,2  
1,92  
-3,2  
1,94  
-3,3  
-3,0  
*
Prévision BNP Paribas : niveau de 2018, inchangé en 2019  
Tableau  
Sources : INSEE, BNP Paribas  
6
Nous écartons l’hypothèse d’un dérapage au-delà de 3,2% pour  
des questions de crédibilité budgétaire.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2202 articles et 553 vidéos