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EcoPerspectives // 3 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Italie  
Reprise timide et scénario en demi-teinte  
Si l’Italie est (timidement) sortie de récession au premier trimestre de 2019, c’est surtout grâce à la résistance des exportations, les importations  
chutant. Sur le fond, l’économie reste déprimée. L’activité est en recul par rapport à son niveau d’il y a un an ; les ménages comme les entreprises  
se montrent prudents, reportant achats et investissements. Par ailleurs, les enquêtes laissent entrevoir une évolution décevante de l’activité dans  
les prochains mois, ce qui va compliquer la réalisation des objectifs budgétaires. Le gouvernement italien, qui vient d’approuver un correctif limitant  
le déficit à 2 % du PIB en 2019, est parvenu à un accord avec la Commission européenne et a pu éviter la procédure disciplinaire.  
Au premier trimestre (T1) de 2019, l’économie italienne s’est  
partiellement redressée, après la légère récession du second  
semestre 2018. Même si le PIB réel a augmenté de 0,1 % en  
glissement trimestriel (t/t), le taux de croissance annuel est ressorti  
négatif (-0,1 %), pour la première fois depuis 2013. La contribution  
de 0,5 % des exportations nettes est principalement due à la  
contraction des importations (-1,5 %). Les ventes italiennes à  
l’international ont progressé de 0,2 % (t/t). Au T1, la contribution de  
la demande intérieure à la croissance totale s’est élevée à 0,2 %  
tandis que celle des stocks a été négative de 0,6 %. La valeur  
ajoutée du secteur de la construction a augmenté de 2,4 % (t/t), en  
dépit d’une activité toujours déprimée, comme le montre l’évolution  
des nouveaux permis de construire. La valeur ajoutée du secteur  
des services a baissé de 0,2 % (t/t), avec une contraction  
significative dans le secteur financier et celui des professions  
libérales, tandis que l’industrie manufacturière a enregistré une  
légère progression.  
1- Croissance et inflation  
Croissance du PIB (%)  
 Inflation (%)  
Prévision  
Prévision  
1,8  
1
,3  
1,2  
1,3  
18  
0,9 0,9  
0,7  
18  
0,3  
0
,2  
-0,1  
16  
17  
19  
20  
16  
17  
19  
20  
Sources : Comptes nationaux, BNP Paribas  
En 2019, le déficit public devrait se situer autour de 2 % du PIB, soit  
environ EUR 7 mds de moins que dans les estimations précédentes,  
à la faveur d’une hausse des recettes et d’une baisse des dépenses.  
Une conjoncture difficile…  
…mais une situation financière des entreprises qui  
s’améliore sur le fond  
Malgré une reprise modeste au T1, les anticipations relatives à  
l’économie italienne demeurent incertaines. La confiance des chefs  
d’entreprise s’est détériorée, oscillant autour du niveau le plus bas  
de ces quatre dernières années. La propension à investir reste  
faible. Au T1 2019, la hausse de 0,6 % de l’investissement était due  
à l’augmentation des dépenses dans le secteur du bâtiment, tandis  
que le secteur des machines-outils et des équipements et celui des  
moyens de transport s’inscrivaient en retrait, respectivement, de  
Si elles témoignent aujourd’hui d’une conjoncture difficile, les  
entreprises italiennes ont globalement renforcé leur situation depuis  
quelques années. En 2018, le ratio d’endettement était d’environ  
40 %, en repli de près de neuf points de pourcentage par rapport à  
2011. Encouragées par des incitations fiscales, les entreprises ont  
procédé à de nouvelles et importantes augmentations du capital,  
tout en réduisant la dette. L’amélioration de la structure financière  
s’explique également par la sélection sévère opérée pendant la  
crise, avec la fermeture des entreprises les moins robustes. En  
2018, la valeur ajoutée des entreprises a atteint un sommet inédit  
depuis vingt ans.  
2
,2 % et 5 % (t/t). La production industrielle s’est repliée en mars  
comme en avril avec un recul plus marqué dans le secteur des  
machines-outils et des équipements, dans celui des produits  
métalliques et celui des moyens de transport.  
La confiance des ménages italiens est également en berne, ce qui  
pénalise les dépenses privées malgré des signes d’amélioration sur  
le marché du travail, le taux de chômage s’étant replié à 9,9 % en  
mai. Au T1, malgré une progression de 0,9 % du pouvoir d’achat, la  
consommation n’a augmenté que de 0,1 % (t/t), la propension à  
épargner des ménages italiens ayant progressé à 8,4 %.  
Les entreprises ont, par ailleurs, bénéficié d’une baisse des charges  
d’intérêt, la remontée des rendements des emprunts d’État ne  
s’étant pas encore répercutée sur le coût du crédit. En 2018, le coût  
moyen de la dette financière s’établissait à 1 %, contre plus de 6 %  
en 2008. Les sociétés non financières italiennes ont également  
bénéficié d’une baisse de la fiscalité, économisant ainsi plus de  
EUR 20 mds par rapport à 2007. Malgré ces améliorations, le  
redressement de la rentabilité reste décevant, les coûts de main-  
d’œuvre ayant davantage augmenté que la valeur ajoutée. Au  
T1 2019, l’excédent brut d’exploitation rapporté à la valeur ajoutée a  
reculé à 40,7 %.  
La conjoncture reste donc difficile, ce qui complique la réalisation  
des objectifs budgétaires. En juin, la Commission européenne a  
déclaré que l’Italie était exposée  
à
des déséquilibres  
macroéconomiques excessifs. Le gouvernement italien, qui a  
approuvé un correctif du budget 2019, est parvenu à un accord  
avec la Commission et a évité ainsi une procédure disciplinaire.  
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EcoPerspectives // 3 trimestre 2019  
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Le tourisme, moteur de l’économie  
2- Dépenses des touristes étrangers  
En 2018, le chiffre d’affaires du tourisme international s’est inscrit à  
EUR 1 226 mds, en hausse de 2,9 % par rapport à 2017. La part de  
marché de l’Italie a légèrement progressé, pour atteindre 3,4 %, se  
classant à la sixième place mondiale, derrière les États-Unis,  
l’Espagne, la France, la Thaïlande et le Royaume-Uni.  
En 2018, % du total  
South and  
Islands;  
North East;  
6,8  
1
4,7  
2
En 2018, les dépenses totales des touristes étrangers en Italie  
s’élevaient à environ EUR 41,7 mds (+6,5 %, en léger repli après  
+
3
7,7 % en 2017) tandis que le nombre de touristes a augmenté de  
,7 %. En Italie, la part des recettes du tourisme international dans  
Centre;  
9,7  
2
le PIB est inférieure à la moyenne de l’Union européenne comme  
de la zone euro. Elles concentrent en effet 2,4 % du PIB italien  
contre 8 % en Grèce et au Portugal, 5 % en Slovénie et en Espagne.  
Selon les données de la balance des paiements, les recettes du  
tourisme international en Italie atteignent environ 40 % des  
exportations totales de services et 7 % des exportations totales de  
biens et de services. La balance des voyages, qui est  
structurellement positive, est ressortie à EUR 16,2 mds. L’excédent  
de la balance du tourisme en pourcentage du PIB est supérieur à la  
moyenne européenne et, parmi les principaux pays de la zone euro,  
il occupe la deuxième place derrière celui de l’Espagne.  
North  
West; 27  
Unassigned  
; 1,8  
Source : calculs BNL sur la base des données de la Banque d’Italie  
En 2018, le nombre de voyages d’Italiens à l’étranger s’est élevé à  
65,7 millions, soit une dépense de EUR 25,5 mds (+1,8 % et +3,8 %,  
respectivement, par rapport à 2017). L’augmentation des dépenses  
des touristes italiens dans les autres pays de la zone euro a été  
supérieure à la moyenne dans ces trois pays : Grèce, Espagne et  
Allemagne. Parmi les destinations hors de l’Union européenne, la  
tendance des dépenses a été particulièrement dynamique en  
Amérique du Nord et, en particulier, aux États-Unis.  
Le secteur du tourisme italien croît depuis la fin de la crise  
financière internationale. Evaluées aux prix courants, les recettes du  
tourisme international en 2018 ont augmenté d’environ 50 % par  
rapport à 2009, tandis que les dépenses touristiques des  
ressortissants nationaux à l’étranger étaient en hausse de 25 % par  
rapport à 2009. En 2015 (dernière année pour laquelle ces données  
sont disponibles), les industries liées au tourisme en Italie ont  
représenté, dans l’ensemble, 5,9 % de la valeur ajoutée totale du  
pays.  
Le secteur italien du tourisme se caractérise par l’existence de  
petites et micro-entreprises. Selon l’Istat, environ 97 % des  
entreprises de ce secteur employaient moins de dix personnes en  
2016 (contre 95 % pour l’ensemble de l’industrie et des services).  
Les entreprises de vingt salariés ou plus ne représentent que 0,9 %  
du total (contre 1,8 % dans l’industrie et les services). Cependant,  
les chaînes hôtelières multinationales et les autres services  
touristiques, dont les services de transport, fournis par des sociétés  
étrangères opérant en Italie, occupent une place importante. Les  
entreprises étrangères emploient 6,1 % de l’ensemble du personnel  
du secteur touristique italien et leur part est d’environ 14 % en  
termes de valeur ajoutée comme de chiffre d’affaires. Sur la période  
Les touristes en provenance de la zone euro ont le plus largement  
contribué à la croissance en 2018, par leur nombre comme par les  
recettes engendrées. Les dépenses des touristes allemands en  
Italie ont grimpé de 8,2 % en glissement annuel (g.a.) et celles des  
touristes français et britanniques, de 9 % et de 17,2 %,  
respectivement. Ces trois pays ont généré plus d’un tiers des  
recettes touristiques totales de l’Italie. Hors Union européenne, les  
États-Unis sont le principal importateur de services touristiques  
italiens.  
2
012-2016, les entreprises du secteur du tourisme ont enregistré  
une performance positive : leur valeur ajoutée a augmenté de  
2,5 % en termes nominaux contre une variation, pour le secteur  
1
Les régions du centre de l’Italie, à plus forte vocation touristique en  
raison de la présence d’un grand nombre de villes d’art, restent les  
destinations favorites des touristes étrangers, avec près de 30 %  
des arrivées totales en 2018. Les régions méridionales et les îles  
ont attiré 15 % des arrivées totales de touristes étrangers. Malgré  
les progrès accomplis ces dernières années, il existe toujours, dans  
ces régions, un écart entre les recettes du tourisme international et  
le « potentiel touristique » qu’elles représentent. Près des trois  
quarts du littoral italien et des parcs naturels nationaux sont, en effet,  
situés dans le sud de l’Italie et dans les îles ; ces régions abritent  
également un grand nombre de musées et de sites archéologiques.  
des services en général, de +11,2 % et de 8,8 % pour l’industrie et  
les services dans leur ensemble. L’augmentation de la valeur  
ajoutée dans le secteur du tourisme s’explique davantage par une  
baisse notable des coûts que par une augmentation du chiffre  
d’affaires des entreprises.  
Paolo Ciocca  
paolo.ciocca@bnlmail.com  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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