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Etats-Unis : la Réserve fédérale prend un virage, mais dans  
quelle direction?  
La croissance américaine reste forte. Des vents contraires, le fléchissement de données d'enquête et le resserrement des  
conditions financières placent néanmoins la Réserve fédérale en situation de gestion des risques Sa politique reste dépendante  
des données, mais la Fed devra faire preuve de patience avant de décider du prochain mouvement de taux Une inflation qui  
reste bien maîtrisée facilite cette attitude attentiste Les marchés tablent désormais sur un assouplissement de la politique de la  
Fed en 2020. Cela illustre à quel point l'incertitude pèse sur la confiance.  
«
L’incertitude n’est pas l’ami des milieux d’affaires». Cette phrase de  
TAUX DES FONDS FEDERAUX SUR BASE DES CONTRATS A TERME  
 Taux attendu (sur base des fed funds futures du 21/01/2019)  
 Taux attendu (sur base des fed funds futures du 30/01/2019)  
Jerome Powell, prononcée lors la conférence de presse qui a suivi la  
dernière réunion du FOMC, résume parfaitement ce qui est au cœur  
du ralentissement mondial initié en 2018 et qui atteint désormais les  
États-Unis.  
Projection des membres du FOMC, 19/12/2018  
L'incertitude a de multiples visages. Mario Draghi, en décembre  
dernier, parlait d’ailleurs d’une « incertitude générale accrue et  
protéiforme». En écoutant les présidents de la BCE et de la Fed, on  
relève de nombreuses convergences dans leurs analyses. Rien de  
surprenant à cela : le ralentissement chinois, les négociations  
commerciales, l'inquiétude liée au Brexit, la fermeture des services  
publics par le gouvernement américain ont des répercussions à  
l’échelle mondiale. Jerome Powell a parlé d'une économie américaine  
qui reste forte, malgré l'affaiblissement de certaines données  
d'enquête, mais de plus en plus confrontée aux vents contraires  
mentionnés. Cela met la Fed en situation de devoir gérer les risques,  
ce qui lui impose de faire preuve de patience. Attendre la publication  
de données supplémentaires avant de décider du prochain  
changement de politique (notez que la direction prise n’est pas  
indiquée) est d’autant plus facile que « les arguments en faveur d’une  
hausse des taux se sont affaiblis ». Les risques en matière d’inflation  
et de déséquilibres financiers (c’est-à-dire de bulles) ont reculé. En  
outre, les conditions financières, évaluées par la Fed sur base d’un  
grand nombre de données de marché, telles que les volatilités et les  
spreads, se sont nettement resserrées en décembre et, malgré une  
certaine amélioration, elles sont restées tendues.  
3.2  
3
2
2
2
2
2
.0  
.8  
.6  
.4  
.2  
.0  
*
Tauxd'intérêt de la Fed au 30/01/2019  
Source : Datastream, BNP Paribas  
Revue des marchés  
Baromètre  
Scénario économique  
/…  
er  
2
Ecoweek 19-05 // 1 janvier 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Les conditions financières sont importantes dans la pensée de la Fed.  
Après tout, comme l’a dit Powell, la politique monétaire consiste à les  
modifier afin d’influencer la croissance et l’inflation. Cela signifie  
également qu’un resserrement de ces conditions influe sur les  
perspectives de croissance et, partant, sur l’évaluation du niveau  
approprié du taux officiel.  
Bien que l’indice de la France ait rebondi, l’indicateur pour la zone  
euro est désormais très proche de 50 et celui de l'Allemagne est  
passé juste en dessous de cette barre (49,9 contre 60,6 en février  
dernier). L'indice de l’Espagne est en hausse tandis que l’Irlande  
souffre des craintes liées au Brexit. A noter également, la nouvelle  
baisse de l’indice chinois, bien en dessous de la barre des 50.  
Assez logiquement, le FOMC a conclu qu’au regard des vents  
contraires, de conditions financières plus serrées, de données  
d’enquête en baisse et d’une inflation sous contrôle, il lui faudrait faire  
preuve de patience dans ses décisions de politique monétaire,  
d’autant plus qu’il s’est fixé un objectif d'inflation symétrique et qu’il  
dispose d’une marge de manœuvre limitée en cas de ralentissement  
majeur.  
Lors de la conférence de presse, un journaliste a demandé si le  
changement de ton de la Fed montrait qu’elle avait cédé aux  
pressions de la Maison-Blanche. Sans surprise, la réponse a été  
ferme (« nous ne discutons jamais de considérations politiques »). Le  
président de la Fed a habilement évité de répondre directement à la  
question de savoir s'il avait fourni une option put aux marchés  
1
financiers . En réalité, les objectifs sont alignés : l'administration  
américaine a besoin d'une économie florissante, les investisseurs en  
actions veulent une croissance des bénéfices et la Fed compte  
remplir son mandat . Pour ce faire, elle a pris un virage mais nous  
ignorons où mène la route : vers un resserrement ou un  
assouplissement ? La réduction de l'incertitude concernant les  
relations commerciales entre les États-Unis et la Chine contribuerait à  
accroître la visibilité. Elle augmenterait également l'efficacité des  
efforts chinois pour stimuler la croissance, dont limportance revêt une  
dimension mondiale.  
Ce message plus accommodant a évidemment entraîné une baisse  
des rendements obligataires et freiné l'évolution attendue du taux des  
fonds fédéraux (graphique 1). Le marché des actions, quant à lui, a  
applaudi la décision : des taux plus bas impliquent une valeur actuelle  
plus élevée des flux de trésorerie futurs. Il convient toutefois de faire  
preuve de réalisme : l'inquiétude finira par passer du dénominateur (le  
taux d'actualisation) au numérateur (le flux de trésorerie) et, à cet  
égard, le fait que les marchés de taux tablent sur un assouplissement  
monétaire en 2020 fait réfléchir. Si cette anticipation s’avérait correcte,  
cela signifierait que dans environ 12 mois, le FOMC considérerait sa  
politique comme trop restrictive compte tenu des perspectives de  
croissance.  
2
William De Vijlder  
De toute évidence, d’ici-là beaucoup de données ne manqueront pas  
d’influencer les prix de marché et, par conséquent, les anticipations  
de la politique de la Fed. Les données PMI de Markit pour le secteur  
manufacturier au mois de janvier (graphique 2) ont fourni des  
arguments à ceux qui estiment le verre maintenant à moitié vide.  
1
Le sujet est bien connu des marchés financiers et a été traité dans l’Ecoweek du 11  
janvier 2019  
2
«
Le Federal Open Market Committee (FOMC) est fermement résolu à remplir le  
mandat que lui confère le Congrès, qui est de promouvoir un emploi maximum, des prix  
stables et des taux d’intérêt à long terme modérés. » (source: Federal Reserve,  
Statement on Longer-Run Goals and Monetary Policy Strategy, le 29 janvier 2019)  
CARTE THERMIQUE DES INDICES DES DIRECTEURS D’ACHATS DU SECTEUR MANUFACTURIER  
Marchés développés  
Europe  
Marchés émergents  
A. Nord  
Asie-Océanie  
AMLAT  
Eurasie  
Moyen-Orient & Afrique  
Asie  
févr-18 54.1 55.6 55.3 58.6 59.2 70.8 55.9 60.6 56.1 56.2 56.8 63.4 56.0 65.5 54.9 56.4 53.5 54.1 52.7 53.2 51.6 58.8 53.7 50.2 55.6 49.7 53.6 47.3 53.2 50.0 55.1 51.6 51.7 52.1 51.4 53.5  
mars-18 53.3 55.7 55.6 56.6 58.0 61.0 53.7 58.2 55.0 54.1 55.1 61.5 54.8 60.3 54.8 62.5 53.2 53.1 53.0 53.4 52.4 57.3 53.7 50.6 51.8 49.2 54.7 46.5 52.8 46.7 54.8 51.0 50.6 51.0 50.7 51.6  
avr-18 53.5 55.5 56.5 56.2 58.0 54.4 53.8 58.1 52.9 55.3 53.5 60.7 54.4 63.6 53.9 58.6 59.3 53.8 52.9 52.3 51.6 57.2 53.9 51.3 48.9 50.1 54.0 46.2 51.4 49.1 55.1 51.1 49.1 51.6 51.6 52.7  
mai-18 53.1 56.2 56.4 55.5 57.3 48.2 54.4 56.9 54.2 55.4 52.7 60.3 53.4 62.4 54.2 56.8 54.4 52.8 52.7 50.7 51.0 56.5 53.3 49.8 46.4 49.2 49.6 46.4 53.2 49.4 56.5 51.1 47.8 51.2 51.7 53.9  
juin-18 53.0 57.1 55.4 54.9 56.6 50.2 52.5 55.9 53.5 56.6 53.3 60.1 53.4 61.6 54.2 55.6 52.8 53.0 52.5 49.8 52.1 56.8 54.2 49.5 46.8 49.4 52.6 46.0 55.0 48.0 57.1 51.0 47.7 53.1 50.3 55.7  
juil-18 52.8 56.9 55.3 55.1 56.8 55.9 53.3 56.9 53.5 56.3 51.5 58.0 52.9 61.9 53.9 52.5 51.3 52.3 52.3 50.5 52.1 55.4 52.9 48.1 49.0 50.3 58.0 45.4 54.9 49.9 55.8 50.8 48.2 52.3 50.5 54.9  
août-18 52.6 56.8 54.7 54.6 56.4 59.3 53.5 55.9 53.9 57.5 50.1 59.1 53.0 64.8 53.0 55.9 52.3 52.5 52.6 51.1 50.7 54.9 51.4 48.9 46.4 50.5 50.4 45.6 55.1 45.2 55.0 50.6 48.5 51.7 51.9 53.7  
sept-18 52.2 54.8 55.6 53.2 55.0 53.6 52.5 53.7 53.6 56.3 50.0 59.8 51.4 59.7 53.8 57.1 52.1 52.5 52.4 50.9 51.7 53.4 50.5 50.0 42.7 48.7 50.0 45.8 53.4 44.6 55.3 50.0 47.9 52.2 50.7 51.5  
oct-18 52.1 53.9 55.7 52.0 53.8 66.5 51.2 52.2 53.1 54.9 49.2 57.1 51.8 57.4 51.1 54.7 53.8 52.9 51.9 51.1 50.7 52.5 50.4 51.3 44.3 48.6 52.7 46.2 53.8 42.4 55.0 50.1 48.6 53.1 50.5 53.9  
nov-18 52.0 54.9 55.3 51.8 54.9 57.9 50.8 51.8 54.0 55.4 48.6 56.1 52.6 57.7 53.6 50.8 53.7 52.2 51.5 52.7 49.7 51.8 49.5 52.6 44.7 49.2 53.7 46.7 55.2 49.5 55.8 50.2 47.1 54.0 50.4 56.5  
déc-18 51.5 53.6 53.8 51.4 53.9 58.1 49.7 51.5 53.8 54.5 49.2 57.2 51.1 57.8 54.2 50.0 55.1 52.6 51.1 52.6 49.7 49.7 47.6 51.7 44.2 49.6  
46.2 54.5 50.7 54.0 49.7 48.0 53.2 51.2 53.8  
48.3 53.9 49.9 51.9  
Jan-19  
54.9 50.5 52.7  
51.2 49.9  
52.6  
55.1 52.4  
52.5  
50.3  
49.0 48.2 50.9 44.2  
4
6
48  
50  
52  
54  
Source : Markit, BNP Paribas  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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